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CHAPITRE II

Apres avoir dépeint, d'après les meilleures autorités, les mœurs et la condition des indigènes américains, je vais raconter succinctement les événemens principaux qui ont accompagné la découverte et la civilisation de ce pays. Ceux qui ont lu les détails curieux que nous avons cherché à réunir dans les pages précédentes, sur une nation qui, je puis le dire, ne fait que d'être connue, et qui vont maintenant trouver ici la relation des faits remarquables qui ont signalé les premiers progrès de la civilisation sur le sol qu'ils possèdent aujourd'hui, auront entre ce qui précède et ce qui va suivre des sujets de comparaison qui offrent un contraste et un intérêt assez rares.

Des aventuriers italiens, Jean Cabot, et ses fils Sébastien, Louis et Sanchez, qui, le 5 mars 1495, avaient été commissionnés par Henri VII, roi d'Angleterre, pour aller à la découverte de ce que Colomb cherchait aussi, un passage nord-ouest pour se rendre aux Indes Orientales, ou à la Chine, qu'on nommait alors Cathay, réclament l'honneur d'avoir découvert le Canada les premiers. Ces hardis voyageurs

mirent à la voile en 1497 avec six batimens, et, au commencement de juin de la même année, ils découvrirent Terre-Neuve. Continuant à courir à l'ouest, ils atteignirent le continent de l'Amérique du nord, qu'ils côtoyèrent, après avoir exploré le golfe S.-Laurent jusqu'au 67° 50' de latitude septentrionale. Ils retournèrent en Angleterre au mois d'août 1497 : mais, quoique Sébastien fit ensuite trois autres voyages au Nouveau-monde, aucun établissement ne fut formé sur ces côtes.

En 1500, Gaspar Cortereal, Portugais, visita ces cotes et continua les découvertes faites par sir John Cabot (le roi d'Angleterre l'avait créé chevalier); mais Cortereal et ses frères ne firent rien de plus que d'enlever des Indiens qu'ils employèrent et vendirent comme esclaves. En 1502, Hugh Elliot et Thomas Ashurt, marchands de Bristol, avec deux autres personnes, obtinrent de Henri VIII une patente pour établir des colonies sur les terres nouvellement découvertes par Cabot. On ignore quels en furent les résultats. En 1527, une expédition fut envoyée par Henri VIII, d'après l'avis de Robert Thorne, marchand de Bristol, pour aller à la découverte d'un ge nord-ouest aux Indes Orientales. Un des batimens de l'expédition fut perdu.

François I, Roi de France, jaloux des découvertes faites par l'Espagne et le Portugal, et dont l'ambition fut excitée par les prétentions exclusives que ces deux puissances élevaient à la possession du Nouveau-monde, autorisa l'armement d'une expédition. Le commandement en fut confié à Verrazzano, Florentin, qui, à un second voyage, découvrit la Floride, et de là, suivant la cote d'Amérique jusqu'au 50° de latitude, en prit officiellement possession, au nom de son royal maître, et l'appela, La Nouvelle France. Au retour de Verrazzano en Europe, en 1526, sans or ni argent, ou sans objets de quelque valeur, il fut d'abord froidement reçu : mais on dit que depuis il fut renvoyé avec des instructions spéciales et des pouvoirs pour entrer en communication avec les naturels. Dans sa mission, il perdit la vie au milieu d'une querelle avec les Indiens. Ce fait n'est cependant pas regardé comme certain, et on assure que les résultats de 1 1 bataille de Pavie, en 1525, dans laquelle François I fut fait prisonnier, interrompirent le voyage de découvertes de Verrazzano, et qu'il revint dans sa patrie, où il mourut dans l'obscurité.

Le gouvernement n'ayant pas donné suite à la prise de possession du Canada par Verrazzano, des armateurs de S.-Malo se livrèrent à la pèche sur le banc de Terreneuve, et, dès Tannée 1517, on y voyait cinquante batimens anglais, espagnols français et portugais, réunis pour le même objet Jacques Cartier, vin de ces armateurs, entreprit d'explorer à ses risques et périls les cotes septentrionales du nouvel hémiephi

i navigateur hardi et expérimenté reçut enfin une commission de François I, son souverain, et quitta S.-Malo, le 20 Avril 1534, avec deux hatimens de soixante

tonneaux chacun. Il arriva à Terre-neuve le 10 mai, y resta dix jours, et delà se dirigea vers le nord, passant par le détroit de Bellile. Il changea ensuite de direction, marcha un peu au midi, traversa le grand golfe S.-Laurent, déjà connu des Européens, et, dans le mois de juillet, arriva dans la Baie des Chaleurs, qu'on nomma ainsi à cause des chaleurs qu'on y éprouva. Le 24 juillet, Cartier aborda à Gaspé, où il éleva une croix, surmontée d'une fleur de lys, et le lendemain il fit voile pour la France, emmenant avec lui deux Indiens.

Le caractère entreprenant de François I l'engagea à renvoyer Cartier, l'année suivante, avec trois forts vaisseaux, et un grand nombre de volontaires de distinction. L'expédition se donna rendez-vous à Terre-neuve, et, au mois d'août, remonta le S.-Laurent, ainsi nommé parce qu'on le découvrit le dix du mois, jour de la fête de ce saint.

Cartier jeta l'ancre à Québec, qu'on nommait alors Stadaconna, et la résidence d'un chef indien, nommé Donnaconna. Après avoir mis ses bâtimens en sûreté, Cartier poursuivit sa route dans la pinasse et dans deux canots ; et, le 3 octobre, il atteignit une île, et une montagne élevée qu'il nomma Mont Royal, maintenant Montréal. Après avoir perdu beaucoup de ses hommes par le scorbut pendant son hivernage à Stadaconna, qu'il nomma Ste-Croix, Cartier retourna en France en 1536, emmenant de force avec lui Donnaconna, deux autres chefs et huit Indiens. La cour de Fiance, voyant qu'il n'y avait ni or ni argent à attendre de ce pays, ne s'occupa plus de la Nouvelle France ou Canada qu'en 1540. Alors Cartier, après beaucoup de démarches, réussit à faire disposer une seconde expédition, commandée par François de la Roque, seigneur de Roberval, qui fut commissionné par François I comme lieutenant-général et vice-roi du Canada.

