VALEUR DES THÉORIES PHYSICO-MATHÉMATIQUES
ques d'attraction : les êtres aspirent à se situer en lui, à s'y développer, et à s'y multiplier en le remplissant.
Tout le néo-platonisme mystique latent dans cette doctrine est amplement développé dans la Métaphysique. Dans ce livre, l'espace est présenté par Campanella comme immédiatement postérieur en dignité au monde des Intelligences {Mundus mentalis). Dans la hiérarchie des cinq mondes qui s'enveloppent et se pénètrent mutuellement : le monde archétype ou Dieu, le monde mental, le monde mathématique, le monde matériel, et le monde des corps distincts, il occupe, sous le nom de monde mathématique (Mundus ^naiheyyiaticus, seu spatium), une place intermédiaire entre l'esprit et la matière. Les âmes qui occupent le monde de degré supérieur l'embrassent, le pénètrent, et le divisent, mais lui-même embrasse, pénètre et divise le monde matériel. Ainsi pénétré par l'intelligence, grâce à l'action d'une imagination purement spirituelle, l'espace touche à la réalité divine ^ Dieu n'est pas en lui, mais il est en Dieu. D'autre part, pénétrant la matière, il est plus intérieur aux corps que les corps ne le sont à eux-mêmes ; par cet attribut, il se rapproche de la divinité, plus intérieure à nous que nous-mêmes, et il est pour le monde matériel ce que celle-ci est pour le monde des esprits 2. C'est ainsi que sa réalité substantielle fournit aux créations en apparence entièrement fictives des mathématiciens un fondement certain, inconnu du commun des savants '.
Est-ce à dire que les hypothèses mathématiques des astronomes et des physiciens soient des représentations adéquates de la réalité .3 II s'en faut. L'espace n'est pas tout le réel. Il est le réel avant l'apparition de la matière et des forces actives, et par suite son existence, si elle légitime la formation de théories construites du seul point de vue de la mesure et de la quantité, ne saurait néanmoins justifier une confusion entre le premier et le dernier degré de l'existence physique.
1. Met., pars II, p. 143-144, lib. VII, cap. V, art. V ; — pars II, p. ISS et 156, lib. VIII, cap. II, art. I et II ; — pars II, p. 248, lib. X, cap. I, art. XI.