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LA LUTTE CONTRE LA 5C0LASTIQUE

la grande école sérieuse, l'école scientifique, celle qui s'cuvre par le génie de Léonard de Vinci, se continue par les Aconzio, les Erizzo, les Jordano Bruno, les Paul Sarpi, les Télésio, les Campanella, et se consomme par le génie de Galilée » ^ — Nous ne reviendrons pas, pour les avoir indiquées en leur lieu, sur les très sérieuses réserves que doit comporter cette affirmation : celle-ci pourtant, si elle n'exprime exactement ni la signification positive de l'effort philosophique de la Renaissance, ni surtout les tendances véritables de la personnalité d'un Bruno ou d'un Campanella, donne du moins de la portée historique de leur oeuvre négative une idée qui en fin de compte se trouve juste.

Pour assurer le triomphe de la science de Vinci et de Galilée, il ne suffisait pas en effet d'opposer à un péripatétisme vieilli, mais défendu par tous les grands corps officiels de l'Eglise et de l'Etat, des découvertes authentiques et des méthodes dont le succès attestait la légitimité et démontrait la fécondité inépuisable. En un temps où la physique n'était pas constituée en discipline autonome, et où l'autorité d'Aristote, acceptée par l'Eglise, couvrait des doctrines opposées à l'observation de la nature, il était nécessaire d'attaquer de front tout le système doctrinal auquel s'intégrait la science proprement dite. Il fallait bannir le miracle, affirmer contre le dogmatisme religieux les droits de la libre recherche, soustraire à la juridiction de la théologie le domaine des vérités d'expérience, enfin construire sur la base de principes nouveaux une nouvelle théorie de la connaissance, plus favorable à l'empirisme que les spéculations abstraites de la scolastique. Cette quadruple tâche, on sait comment la philosophie naturaliste de la Renaissance a su la remplir ; et nous pensons avoir établi combien considérable et méritoire a été la contribution de Campanella à cette grande œuvre. Dans les premières années du XVIP siècle, pour travailler, comme dit Naudé, à « la ruine de ce grand bâtiment » qui est la physique d'Aristote, ce n'est pas trop de « cet essaim de novateurs qui se grossit de jour à autre sous la conduite de Télésio, Patrice,

1. Ernest Renan, Averroës et l'Aierroïsme, Paris, Calmann-Lévy, p. 41i.

Campanella, Verulamius, Jordan Brun et Basson » ^ ; el le procès de Galilée, comme l'arrêt antérieur du Parlement de Paris (1624), interdisant sous peine de mort les nouveautés doctrinales, montre assez la fermeté de la résistance que l'autorité officielle s'était décidée à opposer à toute tentative de réformer la physique. Que maintenant les protestations de Campanella, comme avant lui celles de Giordano Bruno, aient éveillé quelque écho, et contribué même à modifier les idées des théologiens dans un sens plus favorable à la liberté des recherches expérimentales, nous n'en voulons qu'une preuve : dans la préface des Quaestiones celeberrimae in Genesim (1623), Mersenne déclare accepter et faire sienne la conception des droits de la science exposée dans VApologia pro Galilaeo.

Pourtant, c'est le même Mersenne qui, dans le même ouvrage, et dans plusieurs autres, prend violemment à partie l'impiété du panthéisme ou du naturalisme de Pomponace, de Cardan, de Giordano Bruno, et de Campanella lui-même, devenu plus tard son ami, quoiqu'il ait menacé, en 1623 et en 1624, de révéler son incrédulité ^. Comment s'expliquent ces attaques ?

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