LES MORMONS AU CANADA
I. Les Mormons dans le sud de l’Alberta. — II. Visite d’une de leurs villes. — III. Organisation sociale des Mormons. — IV. La religion des Mormons. — V. Le livre des Mormons. — VI. Polygamie.
1. — Pendant mon voyage dans le sud de T Alberta j’ai fait une excursion aux environs de Lethbridge, dans la région colonisée par les Mormons où les cas de dourine (1) avaient été particulièrement nombreux.
Cette région fertile manque un peu d'eau ; celui qui a eu l’idée de la coloniser a d’abord pensé qu’il pourrait être utile d’y attirer des Français et, pendant deux ans, des négociations ont été faites avec les habitants de la région de Banyuls, qu’il considérait comme étant au courant des choses de l’irrigation. M. Magrath (2), n’ayant pu attirer des
(1) Avarie du cheval. Voir chapitre XL (2j Fondateur de la ville de Magrath.
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Français de ce côté-là, eut Tidée d’aller à Salt-Lake- City demander aux Mormons de venir coloniser le pays.
Le 14 septembre 1906, je partais de Lethbridge parle train de 7 h. 30 du matin, qui devait me conduire à Magrath. Deux jours avant mon départ, j’avais reçu du bishop Levi Harker, le grand chef des Mormons, une lettre en réponse à la mienne, où je lui demandais si je pouvais visiter son seulement. En quittant Lethbridge, je lui téléphonai pour l’avertir de ma visite pour le lendemain.
A la gare, je trouve Thon. Finley, ministre de l’Agriculture de l’Alberta; il va à Raymond inaugurer la foire de cette ville, bâtie par les Mormons et située à quarante kilomètres de Magrath. Ce même ministre est venu, il y a huit jours, me rencontrer à la gare de Médicine-Hat, où il était de passage. Au moment où nous partions de Lethbridge, je le retrouve en voyageur, sa valise à la main, son billet de chemin de fer à son chapeau comme nous tous. Nous causons, il est question de la dourine.
Me voilà dans le train qui me mène à Magrath, où j’arriverai à neuf heures. Autour de moi, je vois de nombreuses familles. Ce sont des Mormons, je suppose. Il y a des mères qui allaitent leurs enfants, d’autres plus grands les entourent ; trois ou quatre de différents âges sont? auprès de chaque femme. Ils sont jolis en général et paraissent forts et bien portants. Je fais des avances à une petite fille blonde. Elle minaude un peu, baisse modestement ses yeux bleus, me regarde en dessous et se retourne de temps à autre. Bref, je l’occupe beaucoup et, du reste, je
m’occupe beaucoup d’elle. La mère, qui s’esl aperçue du manège, sourit. Je lui parle. Elle me dit que sa fillé a quatre ans. Elle est belle et forte pour son âge.
Au dehors, la prairie se déroule sans fin. Elle est moins mouvementée qu’autour de Lethbridge ; il n’y a pas d’arbres, mais la campagne est bien cultivée : des champs à perte de vue, du blé, des vraies plantations de betteraves; c’est, du reste, le pays des sucreries. Au loin, àplus de quatre-vingts kilomètres, les Montagnes-Rocheuses, au sommet couvert de neige.
IL — Le train ralentit sa marche, nous arrivons. Une de nos voyageuses salue de la main un homme qui est sur la route, puis se retourne en rougissant. — (( Magrath I ! » Je descends. Lévi Harker est là, il m’attend. 11 me présente un Anglais, très au courant, me dit-il, des cas de dourine qui ont eu lieu dans le pays.
Je demande à cet Anglais s’il est Mormon, il me répond qu’il est méthodiste, mais que, malgré les différentes confessions auxquelles ils appartiennent, tous les habitants du pays vivent ensemble en bonne intelligence.
