RÉPONSES A DES QUESTIONS SUR LE CANADA
1. Les colons qui viennent s'établir au Canada ne restent pas dans les villages ; ils bâtissent leur maison sur le lot gratuit donné par le Gouvernement, et ils choisissent eux-mêmes ce lot. Chaque cultivateur demeure sur sa ferme, ce qui est bien plus commode pour cultiver; dans les villages, il n'y a que les marchands, les forgerons, ouvriers de métiers, rentiers, le curé, le médecin, etc... On trouve quelquefois à louer des maisons dans le voisinage de son lot, mais ii n’y faut pas compter. En arrivant, vous placez votre famille à l'hôtel, chez un voisin complaisant, ou dans les maisons du Gouvernement, puis vous allez choisir votre lot el bâtissez dessus, le plus vite possible, une petite maison qui vous coûtera de 150 à 200 francs et une quinzaine de jours d'ouvrage. N'apportez pas d'arbres fruiliers avec vous. il y en a au Canada qui sont acclimatés au pays; les vôtres ne réussiront pas et vous coûteront très cher de transport. Il vaut mieux venir en famille, mais comme vous avez l'air de douter de la fertilité du pays, de ses abondantes récoltes, venez seul, et je suis certain que vous serez vite converti. Le défrichement ou premier labour de la prairie se fait avec une paire de bœufs ou trois petits chevaux du pays (poneys); vous ne pouvez comparer les défrichements de mauvaises terres de bruyère qui exigent en France deux ou trois paires de bœufs, avec le premier labour ou défrichement qui se fait au Canada sur une terre riche et fertile poussant du foin naturellement. Dans la province de Québec on loge le grain dans des granges, mais, dans l'Ouest du Canada, tout se met en meules; on sème le blé en avril, l'orge, l'avoine et les pommes de terre en mai; tout est mür dans les mois d'août el septembre, ça pousse bien plus vite qu'en France; ainsi on a vu du blé croître de 1 pouce (2 centim. 1/2)'par jour, depuis sa sortie de terre jusqu’au moment de le couper. Le tabac, le maïs, la pomme de terre viennent d'Amérique ; on trouve en Canada tous les animaux domestiques. Personne ne vous forcera à cultiver tout votre lot de terre de 64 hectares, mais le Gouvernement ne vous donnera votre titre de propriété que lorsque vous aurez rempli les conditions qu'il exige, c'est-à-dire quand vous aurez labouré et semé six hectares. Une paire de bœufs laboure par jour près d'un demi-hectare, soit les six hectares en douze jours, ou tout au plus quinze; si vous n’êtes pas capable, en trois ans, d'avoir sur votre lot cette quantité de terre en culture, vous faites mieux de rester chez vous : des paresseux, on n’en a pas besoin au Canada. Si vous croyez avoir trop de terre actuellement pour vous seul, lorsque vos enfants seront grands et pourront vous aider, votre situation sera changée, vous n'avez qu'à cultiver ce que vous pourrez el laisser le reste en pâturage. La moitié des 64 hectares vous coûtera le même prix comme frais de bureau, soit 10 ou 52 fr. 50; Vous avez donc intérêt à tout prendre; dans quelques années, si vous ne voulez pas tout garder, vous trouverez facilement à vendre ce que l'on
vous donné maintenant pour rien.
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2, On croit beaucoup plus, en Europe, les absurdités que l'on débile sur le Canada, plutôt que la vérité, et les plus mauvais bruits sont mis en circulation par ceux qui ont quelque intérêt personnel à empêcher l’émigration. Il y a longtemps que les buffaios (bisons) n'existent plus; leur peau se vendait de 80 fr. à 100 francs, et on les a tous tués; ils ne viendront donc pas ravager vos récoltes; les loups du Canada sont bien plus petits que ceux de France et ne font presque aucun mal. Le Canada est un pays si libre que, lorsque vous débarquerez ou voudrez vous en retourner, on ne vous demandera votre nom que pour le mettre sur votre billet. On n’exige ni passeport ni aucun papier. Personne ne décachètera vos lettres, pour voir si vous dites du mal du Canada, Il n’est jamais arrivé d'accident en mer sur les grands navires qui vont au Canada, Les enfants ne sont généralement pas malades, il n'y a aucun danger. Si vous ne croyez pas ce que disent les agents du Gouvernement, ni les brochures sur le Canada, consultez les colons francais, belges et suisses qui y sont établis, peut-être ne serez-vous plus aussi incrédule, à moins que vous ne vouliez rien croire, par parti pris, quand vous verrez tout le bien qu'ils vous diront du pays.
