CHAPITRE XXII
LA RAGE AU CANADA
1. La rage au Canada et aux États-Unis. — II. La rage dans la province de l'Est. — III. Dans les provinces de l'Ouest.
[. — La rage existe-t-elle au Canada ? C'est là une question fort discutée. Lorsque je suis arrivé au Congrès des médecins de langue française de l’'Amérique du Nord à Trois-Rivières, en juin 1906, on m'a dit que cette maladie était inconnue et je n'ai pas lu la communication que j’avais préparée.
Depuis cette époque, je me suis procuré tous les documents possibles sur la rage, aux États-Unis et au Canada. En effet, ces deux pays voisins doivent s’influencer l’un l’autre au point de vue des épidémies comme au point de vue des épizooties, car la ligne quiles sépare est toute conventionnelle. Mais ce n'est pas parce que l’on trouve la rage en un point d'un paysque tte maladie doit se propager forcé-
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ment à tout le reste de la région. Cela peut se produire, seulement il faut des conditions spéciales qui ne sont pas toujours remplies, mais peuvent l'être à un moment quelconque.
D'un autre côté, la présence de la rage est-elle toujours constatée lorsqu'elle existe dans un pays ? Loin de là, longtemps son existence a été niée à Constantinople, on donnait mème la raison pour laquelle les chiens de cette ville ne peuvent pas avoir la maladie. Sa présence a été démentie das beaucoup de villes d'Orient, où elle se montre cependant.
Lorsque la rage existe dans un pays, elle n’y est pas toujours reconnue, par conséquent, et on ne s'aperçoit de sa présence que le jour où une épidémie violente survient, sousune intluence quelconque. C’est ainsi que j'ai dù aller précipitamment, en 1902, en Rhodésie, dans l'Afrique du Sud, où j'ai été envoyé par mes maitres de l'Institut Pasteur de Paris, à la requête de la British South Africa C°.
La rage avait été importée à Por-tElisabeth, dans la colonie du Cap, en 1892, par un chien venu d'Angleterre ; une épidémie survint et, pendant l’année 1892-1893, il y eut cent soixante chiens atteints de rage ; puis, à la suite de la prise de mesures de police sanitaire très sévères, le fover semblait éteint, et dans tous les documents publiés à cette époque sur l'Afrique du Sud on trouve que la rage est inconnue. Une épidémie très considerable survint en 1902 en Rhodésie ; elle devait couver depuis longtemps, car lorsque j'arrivai dans le pays, il y avait de nombreux cas de rage, sur les animaux domestiques et sauvages ainsi que sur l'homme.
LA RAGE AU CANADA
Il faut donc toujours se défier d'une épidémie qui a été légère et parait éteinte, on ne prend plus de précautions et le feu qui couve se rallume un jour, on ne sait souvent pas pourquoi.
Pour que la rage existe dans un pays, il faut qu'elle y ait été importée, car un cas de rage n’est jamais spontané. Pasteur, alors que j'étais directeur de l’Institut Pasteur en Australie, m’écrivit une lettre où il expose bien cette question. On discutait dans cette grande ile, où la rage n’existe pas, l'utilité du maintien des quarantaines de six mois imposées à tous les chiens importés ; le ministre de l'Agriculture m'avait fait l'honneur de me demander mon avis et j'avais répondu par une lettre que j'avais ensuite soumise à Pasteur.
Voici son avis sur ma réponse et, si je le cite, c’est qu'il explique bien ce que je disais plus haut de la non-spontanéité de la rage.
Paris, 15 juin 1891.
« Mon cher Loir,
« Tu me demandes ce que je pense de ta réponse du 5 avril dernier au ministre de l'Agriculture, l'honorable Sydney-Smith, au sujet de la possibilité de l'introduction de la rage en Australie. Tu as parfaitement raison de dire que, dans les conditions présentes du voyage en Australie et avec les quarantaines actuelles, il est pratiquement et scientifique ment probable que l'Australie continuera à jouir de son immunité pour cette maladie, Quoiqu'on puisse trouver le contraire dans de vieilles publications, il est certain que la rage n’est jamais spontanée chez
les animaux. Les chiens peuvent être placés dans les conditions les plus contraires à leur genre de vie: froid, chaleur, nourriture, aucun ne deviendra hydrophobe.
« La rage, en dernière analyse, est toujours le résultat de la morsure d'un chien enragé. Il serait oiseux de discuter la question de savoir d’où vient le premier animal affecté : la science est incapable de résoudre la question de l’origine et de la fin des choses. Il est très probable, comme tu le dis dans ta lettre au ministre, qu’un chien partant d'Europe, après avoir été mordu parun animalenragé, mourra pendant le voyage ou pendant la quarantaine qui lui est imposée à son arrivée en Australie ; ainsi le veut la période d’incubation. Cette règle n’est pourtant pas absolue ; la science signale des périodes d'incubation de la rage d’une année, même de deux ans et quelques mois, mais ce sont là des exceptionstrès extraordinaires. Je crois même que nous n'avons aucune preuve certaine à ce sujet pour la race canine ; on peut en citer peut-être un ou deux exemples dans la race humaine.