I. — La province de Québec, foyer de la France
- canadienne, restera-t-elle française, c'est-à-dire les Canadiens-français conserveront-ils leur langue?’
Les Français du xvii® et xviii® siècle ont découvert, exploré, évangélisé les trois quarts de ce qui consti-
- tue aujourd’hui la puissance du Canada. Leur véritable colonie était sur les bords du Saint-Laurent ; c’est laqué, depuis 1763, ils ont conservé leur langue
\ et leur religion et c’est de là, qu’à l’heure actuelle, ils \ émigrent aux Etats-Unis où ils sont plus d’un million.
F Partout ils luttent pour la nationalité française.
Ceux qui sont aux Etats-Unis ou dans l’Ouest canadien seront-ils absorbés par les influences sous lesquelles ils sont destinés à vivre ? Ces questions, quant à présent, demeurent dans le vague ; mais, et, c’est chose certaine, dans la province de Québec, nos cousins ont une vitalité, une force d’expansion qui fait que la langue française s’étend au lieu de diminuer. J’ai entendu un de leurs prédicateurs commencer ainsi un sermon sur le patriotisme, fait le 24 juin, jour de la fête de saint Jean-Baptiste, patron des Canadiens-français : « Nous sommes sous la domination libérale de l’Angleterre, mais nous sommes catholiques et Français et nous resterons toujours avec ce même idéal devant nous... »
Il y a aujourd’hui, dans la province de Québec, trop de Canadiens-français parlant notre langue pour que l’on puisse croire qu’ils pourront être absorbés par l’élément anglais ; ils empiètent, au contraire, sur la province anglaise d’Ontario et font preuve d’une vitalité conquérante. Dans la province de Québec, les institutions destinées à maintenir le français sont puissantes, elles ne font que s’améliorer et prendre de l’importance. Donc la nation française est bien constituée.
Il y va, du reste, de l’intérêt même des Canadiens de conserver leur langue ; de cette façon ils sont classifiés à part, ne se trouvent pas noyés dans la masse anglaise de l’Amérique du Nord ; ils s’ajpfirment comme une nation qui sait fournir des hommes capables de diriger tout le Canada.
Il y a là, pour les Canadiens, un mobile suffisant pour qu’ils veuillent rester français. « Rester fran-
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çais, pour nous, me disait Tun d’eux, est une question d’argent et nous devons faire tout pour conserver notre nationalité. »
En a-t-il toujours été ainsi? En 1763, si les Français avaient accepté d’être soumis aux Anglais, ils seraient aujourd’hui complètement naturalisés; peutêtre qu’avec leur intelligence, ces descendants de Français, devenus complètement Anglais, occuperaient les situations les plus en évidence, tandis que, jusqu’à ce jour, la différence de langue oblige beaucoup d’entre eux à se tenir à l’écart. Ils vivent sur eux-mêmes, sans pénétrer, en général, dans la communauté anglaise. En ce moment on peut croire que la France d’Amérique est solidement établie. Le mouvement nationaliste français est très vivant, de plus, il y a un autre argument à donner en faveur de ce que j’avance.
II. — Plus d’un million de • Canadiens-français ont émigré aux Etats-Unis pour aller travailler dans les usines situées près de la frontière canadienne. Ces Français sont en butte à une lutte constante : les autorités américaines, le clergé catholique irlandais lui-même (1), cherchent à les amener à abandonner le français. Ils tiennent bon, leurs enfants viennent en assez grand nombre étudier dans les universités canadiennes. A Montréal, à la faculté de médecine, il y a plusieurs étudiants, fils de Canadiens-français établis aux Etats-Unis, qui viennent là terminer leurs études. Ils retournent ensuite exercer leur art chez les Américains. Ceux qui sont
(1) Tous les évêques catholiques sont irlandais, aux États-Unis.
restés dans la province de Québec comprennent maintenant qu’il ne faut pas émigrer aux Etats-Unis, si l’on veut conserver sa langue.