Roberval envoya Cartier pour fonder dans le pays un établissement, qui eut lieu en effet à Ste-Croix le 23 août 1541, mais qui fut presqu'aussitôt abandonné dans les commencemens de l'année suivante. Le vice-roi lui-même arriva, au mois de juillet 1542, au Canada, où il bâtit un fort, et passa l'hiver à quatre lieues environ au-dessus de l'île d'Orléans, d'abord appelée l'île de Bacchus. Mais l'expédition n'eut presqu'aucuns résultats par l'absence de tout plan arrêté, par suite du scorbut, et surtout à cause des attaques et des continuelles hostilités des Indiens, furieux de ce que Cartier avait enlevé Donnaconna et plusieurs de leurs compatriotes, qui avaient tous péri en France.*

Bientôt après, Roberval fut rappelé du Canada, ses services étant utiles à son souverain dans la lutte que celui-ci soutint si long-temps avec Charles-Quint.

* Les historiens ne n'accordent pas toujours entr'eux sur ces différens faits : on peut se fier néanmoins aux détails que je viens de donner. Ils sont tirés de l'ouvrage de Hakluyt, qui passe généralement pour mériter le plus de croyance.

4J LE CANADA PITTOREX}! E.

Quant à Jacques Cartier, ayant perdu sa fortune et ses forces, il mourut presque .iii<-it"t après son arrivée en Fiance. A la mort de François 1, Roberval s'embarqua de nouveau pour le Canada, en 15-i9,avec son frère Achille, et une suite nombreuse de jeunes-gens pleins de zèle et de courage ; niais depuis on n'a plus entendu parler de l'expédition, et on suppose qu'elle a toute péri en mer.

En lôTii, Martin Forbisher fut envoyé par la reine Elisabeth avec trois bâtimens, et découvrit le cap Elisabeth, et le détroit qui a conservé le nom de ce navigateur. Celui-ci, ayant pris du mica ou talc pour du minerai d'or, en apporta une grande quantité en Angleterre, et fut renvoyé, l'année suivante, avec trois vaisseaux, par des négocians, qui le chargèrent d'aller à la recherche de l'or, et d'explorer la ente du Labrador et du Groenland, dans le but de découvrir un passage nord-ouest aux Indes. Il revint en Angleterre, ne rapportant avec lui que deux cents tonnes de l'or prétendu, ainsi qu'un homme, une femme et un enfant, tous les trois Indiens.

En 1578, Martin Forbisher mit de nouveau à la voile, n'emmenant avec lui pas moins de quinze bàtimens, pour aller à la recherche de l'or : aussi beaucoup de spéculateurs s'y ruinèrent, ne recueillant que du mica au lieu d'or. Ce fait montre, au reste, quelle était déjà à cette époque l'avidité du commerce.

Durant cinquante ans, la France s'occupa peu du Canada, et le petit nombre des colons ou de leurs héritiers qu'avaient installés Cartier et Roberval restèrent presque oubliés et sans protection. Mais, en 1598, le goût des expéditions coloniales reprit un peu, et Henri IV nomma le marquis de la Roche son lieutenant-

> a 1 au Canada, avec des pouvoirs pour diviser les terres découvertes en fiefs et en seigneuries, qui seraient chargés de redevances pour couvrir les dépenses qu'exigerait la défense du pays. La Roche n'arma qu'un bâtiment, et malheureusement renforça son éqnipage de quarante malfaiteurs tirés des prisons. Il suffit de dire ici que Sable itland, banc de sable aride qui fait partie de l'Acadie, qu'on nomme maintenant Nouvelle Ecosse, fut d'abord colonisé et ensuite abandonné; et que c'est plutôt à une entreprise particulière qu'à une ordonnance royale que la France fut redevable d'une permanente et avantageuse colonisation du Canada. M. Pontgrave, iant <\<- S.-Malo, qui avait fait plusieurs excursions à Tadoussac, à l'embouchure di- l.i rivière de Saguenav, dans le but de se procurer des pelleteries! ■ ia avec M. Chauvin, officier de marine, qui obtint de Henri IV, en 1600, une commission qui lui accordait d'importans privilèges commerciaux en Canada. Chauvin associa d'autres personnes d son entreprise, et ht deux voyages avantageux I idonssac, où les Indiens lui donnèrent des fourrures de prix en échange de