A Magrath, dans cette ville vieille de six ans, il y a 1.265 habitants, sur lesquels cent environ ne sont pas Mormons. Je retourne auprès du bishop, auquel je dis que je ne suis pas seulement venu pour l’étude de la dourine, mais aussi, en grande partie, pour voir les Mormons. Je lui exprime mon désir de ne pas passer ma journée entière avec un méthodiste, malgré toute l’aménité de celui avec lequel il a bien voulu me mettre en rapport. Il m’a compris. Il me
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présente alors à un jeune homme qui paraît avoir vingt-deux ans. C’est un missionnaire mormon; il parle le français, a été en mission en Belgique et en Suisse, où les Mormons ont des adeptes. Je ne me sens pas d’aise, tant je suis content de ne pas visiter cette ville de Mormons avec un méthodiste, et lui demande de rester avec lui les heures que je passerai à Magrath. Il m’engage à monter dans la voiture du méthodiste et me prévient qu’il viendra me prendre dans une heure pour m’amener déjeuner dans sa famille. Je vais enfin voir un intérieur de Mormons, y vivre quelques heures. Je suis joyeux d’ajouter cet incident à l’imprévu de ma vie.
Je pars donc en voiture avec le méthodiste. Il s’occupe d'importation de fer et se plaît dans ce pays. « Les Mormons, me dit-il, sont de braves gens. Ici, les différents cultes ont leur temple où chacun se rend, mais c’est affaire de religion, sans aucune influence stir les questions commerciales. » Nous nous arrêtons devant un magasin, dans la rue principale de la ville. On y vend de tout : des chapeaux de femme, de la lingerie, de la mercerie, de l’épicerie. Le propriétaire a un cheval atteint de la dourine. Je demande s’il est Mormon (le propriétaire, pas le cheval); on me répond négativement. Il est anglican de la high church. H y a trois magasins comme le sien dans la ville, mais comme il cherche à satisfaire sa clientèle le mieux possible, il fait bien ses affaires. Aussi va-t-il mettre un peu plus de capital dans son commerce, afin de lui donner plus d’importance. Lui aussi se dit content d’être dans un pays de Mormons. Je demande à entrer chez le médecin de Magrath,
auquel je me présente. C'est un Anglais-canadien. Il me dit être le seul praticien de Magrath et se déclare très satisfait de son sort. Il a été autrefois passer trois ans à la Côte Occidentale d’Afrique et rit en pensant qu’il a pu avoir idée d’aller si loin chercher fortune, dans un si mauvais climat, alors qu’il était tout voisin du pays où il se trouve actuellement. 11 me donne quelques renseignements sur l’état sanitaire de la région ; celle-ci est très salubre. Dans cette ville si jeune, sur 1.265 habitants, il y a 574 enfants allant à l’école, c’est-à-dire âgés de dix à quinze ans. Les études comprennent six années de classe. Tous les habitants savent lire et écrire et, engénéraL ont de l’instruction.^ La religion des Mormons ordonne que ceux-ci soient instruits, et le père de famille doit veiller à l’exécution de ce commandement.
Il y a dans tout le Canada environ 10.000 Mormons, répartis dans sept petites villes dans le genre de Magrath, ayant de mille à quinze cents habitants. Les autres vivent dans la campagne.
L’état sanitaire de Magrath est remarquablement bon. On y remarque seulement la coqueluche (qui sévissait quelque peu au moment de mon passage) et les maladies de l’enfance. Le docteur a surtout à soigner des fractures, car les malades sont rares.
Les femmes ont ordinairement sept ou huit enfants; il est rare que ce nombre atteigne quatorze. Elles sont donc moins prolifiques que les Canadiennes-françaises. Les mères de vingt-et-un enfants et même celles dé dix-sept enfants seulement ne se rencontrent pas fréquemment ici comme dans la pro-
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vince de Québec. Mais ils sont, semble-t-il, plus résistants ; ils succombent moins souvent aux maladies de l’enfance, aussi les mères de nombreux enfants tous vivants sont légion. Moins rapprochés que dans la province de Québec, il y a, en général, entre les enfants, une différence d’âge variant de dixhuit mois à deux ans environ.
Après avoir causé avec mon confrère, j’abandonne mon méthodiste et me remets entre les mains du jeune Mormon, qui va me conduire chez ses parents. Mon rêve est satisfait! Je vais dans une famille de Mormons, je vais même y déjeuner!
