‹ Canada et canadiens [microforme]Chapitre 30 sur 78 · L. La prairie, ER · texte numérisé non relu

L. La prairie, ER

Feu de prairie, — III, Winnipeg. — IV. Saint-Boniface, — V. Sarah Bernhardt à Winnipeg. — VI. Les écoles du Manitoba.

[. — Au bout de cinquante-

vons à Winnipeg. La CaMpagne est devenue plate, dépouillée de ses arbres. C’est la Prairie actuelle de

l'Amérique du Nord. Le terme de prairie fut appli-

qué, par les premiers arrivants, aux parties découvertes qu’ils rencontrèrent a

forêts situées le iong des côtes, En face de Montréal se trouve un villa

Les pionniers

deux heures nous arri-

2 HEURE mt 012

Mississipi; mais :

dans ces régions,

naient plus r'airie du Far- West américain

ne fut plus celle de ces premières années. On ne la voit plus, actuellement, que dans l'Ouest canadien.

Là, pendant cinq à six heures, avant Winnipeg, c’est la prairie dans toute son étendue, qui se prolonge encore pendant dix-huit heures, après cette ville.

La mer s'étendait autrefois dans cette plaine et les eaux, en se retirant, laissèrent des fossiles, des vestiges d'animaux marins, et une terre riche, noire, sur une profondeur de plusieurs pieds.

La prairie est plate, à perte de vue, et c’est là que le cultivateur .anadien fait pousser son blé : c’est le grenier de l'Empire britannique.

Les villes s'élèvent, dans cette région, aussi rapidement que le blé.

Au moment où nous passons à Winnipeg, en allant dans l'Ouest, la moisson n'est pas faite encore ; le blé a été semé et tout croîtrapidement grâce à la chaleur de l’été qui est intense. Hier nous avions trente-cinq degrés à l'ombre, à Winnipeg, dans la ville.

IT, — Au moment oùnous revenons, un mois après, les moissons étaient faites; le blé avait été battu avec les grandes machines agricoles à vapeur et la paille mise en tas. Pour s’en défaire on la brûle et ces amoncellements énormes sont en feu pendant plusieurs jours et éclairent l'immense prairie plate, illuminée en tous sens. C’est superbe par ces belles auits claires.

L'herbe est ici trop verte pour prendre feu au ras du sol, mais il est des régions où l'or traverse des feux de prairies. C’est terrible : on entend les clameurs des bêtes, on voit des animaux domestiques

s'enfuir, si le feu est aux environs d’un centre civilisé. Si c’est dans des régions inhabitées, des anti-

lopes, des loups, se sauvent, Ils connaissent le feu es prairies.

rie. En même temps cet obstacle est destiné à protéger la voie s’il y a le feu dans la prairie,

est immense, elle s’ét villas, à perte de vue, en bordure sur des rues asphaltées, vont jus

immense, dans lequel on voit des buffalos. Ces bovi dés furent les anciens maîtres du pays.

d’un malade ; à un certain moment nous étions perdus dans la prairie et nous nous conduisions d’après le soleil,

Les Français sont de l’autre côté de la rivièr une ville fondée par eux, Saint-Boniface.

Au Parlement provincial, sur quarante députés, il ÿ €n a quatre des leurs.

Winnipeg donne la sensation d’une grande ville très propre. On y trouve des hôpitaux fort bien tenus,

e, dans

dont un à Saint-Boniface, une école de médecine bien installée etun hôtel du Canadian Pacific, onvert depuis deux mois seulement, mieux aménagé, plus grandement édifié que les grands hôtels européens. C'est la ville la plus plate quisoit. Dans les grands magasins on tient, à la disposition des acheteurs qui viennent de tous les coins du monde, des traducteurs qui parlent douze langues différentes dont la liste est affichée à côté de chaque caisse.