telles. Chauvii uni. en 1603: mais le commandant Dr Chatte, ou Ds

Chaste, gouverneur d<' Dieppe, forma à Rouen une société de négocians, qui donna

I rande extension au i ommerce des fourrures. In armement eut lieu, et dite, .m-

~"nV

mandée par Pontgrave et par un officier de marine distingué nommé Samuel Champlain, qui, en 1603, remonta le S.-Laurent jusqu'à Sault S.-Louis. A la mort de Chauvin, Pierre Dugast, seigneur de Monts, Calviniste et gentilhomme de la chambre à la cour de Henri IV, obtint des lettres patentes qui lui conféraient le privilège du commerce exclusif et le gouvernement de toutes les terres situées entre le 40e et le 54e degré de latitude ; et Dugast, quoiqu'il fût de la religion réformée, eut ordre de convertir les Indiens à la foi catholique romaine. Il ne changea rien à l'association qui avait été fondée par ses prédécesseurs, et, en 1604, fréta une expédition de quatre bâtimens, dont deux furent destinés pour l'Acadie, vers laquelle ge dirigeait alors l'attention publique. Des comptoirs de commerce furent alors établis dans plusieurs endroits : le trafic des pelleteries commença à prospérer ; mais la colonie acadienne fut négligée, et Québec, fondée par Samuel Champlain, le 3 juillet 1608, devint la capitale de la Nouvelle France future. Les diverses tribus indiennes contigiies au nouvel établissement, principalement les Algonquins, les Hurons et d'autres, qui étaient en guerre avec les Iroquois ou Cinq-Nations, sollicitèrent et obtinrent l'appui des Fiançais. Champlain leur enseigna l'usage des armes à feu, que les Iroquois connurent aussi par les Anglais, leurs alliés, qui s'étaient établis sur le territoire voisin. De là résultèrent les guerres sanglantes qui ont presque détruit la race indienne dans l'Amérique septentrionale, partout où elle s'est trouvée en contact avec les Européens. La colonie fondée sur les bords du S.-Laurent ne fit d'abord que des progrès très lents ; et, en 1622, quatorze ans après sa fondation, Québec ne comptait pas encore plus de cinquante individus.* Le dangereux principe qu'on avait adopté de faire concourir la religion, principalement le jésuitisme, avec la politique coloniale, avait long-temps mis les colons français dans l'embarras : aussi, pour remédier à l'état de détresse où se trouvait la colonie, le commerce du Canada, concentré jusque-là dans les mains d'un ou deux individus, fut transféré en 1627 à une puissante association appelée la Compagnie des Cent Associés, composée d'ecclésiastiques et de laïques, et dirigée spécialement par le célèbre cardinal de Richelieu. Le but principal de la compagnie était de convertir les Indiens à la foi catholique ; et, pour cela, les jésuites devaient déployer tout leur zèle. Le but secondaire était l'extension du trafic des fourrures et du commerce en général, ainsi que la découverte d'une route à l'océan pacifique et à la Chine, par les grandes rivières et les lacs de la Nouvelle France.

Cette compagnie administrait le Canada, et jouissait des privilèges étendus d'une seigneurie féodale, qui relevait du souverain, auquel elle devait fidélité et hommage, et à qui elle était tenue d'offrir une couronne d'or à chaque avènement au trône. Indépendamment du droit de propriété du sol, la compagnie obtint le monopole du

* Le premier enfant né à Québec de parens français était fils de Abraham Martin et de Marguerite Langlois: il fut nommé Eustaelie à son baptême, le 24 octobre 1C21.

commerce, le roi se réservant pour le bénéfice de tous ses sujets le droit de pèche de la baleine et de la morue dans le golfe et sur la cote du S.-Laurent. Quant aux colons qui n'étaient pas au service de la compagnie, on les autorisa à faire avec les Indiens le trafic des pelleteries, sous la condition qu'ils viendraient apporter chaque peau de castor au facteur de la compagnie, sous peine de confiscation : celui-ci la leur payait quarante sols. Par suite de ce nouveau système d'administration, les prolestans et autres hérétiques, aussi bien que les juifs, furent entièrement exclus de la colonie, dans laquelle une société de jésuites fut établie aux frais de la compagnie. Ainsi se perpétuèrent le monopole et le bigotisme, qui ne pouvaient avoir que de fâcheux résultats.

Les premiers vaisseaux que fit partir pour Québec la nouvelle compagnie religieuse et commerciale furent pris par les Anglais. En 1628, une escadre anglaise, sous le commandement de sir David Kertk, réfugié français, descendit à Tadoussac, et détruisit des maisons et enleva du bétail dans les environs du cap Tourmente. Kertk avec sa petite troupe s'avança ensuite jusqu'à la baie de Gaspé, où il rencontra M. de Roquemont, un des cent associés, commandant une flotte qui portait des familles d'émigrans et toutes sortes de provisions. Roquemont fut forcé de se battre, et perdit tous ses bâtimens et ce qu'ils contenaient. Enfin la dernière espérance de la colonie à Québec s'évanouit par le naufrage, sur la cote d'Ecosse, de deux missionnaires que portait un vaisseau chargé de vivres pour les malheureux colons, qui furent dès ce moment réduits à cinq onces de pain par jour. Kertk, qui avait augmenté ses forces de quelques bâtimens anglais, commandés par ses deux frères, leur fit remonter le S.-Laurent, et ils s'emparèrent facilement de Québec, le 20 juillet 1629- Le 20 octobre, Champlain arriva à Plymouth, pour revenir en France : mai» beaucoup de ses compatriotes ne quittèrent pas le Canada. Au moment de la prise de Québec, la paix se traitait entre l'Angleterre et la France ; et, en \ihi'2, par suite des négociations, Québec, l'Acadie ou Nouvelle Ecosse, et l'Ile Royale ou Cap Breton furent cédés à la France, et Champlain reprit le gouvernenu -ut du Canada. Les jésuites, avec leur zèle accoutumé, se livrèrent à leurs premiers travaux; et, depuis ce moment jusqu'à la dernière conquête du Canada par l'Angleterre, en 1760, une rivalité hostile, partie religieuse, partie commerciale, eut lieu entre les colons fiançais et anglais dans l'Amérique du nord, et dégénéra quelquefois en luttes violentes, tandis qu'une paix profonde régnait en Europe entre les deux Eouvernemens.

I h détail minutieux dea événement qui se passèrent serait déplace dans un

are de celui-ci i il me suilit de dire qu'à compter de 1674, époque à

laquelle l.i population, en y comprenant les ludions convertis, n'excédait pas huit

nulle individus, la colonie française du Canada lit de rapides progrès, et, ayant fini

i ommettre des hostilités sur les frontières de la Nouvelle Angleterre, les colons

anglais prirent aussi les armes, et les deux partis, appuyés alternativement par les Indiens, se livrèrent de sanglans combats. On doit observer ici combien les progrès des colons des deux nations dans tout le nord de l'Amérique furent influencés par la puissance et le caractère respectif de leurs souverains. Le règne licencieux de Louis X Vr, la vigoureuse administration de Guillaume III, contribuèrent efficacement à retarder ou à avancer la prospérité des deux colonies ; car, dans une monarchie, le caractère et même le bonheur d'un peuple sont presque toujours le résultat des mœurs et des principes de celui qui gouverne.