Il fait froid l'hiver, mais pas tant que vous le croyez, et les accidents causés par les basses lempératures sont très rares. Ainsi, M. X... dont vous parlez, et qui aime à boire, aurait dû vous dire franchement que s'il s’est gelé un pied, l'hiver dernier, c'est parce qu'étant en état d'ivresse, il s'est endormi sur la neige et y serait certainement mort si des passants ne l'avaient ramassé. La même chose lui serait aussi bien arrivée en France. +
En Canada, un garcon de vingt et un ans n’a pas besoin du consentement de son père pour se marier, il est bien plus libre sous ce rapport qu'en France où, jusqu'à vingt-cinq ans, s’il veut se marier, il lui faut le consentement de ses parents. Le mariage civil, comme il se pratique en France et dans deux ou trois autres pays d'Europe, n'existe pas au Canada, en Angleterre et aux Elats-Unis; ce sont les prêtres ou ministres des différents cultes qui marient leurs adhérents; ceux qui n'appartiennent à aucun culte se marient devant les juges de paix. Chacun est maître de ses actions. Pour l'entretien des membres du clergé, dans tous les pays où l'Eglise est complètement séparée de l’Elat, ce sont les fidèles des différents cultes qui soutiennent leurs prêtres volontairement, l’Etats ne les paye pas comme en France ou en Belgique; catholiques et protestants construisent leurs églises à leurs frais et payent les ministres de leur culte. Dans la province de Québec, les cultivateurs catholiques donnent à leurs curés, d'après la loi, la vingt-sixième partie de leur récolte en grain, mais, dans la province d'Ontario, au Manitoba, et dans les autres provinces de l'Ouest du Canada, les catholiques qui veulent avoir un prêtre pour les desservir, s'entendent entre eux pour lui donner un salaire de 2,000 à 5,000 francs. Chacun paie, volontairement, suivant ses moyens, depuis 5 francs jusqu'à 50 francs par année; ceux qui ne sont ni catholjques ni protestants ne paient rien du tout, personne ne les force, et le Gouvernement n'a rien à y voir. Ÿ a-t-il rien de plus juste ? je ne vois pas ce qu'on peut trouver à critiquer dans ce système, car il est tout naturel que celui qui a besoin d'un prêtr rémunère ses services. IL n’y a que les ignorants qui peuvent dire que le Canada se trouve dans la même posilion que la France avant 1793; nous jouissons en Canada, et depuis plus longtemps que la France, de l'égalité la plus complète et de toutes les libertés : liberté de réunion, d'association, de la presse, des cultes, sous un régime véritablement constitutionnel et démocratique.