L’état d’esprit des Canadiens ne saurait être mieux démontré ni mieux décrit que par eux-mêmes, aussi nous trouvons intéressant de reproduire cet article, pris dans un journal canadien, « Le Temps » d’Ottawa.
c( Nos compatriotes établis aux Etats-Unis sont très préoccupés de réclamer et d’obtenir des évêques et des curés de langue française pour les diocèses, et pour les paroisses, où dominent les Canadiensfrançais.
« Leurs efforts dans ce but paraissent même, parfois, dépasser quelque peu la juste limite, et comme tous les gens que hante une idée fixe, ils tombent fâcilement dans l’exagération et le parti pris.
« Mais, tandis qu’ils mènent ainsi le bon combat pour la défense de leur langue et le respect de leurs droits, en cette terre américaine, ils ne semblent pas avoir conscience des sentiments réels de ceux qui les entourent et qui, peu à peu, lentement, mais sûrement, resserrent les mailles du filet dans lequel sont venus tomber, tête baissée, nos compatriotes établis aux Etats-Unis.
(( Quoiqu’ils pensent, quoiqu’ils disent ou fassent, les Canadiens-français des Etats-Unis sont voués à l’absorption, à l’assimilation yankee, et dans l’engrenage où ils se sont laissé prendre le jour où ils mirent le pied sur le sol américain, ils seront écrasés^ triturés, débarrassés de leur langue et de leur originalité de race.
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« Ils n’échapperont pas, ils ne sauraient échapper à ceux qui les guettent et qui, dans la coulisse, surveillent leurs vains efforts pour se glisser au travers les mailles du filet.
« On comprend aisément que, pour ceux qui sont dans la mêlée, entourés des phalanges de leurs partisans, les bruits du dehors sont difficilement perçus, et ils se refusent souvent à croire aux observations de ceux qui, de loin, peuvent obtenir une meilleure vue d’ensemble.
« Ces réflexions que, sans aucun doute, nos amis des États-Unis s’empresseront de critiquer, nous sont inspirées par la lecture d’un article paru dans le « Boston Pilot », article qui ne laisse malheureusement aucun doute sur les vues et les tendances, et sur les désirs de l’opinion des revendications de nos Canadiens-français établis aux Etats-Unis.
« Aucune influence possible ne peut empêcher l’assimilation des diverses immigrations », déclare carrément cet article, et d’ailleurs « l’Église catholique a été par essence, de tout temps, cosmopolite », ajoute-t-il.
« Il est vraiment pénible de penser que tant des nôtres, tant de ceux dont les pères ont si longuement, si noblement combattu pour maintenir sur cette terre d’Amérique leur droit d’être et de rester français sont condamnés à disparaître dans le gouffre américain, et à y perdre toutes les caractéristiques et les qualités de leur race.
(( 'Peut-on espérer que, conscients du danger imminent et inéluctable, un grand nombre de nos
braves patriotes se décideront à s’échapper de la fournaise d’assimilation yankee et sauront profiter des avantages de Fheure présente pour rentrer sur la terre ancestrale, y jouir en paix du droit acquis par leurs ancêtres de rester eux-mêmes, de parler leur langue, de prier Dieu dans leur langue ?
« Souhaitons-le de tout cœur, et ne cessons d y travailler, comme on travaille à sauver des frères en danger de périr.
« Mais, du moins, nous espérons bien que la connaissance de la situation qui les attend là-bas, aura le salutaire effet d’arrêter sur la pente fatale ceux de nos compatriotes de la province de Québec qui seraient tentés d’aller s’engouffrer dans le malaxeur assimilisateur de ces bons yankees. »
L’acharnement que mettent les Canadiens établis aux Etats-Unis à vouloir conserver leur langue est une preuve de la ténacité de cette race. Au Canada, ils ont la même force de caractère ; ils ne sont pas dans les mêmes conditions, leur intérêt économique, en ce moment, est de conserver le français et, plus leur nombre s’accroîtra, plus il en sera ainsi et plus leur force augmentera en même temps. Aussije pense que la Nouvelle-France de l’Amérique du Nord a tout ce qu’il faut pour continuer non seulement à vivre, mais à se développer, en conservant son aspect particulier actuel.