Pendant plusieurs années, la France repoussa les agressions de voisins moins adroits, mais plus opiniâtres, par suite de la coopération active et de l'appui que les Canadiens reçurent des Indiens, avec lesquels les Anglais s'alliaient moins facilement. Ceux-ci néanmoins, sentant la nécessité d'être aidés par les naturels, finirent par se les rendre favorables, et reprirent l'avantage sur leurs rivaux. Les hostilités commises par les Indiens étaient redoutables. Attachant peu de prix à la vie, et combattant en désespérés, ils ne faisaient point de quartier. La connaissance qu'ils avaient des lieux leur permettait de choisir le théâtre de l'action ; quand ils avaient renfermé leur ennemi dans un défilé, ou dans une forêt qui n'offrait aucun moyen de fuir, on entendait à la fois les cris de détresse des vaincus et les chants de triomphe des vainqueurs ; et, tandis que les corps des morts servaient de nourriture à l'Indien, la chevelure scalpée de l'homme blanc était pour son possesseur un trophée de gloire, et un trésor d'une valeur importante. Les Canadiens eux-mêmes firent plusieurs fois l'expérience des mœurs féroces de leurs alliés. Le 26 juillet 1683, le Rat, chef d'une tribu huronne, piqué d'une démarche qu'avaient faite les commandans français pour traiter de la paix avec les Iroquois, ou Cinq-Nations, sans avoir consulté les Hurons, leurs alliés, engagea ses compatriotes, et même les Iroquois, à l'aider à attaquer Montréal. Les colons furent pris à l'improviste ; un millier d'entre eux furent tués, et les maisons, les bestiaux et les récoltes furent détruits dans file. Charlevoix, dans son histoire de la Nouvelle France, dit des Indiens : " Ils ouvrirent le sein des femmes enceintes pour en arracher le fruit qu'elles portaient; ils mirent des enfans tout vivans à la broche, et contraignirent les mères de les tourner pour les faire rôtir." Les Français, qui avaient reçu d'Europe de nombreux renforts, envoyèrent à Schenectaday, au mois de février 1690, un corps qui massacra la plus grande partie des habitans de cette tribu. Suivant Colden (page 78), les Indiens que les Français firent prisonniers dans la bataille furent coupés en morceaux, et leurs chairs servirent à faire de la soupe pour les Indiens qui accompagnaient la troupe française. Tels furent les déplorables résultats de la colonisation européenne dans l'Amérique du nord. On peut les comparer, quant aux massacres qui les suivirent, aux atrocités commises par les Espagnols sur les paisibles et faibles habitans des îles des Indes occidentales.

LE CANADA FITTORESQCE.

Le massacre que les Français firent des Indiens à Schenectaday eut pour effet d'engager les Iroquois et les autres nations à se lier plus intimement avec les Anglais; de sorte que les Français furent forcés de se tenir sur la défensive, et de se borner 1er leur propre territoire. Nos compatriotes à Albany furent d'abord tellement alarmés des dispositions hostiles des Français, qu'ils se disposaient à abandonner le ; mais alors les colons dans la Nouvelle Angleterre finirent par s'accorder et par former une coalition, dans le but d'une défense mutuelle. Des commissaires furent envoyés à New York, et on fit partir pour l'Angleterre des députés chargés d'expliquer les intentions des colons, et de presser l'envoi de l'expédition navale et militaire qui, en 1690, se préparait contre les établissemens français du Canada.

Quel changement singulier a eu lieu dans la manière de voir et dans la situation respective des parties, quand on remarque que, peu d'années après, ces mêmes colons qui avaient cherché à détruire la domination française dans le Canada, furent envoyés en France pour solliciter son appui dans la guerre de l'Indépendance contre la Grande Bretagne !

L'attaque du Canada par les colons de la Nouvelle Angleterre, qui leur coûta 3,750,000 fr., somme très forte pour eux à cette époque, eut lieu deux fois : la première par terre ou par les rivières sur les frontières méridionales ; la seconde par terre avec une flotte commandée par sir W. Phipps, et qui, partie de Boston, se dirigea sur Québec. L'armée anglaise était composée de colons peu exercés à la guerre, et qui ne cherchaient qu'à venger la mort de leurs compatriotes tombés sous les coups des Français et des Indiens leurs alliés. Québec fut sommée de se rendre, et bravement défendue par M. de Frontenac, qui força Phipps de retourner à Boston avec une perte considérable. Si celui-ci avait mis plus de vigueur H d'activité dans ses opérations, il aurait affamé les assiégés, et les aurait forcés à se rendre. L'attaque parterre, qui avait eu lieu la première, avait également échoué.

