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donné par un médecin exerçant dans un centre manufacturier, En feuilletant son livre de visites, je constatai qu’il faisait un très grand nombre d’accouchements. « Quatre cent soixante, me répondit-il, cette année-ci. Voilà dix ans que j'exerce et depuis trois à quatre ans, j'en ai toujours à peu près le même nombre. Cela ne me conduira pas à la fortune, car je prends vingt francs en moyenne. Voici du reste, me dit-il, le relevé de mes accouchements ». Et je voyais les noms des mêmes femmes revenir périodiquement tous les ans. L’une était à son dix-septième enfant, l’autre à son vingt-septième, et, enfin, une troisième à son trente-deuxième.
IT. — Ces femmes qui ont eu un très grand nombre d'enfants, se conservent, parait-il, très bien, et j'eus la curiosité d’aller en voir une, âgée de soixante-douze ans, qui avait eu trente-trois enfants à terme. Elle avait l’aspect d’une femme de soixantecinq ans, ayant conservé sa taille, qui n’était pas le moins du monde déformée.
IL. — Je demandai à mon confrère s’il y avait une grosse mortalité des suites de couches ; il me répondit que l’année précédente il avait perdu une femme en couches. L'infection est pour ainsi dire inconnue. Il fait des conférences aux mères chrétiennes sous les auspices du clergé, pour leur indiquer les précautions de propreté que toute femme «uit prendre, et à ma question : « Leur apprenez-vous l'usage de la douche d'Esmarck ? — Parfaitement, me dit-il. Je recommande à toute femme mariée de s’en servir de temps en temps, mais le soir seulement avant de se coucher, etles veuves peuvent prendre indifféremment
ce soin de propreté le soir ou le matin. — Mais, lui disje, vous leur donnez là des indications dont elles peuvent se servir. — Non, nous savons à qui nous nous a dressons, ce sont de ferventes catholiques quine doivent jamais se refuser à leur mari et accepter ce que le Seigneur leur envoie. Il n’y a qu’une seule période pendant laquelle lemarine s'approche pas de safemme, c’est pendant les cinquante jours qui suivent l’accouchement. Nous recommandons cela aux hommes et ils suivent nos conseils. Je m'en suis rendu compte par les questions que je pose aux accouchées, Je ne donne aucune injection pendant les suites de couches, je me contente de lavages externes. De cette façon aucun germe n’est refoulé dans l'utérus. Enfin, dès le lendemain de l'accouchement, les femmes descendent de leur lit pour aller à la chaise percée. Je considère qu’en agissant ainsi, elles obtiennent un massage de la matrice qui fait expulser les derniers ‘caillots et évite les coliques et l'infection. Dans tous les cas mes résultats sont bons et j’ai tout lieu de me féliciter de la pratique que j'ai adoptée après un voyage aux États-Unis ».
Les enfants jumeaux sont rares, les accouchements sont normaux et se font très rapidement, même pour les primipares.
IV. — Malheureusement la mortalité infantile est considérable. Les statistiques municipales donnent comme moyenne de la mortalité chez les enfants au-dessous de cinq ans, 56,31 pour 100 pour l’année 1905. On voit donc combien la population augmenterait si on arrivait à éviter cette forte mortalité.
Le docteur Hervieux, professeur à la Faculté de médecine de Montréal, disait au congrès de Trois- Rivières : « Je suggère comme encouragement, non plus à procréer, mais à élever des enfants, le rappel de la loi Mercier, octroyant un certain nombre d'âcres de terre inculte à tous les pères de douze enfants et la création d'une loi accordant une pension viagère aux vieux Parents qui ont trimé dur toute leur vie pour donner à leur pays huit ou douze Canadiens ou Canadiennes forts et bien portants qui ne demandent qu’à suivre l'exemple de leurs parents. Voilà un bon moyen d'augmenter le chiffre de la population et de rendre celle-ci vigoureuse,
« Le gouvernement devrait peut-être aussi défendre aux compagnies d'assurance de prendre des risques sur la vie des nouveau-nés et ne jamais Permettre à quelqu'un d'assurer la vie d'une tierce personne, sans le consentement de cette dernière. Tous les médecins, qui sont trop souvent appelés auprès de petits moribonds en vue du certificat de décès, saisiront parfaitement la portée de ma pensée et trouveront que j'ai raison d'exprimer ce vœu ».
« Comme conclusion préliminaire, ajoute-t-il, nous pourrions dire : Le meilleur moyen d'augmenter la population, ce n’est pas tant d'augmenter la natalité qui est très élevée au Canada, mais c’est de réduire la mortalité infantile. »
M. le docteur Hervieux continue plus loin : « La Canadienne-française est propre, d'habitudes sobres et régulières, mais tout cela elle l’est naturellement, parce qu’elle a grandi dans un milieu où ces vertus domestiques étaient en honneur.
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« Où donc aurait-elle pu apprendre les règles générales d'hygiène ?
« Pas à l’école sûrement, ni au couvent où non seulement l’on ne trouve pas cette science au programme d'étude, mais où souvent les pratiques les plus élémentaires d'hygiène manquent absolument.
« Inutile de penser à la mère de la jeune femme pour enseigner l'hygiène spéciale de la grossesse à la future mère, par un trait de mœurs que je ne puis m'expliquer, non seulement elle ne fait pas profiter sa fille de l'expérience que lui a donnée la maternité, mais s’abstient d'une façon absolue de la renseigner sur les premières fonctions génitales physiologiques de la jeune fille, la menstruation, et sur les devoirs qu’elle aura à remplir dans la vie.
