Nous devons ce rapprochement à M. Espinas
.3. Voir \. Espinas, p. 25 de sa préface à l'édition du livre VI de la République de Platon, Paris, F. Alcan, 1886. 4. .^mabile, Cong., t. I, p. 179.
de convertir à la vraie et pure religion, et qui consentent à s'associer à son entreprise de fondation d'une république idéale. Bandits coupables de meurtres et d'incestes, réfugiés dans les couvents qui les protègent au nom de l'immunité ecclésiastique et vivent parfois du produit de leurs larcins, clercs mariés qui ont revêtu la robe de moine pour bénéficier de l'exemption d'impôt, proscrits qui à la suite de querelles de famille et de vengeances privées, ont fait défaut aux audiences des tribunaux, et, mis hors la loi par les magistrats, parcourent le pays en armes pour combattre les factions rivales et pour se défendre contre les argousins du vice -roi ^ moines dissolus qui aspirent à se libérer des contraintes de la morale chrétienne et applaudissent à la glorification de l'instinct sexuel 2, tels sont, si on fait abstraction de quelques pieux frères séduits par les idées et la parole du prophète, et des laïques patriotes révoltés contre les Espagnols, les principaux conjurés que Campanella doit catéchiser. Dans cette tâche, il est aidé surtout par son ami fra Dionisio Ponzio, religieux instruit et d'une grande éloquence, mais que n'effrayent ni les pires blasphèmes, ni les plus odieux sacrilèges, et qui depuis longtemps s'est affranchi de toute croyance aux dogmes catholiques, au point de confondre Dieu avec la nature. Au-dessus de tous les conspirateurs se dresse pourtant la
1. Amabile, Cong., t. I, p. 116-133 ; — sur la participation des moines aux profits du brigandage, voir Amabile, Cong. t. II, p. 132.
2. L'auteur anonyme de la chronique datée du 8 octobre 1399 et publiée par M. Kvacala (Thomas Campanella und Ferdinand IJ, p. 32) attribue même aux conjurés le projet d'organisation d'un harem :
<( ...Entre autres propositions, Campanella établit que le péché de la chair n'était pas un péché, et c'est pourquoi il avait songé à enlever et à prendre pour femmes huit ou dix dames titrées des premières de la province, en tuant d'abord leurs maris, et à tenir un harem au château de Stilo désigné pour sa résidence, qu'il appelait la montagne du Styx... » (« Tra li altri stabilimenti persuase [Campanella] che il peccato délia carne non fosse pcccato, o perciô il A'i" [inintelligible] haveva pensato itigliarsi per moglie otto o diece titolato dellc prime délia provincia. ammazzando prima lor mariti, e lener un seraplio nel Castello di Stilo designato per sua residenza, quale chiamava Mons Stigius »). — Sur les mœurs des moines et sur la morale sexuelle do Campanella, voir Amabile, Cong.. t. I, p. 113, 163, 218-219; — t. III. doc. 331, p. 330. doc. 334, p. 336 et doc. 393, p. 434 et 440.
figure énergique de Maurizio di Rinaldis, liomnie de naissance noble et possesseur d'une grande fortune, qui sans doute a sutla conscience une « vendetta » familiale, mais qui aspire sincèrement à délivrer son pays du joug abhorré de l'Espagne, et qui semble avoir été le véritable chef laïque de la conjuration ^ C'est lui qui réunit des hommes d'armes, et de concert avec son ancien ennemi, Marcanjonio Contestabile, prépare l'irruption de 200 conjurés dans la ville de Catanzaro, et l'attaque du château d'Arena. C'est lui aussi qui, le 7 juin, monte à bord d'une galère turque pour y signer l'accord par lequel Amurat Rays promet pour la première quinzaine de septembre l'intervention de la flotte et des troupes de débarquement de Scipion Cicala 2. Vers la fin août, tout est prêt pour la révolte, et Campanella, dans un banquet tenu sur la montagne de Stilo (monte pingve e di liberta), peut enflammer les coeurs de ses compagnons en leur promettant une victoire prochaine, et le bonheur qui sera leur lot dans la cité parfaite que leurs efforts communs vont édifier^.
Ces grands espoirs furent vite déçus. A la suite de deux dénonciations d'habitants de Catanzaro, et d'une enquête conduite par un envoyé spécial du vice-roi, Carlo Spinelli, venu en Calabre avec des troupes, des compagnons de Campanella sont arrêtés ^. Le philosophe lui-même, qui avait fui vers la côte, en compagnie de Fra Domenico Petrolo, mais n'avait pu encore gagner le large, est livré avec son ami à la justice espagnole le 6 septembre 1399, et incarcéré à Squillace^. Le même sort allait échoir bientôt (le 28 et le 30 septembre) à fra Dionisio Ponzio et à Maurizio di Rinaldis qui tentèrent en