M. Evans habite avec les siens un gentil petit cottage. Je suis reçu par son père et sa mère, auxquels mon guide me présente. Puis je vois arriver une grande jeune fille de vingt ans, sa sœur. Enfin défilent sept enfants. Le père exerce la profession de charpentier. Il me souhaite la bienvenue. Gomme il me sent curieux de tout, il me dit bientôt : « Demandez, nous serons trop heureux de vous répondre ; notre foi n’a rien de caché. On nous ignore, et nous avons besoin de nous faire connaître. J’espère que vous vous rendrez compte, en pénétrant dans nos familles, que nous sommes de braves gens. Nous cherchons à être honnêtes et suivons les préceptes de la Bible, où nous trouvons notre loi. »
Cette famille est remarquablement intelligente ; tous, ils sont aimables et ouverts. Le père est un homme d’énergie et de volonté. Cette journée entière n’a été, de ma part, qu’un long questionnaire, auquel les uns et les autres ont répondu avec beaucoup de tact. Voici le résumé de ce qui m’a été dit :
III. — « Comme vous Tavez vu vous-même, nous vivons parmi des membres de toutes les religions et nous les acceptons au milieu de nous. S’ils sont respectables, ils reçoivent un bon accueil. Nous avons un Chinois qui est confiseur ; c’est un brave homme chez qui nous allons volontiers. Mais si un Gentil (1) vient ici pour vendre des liqueurs, établir des jeux, nous le mettons à la porte, car nous ne voulons pas exposer nos enfants à ces tentations.
« A Salt-Lake-City, il y a des protestants, des catholiques, et toutes les religions s’y trouvent représentées. Au Parlement, nous nommons indifféremment des gens qui sont ou ne sont pas de notre confession. Il s’agit de politique et la religion n’a rien à y voir. Ici, au Canada, nous avons nommé, dans une partie de notre pays, un membre du Parlement qui est Mormon, mais à Magrath, par exemple, nous venons d’élire un Gentil contre un Mormon. Vous voyez que, contrairement à ce qui vous a été dit, nous ne favorisons pas plus qu’il n’est juste ceux qui appartiennent à notre religion.
« Il y a aussi aux Etats-Unis, dans l’Etat de rUtah, environ 300.000 Mormons. Salt-Lake-City a 70.000 habitants, sur lesquels on compte 55.000 Mormons. Il y a, dans quelques villes, de 5 à 6.000 Mormons sur 15 à 20.000 habitants; les autres sont cultivateurs et vivent dans la campagne. Dans le Sud de l’Utah, on cultive les fruits tropicaux,
(1) Les Mormons appellent ainsi les individus des autres cultes, comme les païens étaient désignés sous ce nom par les chrétiens ; ainsi, saint Paul qui le premier les évangélisa fut appelé LApôtre des Gentils.
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la vigne, etc. ; dans le Nord, on retrouve à peu près le même climat qu’au Canada. On s’occupe particulièrement de la fabrication du sucre de betterave. C’est en France que nous sommes allés prendre cette industrie. Partout, nous faisons de l’irrigation, dans les villes comme dans les campagnes. Nous sommes élevés dans l’idée que sans irrigation on ne peuirien obtenir. Dans Salt-Lake-City, de chaque côté de la rue, il y aune petite rivière le long de laquelle nous plantons des arbres. Les égouts sont sous la terre ; à la surface, l’eau est aussi pure que possible et destinée seulement à l’irrigation. Ici même, à Magrath, vous voyez ces ruisseaux, larges d’un mètre environ, de chaque côté des rues. Cette eau provient d’une source lointaine de plus de soixante milles anglais^ et va au loin, dans la campagne, arroser les pâturages et les cultures.
« Il y a six ans, les autorités de TAlberta vinrent à Salt-Lake-City nous parler de ce pays en nous disant qu’avecl’irrigation on pourrait peut-être obtenir beaucoup de cette région. Cent familles choisies vinrent ici ; elles eurent le terrain à quinze francs l’hectare. Ces cent familles furent suivies de beaucoup d’autres, et ce fut l’origine de la richesse de cette partie du Canada, où nous avons maintenant quatre villes, Stirling, Raymond, Magrath et Carlston.
« Cette année-ci, à Magrath, ont été plantés cinq cent mille arbres ; chaque propriétaire fut avisé, un certain dimanche, à l’église, du nombre d’arbres qu’il aurait à planter. Une commission avait demandé ces arbres, donnés gratuitement par le
gouvernement canadien, et la répartition avait été faite avec justice à chaque habitant. Nous continuerons ainsi à planter le même nombre d’arbres pendant quatre ou cinq ans, jusqu’à ce qû’il y en ait en quantité suffisante.
« Nous avons, comme vous le voyez, de grandes plantations de betteraves, et le sucre que nous fabriquons dans nos usines se vend maintenant dans tout
le Canada.
