SUR LE CANADA
Le Canada, avec une superficie de plus de 900 millions d'hectares, plus
de seize fois grand comme la France, set
rouve, dans sa partie sud, Sous
la même latitude que l'Italie et le Midi de la France. Les régions Septentrionales s'étendent presque jusqu'au pôle, on met sept jours à le traverser en chemin de fer de l'Est à l'Ouest, il n’est donc pas étonnant que, dans une contrée si vaste, il y ait une grande variété de climat, mais de
là à prétendre que notre pays tout entier de neige, il y à loin.
n’est qu'un désert de glace et
On exagère beaucoup en Europe la rigueur de nos hivers; on se fie
souvent aux récits plus ou moins fantastiques de certains voyageurs qui
n’ont visité le Canada qu’en hiver, ou bie
n aux rapports de gens quin y
ont jamais mis les pieds. Il en résulte les idées les plus fausses et les , plus absurdes et comme complément des questions dans le genre de
celles-ci :
«J'ai lu dans une brochure sur le Canada qu'en hiver, les rivières gelaient complètement: mais alors comment font les vaches pour boire® se passent-elles d'eau ou fait-on fondre de la neige pour s'en procurer? »
« Est-il vrai qu'en Canada il tombe 3
mètres de neige (10 pieds) en
hiver, mais alors il est impossible de sortir, car on doit en avoir par-
dessus la tête? »
. Il est pourtant bien simple de penser que les rivières ne gèlent pas jusqu'au fond, que le froid n'arrête pas leur courant, qu'il suffit de casser
la glace qui couvre la surface pour y pu qu'enfin, en admettant même qu'il tombe
iser de l’eau en abondance et rait 10 pieds de neige, ça ne
posa être d'un seul coup, mais en plusieurs fois dans le courant de ,
hiver, ce qui laisse à chaque couche le supporter les voitures et les piétons. La v sur la terre varie de un à trois pieds.
temps de durcir pour pouvoir érité est que la couche de neige
Ces questions, posées par des gens n’ayant que peu ou pas d'instruction, ne nous surprennent pas, mais ce qui nous afflige profondément c'est de voir des gens éminents, sous tous les rapports, calomnier un pays qu'ils ne connaissent malheureusement pas.
Dans toute l'Amérique du Nord, et par
conséquent en Canada, comme
aux États-Unis, les hivers sont plus rigoureux qu’en Europe, à latitude
égale; ils sont aussi un peu plus longs. L
‘hiver commence généralement
dans la province de Québec du i5 novembre au 1er décembre et un peu plus’ tôt dans le Nord-Ouest du Canada. 11 tombe à Québec, pendant
cette saison, de trois à quatre pieds de
neige; dans l'Ouest, il n’y en à
as plus de deux pieds et même souvent pas du tout, dans la Colombie;
il fait un peu plus froid au Manitoba, l' Québec, mais le printemps s'y fait senti
hiver, que dans la province de r un mois plus tôt.
Pendant l'hiver exceptionnellement doux de 1888-1889, la neige n'est tombée véritablement à Montréal que vers le 15 janvier, et elle achevait de disparaître le 1er avril; dans les environs du Winnipeg, la capitale
du Manitoba, on semait du blé le 20 mar
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s l'Ouest, ce qui n'a pas empêché tout le monde de se plaindre de ce mauvais hiver, parce que la neige manquait, car au lieu d'être un embarras et une nuisance, elle est, au contraire, une richesse et est toujours la bienvenue.
La neige, au Canada, n’est pas désagréable comme celle de France, de Belgique et d'Angleterre, elle est sèche et non humide, elle ne mouille pas ; elle protège le sol et le féconde. Au éontact du froid, elle durcit et forme de magnifiques routes glacées qui permettent au bûcheron de pénétrer partout dans la forêt pour y exploiter le bois, et, au cultivateur, de venir apporter ses denrées au marché. L'hiver, c'est la saison des affaires, de l'activité et de l'animation, l'époque des visites, des promen: l#s au grand air, des veillées; les traîneaux remplacent les voitures à roues, le soleil brille presque toujours d'un vif éclat, quoique sans chaleur, et c’est parce que l'absence de neige.nuisait aux communications que le commerce se plaignait du magnifique hiver de 1889.