Les Français profitèrent de ces avantages pour étendre leurs frontières, en sorte que les colons anglais jugèrent bientôt que les deux nations rivales vivraient difficilement mit le même continent; les Français voulant dominer par la guerre, is par le commerce et les arts libéraux. Ceux-ci firent tout ce qui était en leur pouvoir pour chasser du Canada leurs rivaux, qui ne voulaient pas rester en poil tandis que les deux mères-patrie se battaient. Le but de Frontenac était d'enlever aux Anglais le commerce des fourrures, et de les forcer à se retirer dans les montagnes Alleghany et de la Nouvelle Ecosse. Il affaiblit d'abord les Iroquois, et mit fin à leurs incursions dans le Canada. En 1697, il Be préparait à marcher contre Pi i i »rk de concert avec des troupes qui arrivaient de France, lorsqu'à son grand regret il apprit que la paix venait d'être signée le 11 septembre à Ryswick, entre la France et l'Angleterre.

l que la guerre se ralluma entre ces deux puissances en 1702, les hostilités

recommencèrent également en Amérique; et les cruelles persécutions exercées contre les protestans en France furent la cause d'une animosité religieuse qui augmentait encore la haine qui régnait entre les colons anglais et leurs voisins : le nombre de ces derniers se montait déjà à 15,000. En 1708, le marquis de Vaudreuil dirigea ses opérations vers la frontière anglaise, après avoir obtenu la neutralité des Iroquois, flattés de traiter comme état indépendant : mais la destruction du village d'Haverhill, et le massacre de plusieurs de ses habitans, forcèrent les Canadiens à se mettre sur la défensive. Les Anglais firent des préparatifs pour attaquer Montréal par terre; mais, les forces anglaises qui devaient soutenir cette attaque par le fleuve S.-Laurent ayant été nécessaires dans le Portugal, le marquis de Vaudreuil eut le temps de faire ses dispositions. En 1709, les Anglais soumirent l'Acadie, maintenant Nouvelle Ecosse ; et, lorsque l'attaque réunie par terre et par mer eut lieu, en 1711, elle fut si mal conduite, et la flotte anglaise fut si maltraitée par la tempête, et par suite du peu de connaissance qu'on avait de la côte, que, dans un seul jour, le 22 août, elle perdit huit bâtimens de transport, et avec eux 884 officiers, soldats et marins. L'expédition revint à Boston, et la paix fut de nouveau signée à Utrecht, en 1713, entre la France et l'Angleterre. Le marquis de Vaudreuil profita de la paix pour augmenter les fortifications de Québec et de Montréal : les levées militaires, montant à 5000 soldats sur une population de 25,000 individus, furent organisées avec soin; des casernes furent construites, et enfin on leva des impôts pour faire face à ces dépenses extraordinaires. Pendant ces dix années de paix, le commerce et la prospérité du Canada firent de rapides progrès : en 1723, dix-neuf bâtimens sortirent de Québec, chargés de pelleteries, de meubles, de pierres, de goudron, de tabac, de grains, de pois, de porcs, etc.; et on construisit dans la colonie six vaisseaux marchands et deux bâtimens de guerre.

Les Canadiens eurent à déplorer en 1725 la mort du marquis de Vaudreuil, qui fut remplacé en 1726, par le marquis de Beauharnais, fils naturel de Louis XIV. Son administration, et les intrigues des jésuites parmi les Indiens, donnèrent une nouvelle force à la rivalité qui existait entre les colons français et anglais pour rester seuls maîtres du continent américain. La guerre, qui avait recommencé en 1745, entre la France et l'Angleterre, amena la réduction du Cap Breton, dont s'empara une flotte anglaise, secondée par les troupes de la colonie. Le succès de la bataille de Fontenoi ranima l'esprit martial des Canadiens, et les engagea à essayer de reprendre la Nouvelle Ecosse en 1746 et en 1747. Mais ils échouèrent, et le traité d'Aix-la-Chapelle, en 1748, mit de nouveau fin aux hostilités. Des commissaires furent nommés pour établir une ligne de démarcation entre les deux colonies. Les Français désiraient que leurs rivaux se retirassent derrière les monts Alleghany, et ne pussent approcher des lacs, du S.-Laurent, du Mississipi, ainsi que des rivières que recevaient ces grands fleuves. Le gouverneur du Canada, sans aucune autori-

~ation de la mère-patrie, et accompagné d'une nombreuse force militaire destinée à imprimer dans l'esprit des Indiens une haute idée des droits et de la puissance de la colonie française, se rendit sur la frontière que, dans sa libéra/ité, il lui avait plu d'assigner à l'Angleterre. Des plaques en plomb, portant les armes royales, furent placées de distance en distance. Tout cela fat fait avec une grande solennité Cette démarche imprudente alarma, comme de raison, les Anglais et les Indiens, et les décida à réunir leurs efforts pour expulser les Français de l'Amérique du nord.

Conformément aux vues qu'avaient les Canadiens et le gouvernement de la mèrepatrie, les jésuites furent chargés de persuader aux Acadiens, ou premiers habitans français, de quitter la Nouvelle Ecosse, et de former en-dedans des frontières du Canada une nouvelle colonie, à laquelle le roi faisait un don de 800,000 livres. Instruit des projets des Français, Cornwallis, gouverneur de la Nouvelle Ecosse, fit élever un fort en face de la frontière française, près de la baie de Fundy, sur les bords de la rivière Beauhassin, et le plaça sous le commandement du major Laurent. Bientôt après un bâtiment chargé de vivres pour les Français fut pris à l'embouchure de la rivière S.-Jean.

Les intrigues des jésuites pour détacher les Iroquois de l'alliance anglaise eurent un tel succès, que les Indiens permirent aux Français d'élever sur leurs frontières le fort La Présentation : mais l'union des Anglais et des Indiens n'en continua pas moins de subsister ; et la chute de la colonie française eut enfin lieu par suite d'une corruption sur laquelle les premières autorités non-seulement fermaient les yeux, mais même dont elles profitaient. L'arrivée du marquis Duquesne de Meimeville, en 1752, comme gouverneur du Canada, de la Louisianne, du Cap Breton et de S.-Jean, indiqua que les hostilités reprendraient bientôt en Europe. Duquesne déplova la plus grande activité pour organiser la milice; des détachemens de troupes régulières, de milice et d'Indiens furent envoyés sur l'Ohio; on éleva le fort Duquesne, faisant partie maintenant du territoire de la Virginie, ainsi que d'autre9 fortifications; enfin, de Ticonderoga, de Crown Point et du fort Niagara, on dirigea • le- attaques violentes contre les paisibles colons anglais, en violation du traité de 17 18, I ■ - Anglais ne restèrent pas cependant inactifs, et, près du fort Duquesne, in construisirent un qu'ils nommèrent le fort Nécessité, lue garnison y tin de la Virginie, sous le commandement de Georges Washington, devenu depuis si illustre, et qui était alors lieutenant-colonel. Celui-ci, dans sa marche

pour m rendre au fort, fut rencontré par on parti de Français, dont le chef* le

somma de ne pas aller ping avant. < >n répondit à cette sommation par DUC décharge

de mousquetterie, qui tua Jumonville et plusieurs de* siens. M. Contrecœur, qui

• M. de Jumonville.

