‹ CampanellaChapitre 135 sur 300 · LA CONCEPTION DE L 'ESPACE · texte numérisé non relu

LA CONCEPTION DE L 'ESPACE

est doublement garantie: par l'existence d'idées qui leur correspondent dans l'entendement divine et par la réalité non moins certaine de l'espace ^ qui est la première de toutes les substances, et, — après Dieu et le monde des Intelligences, — le premier de tous les êtres.

Campanella ne s'arrête donc pas à la position idéaliste qu'il semblait avoir prise. A toute connaissance doit correspondre un objet externe. A la plus rigoureuse de toutes les connaissances, à celle qui conduit l'imagination humaine jusqu'à la notion d'infini, qui lui permet d'embrasser dans sa contemplation toute l'immensité du ciel, de mesurer les distances des astres et de fixer les dates certaines de leurs apparitions et de leurs disparitions, qui donne enfin à l'homme l'impression d'être lui-môme l'artisan de l'univers ^ il faut un objet digne d'elle, et dont le degré de réalité ontologique soit proportionné au degré de noblesse et de beauté des spéculations qu'elle enfante. Par sa théorie de l'espace, non pas encore dans le Prodromus, ni même dans la Realis philosophia, mais dans la Métaphysique, toute pénétrée parfois d'esprit intellectualiste et néo-platonicien, Campanella abandonne ou dépasse, sans pourtant les désavouer, les prémisses empiristes d'où il était parti, sur la piste de Télésio.

La difficulté était grande, pour l'auteur du « De rerum natura », d'expliquer l'espace abstrait après avoir renoncé à la théorie aristotélicienne du lieu. Il avait dû lui conférer une existence d'un genre spécial, impossible, tout comme celle de la matière, à percevoir par les sens. Antérieur à la masse corporelle qui le remplit, dénué d'activité, indifférent aux corps qu'il reçoit et qu'il pénètre partout en longueur, largeur, et profondeur, l'espace de Télésio est un réceptable incorporel qui, par son uniformité et son homogénéité, échappe

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