« C’esi au médecin qu'incombe cette tâche pleine de responsabilités. »
Je crois, en général, qu’elles nourrissent leurs enfants elles-mêmes. Mais ceux-ci sont sevrés de bonne heure et on leur donne alors du lait conservé en boîte, et ce défaut d’alimentation est sans doute la cause de la mortalité infantile si élevée au Canada.
Chose singulière et qui présente un contraste avec nos Françaises, nous voyons celles-ci, dans toutes les classes de la société, allaiter un enfant là où elles se trouvent, même en un lieu public, sans que cela provoque le moindre étonnement, sans que nulle pudeur s’en trouve froissée.
Au Canada, au contraire, la femme qui agirait ainsi provoquerait un véritable scandale, et, comme je n'avais pas la plus petite idée de cette susceptibilité, un jour, à mon grand regret, pendant une
de mes conférences, j'ai causé un réel mouvement d'indignation. Je parl:is de l'Afrique du Sud et, en exhibant une de mes projections représentant une femme cafre, je dis que j'avais vu de ces femmes dont l’usage est de porter leur enfant sur le dos, donner à têter dans cette position, faisant passer le sein sous leur aisselle pour qu'il fût à la portée du nourrisson.
Je sus plus tard, non sans étonnement, que le mot sein, fort innocemment prononcé du reste, avait été relevé et m'était reproché. Et il n’y avait pas d'Anglais, mais seulement des Canadiens-français à cette séance!
V. — La fécondité des Canadiennes s'observe aussi bien chez les sujets délicats que chez les sujets robustes, chez les malades aussi bien que chez les bien portants. Pendant une période de vingt ou vingt-cinq ans de la vie de la femme, à une grossesse en succède une autre que, très souvent n’a pu retarder l'allaitement, La femme tuberculeuse elle-même, loin d’être inféconde, épuise habituellement les restes de sa vitalité dans les fatigues de ces grossesses répétées. « Il est admirable de voir, dit le docteur Rousseau, professeur à la Faculté de médecine de Québec, comme un grand nombre de femmes supportent vaillamment un pareil surmenage des fonctions génitales; mais nous craignons qu'il en résulte pour d’autres un épuisement qui, de la mère, se transmet surtout aux derniers produits de la conception et qui constitue une prédisposition sérieuse à la tuberculose ». La population canadienne paye un lourd tribut à cette maladie.
Le nombre des foyers infectés augmente chaque jour par le fait de l'hospitalité imprudemment accordée aux visiteurs malades comme aux bien portants, par le recours aux services des mercenaires phtisiques même pour le soin des enfants. Les jeunes filles bien portantes ne veulent pas se placer comme bonnes; le problème de la uv.sesticité est très sérieux à cause de cela au Canada. J'ai vu des bonnes, à Montréal, se cacher de leur famille en arrivant de la campagne et ne jamais avouer la situation qu’elles ont ; elles considèrent cette occupation comme une véritable déchéance sociale. Bien souvent, on a recours, dans les familles, aux parents malades, aux parents tuberculeux pour la garde des enfants et dans ces maisons où jamais, de tout l'hiver, on n’ouvre une fenêtre, on peut se rendre compte des causes de contagion apportées dans les familles par ces pratiques anti-hygiéniques.
VI. — Je dis qu’on n'ouvre jamais une fenêtre et c'est la vérité. Dès les premiers froids, on adapte une double fenêtre extérieure à celle qui existe déjà. Cette nouvelle fenêtre ne peut pas s'ouvrir; cependant au milieu du montant du châssis existe une petite ouverture de vingt centimètres de long sur cinq de large, fermée elle-même par une coulisse, et lorsque l’on veut donner un peu d'air c’est cette partie seule que l’on peut ouvrir. On comprend combien ce mode de ventilation est insuffisant et combien l'air des locaux d'habitation se renouvelle mul. Tout converge, et avec raison, vers la lutte contre le froid. Enfin, les Canadiens-français ont la déplorable habitude de cracher par terre. Dans les villes
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anglaises du Canada on lit des affiches le long des
trottoirs disant : «Il est interdit de cracher sur Je
trottoir ». Rien de semblable dans les villes fran-
Çaises et c’est une caractéristique des locaux où fré-
quentent nos cousins que de les voir souillés par les
crachats de tous. J'ai eu l'extrême surprise d'apprendre qu'un traitement tout-à-fait particulier 8e pratiquait dans certaine paroisse de la province de
Québec.
L'an dernier je vis venir me consulter un habitant
âgé de cinquante-deux ans. I] me dit avoir été, à
l’âge de dix-huit ans, atteint de tuberculose pulmo-
naire. Tous ses frères et Sœurs étaient morts de cette maladie. Sur les conseils d’un rebouteux de son Pays, il avait entrepris un mode de traitement qui est, paraît-il, répandu dans sa Paroisse. Au bout d’un an ou deux il avait été complètement guéri et il me citait plusieurs cas dans lesquels la guérison avait été obtenue par un traitement semblable, Ce traitement consistait à recueillir toute l'urine produite par le malade pendant vingt-quatre heures et à la boire. Il est certain qu'à première vue ce traitement est fait pour répugner profondément. Mais, en somme, peut-être, y a-t-il là un remède dont on pourrait expliquer l’action. Les toxines tuberculeuses qui passent nécessairement dans l’urine ne Peuvent-elles pas avoir une action dont peut profiter le malade ?
Une autre cause de tare chez les enfants du premier âge peut être l'alcoolisme. La Canadiennefrançaise ne boit pas plus que sa cousine de France; j'en ai vu une seule en état d’ébriété alors qu'il est
se mana