commandait le fort Duquesne, investit le fort Nécessité et força Washington à capituler. L'Angleterre faisait alors les préparatifs d'une guerre ouverte contre la France : l'ambition de Frédéric de Prusse et l'état de l'Europe en firent bientôt une guerre générale. Une flotte nombreuse, chargée de troupes et de munitions, partit de France pour renforcer Québec ; deux frégates tombèrent dans les mains des Anglais, près de Terre-neuve.

En 1755, Duquesne, ayant résigné ses fonctions, fut remplacé en juillet par le dernier gouverneur du Canada, le marquis de Vaudreuil de Cavagnal, qui signala les débuts de son administration par la défaite du brave mais téméraire général Braddock, le 29 juillet 1755, dans un des défilés des monts Alleghany. Braddock, habitué aux guerres européennes, et qui n'entendait rien à la manière de combattre des Indiens, ayant négligé de se faire éclairer, se trouva pris dans une gorge, et perdit une partie de son monde. Il fut tué, et ce fut Washington, commandant en second, qui sauva le reste de l'armée, à laquelle vinrent se réunir six mille hommes de troupes provinciales, commandés par le général Johnston et le gouverneur Shirley. Johnston, dans l'intention d'investir Crown Point, fit sa jonction avec le général Lyman près du lac Georges, où ils furent attaqués par 3000 Français commandés par le baron Dieskau. Après un combat de quatre heures, les Français firent leur retraite sur Crown Point, après avoir perdu 1000 hommes, et. leur chef, qui fut blessé et fait prisonnier. Ces succès rendirent un peu de courage à l'armée anglaise, et contribuèrent à entraîner les troupes provinciales dans la lutte qu'elles soutinrent depuis contre ces mêmes hommes avec qui elles étaient alors unies pour combattre les Français, devenus plus tard leurs alliés. Washington était bien éloigné de s'attendre alors aux brillantes destinées qui l'attendaient.

La campagne de 1755 se termina en octobre par la retraite des Anglais sur Albany, après qu'ils eurent renforcé la garnison d'Oswego, et renoncé à attaquer Crown Point. La France, qui commençait à sentir l'importance du Canada, envoya, l'année suivante, un corps considérable sous les ordres du marquis de Montcalm, qui assiégea et prit le fort Oswego. La campagne de 1757 fut encore heureuse pour les Français : le fort Georges fut pris, et les prisonniers anglais, au nombre de 2U00, furent égorgés dans leur marche vers le fort Edouard, par les Indiens alliés des Français. Ceux-ci prétendirent qu'il leur avait été impossible d'empêcher cet horrible massacre. On peut juger de l'horreur qu'il inspira en Angleterre et dans la colonie anglaise : le vieux Pitt, depuis comte de Chatham, alors à la tête des affaires, saisit cette occasion d'exciter l'animosité naturelle de la nation contre la France, et déploya une énergie et des ressources, dont les effets ne tardèrent pas à se faire sentir en Amérique.

La France renforça les garnisons du Canada ; et l'Angleterre ouvrit la campagne de 1759 avec un plan pareil à celui qui avait été adopté en 1690. L'invasion du

Canada devait avoir lieu sur trois points différens et avec trois généraux d'un grand talent. Le général Wolfe, qui devait marcher sur Québec, commandait en chef. Sa division se montait à 8000 hommes. Dirigée sur Québec par une flotte sous les ordres de l'amiral Saunders, elle mit pied à terre à l'île d'Orléans le 27 juin 1759. Le marquis de Montcalm fit ses préparatifs pour défendre Québec. Ses forces consistaient dans environ 13,000 hommes, dont six bataillons de troupes régulières, de la milice canadienne mal exercée, quelque cavalerie et des Indiens. Son armée était rangée depuis le S.-Laurent jusqu'aux cascades de Montmorenci, pour s'opposer au débarquement de l'ennemi, et elle était appuyée par quelques vaisseaux de guerre et des chaloupes canonnières. L'attaque des Anglais échoua, et Wolfe écrivit en Angleterre qu'il regardait comme impossible de réduire Québec dans cette campagne.

Wolfe convoqua un conseil de guerre, où il fit remarquer que le feu de ses vaisseaux, en passant devant la ville, l'avait presque détruite, tandis que la citadelle n'avait presque éprouvé aucun dommage, ajoutant qu'une nouvelle attaque sur les retranchemens de Montmorenci était inutile. Il proposa en conséquence, comme seul moyen de réussir, de gagner des hauteurs qui commandaient la citadelle. Le consed adopta cet avis, et le général, quoique malade, dirigea l'expédition dans la matinée du 13 septembre 1759. Ses soldats ne purent gravir la hauteur qu'avec des efforts incroyables, et en s'aidant des racines et des branches d'arbres qui se trouvaient sur leur route. De Montcalm ne montra pas, ce jour-là, sa prudence ordinaire : s'aperccvant que l'ennemi avait pris sur lui cet avantage, il se décida à livrer bataille aux Anglais. Il sortit d'une forte citadelle sans artillerie de campagne, sans attendre le retour d'un corps de 2000 hommes qu'il avait détaché sous les ordres de Bougainville pour observer la flotte anglaise, et enfin avec une chaleur et une précipitation qui contrastaient avec le sang-froid de ses adversaires. Wolfe, avec ses yeux d'aigle et son expérience militaire, s'aperçut bientôt que la retraite lui était impossible. Aussi, dirigeant principalement son attention sur sa division de droite, qui s'avançait avec rapidité, il veilla soigneusement à ce que ses flancs

