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V. — Mais, demandai-je, qu’est donc le livre des Mormons

« Le livre des Mormons, me dit mon interlocuteur en prenant le ton grave et recueilli d’un prédicateur en chaire, est l’histoire sacrée des anciens peuples d’Amérique, comme la Bible contient l’histoire des nations anciennes du monde. Ce livre contient aussi l’Evangile de Jésus-Christ. Le livre des Mormons est plus clair que l’Evangile et que la Bible et plus facile à comprendre parce qu’il a été traduit par le don et le pouvoir de Dieu lui-même. Le livre des

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Mormons raconte que, au temps de la tour de Babel, Jared et son frère Mormon obtinrent qu’il n’y eut pas confusion dans leur langage, et ils furent avec quelques autres conduits par le pouvoir divin en Amérique sur des vaisseaux ayant une forme particulière. Leur nombre augmenta, mais ils s’adonnèrent aux vices et aux crimes et furent détruits par les guerres civiles seize cents ans après (six cents ans avant Jésus-Christ). A cette même époque Sohi, qui vivait à Jérusalem sous le règne de Sédéchias, vint en Amérique. Il traversa l’Arabie, suivit les bords de la Mer Rouge, le Chili, et arriva en Amérique du Sud. Ici ses enfants se divisèrent en deux peuples, les Néphites et les Lamanites. Les Lamanites se pervertirent s’adonnèrent à l’idolâtrie, à la barbarie, et Dieu leur donna une peau brune pour les distinguer des Néphites. Il suscita chez ceux-ci des prophètes pour appeler les peuples au repentir et proclamer la venue du Rédempteur. A l’époque de la naissance de Jésus on nota des signes remarquables de sa venue en Amérique. Il y eut pendant deux jours et une nuit une lumière continuelle et il survint une nouvelle étoile. De nombreuses conversions se firent. Le jour où Jésus fut crucifié une tempête détruisit plusieurs cités. Jésus apparut ensuite et établit son église en Amérique. Pendant quatre cents ans la paix et la prospérité régnèrent. Les Néphites se pervertirent aussi, furent détruits par les Lamanites, les Indiens d’à présent. Ceux-ci, dit le livre, après quelques générations, redeviendront civilisés et ne seront plus maudits. Les ruines des palais, les vestiges du passé trouvés en Amé-

rique, prouvent l’authenticité du livre des Mormons qui donne la clef du mystère des anciennes races détruites.

(( Cette histoire écrite de la main de Mormon, ancien prophète américain, sur des plaques en métal, fut transmise par Mormon à son fils Moroni, qui, avant de mourir, cacha ces plaques dans la terre. En 1827, un ange remit à Joseph Smith le précieux dépôt, pour accomplir les prophéties (Apocalypse, xiv, 6 et 7). Jean Smith traduisit le livre en anglais. On dit que les plaques étaient écrites en égyptien réformé, ce qui est réfuté par un grand nombre de savants. Pour prouver la vérité de leur doctrine, les Mormons font observer que les Indiens ont des rites et, dans leur culte, des réminiscences des cérémonies et croyances du culte juif. Les Indiens disent qu’il existait autre fois un livre perdu dans un temps très ancien, que ce livre serait retrouvé, qu’autrefois les anges parlaient aux hommes et que ces tribus descendaient d’un seul homme qui avait eu douze fils. Ils croient au don de prophétie, à l’intervention miraculeuse et à beaucoup d’autres croyances analogues à celles de la religion judaïque. On retrouvait chez les Indiens les sacrifices de l’ancienne religion juive. La victime devait être blanche ; ils dansaient et chantaient autour du sacrifice et dans les chants on pouvait entendre le nom de Jéhovah. Ils appellent le Grand- Esprit A-la-helem (1) et on entendait souvent dans leurs hymnes le mot halleluya, comme dans les chants liturgiques de l’église catholique. Ils ont

(1) Synonyme de l’Eternel en yedish.

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une arche d'alliance, un vaisseau sacré pour lequel ils professent le plus grand respect. Gomme les Juifs, ils le transportent pendant leurs guerres et ils disent que deux personnes, ayant un jour considéré l’arche, tombèrent frappées de cécité.

