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naturelle; bien plus (il le reconnaît dans le De sensu renim), il a été tenter de nier même le libre arbitre, et d'adopter l'idée de la transmigration des âmes ^ Rien de plus caractéristique, on nous l'accordera, que de semblables déclarations, relatives à des dogmes dont l'adoption ou le rejet, suivant les cas, lui avaient paru être des conditions fondamentales de cette réforme idéale de la République chrétienne en vue de laquelle en 1599 il s'était préparé à combattre aux côtés des Turs : Campanella parle maintenant de doutes et difficultés ; les témoins au procès parlaient d'hérésies ouvertement professées ; la distance peut être aisément franchie, si l'on songe qu'en 1604-1605, le philosophe, prisonnier et avide de recouvrer sa liberté, ne pouvait se résoudre à confesser toute sa faute.
Si, d'autre part, nous examinons les circonstances qui ont décidé Campanella à reconnaître partiellement ses erreurs passées, la sincérité de sa prétendue conversion va nous apparaître singulièrement suspecte. Ce sont les fouets de la torture qui l'ont ramené, dit-il, à la voie du salut et à la connaissance des choses divines 2; et c'est aussi l'expérience religieuse de l'extase qu'il avait d'abord considérée comme une illusion de l'imagination, et qui maintenant, après beaucoup de larmes et de malheurs, dûs aux embûches du démon, lui procure, grâce à la miséricorde de Dieu, la certitude et la consolation d'une illumination ineffable^. Voilà pourquoi
1. De sensu, 1637, lib. II, cap. XXV, p. 91 ; — édition de 1620, p. 153 Conati sunt daemones suadere mihi transniigrationem animarum et in homine liberum arbitriiim non esse. — Cf. Ath. tr., 1036, c.ip. X, p. 161 : « Multique [daemones] apparuerunt, sed paulatim ad niasis falsa pertrahere conati sunt idiotam adolescentem [cette fois il s'agit non plus de lui-même, mais de son compagnon de geôle Felice Gagliardo, vide infra], scilicet non extare inferos, et animas migrare de corpore in corpus, etiam brutarum et plantarum... Nec liberum arbitrium esse in homine ».
2. (( Quapropter novani condere metaphysicam statuimus, post ubi a Deo errantes per flagella reducti sumus ad viam salutis et cognitionera divinorum ». {Met., pars I, p. 5, prooemium). Cette abréviation : Met., désignera dorénavant la Métaphysique de Campanella : Thomas Campanellae Universalis Philosophiae seu lyietaphysicarum rerum juxta propria dogmata partes très, libri XVIII, Parisiis, 1638.
3. Met., pars II, p. 150, lib. VII, cap. VI, art. II : Utque ego fatear meam insipientiam, longo temporc de his dubitavi, ac illusiones ima-
il a fondé une nouvelle métaphysique, dans laquelle il attribue à l'âme immatérielle (mens) des fonctions éminentes que le naturalisme de Télésio lui refusait, et voilà comment aussi il a pu résoudre les nombreuses difficultés signalées dans VAtheismus triumphatus et qui l'empêchaient d'adhérer de plein cœur aux mystères de la foi chrétienne. Une extraordinaire histoire d'évocation de démons, qui lui ont révélé mille choses sur la ruine prochaine de Venise, le changement de pape et les destinées de l'Eglise, mais dont les fallacieuses promesses de science et de liberté ont réussi à le tromper pendant deux ans, telle est l'explication que dans l'entrevue de 1603, les lettres de 1606 \ ainsi que dans VAtheismus triuyyiphatus^, et dans un passage du De sensu rerurn^, Campanella prétend donner des erreurs et des fautes commises pendant les premières années de sa captivité. Quant aux hérésies enseignées en 1599, il ne les avoue pas encore, se contentant de reconnaître qu'il a pu abuser des dons supérieurs de miracle et de prophétie qu'il avait reçus de Dieu par un privilège spécial. Or, cette explication fabuleuse, et qui devait prêter à rire venant de la part d'un homme accusé de ne pas croire à l'existence du diable, Campanella la destine, comme l'a démontré Amabile, non seulement à donner une base précise à ses prédictions et à l'affirmation de sa conversion et de son pouvoir de thaumaturge, mais encore à se prémunir contre les funestes effets des révélations possibles de son compagnon de geôle Felice Gagliardo, sur les entretiens compromettants tenus avec lui en juillet et en août 1603, et sur les pratiques magiques
ginativae esse fortasse opinabar. Cuni post multas calamitates coactus sum ad Deum redire ex toto corde, et post lachrymas multas, et miserias in quas ex parte incidi daemonis dolis vexatus, in has consolationes, et illuminationes, Deo miserante deveni.
1. Amabile, Cast., t. I, p. 16 sqq ; — lettre au pape Paul V du 13 août 1606, publiée par Centofanti : T. Campanella e alcune sue
lettere inédite, Archivio storico italiano, s. 3». 1866, IV, parte 2" ;
lettre au cardinal San-Giorgio du 30 août 1600, publiée par Amabile, Cong., t. III, doc. 520, p. 396-602.