‹ CampanellaChapitre 272 sur 300 · Met., pars III, p. 18'J, lib. XV, cap. YIII, art. IV · texte numérisé non relu

Met., pars III, p. 18'J, lib. XV, cap. YIII, art. IV

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mental, si fécond et si étendu qu'on le conçût. Une affirmation énergique et intransigeante du mécanisme était nécessaire : or nous savons combien cette doctrine était contraire à l'esprit et à la lettre du système de Campanella.

Et maintenant sans doute on pourrait encore s'étonner à bon droit que la métaphysique et la philosophie religieuse de Campanella, avec leurs doctrines parfaitement déterminées et précises sur tous les problèmes de religion, de métaphysique et de science qui préoccupaient ou passionnaient les esprits au XVIP siècle, n'aient pas, dans les dernières années de sa vie et après sa mort, excité davantage l'intérêt, recruté plus de partisans, ou rencontré plus d'adversaires. Mais cette indifférence Tlu public intellectuel, au moment où il subit l'attrait puissant des méthodes nouvelles créées par Galilée, puis par Descartes, n'est-elle pas facilement explicable si l'on réfléchit aux conditions dans lesquelles paraissent coup sur coup à Paris les grands ouvrages de notre philosophe ? Lorsqu'il n'est plus là pour propager son enseignement et en renouveler l'intérêt par des discussions, ou par une correspondance suivie avec les savants et les érudits, qui peut avoir le courage de lire jusqu'au bout les énormes in-folio des Disputationes et de la Métaphysique, écrits dans un latin incorrect et barbare, mal rédigés, mal composés, où les chimères cosmiques et religieuses s'amalgament étrangement avec des idées modernes ?

Telles sont les causes principales de l'oubli dans lequel tombèrent rapidement le nom et surtout l'œuvre de Campanella. Mais à ces causes il convient d'en ajouter une autre. Le développement de la science n'a jamais été le but principal des spéculations de Campanella, dont la destination était essentiellement religieuse et politique. C'est pourquoi du reste, tant en France qu'en Italie, sa réputation lui venait moins de ses ouvrages théoriques que de ses démêlés avec l'Eglise, de ses procès et de sa longue prison, de ses pratiques astrologiques, reprises vers la fin de sa vie à la cour de Louis XIII et devant le berceau même du Dauphin, de son hostilité contre l'Espagne et de ses vastes projets politiques par lesquels s'expliquait toute son activité. L'astrologue, l'auteur de la Monarchie d'Espagne, de l'horoscope du jeune Louis XIV, et de VEcloçia in portentosam Delphini Natlvitatem, effaçaient et faisaient

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oublier le philosophe. — Or, dans cet ordre particulier d'idées, la propagation de la pensée de Campanella et le développement de son influence sont incontestabiement entravés par les multiples contradictions et palinodies, tant politiques que religieuses, auxquelles les circonstances malheureuses de sa vie l'avaient contraint. Ses contemporains souvent ne savent guère à quoi s'en tenir sur ses opinions véritables. Mersenne lui-même est à ce sujet très perplexe. Est-il vraiment un hérétique ? Beaucoup le croient. Mais beaucoup aussi, parmi les protestants surtout, le considèrent comme un catholique sincère et convaincu. D'autres refusent de le prendre au sérieux et condamnent ses extravagances et la mobilité de ses opinions. Quelques-uns seulement connaissent le fond de sa pensée, et sont en mesure de comprendre la signification véritable de sa philosophie religieuse. — Campanella paie ainsi d'un amoindrissement incalculable de crédit et d'autorité les feintes et les volte-face qui l'ont aidé à échapper aux mains de ses bourreaux et, malgré les suspicions les mieux fondées, — accompagnées du reste de persécutions ou de tracasseries, — à se faire tolérer au sein de l'Eglise catholique.

En fait, a-t-il eu des disciples réels, adoptant et professant ses doctrines, de la même manière qu'il s'était rallié lui-même à celles de Télésio ? Quelques-uns sans doute, de son vivant, mais sans qu'on puisse dire qu'il ait vraiment fait école. En eut-il qui lui survécurent ? Fiorentino cite Tommaso Corneîio, de Cosenza. Seulement, il faut croire que ce compatriote de Télésio, fondateur de l'Académie des « Investiganti », songe à se réclamer de la philosophie du De rerum natura juxta propria principia plutôt que de celle du De sensu rerum et magiâ, puisqu'il se plaint dans un de ses écrits de ce que les disciples de Télésio bornent leur préoccupation aux chimères de la divination, et s'intéressent, plus qu'à toute autre chose, aux moyens de se concilier l'amour, de découvrir les trésors cachés, de déceler enfin, par la magie, tout ce qu'il y a dans les choses de caché et d'enveloppé ^ Au moins ces plaintes nous

1. Cette plainte est exprimée (p. 416-417) dans l'ouvrage intitulé : Thomae Cornelii consentini Epistola subdititia Marci Aurclii Severini n<} Timaeum Locrensem nomine conscripta, Neapoli, 168S. — Nous empruntons ce renseignement à Fiorentino, Telesio, t. I, p. liil.

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apprennent-elles que la magie naturelle, prônée par notre auteur, conserve après lui des partisans, mais aucun sans doute ne jouit de quelque notoriété, aucun ne développe des pensées originales, et il est assez curieux que le seul de ses disciples qui ait laissé un nom et des écrits : Tommaso Cornelio, soit précisément celui qui avait jeté par dessus bord le fardeau encombrant de philosophie occulte qui, au temps de Descartes, empêchait les esprits sérieux de se rallier aux doctrines de Campanella. Grâce à lui du reste, dans la première moitié du XVIP siècle, c'est la pensée de l'auteur du Discours de la Méthode ^ qui dans le sud de l'Italie captive l'attention des savants et des lettrés. Ailleurs c'est Descartes encore ou Gassendi, et par Gassendi Lucrèce ; ce n'est pas Campanella ^. Concluons donc qu'à prendre les mots dans leur sens plein et précis, notre philosophe n'a pas réussi à fonder vraiment une école. S'ensuit-il que sa doctrine n'ait exercé aucune influence appréciable sur le mouvement des idées ? Nous croyons au contraire que de cette influence, combinée le plus souvent avec celle de Télésio et de Giordano Bruno, on peut relever des traces importantes dans la pensée du XVIP siècle, et nous nous inscrivons en faux contre le jugement de Hegel constatant sèchement dans son Histoire de la Philosophie que les spéculations de Campanella n'ont par la suite porté aucun fruit (nichts fruchtbringendes zur Folge) ^.

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