3. L'hiver, le gihier se nourrit de l'herbe sèche, des bourgeons, des jeunes branches, au besoin de l'écorce des arbres, et nos chemins de fer marchent continuellement; on est parfois obligé d'enlever la neige sur les voies, mais cela n'arrive pas plus souvent que dans certaines parties de la France, comme vous pourrez vous en convaincre, si vous venez par ici. L'ouvrage ne manque pas pendant l'hiver aux cullivateurs courageux; la neige empêche, il est vrai, le travail de la terre, mais nullement les autres travaux extérieurs. Pendant cette saison, les homimes abattent les arbres, coupent et charrient du bois de chauffage pour leur usage on pour la vente: ils soignent leurs animaux, battent leur rain, le transportent sur le marché; à l'intérieur, les femmes font le ménage, ilent et tisseht leur chanvre, le lin ou la laine; les hommes pourraient aussi s'occuper à faire du savon, du charbon de bois, de la corde, de la fécule, à tourner et fabriquer des objets en bois comme cela se pratique dans le Jura el plusieurs autres parties de la France, à tresser de la paille et des paniers, toutes industries
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profitables, Soyez assuré que l'ouvrage ne manque pas à celui qui veut s'occuper,
IL fait froid sans doute en hiver, mais pas continuellement; nos poêles entretiennent, jour et nuit, dans nos maisons une douce chaleur, tandis qu'en France, avec les cheminées, on se chauffe la figure mais on gèle dans le dos, et, quand il n'y a pas de feu, il fait aussi froid dans Îles maisons que dans Îles granges, on peut sortir presque en tout temps, le soleil brille presque toujours, le froid n'est certainement pas désagréable comme celui de France et de Belgique, La preuve que la température est très supportable, c'est que tous les animaux domestiques, à l'exception des vaches donnant du lait, peuvent rester dehors tout l'hiver sans en souffrir, Si notre hiver a ses inconvénients, il a aussi ses commodités. On tue, au mois de décembre, les bœufs, vaches, moutons, porcs, volailles que l’on ne veut pas nourrir, on les expose au froid ainsi que le gibier et le poisson, et on peut les conserver gelés jusqu'au mois d'avril, On a donc toujours en hiver de la viande fraîche à sa disposition, et on peut la consonimer au fur el à mesure des besoins: on n'a pas besoin de rien saler, le froid conserve admi ‘ablement,. Ajoutons qu'en Canada les rhumes sont peu fréquents en hiver, et les engelures inconnues, tandis qu'en Belgique et en France on en souffre beaucoup.
On aime beaucoup le vin français en Canada; il y a des personnes qui préfèrent les vins d'Espagne, tous les deux se vendent au même prix; des goûts et des cou leurs il ne faut pas discuter ; à table on prend du thé, du café, du lait, de la bière; les porimes valant de 3 à 5 fr. l'hectolitre, il est aisé de faire du cidre, el si vous aimez le vin, personne ne vous empêchera d'en fabriquer avec du raisin sec ou le raisin frais du pays qui se vend de 15 à 25 centimes la livre et de planter de la vigne. On ne peut juger de la richesse d'un pays d’après le vin qu'il consomme, avec vos idées, la Normandie, la Brelagne, le Nord de la France, la Belgique et l'Angleterre où l'on ne boit pas de vin seraient detristes pays, et le contraire est vrai. Dans les endroits où la vigne ne pousse pas, on récolte beaucoup de blé et avec du blé plein son grenier il est facile de se procurer de l'argent pour acheter du vin, si on a le goût d’en boire.
4. Tout visiteur impartial trouvera certainement le Canada supérieur à la Franceset à la Belgique sous bien des rapports; iln’y a pas en Canada de patois; pas de différence entre les villes et les campagnes; partout c’est le mème costume, les mêmes coiffures, les mêmes mœurs, les mèmes habitudes, le même langage, une unité presque parfaite, c'est comme à Paris. Les filles de la campagne sont habillées comme celles de la ville, il en est de même pour les hommes; on parle français partout avec le même accent, pouvez-vous en dire autant de votre pays? Au point de vue matériel, les cullivateurs canadiens sont plus à l'aise, vivent plus confortablement que les paysans français el belges ; ce n’est pas chez eux qu'on trouve des planchers en terre battue, des maisons couvertes en paille et des tas de fumier devant la porte; personne ne porte de blouse ni de sabots, et cela se comprend facilement; en France, il n’y a plus de terre racante, ce n'est qu'à force de privations el d'économie, et encore pas toujours, que le pauvre peut y devenir propriélaire de 3 on 4 hectares de terre, tandis qu'en Canada, tout homme âgé de plus de 18 ans recevant cratuitement 64 hectares de bonne terre peut avec son seul travail et très peu d'argent acquérir promptement une belle aisance, Il lui est aussi plus facile qu en Europe de faire des économies, car les salaires sont plus élevés en Canada et le plus mauvais domestique de ferme gagne au moins 600 fr. par année, nourri et logé avec trois repas de viande par jour.
