QUEL CAPITAL APPORTER
Un gros capital n’est pas absolument nécessaire à celui qui veut s'établir dans les prairies. Une famille comptant quatre ou cinq travailleurs adultes réussit bien mieux qu'une autre avec un capital double ou triple, mais qui n'a à sa disposition que les bras du père et de la mère.
L'émigrant courageux et travailleur, qui n'a que quelques centaines de piastres (800 à 1,000 fr.), réussit souvent mieux que je colon riche incapable de travailler lui-même, mais enfin, il faut un peu d'argent, assez pour subvenir aux premiers besoins. 5
Le colon énergique et économe, qui s’établira sur un homestead avec moins de 1,500 francs (& 300), devra se borner à acheter les objets de première nécessité : deux bœufs, une vache et son veau, une charrette, une charrue, une herse, ainsi que quelques meubles et les outils les plus indispensables. La maison qu'il construira et qui servira plus tard de laiterie ou d'écurie, ne lui coûtera pas cher. Avec & 30 ou $ 410 (150 à 900 francs), aidé d'un ouvrier du pays, il peut la construire lui-même en quinze jours; ce ne sera pas un château, mais plus tard, lorsque l’aisance sera venue, il en fera construire une autre plus confortable ; l'important est de se pourvoir d’un abri le plus tôt possible.
Nous ne conseillons pas ordinairement à celui qui possède moins de 1000 francs, d'acheter des bœufs ou des instruments agriculture. Qu'il fasse labourer, par un voisin, 4 ou 5 hectares de terre, à raison de ?5 à 30 francs l'hectare, et son petit capital lui suffira pour se tirer d'affaire.
S'il a soin de semer, en arrivant, sur un premier labour, des pommes de terre, des fèves, des navets, des haricots, citrouilles et autres légumes, du lin dont il vendra la graine, son avenir est presque assuré, car les dépenses pour la nourriture seront très minimes, ne consistant, pour ainsi dire, qu'en viande et en farine.
Parmi les colons arrivés avec moins de 1,000 francs ($ 200), et les trois quarts des émigrants français et belges sont dans ce cas, nous citerons M. Grimaud, du département de la Drôme, auquel il ne restait plus, à son arrivée, que la somme de & 50 (250 fr.), et qui, loin de se décourager, se mit de suite au travail. Il commença par prendre un homestead, puis s'engagea, avec Sa femme et sa jeune fille de seize ans, au service des voisins pour $ 25 (125 fr.) par mois, avec la nourriture et le logement. Un an après, il avait 10 acres (4 hectares) semées en blé, 9 acres plantées en pommes de terre) et il possédait dix bêtes à cornes. Ce résultat n'est nullement surprenant; les dépenses étant nulles, M. Grimaud avait mis chaque mois, de côté, le salaire de sa famuile et s’en était servi pour faire labourer sa terre et acheter des animaux.
‘ Interrogé sur la valeur du pays, M. Grimaud se déclara enchanté de sa nouvelle patrie et ne put s'empêcher de reconnaitre que, pour un cultivateur, il y avait, #11 Canada, plus d'argent à gagner qu’en France. Sans doute, il est préférable de venir avec plus d'argent; plus on en a, plus le succès est certain; mais l'exemple que nous venons de citer, et qui n'est pas le seul, suffit pour prouver que le travuil intelligent vaut un capital.
Voici comment les colons qui arrivent au Canada avec 3,000 ou 4,000 fr. pourraient employer leur argent :
Honoraires du Bureau des terres pour l'obtention
d'un homesiead ou lot gratuit................ 410 où GO, Matériaux et construction d'une maison...... D ) Meubles, poële, lit, etc.............. a cl : 50 » 250 » 2 bœufs ($ 100 à 120)........:............ dors 120 » 600 » 1 vache ($ 25 à 30)............................. 30 » 150 » Charrue, herse, charrette......................... oÙ0 » 200 »
Provisions d’un an, en aitendant la récolte pour
une famille de 5 personnes, grains de semence,
El node ne don nues 0 booptr rnbee (00 O0 Outils, harnais et dépenses imprévues......... sax 10 » 200 »
Soit un capital de.................. $ 500 » 2,500 fr.
Une somme plus considérable permettrait certainement au colon de s'établir ‘plus avantageusement, mais beaucoup ont commencé avec moins que cela, et sont aujourd'hui complétement à l'aise.
Quant aux colons à peu près sans argent, le mieux pour eux est de se mettre au service de leurs voisins ét d'employer leur salaire en labour sur leur homestead. Cet arrangement leur permettra d'obtenir, dès la seconde année, une bonne récolte en grain; sans cela, ils seraient obligés d'attendre plusieurs années avant d'avoir économisé la somme nécessaire pour acheter les bœufs et les instruments d'agriculture nécessaires à l'exploitation. L'émigrant qui veut travailler se tire toujours d'affaire. D'après l'expérience que nous avons du pays, nous pouvons dire que les paysans français et belges qui, après avoir payé leur passage, sont venus s'établir à la fin de mars sur des lots gratuits avec 700 à 800 francs seulement, ont toujours réussi au Canada. Leur exemple est là pour encourager les autres à venir.