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Berzer<. gardiens de troupeaux montés sur des chevaux

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quelques kilomètres. Nous ne sommes plus dans la | prairie plate des environs de Winnipeg. Il y a tout [ autour du range où nous sommes une ceinture de collines. Après le déjeuner nous restons à attendre le retour des cowboys. Du côté du levant, sur la colline, nous voyons bientôt apparaitre un nuage de poussière. Ce nuage se rapproche, il descend dans la plaine, maintenant il est plus près, nous entendons | un bruit sourd et enfin nous apercevons au milieu une masse noire. Cette masse se précise. Voilà une troupe de deux cents chevaux environ qui arrivent au petit trot. Armés de branches d'arbres, nous nous mettons en rang. Nous sommes cinq, à pied, à les attendre ; ceux qui conduisent les animaux sont tous à cheval. Les bêtes tournent en arrivant près de nous, elles entrent dans le corral (1) où elles sont prisonnières. Un peu étonnés après cette course assez longue, les chevaux sont inquiets et regardent sans plus bouger. Nous entrons dans le corral dont la porte a été fermée après le passage des chevaux. Les animaux que nous avons devant nous sont des bruncos, c’est-à-dire des étalons jeunes de un an, des chevaux hongres plus âgés, enfin des juments adultes. Ces dernières seulement seront examinées. Seules elies peuvent être atteintes de dourine. Les bruncos et les chevaux hongres n'ayant ni l'âge ni la possibilité de procréer restent forcément indemnes.

Les travaux qui se font un peu partout dans l'Alberta, pour la construction des chemins de fer, emploient un nombre considérable de chevaux; aussi

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{4 Paddaek, enclos fammant en général un cycle où on enferme les chevaux.

le prix de ces animaux est assez élevé, On me raconte qu'il y aurait en ce moment un fonctionnaire du service des remontes de France parcourant le pays pour acheter des chevaux. Je crois la chose peu vraisemblable. Cependant, il est certain que, après la guerre du Transvaal, il a été question d’acheter des chevaux pour la remonte de l’armée anglaise tellement on avait été satis fait des chevaux canadiens pendant la guerre.

Il s'agit maintenant de s’approcher des juments afin de pouvoir les examiner. Dans un coin du corral setrouve l'ouverture d’un boyau large d'un mètre environ et long de trente ; il est formé de solides poteaux reliés les uns aux autres par des planches. Les chevaux devront entrer dans ce passage où ils seront serrés les uns derrière les autres. Au moment oùils seront tous engouffrés dans le couloir, on placera en travers une forte planche maintenue par deux des poteaux de façon à ce que les animaux soient retenus prisonniers. Mais il n’est pas facile d'arriver au résultat voulu et nous devons aider à faire la manœuvre nécessaire pour mettre les chevaux en état d’être examinés.

Nous continuons donc à remuer les branc 53 d'arbres que nous tenons toujours à la main le troupeau sauvage s’élance au galop.

Les chevaux tournent en rond en soulevut :S

nuages de poussière et en faisant un bruit ép table. Leurs sabots résonnent sur le sol sec.

trois ou quatre courses en rond nous essayons d ger la troupe à s'engager dans le couloir. Mais, p un brusque écart, les chevaux nous évitent et pas u

n'entre dans la voie où nous voulons les pousser. Ils galopent tous de plus en-plus vite, et leur excitation parvient à son comble. Après un peu de repos, mais en les obligeant à faire sans arrèt leur m’rche tournante, nous nous mettons brusquement devant eux et leur cercle est rompu. Peut-être cette manœuvre suflira-t-elle pour les faire passer dans le couloir. Mais presque tous passent devant l'ouverture sans y entrer. Enfin er voici un qui s’y engage. Nous voyons aussitôt vingt-cinq ou trente autres chevaux se précipiter à sa suite comme les moutons de Panurge.