ouvert, et il eut soin d'entretenir ses communications avec la Les deux armées étaient, à peu près sans artillerie : les Français n'avaient que deux

cai ■ : les Anglais n'eu avaient qu'un «pie les matelots, au moyen de cordes qu'ils

y avaient attachées, tirèrent sur la hauteur après beaucoup d'efforts : ainsi c'était le -..ilirr et la bayonnette qui devaient décides du succès de la journée. Les agiles montagnards écossais remplaçaient la cavalerie, et les fusiliers anglais l'artil-

Les Prancaii se battirent avec vigueur, et avec une espèce de fanatisme produit en eus par Irsdiscours violens de leurs prt très, qui ne manquaient aucune occasion de les exciter conti' les Anglais, auxquels ils M donnaient pas d'autre nom que celui

d'hérétiques. Quant aux deux généraux, ils déployèrent une égale bravoure. Tous deux marchèrent à la tête de leurs troupes, et, se portant rapidement sur les points où l'action était engagée avec le plus de chaleur, contribuèrent à changer la face de l'action. Tous deux enfin tombèrent mortellement blessés. Wolfe, épuisé par la perte de son sang, et pouvant à peine se soutenir, s'appuyait sur le bras d'un de ses officiers ; les dernières étincelles de la vie s'éteignaient insensiblement en lui, lorsque, près d'expirer, il entendit ces cris : " Ils prennent la fuite!" "Qui?" dit le héros mourant. "Les Français!" lui répondit-on. "Alors je meurs content," furent les derniers mots de ce brave capitaine. Montcalm périt aussi, se réjouissant à son dernier moment de n'avoir pas assez vécu pour être témoin de la reddition de Québec. Les vainqueurs et les vaincus déplorèrent la double perte que venaient de faire les deux nations.

Cette bataille décida du sort de la domination française dans le Canada. Cinq jours après, la citadelle de Québec se rendit, et fut occupée par cinq mille hommes commandés par le général Murray. La flotte retourna en Angleterre. La jonction des forces britanniques chargées de l'invasion eut lieu à Montréal en septembre 1760; et, trois années après, par un traité entre la France et l'Angleterre, la première renonça à ses prétentions sur le Canada et la Nouvelle Ecosse, et perdit tout ce qu'elle possédait dans l'Amérique du Nord.

La population du Canada, lors de sa conquête par les Anglais, était environ de 65,000 habitans, placés sur un territoire étroit le long du S.-Laurent, et s'occupant principalement d'agriculture. Aucun peuple n'a gagné autant que les Canadiens daus cette cession faite à l'Angleterre. Bigot, qui était intendant, ou receveur des contributions pour le roi, pillait les colons de toutes les manières. Un papier monnaie, établi sous la garantie du roi de France, pour faire face aux dépenses civiles et militaires de la colonie, qui avait été échangé et payé loyalement pendant trente ans, et avait acquis par conséquent un grand crédit, permit à Bigot de cacher pendant long-temps son désordre et ses concussions; et, tandis que les Anglais prenaient le Canada par la force des armes, le monarque français détruisait le commerce et le bien-être à venir de ses sujets en cessant de garantir le paiement du papier émis par l'intendant auquel il avait accordé un pouvoir absolu. Dans cette occasion, non-seulement tous les gros propriétaires se trouvèrent presque complètement ruinés, mais encore on vit s'opérer la chute entière de tout ce papier monnaie, qui, à l'époque de la conquête, se montait à cent millions de francs, pour lesquels on reçut seulement quatre pour cent.

On accorda aux Canadiens la liberté civile et religieuse; et, pour me servir des expressions de l'auteur des Annales politiqttes du Canada, " L'histoire n'offre aucun exemple d'autant de clémence et de générosité de la part des vainqueurs sur les vaincus, et d'une circonstance si remarquable dans le tableau des guerres de la

LE CAKADA PITTORESQUE.

civilisation, que le nouveau monde consacra par son admiration le droit de conquérant nouvellement acquis par l'Angleterre, moins par ambition ou par le désir d'assurer la tranquillité de ses autres colonies, que dans l'espérance d'améliorer la position de ses nouveaux sujets, et de les faire jouir des avantages de la liberté."

Après les intéressantes et scientifiques découvertes des navigateurs et aventuriers européens, il ne sera pas sans intérêt de rapporter ici la simple histoire d'un chef indien, qui traversa le continent sans carte ni compas, et sans autres ressources que son courage et son intelligence; et qui, dans ce long et pénible voyage, fit des découvertes qui auraient fait battre le cœur du voyageur le plus hardi. Cette histoire a été racontée par le chef lui-même, et par le moyen d'un interprète, à une personne qui l'a rapportée, dans les termes suivans, à la Société Historique de Québec.