Vous vous effrayez, bien à tort, de la domination anglaise en Canada. Elle ne se fait pas du tout sentir. L’Angleterre laisse le Canada complètement libre de s'administrer comme bon lui semble: ce sont les habitants du Canada, et il y en à de toutes les nationalités, qui sont les électeurs et élisent leurs députés comme en France eten Belgique, Ceux-ci à leur tour, votent les lois canadiennes. Au bout de trois ans de résidence en Canada, vous serez électeur vous-même. Pour une colonie, il n’y a pas de meilleur système ; aussi tout le monde est satisfait en Canada et personne ne se plaint. L'égalité la plus complèle y existe avec Ja liberté.
Qüant aux curés canadiens, ils ne sont pas les maitres du pays comme vous le prétendez, ils sont soumis aux lois comme les autres citoyens et s'ils ont plus d'influence ici qu’en France, cela tient à ce qu'autrefois ils ont agi en patriotes et ont marché avec le peuple dont ils ont défendu les droits et dont ils sont restés les amis,
5. Le foin naturel qui pousse sur les prairies, quoique très nutrilif, est cepen-
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dant inférieur, pour les chevaux non habitués, à la fléole des prés, appelée communément mil, qui forme le fonds des prairies artificielles en Canada, Les prairies roduisent tant de foin que l'on ne peut tout couper, une partie sèche sur pied et e feu le consume très souvent, Pour se préserver de l'incendie, le colon laboure quelques sillons autour de sa maison, de ses élables el de ses meules de blé, Ces feux de prairie ont lieu l'automne el le printemps; ceux de printemps font dommage au foin, en faisant périr une partie des racines, Ils cesseront complètemént quand le pays sera plus peuplé.
Dans la province de Québec, la clôture mitoyenne en perches est obligatoire dans les campagnes; dans les provinces de l'Ouest du Canada, elle est facullative et l'on n’enclôt généralement que les champs eullivés; les hestiaux pâlurent sur toutes les prairies non encloses. On peut enclore si on le veut loute sa propriélé avec des perches ou des fils de fer. Les clôtures en perches ne coûtent au colon que son travail pour aller les couper et les poser; celles en fil de fer uni ou à piquants (barbelé ou ronce artificielle )coûtent un peu plus cher, mais durent plus longtemps. On estime qu'une clôture de fil de fer barbelé à trois rangs, avec poteaux en cèdre coûte de 500 à 550 francs ($ 100 à 110) par mille de 1609 mètres, ce prix comprend l'achat des piquets, du fil de fer el la pose.
— Les poleaux ou piquets pour faire des clôtures ont généralement 6 pieds de longueur, et une grosseur au petit bout d'au moins 3 pouces; on les enfonce en terre à une profondeur de un pied et demi. Le cèdre, presque incorruptible, est le meilleur bois pour les piquets, il est aussi un des plus chers; le saule, le frêne et le chêne font aussi de bons piquets, ceñx en tremble pourrissent facilement; le saule vaut le cèdre el est presque imputrescible. Les prix des piquels varient suivant les localités et l'espèce de bois de $ ? à $ 4 (10 à 20 francs, ) le cent. Les perches à clôture en tremble de 12 à 13 pieds de long el ? pouces (5 centimètres) au moins au petit bout vaient de $ 2 à $ 3 (10 à 15 francs,) le cent; on enlève l'écorce des piquets et des perches pour les faire durer plus longtemps. À Winnipeg on paye les gros piquets de cèdre, taillés en pointe à une extrémité de $ 8 à $ 9 (40 à 45 francs) le cent; ceux en chêne ou frène valent $ 7,00 (35 francs), ceux en épinette rouge (mélèze) ou en épinelte ordinaire $ 5,00 (25 francs) le cent. Ces prix sont bien moins élevés dans les campagnes, et ceux qui veulent aller les couper eux-mêmes dans les bois n'ont à payer au Gouvernement qu'un droit de coupe de 1 centin (5 centimes) par chaque piquet ou pieu de clôture. La clôture légale comporte un piquet tous les 15 pieds (4,50) et 3 fils de fer doubles. Le prix du fil de fer varie de $ 5 à $ 6,00 (25 à 30 francs )les 100 livres. Une livre de fil de fer barbelé est censée contenir 16 pieds en longueur, mais on n'en trouve généralement qu'un peu plus de 15 pieds. Le fil de fer double uni coûte moins cher que celui à piquants ou barbelé.