« Nos chefs, continua M. Evans, ne sont pas payés, nous avons tous un emploi dans l’Église ; même les enfants^appartiennent à une association qui s’occupe des jeux et apprennent à obéir et à commander.
« Ici à Magrath, par exemple, Levi Harker a été élu notre chef; il sera notre chef toujours, si nous sommes satisfaits de lui ; il s’est choisi deux conseillers et à eux trois ils dirigent nos alfaires. Ils ne touchent pas un sou et, par conséquent, doivent avoir un métier pour vivre. Mon fils a été envoyé en Europe comme missionnaire, c’est moi qui, pendant ce temps , lui ai donné de quoi vivre. Moi-même je suis allé en Angleterre et ai payé toutes mes dépenses pendant ce séjour. Ce que nous faisons pour l’Eglise doit être fait gratuitement. La récompense nous sera donnée après la mort. Nous devons travailler pour vivre et ne nous occuper des choses de l’Eglise qu’ après notre travail.
« L’argent que nous donnons à l’Eglise sert à construire les temples, à donner des fêtes aux vieillards , par exemple : quelle que soit la religion des vieillards âgés de plus de soixante ans, vivant dans notre territoire, nous devons, de temps en temps, leur donner
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du plaisir. Nous organisons des fêtes pour eux, on va les chercher en voiture et ils assistent aux dîners, aux concerts, etc.
(( Partout, et à Magrath en particulier, les femmes des Mormons sont constituées en comité. Ici, vingtcinq d’entre elles vont, tous les mois, visiter chacune des familles de la ville, riches ou pauvres sans distinction. Une femme voit bien des choses : elle peut donner des conseils, des secours en argent, même aux plus aisés, au moment d’une maladie, d’un accident, par exemple. Elles fournissent les gardesmalades, enfin, elles guident un peu ceux qui ne savent pas se guider eux-mêmes et ce sont les fonds de l’Eglise qui sont, pour cet objet, à leur disposition. Pour cela ces fonds peuvent être donnés aux riches qui en ont momentanément besoin, de rhême qu’aux pauvres.
« Chacun de nous, poursuit mon hôte, peut à un moment donné être prié parle chef pour venir donner des explications, les leçons dont la communauté a besoin, chaque dimanche, à la réunion hebdomadaire, par exemple. Pour cela, nous devons tous être aptes à discuter quelque peu la question théologie .
(c Les élèves des écoles publiques ont, en dehors des heures d’étude, une heure par jour d’enseignement théologique ; cet enseignement ne se donne pas pendant les heures de la classe et est facultatif.
(( Nous avons des missionnaires. Plus de mille des nôtres sont de par le monde à prêcher notre doctrine. Ce sont des personnes engagées dans différents métiers. Ils vont au loin porter la bonne parole, comme les premiers apôtres, ils ne reçoivent pas un
SOU de l’Église et font cela pour le bien général.
(( Le prophète mormon Joseph Smith est né le 23 décembre 1805, dans la ville de Pharon, dans la province de Clermont, aux Etats-Unis de PAmérique du Nord. En 1820, à l’âge de 14 ans, il eut une vision de Dieu et de Jésus-Christ à Manchester (État de New-York) pendant qu’il était en prière dans les bois. Plus tard il reçut fréquemment la visite des anges et eut plusieurs visions sacrées. Le 22 septembre 1827, un ange lui fît obtenir les plaques contenant le livre des Mormons . Elles étaient gravées de hiéroglyphes égyptiens et enfouies dans la terre par le commandement divin depuis quatorze cents ans. En 1829, ces plaques furent montrées par un ange à trois témoins ; puis, huit autres les tinrent en main et ce témoignage fut publié dans le livre des Mormons. Avec ces plaques, dans une boîte de pierre, furent trouvés un Urim et un Thummim consistant en deux pierres transparentes enchâssées, avec lesquelles Smith traduisit en anglais le livre des Mormons, par la volonté de Dieu. Le 15 mai 1825, Jean-Baptiste apparut à Joseph Smith et à Olivier Coroderi, leur imposa les mains et les ordonna à la prêtrise d’Aaron avec ces paroles : « Sur vous, mes compagnons de service, au nom du Messie, je confère la prêtrise d’Aaron qui possède la clef du ministère des Anges et de l’Evangile, du repentir et du baptême pour la rémission des péchés. Ceci ne sera jamais enlevé de terre jusqu’à ce que les fils de Lévy offrent une offrande de justice à l’Éternel. » Les apôtres Pierre, Jacques et Jean leur apparurent aussi et les ordonnèrent à l’apostolat et à la prêtrise de
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Melchissédec qui fut organisée à Fayette (État de New-York) par J. Smith à l’âge de vingt-six ans, le 6 avril 1830.