« Ils ont des grands-prêtres et des prophètes ordonnés par Fonction ; dans leur temple il y a le lieu très saint, dans le saint des saints,' comme le sanctuaire des Juifs, et l’archimage porte, en imitation du pectoral ancien, une conque marine blanche ornée de manière à ressembler aux pierres précieuses de FUrim. Au lieu delà plaque d'or sur le front du lévite, l'Indien porte une couronne de plumes de cygne et une touffe de plumes blanches appelée yatira. L’arche n'est jamais posée à terre. La précieuse coquille repose, durant les combats, sur des pierres ou sur les bûches de bois sur lesquelles les Indiens s’assoient. On sait que l’arche des Juifs ne devait jamais non plus reposer sur le sol.

« Le livre des Mormons enseigne que l'Amérique fut peuplée par deux races différentes. La première vint au moment de la confusion de la tour de Babel, la deuxième est une partie de la postérité de Joseph, sortie de Jérusalem aux jours de Sédéchias, roi de Juda. Il est dit aussi, dans le livre, que l’Amérique fut habitée par un peuple plus ancien et que les pyramides de Tholib et de Palarque ne sont pas l’œuvre des Juifs. Le livre des Mormons parle d’une race idolâtre, faisant des sacrifices humains, détruite par la guerre. Le Yucatan est la tombe de cette nation passée mystérieusement sans laisser d’histoire. Les forêts contiennent des peuples avec des symboles des

religions éteintes, les cités en ruines témoignent la grandeur de leurs fondateurs. On trouve des collines qui ne sont que des tombeaux gigantesques de ces races illustres sans nom ni épitaphe. Les Indiens ne parlent qu’avec terreur de la tradition de ce peuple féroce, qui faisait des sacrifices humains et qui fut exterminé par les ancêtres des Indiens. Cette terreur des indigènes guide les conjectures pouvant être faites sur la manière dont les anciens habitants du Yucatan furent effacés du nombre des vivants. D’après le livre des Mormons ce peuple fut exterminé dans le défilé étroit qui sépare l’Amérique du nord de l’Amérique du Sud. Là est Yucatan.

« Les écrivains Favey et de Gasparin ont été très acharnés contre la doctrine des Mormons. Favey reproche au livre des Mormons de dire que les premiers peuples d’Amérique, dans leur exode, se servirent de la boussole, qui ne fut inventée que plusieurs siècles plus tard. Il est dit, répondent les Mormons, que l’on se servait alors d’un instrument fait de deux aiguilles posées sur un rond de bois, dont l’une se dirigeait du côté où les voyageurs devaient aller, et que l’intervention miraculeuse pouvait seule constituer ce fait ; mais qu’il n’était pas le moins du monde parlé de boussole dans le livre de Mormons. »

VL — Ce qui a fait le renom des Mormons, c’est l’institution de la polygamie. Elle ne se. pratique plus aux États-Unis depuis 1890, date à laquelle l’état de l’Utah entra dans la confédération. Avant cette époque voici ce que disaient les Mormons pour justifier cette mesure : Selon les Mormons la polygamie fut autorisée par Dieu lui-même et ordonnée

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aux membres de l’Église des Saints des derniers jours, suivant les révélations faites au prophète Joseph Smith (12 juillet 1843). L’Église a pour but de préparer le royaume de Jésus-Christ sur la terre. Le noyau de la grande nation sur laquelle Jésus-Christ viendra régner se trouve dans le territoire de TUtah (Etats-Unis) . La polygamie doit y être mise en pratique parce que là, la loi religieuse est d’accord avec la loi civile. La polygamie était donc, pour les Mormons, restreinte dans les limites de ce territoire, mais elle est interdite aux Mormons, dans les nations étrangères, sous peine d’être retranchés de l’Église. Ce principe n’est applicable que chez eux et ils doivent respecter les lois des autres pays.

En 1851, le Corps législatif de l’Utah votait ses propres lois. Voici quelques-unes de celles qui ont régi les Mormons pendant longtemps.