111. — Le Canada sera-t-il annexé par les États- Unis ? La réponse est difficile à faire. Cependant ce n’est pas assurément quand il voit ses richesses s’accroître merveilleusement sous l’influence d’un excellent gouvernement et sous la tutelle légère de l’An-
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gleterre (1), qu’il peut penser à se donner à son voisin^ dont on connaît la turbulence et les appétits féroces.
Ce ne sera pas possible tant que les civilisations anglaise et française conserveront leur suprématie, parce que les Canadiens-anglais s’y opposeront de toutes leurs forces par patriotisme et les Canadiensfrançais, par loyauté vis-à-vis de l’Angleterre, par fidélité à leur langue qui serait menacée par l’intransigeance des Américains et aussi par attachement à la religion catholique.
Ainsi, pour un long moment, il est évident que cette hypothèse n’est pas réalisable, bien que les Américains annexionnistes la caressent avec complaisance, parce qu’ils tablent sur l’avenir. Ils savent que l’Ouest et le Nord-Ouest canadiens se colonisent très rapidement et que les Américains y prédominent. Ils savent que ces régions ont déjà une physionomie américaine très marquée, ils devinent que la civilisation américaine prévaudra dans quelques années, qu’elle primera les civilisations anglaise et française et que, très aisément, elle contrebalancera, en vertu de la loi du nombre, l’influence de ces deux civilisations dans les provinces de TEst.
La province d’Ontario est anglaise, au contraire, mais seulement d’influence. Les habitants ne sont pas américanisés ; ils n’aiment pas les Anglais et ne fusionneront pas plus avec eux que les Canadiens avec les Français. L’Angleterre est regardée par eux
(1) Le Canada traite directement avec les autres nations. Ce sont deux ministres canadiens qui sont venus i’an dernier à Paris, négocier un traité de commerce franco-canadien.
comme la France par les Canadiens-français. L’Ontario est une vieille province colonisée dès le début par des Anglais, dans laquelle il y a peu d’immigration. Très anglaise elle-même, elle considère les Anglais qui débarquent, comme des intrus.
Dans rOuest tout est américain d’influence. Les jeunes filles elles-mêmes copient le genre de leurs voisines, les Américaines. Elles affectent de parler du nez et il est très difficile de suivre leur conversation quand on est étranger et que l’on a simplement l’habitude de l’anglais d’Angleterre.
De Winnipeg à Saint-Paul, Minneapolis (États- Unis), il y a vingt-quatre heures de voyage, tandis que, pour aller à Toronto et à Montréal, il y a deux jours de chemin de fer.
Les villes de l’Alberta et de la Saskatchewan sont encore plus près de la cité américaine.
IV. — 11 faut s’attendre raisonnablement qu’un pays de 80.000.000 d’habitants, comme les États- Unis, qui, de plus, est contigu au Canada et où il n’y a plus de terres disponibles, continuera, par l’effet même de l’accroissement naturel de sa population, à émigrer en bien plus grand nombre vers le « dernier Ouest » comme on l’appelle.
Sans le moindre doute, dans cinq années au plus, si la proportion de l’émigration des derniers cinq ans se maintient, les sujets canadiens de provenance étrangère pourront, à leur choix, s’emparer absolument des rênes du gouvernement.
Pendant les six dernières années, il est arrivé, en effet, 736.000 émigrants, c’est-à-dire assez d’individus pour constituer vingt-neuf nouvelles circonscrip-
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lions électorales, Tunité de représentation étant, d’après la loi, de vingt-cinq mille électeurs nouveaux pour constituer une circonscription. Dans quatre ans, à cette proportion, il y aura assez d’immigrants pour créer soixante nouvelles circonscriptions, cinq seulement de moins que dans la province de Québec qui possède, à l’heure actuelle, soixante-cinq députés, et dans laquelle l’immigration progresse lentement, tout étant réservé pour le grand Ouest.