Vite, nous allons placer la traverse de hois contre la croupe de l’un d’eux, et, lorsque après la poussée premitre, ils se reculent pour sortir de l'impasse, ils ne peuvent plus bouger. Les voilà enfin prisonniers. L'un d’eux monte avec ses deux pattes de devant sur le dos de son camarade, sa tête passe audessus des planches, je demande s'il ne va pas sauter par-dessus la barrière et nous tomber sur la tête. Mais on me rassure, il ne peut pas sauter n'ayant pas d’élan. Il se remue tellement qu'il se renverse, Bientôt ilest sur le dos, les quatre membres en l'air. Les autres se reculent effrayés. Le dernier sent contre sa croupe la planche qui retient dans le couloir les prisonniers, Il rue, puis se cabre; enfin, il fait si bien que sa colonne vertébrale passe sous la planche qui le maintient, Il se relève, donne un effort, retombe aussitôt sans faire aucun mouvement. Nous voyons qu'il vient de se blesser grièvement. On enlève la planche cause de l'accident; les autres chevaux cessant d'être maintenus par la planche

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rentrent à reculons dans le corral en passant sur le

blessé.

Une fois le calme un peu retabli, on tire celui-ci

en dehors du couloir et nous nous apercevons qu'il

est paralysé de tout le train postérieur. Il a une

fracture de la colonne vertébrale. On le met assis

sur sa croupe, les jambes postérieures sont inertes,

il remue un peu en s’arc-boutant avec ses membres

antérieurs. Il perd du sang en abondance et au bout

de deux heures il est mort. La perte de ce cheval

n'est pas imputable au gouvernement, nous ne

payerors pas la valeur de cet animal au propriétaire.

È Il incombe à celui-ci de nous mettre à même d’exa-

miner les chevaux sans accident. Nous ne rembour-

: sons que le prix des bêtes malades do dourine et en

É même temps nous les condamnons à mort.

& Il faut recommencer la manœuvre: aous le faisons

cette fois sans suite fâcheuse et, à travers les bar-

rières à claire-voie, il est facile de reconnaitre le sexe

des chevaux, de choisir les juments et de les exami-

ner à loisir tout en étant à l'abri de leurs ruades. : Parmi celles-ci, nous en avons trouvé dix maiades

et vingt-sept douteuses sur six cents examinées. Les

vingt-sept douteuses seront surveillées quelques

semaines. On les met en quarantaine et on les

marque au fer rouge de la lettre E (Edouard VII), ce

qui veut dire qu’elles appartiennent au gouverne-

ment et sont sous sa surveillance à partir de cejour.

Dix, plus malades, sont estimées et nous versons au

propriétaire, à titre de compensation, les deux tiers

du prix de leur estimation, Ceci fait, le vétérinaire

du gouvernement les tue, en leur tirant une balle

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de revolver entre les deux yeux. Elles tombent foudroyées l'une après l’autre. Les dix cadavres, ligottés avec des cordes, sont alors traînés à même le sol à sept à huit cents mètres de la ferme par un attelage de deux chevaux. Nous faisons l’autopsie des bêtes tuées. La nuit arrive, nous rentrons en laissant les cadavres à côté les uns des autres. Nous ne nous sommes pas éloignés de cinq cents mètres que nous voyon£ les loups s'approcher, ils commencent à aboyer. Le lendemain matin, la presque totalité des cadavres des chevaux avait disparu.

VIII. — Pendant que nous étions encore occupés par l’inspection de nos juments, je vis arriver, vers la fin de :a journée, un homme de la police montée (4) du Nord-Ouest canadien.

L’aniforme de ces hommes est le même que celui des troupes coloniales anglaises que j'ai vu en Afrique du Sud après la guerre des Boërs : costume kaki, grand chapeau gris, cartouchière en hbandoulière. Un d'eux m'apportait mon courrier quand j'étais à la quarantaine de Lethbridge ; aussi avais-je hâte d'aller au-devant de lui quand de loin je le voyais s'approcher monté sur son cheval harnaché de jaune.

Souvent, là-bas, je me suis promené, à la recherche de cas pathologiques, dans une haute voiture conduite par un de ces policemen.

(1) La police montée joue, dans le Nord-Ouest canadien, lemême rôle que nos gendarmes. Ils fontla police et sont les soldats dans la Saskatchewan et l'Alberta. Ils vont jusque dans ie Nord et ont été chargés de maintenir l'ordre dans le Yukon lors de la venue de tous les chercheurs d'or. Il existe plusieurs postes de police montée dans cette contrée de l'or, à Dawson City et sur la route qui y conduit.

