FF |:4 F +} F
HS MINE LT Ed k ji
bis
qu'il songe que ces Canadiens, au nombre de près de deux millions, ont ainsi conservé leur langue, il se demande comment ils ont pu résister pendant des siècles à l'envahissement des anglicismes {ue lui, en arrivant au pays canadien, subit si facilement quand il va dans le milieu anglais.
Les bords du Saint-Laurent l'impressionnent, S'il pénètre un peu dans le pays, la forèt canadienne se montre avec toute son ampleur, puis ce sont les lacs et les chutes d'eau, c'est le paÿs béni de l’eau et de la houille blanche,
IL. — S'il poursuit son voyage à l'Ouest, la province d’Ontario avec ses cultures fruitières, ses petites villes manufacturières, lui fait l'effet d’un pays déjà en pleine évolution économique, C’est la partie anglaise proprement dite, tandis que la province de Québec est la partie française,
IT. — Cette impression d’étonnement persiste à mesure qu'il pénètre dans le Grand-Ouest. Après plusieurs jours de voyage en chemin de fer, après avoir traversé les forêts qui l'ont déjà émerveillé dans les provinces maritimes, il voit peu à peu les arbres disparaitre, le pays devenir plat, c'est la mer immense de la prairie jusqu’à l'horizon, à perte de vue, pas un monticule, pas un bouquet de couleur verte, pas même un seul arbre isolé: c'est la solitude, rien ne peut rendre cette sensation, aucun paysage ne me l'a fait éprouver auparavant. Les grandes plaines de l'Amérique du Sud sont limitées, il y a des arbres, elles ne m'ont pas donné l'aspect d’immensité sans fin de la prairie canadienne.
Cette prairie fut autrefois le fond d'une mer ;
puis, des millions de bulfalos ÿ ont vécu en broutant son herbe et en fécondant son sol, ils ont muintenant disparu devant les cultivateurs ; mais, de temps en temps, dans les régions où il y à encore de la terre vierge, on voit les sentiers où ces buffalos sauvages, aujourd'hui relégués dans les jardins z0ologiques, passaient par troupeaux, toujours à l: mème place, les vaches suivant le taureau. Ils ont laissé à la surface ces marques de leur passage et, dans le sol, un engrais bienfaisant.
IV. — Aujourd’hui les colons sèment leur blé, ils sont les seuls maîtres de la grande plaine. Auprès de chaque station du chemin de fer ils édifient ces élévateurs dans lesquels ils reçoivent et conservent le grain dla récolte jusqu'au moment où les wagons des différentes compagnies viendront le prendre pour le transporter sur les marchés du monue. Ces chemins de fer, ils s'étendent d’une rive à l’autre de ce continent et les trains amènent sans cesse, chaque jour, des émigrants qui, de tous les points du globe, convergent vers cette prairie qui les attire.
Ces hommes s’arrèteat le long des voies ferrées, construisent des maisons à côté des élévateurs et les villages se forment les uns après les autres, De temps en temps, souvent, une église surmontée de sa croix catholique prouve au Français que des Canadivas de sa langue sont venus là, coloniser cetterégion. Dans de petits cottages vivent les habitants (1) groupés autour de leur clocher.
(1) On désigne par ce inot les cultivateurs, le paysan:, les fermiers Canadiens-français, ceux qui s'occupent des travaux de la terre. « L' «habitant », dans l'appréciation des nationalistes n'est
Voici une grande cité au milieu de la prairie, c'est Winnipeg. Cette ville toute nouvelle qui compte déjà plus de 100.000 âmes est située dans l'Ouest où se dirige le mouvement colonisateur. Ces immenses régions commencent à se peupler et le gouvernement canadien a été obligé de faire, à l'Ouest du Manitoba, la région du blé, entre cette province et les Montagnes Rocheuses, deux nouvelles divisions politiques, Depuis 1905, la province de la Saskatclewan et celle de l'Alberta ont été créées. Elles commencent au Sud, à la frontière des États-Unis, et vont jusque dans les territoires inconnus du Nord. D'après les recensements de l'époque, on a donné à ces régio’ des députés au prorata de leur population. La Saskatchewan en a eu dix et l'Alberta huit. Les députés, nommés par circonscription régionale, représentaient donc les différentes régions de la province, Apres leur nomination seulement on a songé à désigner la capitale de chacune des provinces. Le choix n'a été fait ni par Londres, ni par Ottawa, sicge du gouvernement fédéral canadien, mais ce sont les députés élus du peuple habitant le pays méme qui ont choisi, dans l’Alberta, Edmonton,
€ pas un Canadien de la même facon que le citoyen de Montréal, « de Toronto ou de Winnipeg. Bourassa, un de leurs députés, « estime que l'« habitant » a une-histoire plus vieille que le Canada « lui-même: que le mouvement nationaliste dans Québec plonge «ses racines dans la France qui précéda Napoléon, l'unification « de la France moderne et la découverte elle-même du Canada; « enfin que le Canadien-francais d'aujourd'hui est plus français « (que le Français de France, parce qu’il remonte, dans la tran- « quillité introublée de son tempérament, aux jours anciens où “ses ancêtres étaient de simples paysans ou montagnards des « provinces françaises. »
{Extrait d'un journai nation”liste de Moniréai).
tandis que la Saskatchewan se donnait pour capitale Régina. Cette façon de choisir la capitale d’une colonie est encore bien faite pour exciter l’étonnement du Français habitué à tout voir se décider à Paris.
Plus loin ce sont les Montagnes Rocheuses et derrière celles-ci la Colombie Britannique et l'Océan Pacifique. Le train vous a fait traverser cette immerse contrée de l'Est à l'Ouest en suivant la route autrefois parcourue par La Verendrye, le premier Français qui porta jusqu’au pied des Montagnes Rocheuses l'étendard de l’ancienne France.
Dans aucun pays du monde je n'ai eu l’impression de vitalité intense que m'a donnée l'Ouest du Canada. En Australie, le voisinage des États-Unis ne se fait pas sentir comme ici, l’impulsion n’est pas aussi vive. En Afrique ‘lu Sud, en Rhodésie, on sent la volonté de Cecil Rhodes à la suite duquel on a marché si longtemps de l'avant, mais l'impulsion est moins générale, elle ne semble pas venir de chacun en particulier. Dans l’Amérique du Sud on est dans un pays de vieille civilisation.
V.-— Mais l’étonnement ne cesse pas encore. C’est à peine si les Américains venus ces dernières années dans l'Ouest coloniser le Cauada connaissent de nom les régions de l'Est, Ils ont pour les habitants de celles-ci le mépris que les nations jeunes ont pour les vieux pays. Lorsque le Français retourne dans la province de Québec, il n’y trouve presqu? personne ayant idée de ce que l’on désigne sous le nom de Grand-Ouest.