IV. — c( L’ évangile de Jésus-Christ enseigne qu’il faut être baptisé par immersion, le Christ ayant dit :
« En vérité, en vérité, je te dis que si un homme ne naît d’eau et d’esprit il ne peut entrer dans le royaume de s deux ». Paul compare le baptême à un ensevelissement. Dans son épître aux Romains (épître vi, 3, '4, 5) Paul dit : « Ne savez-vous pas que nous tous, qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés en sa mort ? Nous sommes deux ensevelis avec lui en sa mort par le baptême, afin que comme Christ ressuscité après sa mort, nous marchions vers une vie nouvelle. Le baptême est donc le symbole de la mort, de l’ensevelissement et de la résurrection de- Jésus-Christ. Il n’y a qu’un seul baptême comme il n’y a qu’une seule foi, qu’un seul Seigneur. Nous n’admettons pas que le baptême efface les péchés et considérons que baptiser les enfants constitue un manque de foi, ceux-ci étant rachetés par le sacrifice expiatoire de Jésus-Christ, qui a effacé le péché d’Adam. A l’instar du Christ qui fut baptisé à trente ans, c’est à cet âge que l’on doit être baptisé, caries apôtres ne baptisaient que des croyants repentis de leurs péchés. Pour nous, le baptême des enfants est une des nombreuses erreurs introduites dans l’Evangile par les hommes, car Jésus-Christ a dit : « Mais ils m’honorent en vain, en enseignant des doctrines qui ne sont que des commandements des hommes, et toute plante que mon Père Céleste n’a point plantée sera déracinée. » Nous considérons que le baptême
est destiné à la rémission des péchés et non pour donner un nom à un enfant. Il n’est pas, comme disent quelques-uns, un signe extérieur de la grâce intérieure, Il avait été institué par la révélation de Dieu. Le livre de Mormon fut imprimé à Palmyra (Etat de New-York) et publié la même année. Le 14 février,' il fut fondé un collège de douze apôtres et celui des Septantes fut organisé le 28 février.
(( En 1838, les Mormons, sans aucune raison, furent chassés du Missouri. Ils allèrent dans l’Illinois où ils fondèrent Nauvoo, mais le 27 juin 1844, Joseph Smith et son frère Hyrum, rendus à Carthage (ville du même Etat), sous un sauf conduit du gouverneur, furent massacrés par des gens qui avaient le visage noirci pour ne pas être reconnus. En 1846, les ennemis des Mormons chassèrent ces derniers de leurs demeures, et le 24 juillet 1847, une avant-garde composée de cent quarante-trois hommes, sous la conduite de Brigham Young, arriva dans la vallée du lac Salé, dans l’Utah, et au milieu du désert fut fondée la Ville-du-grand-lac-salé. En 1857, à la suite de faux rapports, Buchanam, président des Etats-Unis, envoya une armée pour détruire les Mormons. Grâce à Brigham Young, cette armée ne put entrer- dans rutah. Une commission se rendit de Washington à la Yille-du-grand-lac-salé, l’injustice fut prouvée et la paix s’ensuivit sans effusion de sang. En mars 1882, le peuple américain, par des mensonges et des fausses accusations parvint à faire chasser les ^lormons ; le
congrès des Etats-Unis passe une loi, leur défendant la polygamie et réduisant à l’Utah l’habitat des Mormons, à condition que ceux-ci seraient leurs vas-
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saux. Treize cents hommes subirent la prison ; après avoir payé les amendes infligées, les Mormons, pour revendiquer leurs principes sacrés, publièrent, afin d’éviter tout conflit, un manifeste disant qu’ils s’étaient toujours soumis aux lois, qu’ils n’avaient, par conséquent, pratiqué la polygamie, autorisée par leur religion, que dans leurs Etats et se justifièrent de ce qu’on leur avait imputé.
