‹ CampanellaChapitre 139 sur 300 · VALEUR DES THÉORIES PHYSICO-MATHÉMATIQUES · texte numérisé non relu

VALEUR DES THÉORIES PHYSICO-MATHÉMATIQUES

L'atomisme de Démocrite, le mécanisme, représentent des philosophies incomplètes qui s'arrêtent avant d'avoir épuisé toute la richesse du réel. — Les astronomes qui se contentent de représentations géométriques commettent la même erreur. « Ptolémée et les Egyptiens placent la terre immobile au centre du monde, le soleil dans la quatrième sphère, et ils admettent neuf sphères seulement, dont la première entraîne les autres du levant au couchant... Copernic, lui, est d'avis que la terre se meut dans la quatrième sphère, que le soleil est immobile au centre, et que la sphère étoilée est également immobile ; il donne aux planètes un mouvement unique du couchant au levant, mais comme, outre ce mouvement, la terre en a un autre du couchant au levant, accompli en 24 heures, toutes les étoiles semblent se porter du levant au couchant dans le même temps. Copernic ajoute à cela des mouvements de libration ; il imagine des excentriques et des épicycles ^ ». Entre ces deux hypothèses, laquelle choisir ? Celle qui permettra les prédictions les plus exactes. « L'astronomie pose autant de sphères qu'elle aperçoit de variétés de mouvements, et pourtant elle ne dit pas que les choses existent réellement ainsi, mais c'est ainsi qu'elle peut mener à bonne fin le calcul du mouvement céleste. De même elle suppose des excentriques, des épicycles, le mouvement de la terre, les librations, non pour les admettre à titre d'existences réelles, mais pour mesurer la variété des apparences 2. En effet, que l'on compte avec des petits cailloux ou avec des fèves, cela revient au même, sinon pour les choses nombrées, du moins pour le nombre ' ». — Ainsi, partis de principes différents, les astronomes font des calculs différents, mais tous annoncent quelque chose de vrai, et la foi en leur science vient de ce qu'ils savent, d'après leurs hypothèses, prédire les phénomènes célestes *. Eux-mêmes se résignent volontiers à ignorer le mode réel d'action des astres.

1. Met., pars I, p. 25, lib. I, cap. I, art. XII, Dubitatio duodecima.

2. Cf. Berkeley, Siris, traduction citée : § 228, p. 189 et 190 : « Ceux qui par le moyen d'cpicycles expliquaient le mouvement des planètes et leurs diverses apparences ne sont point censés avoir découvert quelque principe réel dans la nature ».

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