Le thermomètre oscille ordinairement, en hiver, entre 0 et 5 degrés de froid, il descend quelquefois, il est vrai, jusqu’à 25 et même 30 degrés centigrades au-dessous de zéro, mais c'est une exception qui ne dure qu'un jour ou deux, et l’on ne s’en aperçoit pas, pour ainsi dire, lorsqu'il y a absence de vent; les maisons sont chaudes, l'usage des poêles est général, et l'on est capable de sortir dehors, même par les plus basses températures. Des froids semblables, ne doivent d’ailleurs surprendre personne, car on les éprouve assez souvent en France, dans la Savoie, le Jura, l'Ardèche, la Lozère, la Haute-Loire, les Ardennes et l'Est de la France, où notamment à Epinal, dans les Vosges, on a constaté 25, 26 et même 30 degrés de froid.
Il est un fait certain, c’est que l'Européen souffre moins du froid au Canada que dans sa patrie, et qu’au bout d’un an ou deux il arrive à préférer notre hiver un peu rigoureux, notre air pur, vif et sec, mais sain et salubre, à la brume, aux pluies glaciales et à la boue qui distinguent les hivers d'Europe. La seule précaution à prendre, pendant l'hiver, est de ne jamais sortir sans un pardessus queiconque, pour que la transition entre la chaleur des maisons et le froid du dehors ne soit pas trop brusque; on évite ainsi les rhumes et les fluxions" de poitrine. Si l’on veut bien aussi considérer que, depuis cent ans, la population canadienne s'est doublée tous les vingt-huit ans par l'excédent seul des naissances sur les décès, on arrivera facilement à la conglusion que, dans tous les cas, l'hiver du Canada n'est pas un obstacle à ce genre de colonisation et'que ce n’est pas le froid qui empêche les enfants de se bien porter.
La longueur de l'hiver est amplement compensée, en été, par la chaleur et la rapidité de la végétation, qui est vraiment prodigieuse et dont on ne peut se faire une idée en Europe; ainsi la vigne fleurit à la fin de juin, les foins se fat en juillet, la moisson en juillet, acût et septembre, le fameux blé Red F'yfe ne prend que 110 à 1 20 jours pour arriver-à maturité, et le Ladoga, 90 à 100 jours.
Tel est simplement le climat du Canada
Une autre idée fausse, c’est de se figurer notre pays comme peuplé de sauvages indiens et de croire que les Canadiens forment une race à part, couverts de peaux de: bêtes, chaussés de raquettes, des plumes sur la tête, un are et des flèches à la main, tout prêts à scalper leur ennemi, C’est là encore une invention de quelques romanciers qui ont cru faire ainsi de ia couleur locale pour frapper l'imagination de leurs lecteurs, et l’on en est arrivé à voir représenter dans d'excellents livres
s sciences, écrits par des hommes sérieux, la
sur la géographie et le n costume
chute Montmorency, près de Québec, gardée par un sauvage € de guerre.
Les sauvages (Indiens) du Canada sont peu nombreux eb presque tous civilisés; ceux qui habitent parmi les blancs se mélent à eux, cultivent la terre et viennent travailler sur les fermes; les autres se livrent à la pêche et à la chasse; tous, bien traités par e Gouvernement, Sont complètement inoffensifs. Que nos chers compatriotes célibataires ne nous demandent donc plus des photographies des femmes du pays,
our voir leur figure et la couleur de leur peau; s'ils viennent au Canada, ils y trouveront, à leur choix, de jolies et charmantes Canadiennesfrançaises ou anglaises, qui feront certainement aussi bien qu’en Europe des épouses dévouées, d'excellentes mères de famille et le bonheur de
léurs maris.