« Nous croyons, m’a dit M. Evans, à Dieu, en Jésus-Christ et au Saint-Esprit. Nous donnons à l’Eglise dix pour cent sur ce que nous gagnons, nous n’avons pas de prêtre. Notre chef actuel est le chef de tous les Mormons, mais il habite dans une circonscription où il existe un chef, duquel il dépend comme individu ; ce chef peut lui faire des remontrances et le punir, et il en est ainsi pour chacun de nous.
« L’Ecriture atteste qu’il y aura une grande apostasie de l’Évangile et une période de ténèbres, mais elle prédit aussi que l’Evangile doit être rétabli sur terre. Dans l’apocalypse, saint Jean le dit(chap. xiv, 6 et 7).
« L'Evangile a été rapporté sur la terre pour les Mormons. Ce fut leur prophète, Joseph Smith, qui prédit le retour du Christ. On est sûr de sa venue, mais on ne sait pas quand ce sera. Le Seigneur parle des signes qui précéderont sa venue. Il est dit dans l’Evangile de saint Luc (chap. xvii, de 26 à 30) : « On mangeait et on buvait jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche, et le déluge vint qui les fît tous périr. » De même aussi, comme du temps de Loth, on mangeait, on buvait, on vendait, on achetait... mais
le jour que Loth sortit de Sodome, il plut du feu et du soufre qui les fît tous mourir. Il en sera de même le jour où le Fils de THomme paraîtra. Les Prophètes ' existent, suivant les Mormons, mais ceux-ci doivent être inspirés par le Saint-Esprit, Le prophète seul peut donner le baptême et l’imposition des mains. Les Mormons disent par Forgane de leurs prophètes Spori, Tanner et Hintze : « Nous sommes témoins que rÉvangile a été rétabli sur la terre avec des apôtres et des prophètes, les signes, les pouvoirs, les bénédictions qui étaient dans l’Eglise primitive du temps du Sauveur et de ses Apôtres. Joseph Smith et Joseph Taylor sont des prophètes. »
« 11 vous est facile, du reste, de vous rendre compte du résumé de nos articles de foi ; les voici. » Et me tendant une carte il me dit : « Des feuilles semblables sont publiées en toutes langues : celle-ci est écrite en français ». Effectivement je lus en notre langue ce qui suit :
Articles de foi des Mormons ou saints des derniers jours :
1° Nous croyons à un seul Dieu en trois personnes, Père, Fils et Saint-Esprit.
‘ 2® Les hommes sont punis pour leurs péchés et non pour la transgression d’Adam.
3° Par le sacrifice de Jésus tout le monde peut être sauvé en obéissant aux lois et ordonnances de FEvangile.
4° Ces ordonnances sont : l^la Foi en Jésus-Christ ; 2® le regret des péchés ; 3° le baptême par immersion ; 4*^ l’imposition des mains pour recevoir les dons du Saint-Esprit.
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5® Un homme peut être appelé à Dieu par révélation et imposition des mains pour prêcher et ordonner.
6° L’église des Mormons est organisée sur le modèle de la primitive Église.
Nous croyons au don des langues ; aux prophéties, aux visions, aux miracles.
8° La Bible est la parole de Dieu, ainsi que le livre des Mormons.
9° Dieu a révélé, révèle tous les jours et révélera de grandes choses regardant le royaume de Dieu.
10° Nous croyons au rassemblement littéral d’Israël, à la restauration des dix tribus. Une nouvelle Sion sera édifiée sur le continent d’Amérique. Jésus- Christ en personne sera roi sur toute la terre, la terre sera renouvelée et recevra la gloire paradisiaque.
11° Nous réclamons le privilège d'adorer le Dieu tout-puissant et concédons aux autres qu’ils l’adorent comme ils veulent, sous la forme qu’ils veulent.
12° Nous sommes soumis aux rois, aux présidents, aux lois, aux gouvernements et aux institutions, et devons les honorer et les soutenir.
13° Nous devons être honnêtes, chastes, fidèles, bienfaisants, vertueux ; nous suivons les exhortations de saint Paul, nous croyons à tout ce que Dieu a promis et espérons en tout.