6. L'eau des puits pas assez profonds lave mal quelquefois le linge, ou cuit difficilement certains légumes; on.la rend propre à lous usages en y faisant dissoudre une once de soude (soda) dans six gallons d'eau. Pour abriler sa maison contre les vents, on fait dés plantalions d'arbres, mais toujours en bouquets ou talles ; ce sont les saules et les érables qui croissent le plus vite ; on plante d’abord les saules sur trois ou quatre rangs, puis en arrière les érables. Le blé d'Inde indigène jaune et blanc pousse très bien ; le blane donne un produit plus abondant, On sème aussi les variétés Early Cory, Mitchells Early, Minnesota sucré (sweet). Le grain semé au semoir, qui enterre la craine, puis roulé, lève mieux et plus vile que celui semé à la main. Les avoines blanches, notamment la Prize Cluster et la Canadienne, sont plus recherchées sur le marché que les noires, dont les variétés Houdan, Etampes et Jeannette produisent cependant beaucoup. On emploie généralement 2 minots de blé, d'orge et de seigle par acre el ? mi nots et demi pour l’avoine; un demi-minot de graine de lin par acre est suffisant. Semé sur un cassage ou premier labour, puis roulé, le lin produit de 8 à 10 minots à l’acre et davantage, s’il survient une bonne pluie après les semailles., On coupe le lin à la moissonneuse, mais on le laisse quelque temps en'javelle sur le champ.
7. On ne peut juger exactement, en France ou en Belgique, la situalion exacte du Canada, à moins d'y avoir demeuré, Personne ne fait la folie d'aller s'établir à cent lieues du chemin de fer, puisqu'on peut toujours se choisir un lot près des stations ou des villages et auprès de voisins On trouve, dans les magasins élablis
un peu partout, tout ce qu’on a besoin. L'écoulement des produits agricoles se fait toujours facilement; vous n'aurez jamais assez de produits pour suflire à la demande, 11 y a des marchands qui vont, presque chaque semaine, de ferme en ferme, pour acheter ce que les Cultivateurs ont à vendre.
Vous dites que la culture du blé ne donnant pas do bénéfices en France, il doit en être de même en Canada parce que la main-d'œuvre ÿ est plus chère. C'est une erreur, En France, vous avez à payer le loyer de la terre, les impôts et le fumier: en Canada, vous n'avez rien de cela à payer, On paye un domestique, il est vrai, deux ou trois fois plus qu’en France, mais comme il travaille avec des machines, il fait bien plus d'ouvrage en Canada, Ainsi on donne, en Canada, 15 fr. à 16 francs pour couper, lier et attacher avec la machine un hectare de blé; en France, le même ouvrage, avec des domestiques qui recoivent 1 franc ou 2 francs
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Maison d'un colon en Canada.
par jour, vous revient au moins à 24 francs. Le cultivateur canadien ne sèmerait pas de blé s’il n’y trouvait pas son bénéfice, soyez-en assuré.
L'habitant, c’est ainsi qu'on appelle en Canada le cultivateur, ne travaille, pour ainsi dire, la terre que huit mois de l’année, mais cela lui suffil pour vivre largement pendant un an et se donner un confortable et une aisance dont vous ne pouvez vous faire une idée. Allez chez lui en tout temps, mais surtout en hiver, et vous verrez combien il vit largement et plantureusement, comment il pratique l'hospitalité dans de jolies maisons, bien meublées, sans mesquinerie aucune. Bien des bourgeois d'Europe se privent plus que lui. Dans presque toutes les fermes, vous trouvez des machines à coudre, souvent des pianos, toujours un petit salon ou salle de réception, les planchers se lavent chaque semaine, partout règne la plus exquise proprelé.
Si les cultivateurs français et belges voulaient croire combien le colon canadien vit heureux et satisfait, c'est par centaines de mille qu'ils viendraient en Canada trouver comme‘lui l'aisance et le bonheur, sur le lot de 61 hectares à blé qui est donné gratuitement à tout homme agé de plus de dix-huit ans,
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sal LES COLONIES FRANÇAISES.