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diffère de la Française, cette fourmi industrieuse, active, qui dans ses instants de loisir pare son intérieur de ses mains diligentes, se sert de son aiguille pour confectionner mille objets, pour embellir son intérieur, pour sa toilette ou celle de ses enfants, et sait suppléer ainsi, s’il y a lieu, à l'insuffisance de la fortune. La Française d'Amérique passera des journées à se balancer dans son rocking-chair. De temps à autre, elle va « magasiner », ce qui est la traduction de l'expression anglaise « We are Doing some choping ». Le chauvinisme existe même dans le langage, et comme l'expression « faire des emplettes » est inconnue là-bas, on a traduit littéralement le terme anglais « choping » pour ne pas se
servir de celui-ci (1),
Enfin la Canadienne moderne vit pour l'extérieur beaucoup plus que pour la vie intime. Le confort est sacrifié à l'apparat. Dans les intérieurs les plus modestes, les moins fortunés, la famille (même si elle se compose de sept ou huit membres) se reléguera dans une seule chambre Pour pouvoir se parer d’une salle à manger et d'un salon. On sacrifiera tout à ces deux dernières pièces ; il y aura un piano même si personne n’est musicien dans la maison. Cet instrument est encore plus répandu qu'en France; il existe des facteurs de piano montréalais.
(4) Une autre expression qui n'est pas francaise, mais qui est la traduction d'une phrase anglaise, c'est : « Vous On entend ces mots lorsque, dans la conversation, quelque chose étonne le Canadien ou la Canadienne. C'est la traduction exacte de la phrase anglaise : « You don't say so. » On peut ainsi citer de nombreux exemples dans lesquels une phrase anglaise est tra-
duite littéralement. C'est ce qui contribue, avec l'accent normand, à donner son aspect particulier au parler canadien.
ne dites pas. »
Comme le dit le docteur A. Rousseau, professeur à la Faculté de Médecine de Québec, dans un rapport sur la tuberculose : « Le bien-être serait plus général si, dans le logement où la meilleure pièce est affectée à des fins secondaires ou inutiles, le souci de la parüre n’excluait la recherche d'un honnète confort, si les soins du corps et la poursuite de satisfactions légitimes remplaçaient les préoccupations d’un luxe de mauvais aloi. » Et plus loin il dit, parlant des enfants : « … Les plus âgés, rentrés au logis, s’en vont le soir, pendant que le salon vide attend les visiteurs de marque qui n'arrivent pas, s'asphyxier avec le tuberculeux (1), par demi-douzaine dans la même chambre soigneusement close, quelquefois dans le même lit. »
La notion de l’économie n'existe pas chez les Canadiens, qui ont oublié ou n’ont jamais appris la tra dition française du bas de laine. Il est vrai que làbas les filles se marient sans dot, mais elles aiment la toilette, en vraies arrière-petites-filles de Françaises qu'elles sont, changeant volontiers de robes, de chapeaux ; les plus modestes ouvrières ne payent jamais ceux-ci moins de vingt-cinq francs, car il y a toujours sur leurs couvre-chefs un minimum de quinze francs de marchandises. C'est la règle dans les magasins de nouveautés ou plutôt les bazars où ces objets sont confectionnés et vendus à prix fixe. L'apprêteuse, qui reçoit dix francs par jour pour faire huit chapeaux dans sa journée, doit utiliser des mar-
(1) Fréquemment, quand il ÿ a un parent malade et inapte au
travail, la famille le fait venir pour servir de bonne aux enfants. (Voir au chapitre VI.)
chandises, pour ce prix, pour chacun d’eux. Toutes les femmes ont de véritables fourrures.
IV. — Contrairement à ce qui a lieu chez nous, on voit les jeunes filles dont les parents habitent dans les grandes villes, accepter de vivre, une fois mariées, dans de petits centres et même à la campagne. Il est vrai que les conditions de vie sont les mêmes, Ainsi, si l'on voyage dans l'intérieur et que l'on reçoive une invitation à diner on est sûr de trouver, non seulement la même réception, mais encore la même chère que dans les grandes villes. Les jeunes gens ne sont pas attirés ou retenus dans ces centres comme cela arrive en France. Cela tient peut être aussi à la facilité des voyages. Les distances comptent peu et on se déplace facilement à la condition de ne pas quitter la province de Québec, qui, pour les Canadiens-français, représente un pays. C’est pour eux tout le Canada.
V.— La jeune Canadienne de la campagne cuisine assez sommairement (1) ; les traditions de la cuisine française existent pourtant encore un peu; on la retrouve dans certains plats qui sont ceux de nos campagnes de France, Les religieuses qui arrivent de France depuis quelques années, en grand nombre, apportent aussi des recettes de cuisine, Mais en général on mange à l'anglaise. Les Canadiennes font un peu de couture; parfois, elles se rassemblent chez l’une d'elles, la plus adroite fait la coupe des robes et les autres cousent. Les déchets des étoffes
(1) Je ne compte vas comme cuisine la coutume de faire reduire le suc de l'érable et de le verser bouillant, l'hiver, sur de la neige, H se prend en filaments jaunes que l'on mange avec délice.
taillés et rajoutés les uns aux autres, servent à faire des tapis très à la mode dans leurs maisons. Si la jeune habitante ne va pas travailler aux champs, elle cultive cependant, quelquefois, autour de la maison, des oignons, des pois, des tomates, mais c'est tout.
Les jours de grande presse, au moment des récoltes, on les voit venir aider les hommes ; elles ont alors des gants et de grands chapeaux pour protéger leur teint dont elles s'occupent beaucoup et qu’elles conservent en s'enduisant le visage et les mains de lait caillé, En somme, la Canadienne arrive à l'âge du mariage, forte et sans s’être beaucoup fatiguée. Ce sont les hommes qui peinent le plus pendant les jeunes années, car ils doivent se livrer aux travaux agricoles,