Que sont ces immigrants ? Voici la réponse à cette question. On trouve dans le livre bleu du département de l’Intérieur la liste des arrivages des immigrants au Canada en un mois. Ils sont : Méridionaux' d’Afrique, Australiens, Autrichiens du Nord, Bohémiens, Galiciens, Croates, Ruthènes, Hongrois du Nord, Slaves, Belges, Bulgares, Chinois, Hollandais, Français, Allemands du Nord, Alsaciens-Lorrains, Prussiens, Anglais, Gallois, Ecossais, Irlandais, Antillais, Jamaïquains, Grecs, Juifs du Nord, Juifs russes. Allemands, Polonais, Juifs autrichiens, Juifs allemands. Italiens, Japonais, Terre-Neuviens, Irlandais, Portugais, Polonais du Nord, Polonais autrichiens. Polonais allemands. Polonais russes, Perses, Roumains, Russes du Nord, Finlandais, Espagnols, Suisses, Serbes, Danois, Islandais, Suédois, Norvégiens, Turcs, Arméniens, Egyptiens, Syriens, Arabes, citoyens des Etats-Unis, Hindous.
Ces éléments disparates ne constitueront pas une nation bien homogène qui saura se défendre. L’afÜux des capitaux américains contribuera peut-être aussi à hâter le moment de l’annexion de l’Ouest aux Etats- Unis.
Dans le bas Canada, la majeure partie des grosses industries est dans des mains américaines. Dans rOuest et dans le Nord-Ouest, cette influence sera encore plus forte et ce seront surtout les capitaux américains qui développeront le commerce, l’industrie, y compris les ressources minières. Enfin, ne voit-on pas un réseau complet de chemin de fer, entièrement américain, s’étendre sur tout le pays ? Et que Ton nje s’y trompe pas, cette entreprise hardie est et restera américaine.
Les capitaux I voilà la vraie puissance et l’inéluctable force, celle qui crée le danger américain pour le Canada, celle qui entretient l’espoir des annexionistes.
Les Américains cherchent à exploiter ce grand pays voisin du leur. Ils viennent faire des coupes sombres dans les forêts canadiennes. Les fabriques de pulpe de bois pour faire la pâte à papier sont toutes entre les mains des Américains, il en est de même des chutes d’eau qui sont une source de richesse par la force motrice qu’elles procurent ; les usines électriques se multiplient à côté. Les industries de toutes sortes des Etats-Unis débordent dans tout le Canada.
En revenant de Chicago à Montréal, j’ai visité, en passant à Détroit, le magnifique Institut biologique de Parke Davies. A côté d’une usine immense de produits pharmaceutiques, se trouve une grande bâtisse avec toutes ses dépendances. C’est un véritable Institut Pasteur. On y fabrique tous les sérums, tous les vaccins, et ces produits se répandent dans le monde entier. Dans les laboratoires somptueusement
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installés, il y a quinze à vingt travailleurs, savants de toutes les nationalités, dont un Japonais. Ils se livrent à des recherches pour faire des découvertes ou mettre au point certaines questions de science pratique. Cette ville de Détroit, fondée autrefois par les Français sur les bords du lac Erié, se trouve en face de Windsor qui est bâtie du côté canadien. Pour ne pas avoir de frais de douanes en entrant au Canada, la maison Parke Davies a une dépendance de l’autre côté de l’eau, en face, à deux kilomètres environ, au Canada. Le directeur se promène d’une maison à l’autre. Il existe beaucoup d’usines ainsi dédoublées, l’une aux Etats-Unis, l’autre au Canada.
Géographiquement, d’après la configuration physique du sol, il y a une démarcation très tranchée entre les provinces de l’Ouest, Manitoba, Saskatchewan, Alberta, et celles de l’Est, Ontario et Québec. Qui sait si un jour l’Ouest ne se séparera pas de FEst, en suivant son évolution américaine, tandis que l’Est restera anglais ?
L’occasion, elle, naîtra rapidement le jour où la population de l’Ouest, augmentant dans des proportions que l’on est en droit de prévoir, les députés de l’Est au parlement fédéral d’Ottawa seront noyés dans une majorité de députés venus de l’Ouest. La situation géographique même d’Ottawa, qui se trouve à côté de Montréal, seraprobablement critiquée à ce moment-là, et Winnipeg, la capitale économique de l’Ouest, la ville de toutes les audaces, voudra peutêtre ne pas se trouver si éloignée de la capitale fédérale.
