Met., pars I, p. 80 et 81 : Defensio mathematicorum
LA CONCEPTION DE l'eSPACE 237
à l'action du devenir \ Dans le Prodromus philosophiae instaurandae (Compendium) , Campanella reprend la même doctrine -. Dans le De sensu rerum, où l'existence se détermine par la possession de la faculté de sentir, il attribue à l'espace une conscience identique à celle de la matière '. L'espace va-t-il donc devenir un être individuel ? — Ici il semble que Campanella subisse l'influence de la conception que non sans profondeur soutenait Patrizzi, inspiré d'idées néoplatoniciennes. Ce philosophe remarquait que l'espace ne saurait être compris dans les catégories : il ne peut en effet être l'attribut d'aucun sujet, et il ne fonde aucune « prédication », n'étant ni un genre ni une espèce, ni un individu. D'autre part il n'est pas un corps, mais tous les corps sont en lui. C'est un corps incorporel, et un incorporel corporel *. Dans la Philosophia rationalis, Campanella classe bien l'espace parmi les « prédicaments », mais il en fait un prédicament substantiel ; la matière n'est que la seconde substance, l'espace est la première ; il est même la substance au sens le plus rigoureux du terme, le sens étymologique : « substat, maxime substat ». En outre n'étant ni un genre, ni une espèce, il ne peut entrer dans une proposition à titre de prédicat ; seulement, étant une substance, il y entre à titre de sujet ^. Toutefois il n'est pas un individu ; il est la « base intérieure » des choses, avec lesquelles il entretient des rapports psychi-
1. Telesio, De rerum natura, 1586, lib. I, cap. XXVIII, p. 40 sq., et lib. I, cap. XXV et XXVI, p. 36 à 39. — Cf. Fiorentino, Telesio, *. I, p. 230 sq.
2. Prodr. Comp., p. 29 et 30. — Cf. Real. Phil. epilog., Physica, cap. I, art. I, p. 4.