‹ Canada et canadiens [microforme]Chapitre 40 sur 78 · ANT ON PRE OPA · texte numérisé non relu

ANT ON PRE OPA

çut que cet appendice était devenu tout blanc et « gelé comme un greton » (1).

L'Anglais averti se tâte vainement le nez qui a perdu toute sa sensibilité et, inquiet, demande ce qu'il faut faire. « Dame ! réplique le Français, pour un nez canadien le remède est facile... mais pour un nez de gouverneur peut-être est-il un peu brutal. — Goddam ! réplique lord Dorchester, voila mon nez dur comme du bois. Dépèchez-vous de m'administrer votre médecine et foin de vos égards pour mon pauvre nez, »

Le capitaine (souin arrèta sa carriole, prit quelques poignées de neige dont il frotta vigoureusement le nez du gouverneur stupéfait, et quelques instants après, il était dégelé tout comme s'il eût été un nez canadien.

Les s4 3 autres que l'hiver offrent des particularités inté. :ssantes dans ce pays.

IV. — Dans les prairies de l'Ouest, ‘re entretient l'humidité de la terre. En juin, . rouve encore la terre gelée dan: sa profondeur, tellement le réchauffage du sol se fait lentement. Cette terre, en se dégelant, entretient de l'humidité qui monte à la surface par capillarité. Le soleil chaud fait évaporer cette eau que l'on voit s'échapper sous forme de buée, comme dans un pays tropical. Sous l'influence de cette humidité de l’atmosphère et de la chaleur du soleil, la végétation a une rapidité d'évolution très grande ; tout pousse comme dans une serre chaude. De plus, les nuits, qui sont longues en hiver, sont

1) Partie de graisse de porc que les Canadiens aiment surtout à manger gelée.

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courtes en été et la lumière, bien entendu, aide la végétation. Dans nos pays tempérés, elle s'arrête chaque nuit et ces nuits reviennent fréquemment ; aussi, pour employer une comparaison frappante comme l'a fait M. Tisserand, le réorganisateur de l'Agriculture en France, on peut dire que la végétation, dans nos régions tempérées, se comporte avec la lenteur d'un train omnibus qui s’arrète constamment, tandis que dans les pays du nord elle marche avec la rapidité d’un express faisant halte le moins possible. Il ne faut donc pas s'étonner si, dans la province de Québec, on récolte le blé cent vingt-cinq jours après la semence et cent jours après dans les régions du Nord-Ouest, tandis qu'en France les récoltes doivent rester sur pied bien plus longtemps.

Au commencement du mois de mai, sur la côte du Pacifique, dans l'ile de Vancouver, qui jouit d’un climat méditerranéen, les fraisiers ont deux semaines d'avance sur ceux qui poussent dans la province de Québec. Le 1°" juin, la différence entre l’état des produits des deux provinces n'existe plus, on mange des fraises à Québec comme à Vancouver, Le 15 juin, elles sont abondantes partout.

La vie se continue au Canada en hiver comme en été. Il fait certainement plus froid qu'en France. Je ne donnerai pas de chiffres, car le nombre des degrés ne signifie pas grand'chose, il y a beaucoup d’autres éléments qui doivent entrer en ligne de compte. Mais enfin, en vivant au Canada pendant l'hiver, on comprend le charme de ce climat qui vous rend plus alerte, plus actif, L'air est plus léger.

Nos ancêtres sont venus s'établir dans ce pays et

le Français d'aujourd'hui profite de l'expérience acquise par plusieurs générations. Aussi, si les Français de l’ancien régime ont fait souche sur les bords du Saint-Laurent, les Français de nos jours peuvent eux aussi supporter ce climat, dont les rigueurs ne sont pas redoutables et qui, loin de compromettre la vie des colons, est, au contraire, pour eux, une garantie de santé.

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