Voici un extrait du journal mormon, le Moniteur du l®** avril 1853 :
«... La construction du temple avançait, la propagande faite aux Etats-Unis et en Angleterre amenait des prosélytes dans la ville sainte. Ce n’est pas
par quelques meurtres qu’on arrête les progrès d’une secte. Il faut un grand massacre, une Saint-Barthélemy pour les étouffer. Pendant l’automne 1845, des hostilités violentes eurent lieu contre les Saints-desderniers-jours. On brûlait leurs champs, leurs maisons, on faisait des représailles sanglantes. On ne savait aucun renseignement sur les motifs qui poussaient les habitants de l’Illinois contre la cité de Nauvoo. On leur reprochait d’inciter le peuple à la révolte, de désobéir aux lois. Il y avait des préjugés contre eux, disant qu'ils étaient des étrangers parmi leurs compatriotes. Ils étaient plus prospères que ces derniers, parce que plus habiles qu’eux, et éveillaient leur jalousie à cause de leur supériorité. La guerre civile était proche. Encore une fois, les Mormons quittèrent le pays ; abandonnés par le gouvernement fédéral, ils s’en allèrent par delà les Montagnes-Rocheuses. Leur départ fixé, une trêve fut décidée. Ils promirent d’évacuer le terrain et les habitants s’engagèrent à ne pas les molester durant leurs préparatifs. Ils allaient dans un pays peu connu, sinon par les récits des Indiens et poétisé par Fenimore Gooper. Ils traversèrent d’immenses prairies peuplées par des tribus indiennes belliqueuses, les Sioux, les Grows, les Schoschones. Il fallait, lorsqu’on rencontrait une rivière, se détourner de la route pour trouver un endroit guéable. Le fourrage manquait. Au pied de la montagne ils trouvèrent des fondrières, des glaciers, des précipices.
« Puis, au-delà, le Lac salé, espèce de mer morte sur les rivages de laquelle ils découvrirent le désert, leur terre promise, où ils allèrent fonder leur quatrième
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ville sainte. Au commencement de l’hiver 1846, les premières colonnes formant d’immenses convois, emmenant des ustensiles aratoires dans les chariots traînés par les bœufs, étaient obligées de camper pour faire leur route, établir un pont, secreuser un chemin. Les laboureurs préparaient la halte pour ceux qui venaient derrière. Il fallait préparer les camps sur le bord des rivières ou sur les collines boisées, car dans la plaine, quand le soleil dessèche la terre, il ne reste plus rien. Il n’y avait point de route tracée, on avançait la boussole à la main. Les Mormons avaient à souffrir des intempéries et de terribles incendies détruisaient les prairies, les obligeaient à s’enfuir. En 1847 une ville provisoire fut fondée. Il y avait dans la caravane une musique militaire qui souvent se faisait entendre ; malgré les souffrances de la route les émigrants ne paraissaient pas fatigués. Au repos, les femmes filaient sur les chariots ; on tissait du drap, de la toile, on confectionnait des instruments de labour, on tannait les peaux des bêtes que l’on tuait. Le dimanche on se reposait ; hommes et bêtes paraissaient heureux. — Le scorbut et le typhus firent de nombreuses victimes dans le camp. Ils n’avaient pas de cercueils et les hommes allaient à la recherche de troncs d’arbre que l’on creusait et où on enterrait les morts. Des amas de pierres tombales servirent de guide à ceux qui suivaient. A Nauvoo, on' achevait, durant ce temps, d’édifier un temple, monument du culte des Mormons. On devait y célébrer les rites mystérieux avant le départ. Les Mormons, qui avaient rendu les armes, furent attaqués par une armée de deux mille hommes,
avec canons. Ils furent repoussés à Nauvoo, par le général Wels. Une fois l’émigration terminée la foule se précipita sur la ville et détruisit le temple.
« Malgré cela les Mormons répondirent à l’appel du président des États-Unis; au moment de la guerre du Mexique, cinq cent vingt hommes partirent pour la Nouvelle-Californie. Les femmes remplacèrent les hommes et prirent les guides des chariots. Le 21 juillet 1847, ils arrivèrent au bord du Lac salé. L’année suivante on construisit un fort et cette ville fut appelée Deseret, ce qui, en la langue dans laquelle est écrit le livre des Mormons, signifie abeille. En effet tous travaillaient. Young était charpentier et travaillait de ses mains, car c’est seulement le travail manuel qui est considéré comme un travail par la loi religieuse mormone et ordonné par elle. Seul, Joseph Smith, à cause de ses charges spirituelles, était dispensé de ce travail, obligatoire pour les autres. On avait construit une maison pour les pauvres ; ceux-ci, au nombre de deux, y furent admis ; peut-être ont-ils fait fortune. »