En visitant l’hôpital de Winnipeg, je vis, dansun bel amphithéâtre, un jeune chirurgien qui faisait une opération avec dextérité. Lorsqu'il eut fini, mon cicérone me présente en disant : « Le docteur Loir de Paris ». Le jeune chirurgien reprend : « Paris, Ontario? » Je répondis : « Non, Paris, France. » Je demandai ensui.: qui était ce jeune médecin qui me croyait venir de la petite ville de 1.500 âmes qui porte le nom de Paris dans la province canadienne de l'Ontario. Il est, me dit-on, né à Winnipeg et n'est jamais sorti du Manitoba: il à fait toutes ses études à l’école de médecine de Winnipeg. Ce pays a déjà donné de nombreux médecins aux Etats- Unis; le doyen de la Faculté de Médecine de Saint-Paul- Minneapolis est né à Winnipeg; c’est un organisateur fort intelligent, que j'ai été très heureux de rencontrer lors de mon voyage aux Etats-Unis, lorsque je suis allé visiter ces deux villes jumelles.

Dans l'Ouest, les chirurgiens ont souvent une extraordinaire audace professionnelle. Je suis passé dans une petite ville où, deux jours avant, avait eu lieu un accident de chemin de fer. C’est fréquent sur ces voies ferrées américaines. Un chirurgien avait fait

D dirt HE 23

D De 7 7)

| | FE Î || l!

la suture de la moelle à la suite d’une fracture de la colonne vertébrale; le malade ne survécut du reste pas, il mourait au moment où je visitais l’hôpital.

A Winnipeg la Société protectrice des animaux a obtenu une mesure que je trouve parfaite. Ce qui m’a toujours le plus péniblement impressionné, c’est de voir des chevauxtrainer des tombereaux dans la terre meuble qui se trouve en contre-bas des rues quand on construit une maison. Les malheureuses bêtes sont obligées de tirer les voitures pleines de terre et c’est une scène très désagréable dans les vieux pays. C'est à Winnipeg que j'ai vu pour la première fois, comme ensuite à Chicago et ailleurs, aux Etats-Unis, fonctionner une grue semblable à celle qni existe à bord des navires. Cet appareil prenait en bas le tombereau plein de terre et le déposait délicatement dans la rue où les chevaux étaient alors attelés et pouvaient le traîner sans difficulté.

Au milieu du jardin public de Winnipeg est une ruine antique gardée jalousemen: par la commission municipale des antiquités. C’est le fort Garry : il témoigne que le point fut occupé autrefois parla Cie de la baie d'Hudson. Elle avait là un relais de traite dans ses affaires avec les Indiens Peaux-rouges. Je demandai naïvement de quel siècle datait cette ruine, habitué que je suis aux ruines puniques de Carthage et de l'occupation romaine en Tunisie. Nul ne sut me le dire. Enfin un savant archéologue (tout est relatif, même l’âge des ruines) me dit que ce fort avait été construit en 1868, pour servir de refuge contre les Indiens.

Il faut voir les soins dont on entoure cette « anti-

quité ». Elle se trouve au milieu d’un square, d’un carré comme disent les Canadiens, toujours avec la même antipathie des locutions anglaises, Ce square est planté d'arbres et entouré de grilles,

IV. — Winnipeg date de 1883. Dès 1879 de hardis Canadiens, guidés par des pères Oblats missionnaires, vinrent s'établir de l’autre côté de la rivière, à Saint-Boniface.

Quelques années plus tard, les Anglais s’établissaient à Winnipeg. C’est, maintenant, la ville centrale du Canada ; ce sera bientôt la grande capitale économique de l'Ouest canadien. La civilisation marche vers l'Ouest. La prairie, tout autour, est couverte de champs de blé. Les deux cités, Saint- Boniface et Winnipeg, sont voisines, mais offrent un contraste frappant. En elles est le symbole de toute l’histoire du Canada. A Saint-Boniface, l’ainée des deux cités, cinq mille Français travaillent et leurs affaires réussissent. C’est une ville taillée dans la campagne. Elle est loin de donner l'aspect de grande ville que l’on a de l’autre côté du pont, dans la ville cosmopolite. On trouve, à Saint-Boniface, une belle cathédrale et un gran couvent de jésuites.