Alors comment se défendront les habitants de
l’Est? Les liens qui unissent les différentes provinces sont si faibles que la séparation ne serait pas, du reste, un gros événement. Mais alors l’Ouest Canadien sera une proie facile pour les Etats-Unis et l’annexion se fera d’elle-même.
Je viens de lire dans le livre de Siegfried : Le Canada, les deux races, son chapitre intitulé : L’Avenir du Canada. Je constate qu’il prévoit pour l’avenir trois solutions: ou bien, dit-il,- la situation actuelle se prolongera indéfiniment, le Canada demeurant colonie de l’Angleterre; ou bien, ce lien venant à se rompre, il deviendra indépendant; ou encore, finalement, il sera annexé par les Etats-Unis. Il discute ces trois hypothèses, mais il en est une à laquelle il n’a pas songé, c’est celle que j’ai indiquée plus haut. Elle consiste à voir le Canada se diviser en deux parties : l’Ouest, américain ; l’Est, anglais.
Il y a là, je crois, une solution que l’on peut entrevoir.
V. — Souvent, on doute de la valeur de l’Ouest Canadien, on se demande comment il se fait que l’on ait attendu si longtemps pour peupler ces régions.
Pourquoi l’Ouest du Canada n’est-il pas encore colonisé ? pourquoi s’est-il ouvert seulement ces dernières années ?
La France abandonna ses établissements de l’Ouest, fondés par La Verendrye, au pied des Montagnes-Rocheuses. On fit une réputation détestable au Canada. Jusqu’en 1870 les territoires de l’Ouest furent la propriété de la Compagnie de la Baie d’Hudson, dont l’intérêt était d’empêcher la destruction de son commerce de fourrures et qui refusait de
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concéder la terre aux colons. Enfin, il y avait Téloignement et les difficultés de transport. La chaîne des grands lacs, l’espace de plus de seize cents kilomètres de terres montagneuses et arides qui s’étendent de la rivière Ottawa au Manitoba constituaient un obstacle sérieux, une barrière, entre la partie colonisée du Canada et le Grand-Ouèst. La voie du Sud par Chicago et Saint-Paul était la plus
facile, mais les colons trouvaient sur leur route, aux /
Etats-Unis, de belles terres gratuites et n’allaient pas plus loin.
VL — x4ujourd’hui les moyens de communication sont changés, les chemins de fer abondent et mettent en rapport la capitale Ottawa avec le reste du pays. Aussi l’Ouest prospère et c’est grâce à cette prospérité que Pon parle de plus en plus du Canada.
Enfin le Canadien a une grande force : il a une admiration sans borne pour son pays et une confiance en soi presque égale à celle des Américains des Etats-Unis. Il y a cependant uue différence. Elle se fait sentir jusque dans la réclame. Un jour, allant des Etats-Unis au Canada, en chemin de fer, je faisais remarquer à mon voisin, en regardant les affiches qui se trouvent le long de la voie, que les commerçants présentent leur marchandise en mettant toujours qu’ils proposent ce qu’il y a de meilleur au monde: « The hest in the vorld ». Tout à coup nous nous aperçûmes deux ou trois fois que la formule était changée. Nous venions de traverser la frontière canadienne et nous lisions mainténant sur les réclames : aThe hest in Canada », le meilleur au Canada. Cette assurance qui s’affirme et que l’on arrive à faire partager aux
autres est un gage de réussite pour l’avenir. Le Canadien a les idées moins larges que ses voisins des États-Unis ; il ne cherche pas en dehors de son pays, il le trouve assez grand pour occuper toute son activité. Il compte sur l’avenir, il est sûr de soi parce qu’il a une foi inébranlable en sa patrie et en luimême ét à cette confiance admirable il doit l’impulsion vigoureuse qui a été donnée au Canada et qui s’affirme chaque jour davantage.
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