‹ CampanellaChapitre 169 sur 300 · I. — Etre et iso.n-être. L'Infinité divine · texte numérisé non relu

I. — Etre et iso.n-être. L'Infinité divine

La dualité de la connaissance, qui nous révèle celle de l'âme, n€ se comprend que si elle est l'effet de deux principes métaphysiques opposés : l'être et le non-être. Aussi bien cette explication est-elle requise, pour des raisons identiques, par la physique et par la logique. La physique voit dans les phénomènes l'action de deux natures opposées : le froid et le chaud, et bien que Campanella accorde à la première l'activité et le sentiment aussi bien qu'à la seconde, néanmoins il a incliné parfois à l'identifier avec le non-être, tandis qu'il rapprochait davantage de l'être pur cette chaleur que le soleil engendre, et à laquelle l'esprit vital doit toute sa puissance.

La signification métaphysique de la logique est la même que celle de la physique. Télésio avait déjà admis qu'il y a autant de sortes de syllogismes qu'il y a d'espèces de ressemblances entre les êtres ^ Mais aucune ressemblance ne peut être déterminée sans une délimitation corrélative des dissemblances, et la définition, but et couronnement de toutes les sciences, se fait par les similitudes et les dissimilitudes essentielles : elle indique ce que l'être est, et en même temps ce qu'il n'est pas ; elle assemble donc l'être et le non-être'^. Or, comment concevoir l'être et ses rapports avec ce qui n'est pas l'être .^ Surtout, pourquoi déterminer l'Etre comme absolu, infini et parfait.»*

La réalité du non-être est prouvée par l'existence des êtres

i. Tplesio, De rerum natura, 1586, p. 320.

2. Met., lib. II, cap. III, art. III et IV, pars I, p. 103 et 109. — Cf. Phil. rat., Logica, p. 294.

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particuliers. Chacun d'eux, comme il est dit dans le Sophiste de Platon \ est composé d'une dose finie d'être et d'une dose infinie de non-être ^, car chaque être est lui-même, et en même temps il n'est pas tous les autres êtres. S'il n'y avait pas de non-être dans l'être particulier, il serait Dieu, étant tous les autres êtres, et tout l'être ; partie, il serait égal au tout. De plus, si chaque être s'identifie aux autres par des ressemblances, c'est en tant qu'être ; mais s'il s'en distingue par des dissemblances, c'est en tant qu'il possède en lui du non-être. Le non-être a donc une réalité indéniable : c'est la réalité de la distinction, de la singularité, et, si l'on prend être au sens de perfection, la réalité de l'impuissance, de l'ignorance et de la haine ^. — La dualité de notre âme, et celle de la nature, sont alors intelligibles. Dieu est dans les choses, et dans notre âme, en tant que les choses et notre âme participent de l'être, mais il n'est pas dans le non-être des choses et de l'âme. Intérieur à la nature, il n'est pourtant pas circonscrit en elle ; le fini ne peut comprendre en iul l'infini.

C'est de cette manière que la philosophie démontre l'infinité divine. Le non-être devant être entendu non au sens physique, comme un pouvoir réel, mais au sens logique, comme l'expression de la catégorie de la négation, l'Etre qui est purement et simplement l'être, c'est-à-dire l'Etre absolu, ne saurait être limité ni empêché par rien. « Ce qui est absolument l'être contient et enveloppe les êtres de tout genre ; mais lui-même ne peut être environné de néant ; le néant en effet n'est pas, ni dans l'âme, ni en dehors de l'âme ; il faut donc que cet être soit sans mesure ; il est donc infini, immortel comme nous le disions, et immense » *.

Il s'ensuit que déterminer la nature de Dieu, ce serait nier qu'il soit vraiment l'Etre. Toute détermination est une néga-

1. Sophiste, 256 E : Yls.pl k'y.aaTOv à'pa to)v î'.Bwv ircXù [j-év ètJTt xo cv, «Teipsv $è ■Kkrfiv. to \).r, :v.

2. Met., lib. VI, cap. III, art. I, pars II, p. 11 ; Entia finita componi ex ente finito et Nonente infinito.

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