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Je m'approche donc de celui qui vient de s'arrêter et nous observe {peut-être m’apporte-t-il une lettre), et, pour entrer en conversation, je lui offre du tabac pour sa pipe. Il m'apprend qu'il vient ici demander à diner et à coucher. Il voyage avec un aide de police indien. Ce dernier, en passant près d’un campement de Peaux-rouges, dans une réserve ‘) qui n'est pas loin, lui a demandé d'y passer la nuit. Il doit avoir une squaw (2) de sa connaissance dans ces parages, il reviendra le rejoindre demain matin. Peut-être apportera-t-il des indications sur des vols de bois destinés à construire des barrières pour les nouveaux colons. Ces larcins ont été commis aux environs et ils sont chargés d’en rechercher les auteurs. Tout à coup, ce jeune homme de vingt-deux ans dont la figure ouverte est sympathique et avec lequel nous parlons anglais, me dit en français avec un léger accent du Midi : « Mais, monsieur, vous n'êtes pas Anglais; êtes-vous Français? — Oui, lui dis-je, et vous, vous n’êtes pas Canadien? — Non, me répond-il, je suis arrivé de Marseille il y a deux ane, Je venais retrouver mon frère, puis je me suis engagé pour cinq ans dans ce corps. Ce temps fini, je resterai, je pense, comme colon. Le métier n’est pas trop dur, nous sommes à cheval, à travers la prairie, plus de vingt jours sur trente. On nous traite bien dans les ranges où l’on nous donne toujours le couvert et le coucher, nous sommes considérés. »

(1) Territoire réservé par le gouvernement aux Indiens, c'est-n. dire aux sauvages de la prairie. Voir au chapitre XIV «Les Peauxrouges ».

2) Femme indienne.

Puis il me raconte que plusieurs Français de France sont engagés comme lui. Le soir il couche dans la même chambre que nous, c'est un garçon bien élevé, de bonne éducation. Le lendemain matin le Peau-rouge arrive sur son cheval, il a des indications au sujet du vol. L'homme de police et lui partent pour aller faire une enquête sur la provenance d’une barrière que l’on est en train de poser à vingt kilomètres de là. Est-elle construite avec les matériaux volés?

Depuis trois fois vingt-quatre heures, je ne me suis pas déshabillé, couchant toujours dans l’étroit campement établi dans la maison des ouvriers, ayant pour camarade de lit mon compagnon de voyage.

J'ai appris à estimer la valeur des chevaux : c’est amusant, je commence à connaître les prix de ces animaux comm? un vrai Maquignon.

Examiner six cents juments en trois jours ! jamais la police des mœurs de Paris n’a donné un travail semblable à ses médecins! Et tout cela pour permettre à messieurs les étalons de procréer!!

Voilà un nouveau point de la province de l’Alberta qui n'était pas contaminé il y a un an et qui se contamine peu à peu. Il y à six mois que les premiers cas ont été observés pour la première fois dans cette région.

Nous retournons à Gleichen que nous avons quitté il y a trois jours. Notre hôte nous fait traverser la rivière par un autre gué et notre voyage de retour se termine sans incident. Sur la piste que nous suivions nous avons rencontré une famille de Peaux-rouges.

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La femme est à cheval. Deux bâtons pendent de chaque côté de l'animal et traînent sur le sol. Ils soutiennent un petit chariot dans lequel est installé un enfant. Ce véhicule n’a pas de roues, c’est ainsi que les Indiens installent leurs voitures qu'ils trainert sur l'herbe de la prairie ou sur la neige en hiver. En nous voyant, la femme descend de cheval et se retourne pour ne pas se montrer, tout comme une Bédouine nomade des environs de Tunis. L'homme qui l’accompagne nous fait un signe de la main. Lorsque nous sommes déjà loin la femme remonte à cheval et le groupe repart.

En arrivant à Gleichen, vers quatre heures de l'après-midi, on me dit que je puis, si je le désire, ne pas attendre le train transcontinental du soir qui passe à onze heures ; le transcontinental du matin a huit heures de retard et va arriver dans quelques minutes, il est signalé. Ce sont des surprises que l’on a souvent au Canada, les trains sont rarement à l’heure, mème sur les plus petits parcours. C’est quelquefois agréable, comme dans le cas que je cite, mais, d'ordinaire, nos nerfs européens réagissent désagréablement à ces retards auxquels nous ne sommes pas habitués sur nos lignes des vieux pays.

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