Winnipeg donne l’impression d’une ville américaine; on y rencontre même ces grands magasins où sont installés toutes sortes de jeux auxquels on peut prendre part en mettant une pièce de monnaie dans un appareil. On voit défiler des vues cinématographiques ou bien, en mettant une pièce de cinq sous américaine sur la rouge ou la noire et prenant un numéro, on perd ou on gagne. Il sort de la machine

jusqu'à dix francs. J'ai suivi ainsi un pauvre diable d'ouvrier qui, seul dans un coin, en tète-à-tète avec sa machine à jouer, a mis plus de vingt francs dans le trou sans rien gagner. En partant il a jeté sur l'appareil un regard de défiance comme s'il avait eu peur qu'il le suive. Cela m'a fait songer au malheue reux romancier Guy de Maupassant poursuivi par un rêve peu de jours avant sa folie et fuyant devant son piano à queue soudain animé et acharné à sa poursuite.

V. — C’est à Winnipeg que j'eus la surprise, en passant devant un théâtre, d'entendre dire ceci par un Anglais :

« Nous avions là, il y à un mois, une de vos come patriotes, la grande tragédienne Sarah Bernhardt. Quel excellent moyen de diffusion de l'esprit français que ces tournées de votre grande artiste! Nous avons tous, dans la société anglaise de Winnipeg, tenu à l'écouter et nous nous sommes disputé les places. Dans ma famille, depuis son départ, on apprend le français, Vous verrez que mes enfants ne sont pas encore très forts dans votre langue, mais il ÿ a un mouvement dans cette direction ». Voilà des gens qui vivent en contact d’une population française, qui refusent d'apprendre notre langue, qui pourrait cependant leur être utile dans leurs relations avec leurs concitoyens français. Ils changent d'avis après le passage de Sarah Bernhardt. J'avais déjà constaté le même fait en Australie, en 1891, au moment où on annonçait la venue de la grande Sarah à Sydney. Plusieurs Anglaises de la société m'avaient dit que si elle ne jouait pas en anglais

elles s’abstiei.draient d'assister à ses représenta= tions, Trente-sept fois, ependant, elle fit salle comble, et, après son départ, celles-là qui m’avaient assuré ne pas vouloir aller l'entendre se mettaient à apprendre le français. Il faut dire que Sarah excite, parmi les populations anglaises, un enthousiasme dont on ne peut se rendre compte que lorsqu'on a assisté à ces manifestations. A Sydney, la municipalité, maire et mairesse en Lète, offrit un lunch en son honneur dans la grande salle du Town-hall où se pressaient plus de deux mille invités. Le jour où je demandai de sa part un train spécial pour aller visiter le pays une journée de dimanche où elle ne jouait pas, il fut accordé de suite, les ministres disant : « Nous ne pouvons rien refuser à la grande tragédienne qui nous fait l'honneur de venir jusqu'à nous. » Le gouvernement poussa l’amabilité jusqu’à faire décréter par le gouverneur que mon laboratoire de l’Institut Pasteur, qui était situé dans une île de la jolie rade de Sydney, serait à l'avenir une quarantaine annexe, et tout cela... pour pouvoir me donner les deux chiens de la divine Sarah qui, selon la loi, devaient purger une quarantaine de six mois comme tout chien débarqué en Australie, Elle n'avait eu d'autre peine que de demander cette faveur pour l'obtenir. Et cependant, la veille au soir, l'honorable Creck, chef de l'opposition, depuis premier ministre, avait posé une question au wouvernement pour savoir si les chiens de la célèbre artiste seraient traités autrement que ceux de la dernière des bourgeoises.

Au Canada, elle n’a pas été partout bien accueillie

it Sénbhié de “à D ne nn vers

gt sh Vs Rene tres

Page 1