CANADA
en garde, lui et leurs ouailles, contre le danger d’une insurrection. Mais Riel passa outre. Non seulement il leur désobéit, mais il créa une religion nouvelle, apostasia et fit apostasier ses adhérents, se livrant à toute espèce de vilenies contre l'Église et ses ministres. L'Église catholique est pourrie} la vieille Romaine est cassée! telles étaient les dénonciations favorites de Louis Riel. Pendant longtemps les prêtres craignirent d'être mis à mort. Il ne leur était plus même permis d'exercer le saint ministère. Les religieuses ne furent pas mieux traitées. On ne peut lire sans frémir les lettres dans lesquelles ils racontent tous les outrages dont ils furent l'objet. Aussi les soldats de Middleton furent-ils accueillis comme des sauveurs. Parmi les papiers de Riel trouvés à Batoche, on a recueilli la déclaration suivante au sujet de son apostasie, — déclaration qui est insérée au compte rendu officiel de son procès :
Les Métis français, membres du gouvernement provisoire de la Saskatchewan, se sont séparés de l'Église de Rome, et la grande masse du peuple en a fait autant.
Si nos prêtres consentaient à nous aider ! Jusqu'à ce jour nos prêtres ont refusé d'abandonner Rome.
Ils désirent nous gouverner dans un sens opposé à nos intérêts, et ils désirent cor tinuer à nous gouverner selon les ordres de Léon XIII.
Chers frères en Jésus-Christ, pour l'amour de Dieu venez à notre aide, afin que n: efforts contre Rome soient couronnés de succès et, en retour, nous ferons tout notre pouvoir pour assurer vos droits politiques.
Dans un mémoire publié récemment, l'archevêque de Saint-Boniface dit que ses sympathies seront toujours acquises à ceux qui sont dévoués à la cause métisse. J'admire ce sentiment de la part d’un prélat qui a consacré toute sa vie à l’apostolat le plus sublime, que l’on puisse concevoir. Mais je fais une grande distinction entre Riel et la cause métisse. Si je condamne la révolte des Métis, comme un crime contre les lois de l'Eglise et de l'Etat, j'ai toujours sympathisé avec eux dans leurs luttes pour le droit. Tout en désirant le triomphe de nos volontaires, j'ai admiré leur vaillance sur les champs üe bataille. Oui, tous se sont battus comme des braves, et le plus brave d’entre eux, Gabriel Dumont, vivra dans l’histoire.
Sans doute Riel fut choisi par les Métis comme leur chef. Mais le chef a trompé les soldats. Ceux-ci voulaient une agitation pacifique, légale, constitutionnelle. Ils ne songeaient aucunement à prendre les armes. Lis furent des dupes.