1° Celui qui aura connu par violence une personne de dix ans ou au-dessus sera puni de l’emprisonnement à vie ou au moins pour une durée de dix ans.

2® Celui qui aura violenté une femme contre sa volonté, pour lui ou pour un autre, sera condamné à cent dollars d’amende ou à un emprisonnement de dix ans ou aux deux, suivant la décision de la Cour.

3® Celui qui aura un commerce illicite avec upe femme en la mettant en état de stupéfaction ou de faiblesse par un narcotique sera condamné aux mêmes peines que celui qui aura commis le crime de viol.

4® Celui qui aura violé une femme non mariée et chaste sera condamné à une amende de cent à mille dollars.

5° Celui qui aura attenté à l’honneur d’une femme sera condamné à un emprisonnement de dix ans, et à une amende fixée par la cour ou aux deux peines réunies.

6® Celui qui sera coupable d’adultère sera condamné de trois ans à vingt ans d’emprisonnement et à une amende de trois cents à mille dollars ou aux deux peines réunies. Il ne sera fait nulle poursuite s’il n’y a aucune plainte de la part du mari ou de la femme. Si des deux une est mariée, toutes deux sont coupables d’adultère et punies comme telles.

7° Si un homme et une femme vivent ensemble d’une façon dissolue, si l’un ou l’autre se rend coupable d’exposition déshonnête de sa personne ou d’autrui, il sera condamné de six mois à dix ans de prison ou à une amende de cent à mille dollars ou aux deux peines suivant la décision de la cour.

8" Celui qui aura organisé une maison de prostitution sera condamné à cinq mille dollars d’amende ou à un à dix ans d’emprisonnement ou aux deux peines. En cas de récidive les peines pourront être doublées.

9° Celui qui aura attiré une femme dans une de ces maisons sera puni d’une amende de cinq à dix dollars et de prison suivant la décision de la cour.

10® Celui qui, par des pamphlets, des chansons, des livres ou des journaux aura fait outrage aux bonnes mœurs pourra être puni de quatre mille dollars d’amende.

VI. — La polygamie, lorsque les Mormons la pratiquaient, était fort rare. On comptait deux ou trois polygames pour cent individus. Il fallait avoir

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assez d’argent pour entretenir deux ou trois ménages et se livrer à ce luxe. La polygamie a été abolie en 1890. Depuis cette époque une récompense de soixante-cinq mille francs est offerte par les anti- Mormons à celui qui pourra prouver qu’un sectaire s’est marié une seconde fois, sa première femme étant en vie. Ce cas ayant fait totalement défaut, la récompense n’a pu être donnée et ne pourra l’être probablement jamais (1).

Il n’y a donc jamais eu de Mormons polygames au Canada.

(1) Voici quelques fragments d’une lettre tirée de la correspondance de deux femmes mormones mariées au même époux et séparées au moment des persécutions de 1847.

« Chère et Men-aimée sœur,... Cette maison que je vais quitter bientôt est sombre depuis votre départ, le jardin est si triste que je ne puis m’y reposer sans verser des' larmes. Mais bientôt, j’espère, nous serons réunis dans le nouveau foyer que Dieu nous con- 'cédera, auprès de notre cher époux, entourées de nos enfants. Quelle paix nous aurons alors après les' tribulations passées, ma compagne, ma sœur !... Nos préparatifs sont faits, bientôt j’accomplirai aussi ce pèlerinage pour lequel vous êtes partis... J’ai préparé des vêtements, du linge pour nos enfants... Prions pour que la vraie lumière éclaire ceux qui nous persécutent... Les femmes des Gentils ne nous comprennent point. Elles nous méprisent parce que nous appartenons à un même époux. Mais n’est-ce point là la famille instituée selon la vraie loi du Seigneur ? Ne vivons-nous pas comme “Lia et Rachel, les douces épouses de Jacob, dans la paix avec celui que nous aimons. Comment ne point chérir les sœurs qu’il nous donne parce que son cœur les a choisies? »

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