" J'avais perdu ma femme, et les enfans que j'avais eus d'elle, lorsqu'un jour, au lever du soleil, j'entrepris mon voyage. Je quittai mon village, malgré les conseils de ma famille, et je me rendis chez les Chicasaws, nos amis et nos voisins. Je restai quelques jours parmi eux, pour tâcher d'apprendre d'où nous venions tous, eux qui étaient les plus anciens du pays, et dont nous avions reçu notre langage. Ils ne purent pas m'en informer, et je continuai mon voyage. J'atteignis le pays des Chasnanous, et je remontai ensuite le Wabash, ou Ohio, presque jusqu'à sa source, qui est dans le pays des Iroquois ou Cinq-nations. Je les quittai, en me dirigeant vers le nord ; et, comme l'hiver est long et rude dans ce pays, je restai dans le \ illage ilt s Ahenaquis, où je me liai avec un homme un peu plus âgé que moi, et qui me promit de me conduire, le printemps suivant, à la grande eau. En conséquence, quand les neiges furent fondues, et que le temps fut devenu meilleur, nous marchâmes vers l'est ; et, après plusieurs jours de marche, j'aperçus enfin la grande eau, te qui me causa tant de joie et d'admiration que je ne pouvais pas parler. A la nuit DOUS arrêtâmes sur une hauteur au bord de l'eau, mais le vent y soufflait avec nue telle force que le froid violent que j'éprouvais dans tous le3 membres, et le bruit qu'il occasionait autour de nous, me fatiguèrent beaucoup ; et, de toute la nuit, malgré toutes les précautions que nous prîmes, mon compagnon et moi, il nous tut imposable de dormir. Le jour suivant, le flux et le reflux me causèrent de grandes craintes ; et, voyant l'eau monter sensiblement, et s'élever à une grande hauteur, je croyais qu'elle allait dépasser les bords, et que tout la paya allait être Bubraergé, tant était grande mou ignorance de ce phénomène : mais mon compagnon me ras-ur.i eu un- datant que le flot, an avançant et en se rstirant, ne dépassait pas certaines limita. Après avoir satisfait notre curiositi par la vue de la grande eau, mm is> vînmes M village des Abenaquis, oà je passai l'hiver suivant. Qbmm) (s temps - a s'adoucir, que l< furent fondues, et qu'il ma lut posatUa de m»'

remettre en voyage, nous allâmes voir la grande chute de la rivière S.- Laurent, qui était éloignée du village de quelques jours de route. La vue de cette belle cascade me fit d'abord dresser les cheveux sur la tête et fit bondir mon cœur : mais ensuite, et avant de m'en être éloigné, j'eus le courage de traverser le fleuve un peu au dessus. Le jour suivant, nous prîmes la route la plus courte pour nous rendre à l'Ohio, et, mon compagnon et moi, ayant abattu un arbre sur le bord de la rivière, nous en fîmes un petit canot, qui me servit à descendre l'Ohio et le Mississippi. Enfin, après beaucoup de difficultés, je réussis à regagner ma petite rivière, et à me retrouver au milieu de ma famille et de mes amis, qui furent enchantés de me voir revenu en bonne santé.

"Ce voyage, loin de satisfaire ma curiosité, ne servit, au contraire, qu'à l'exciter. Nos vieillards m'avaient dit, plusieurs années auparavant, qu'une ancienne tradition rapportait que les hommes Rouges du nord venaient de beaucoup plus loin que la source du Missouri, et je voulais voir de mes propres yeux le pays d'où nos ancêtres tiraient leur origine: je me disposai à un voyage vers l'ouest, et j'emportai avec moi une petite provision de grain. Puis je suivis la côte orientale du Mississippi jusqu'au point où il se réunit à l'Ohio. Je suivis cette dernière rivière pendant quelques heures, pour pouvoir la traverser sans être rejeté dans le Mississippi. Là, je formai un radeau, sur lequel je gagnai la rive opposée; et, le jour suivant, rencontrant un troupeau de buffles, j'en tuai un bien gras, dont j'emportai la langue et les filets. Bientôt après j'arrivai à Tamaroos, village de la nation des Illinois. J'y restai quelques jours, et je me dirigeai ensuite vers le nord sur l'embouchure du Missouri, qui, en entrant dans la grande rivière, coule pendant long-temps sans mêler ses eaux limonneuses avec les flots purs et brillans de celle-ci. Ayant traversé le Mississippi, j'atteignis la rive nord du Missouri ; et, après plusieurs jours de route, j'arrivai à la nation des Missouris, où je restai assez longtemps pour apprendre leur langage. En longeant le Missouri, je voyageai pendant tout un jour dans des prairies couvertes de buffles.

"Après le froid et la fonte des neiges, je continuai mon voyage le long du Missouri, jusqu'à ce que j'arrivasse à la nation de l'ouest, ou les Canzas. Ensuite je suivis pendant trente jours la direction qu'ils m'indiquèrent, et je rencontrai quelques Indiens de la nation des Otters, qui chassaient dans ces environs, et qui furent surpris de me voir seul. Je restai avec ces chasseurs pendant deux à trois jours, et j'accompagnai un d'eux et sa femme à leur village, qui était entre, le nord et l'ouest. Nous continuâmes ensuite pendant neuf jours notre voyage le long du Missouri ; puis nous marchâmes vers le nord pendant cinq autres jours au travers du pays des Otters, qui me reçurent avec autant de cordialité que si j'avais été un membre de leur tribu. Peu de jours après nous arrivâmes à la Belle Rivière, qui court vers l'ouest dans une direction contraire à celle que suit le Missouri.

\ us descendîmes cette rivière tout un jour, et nous arrivâmes au village. Un parti de la tribu des Otters allait porter le calumet de paix à une nation plus éloignée, et nous nous embarquâmes sur un canot avec lequel nous descendîmes la rivière pendant dix-huit jours, allant à tenu de temps en temps pour renouveler nos provisions. Quand nous arrivâmes à cette nation, qui Était en paix avec les Otters, je restai avec elle jusqu'à ce que le froid lut passé, ce qui me permit d'apprendre la langue du pays, qui était commune à presque toutes les tribus des environs.

• L froid â peine fini, je m'embarquai sur la Belle Rivière, et je rencontrai sur ma route plusieurs nations, avec lesquelles je ne restai guère qu'une nuit,jusqu'à ce que j'arrivasse à une autre qui n'est qu'à un jour de route de la grande eau à l'ouest. Cette nation vit dans les bois, â une lieue environ de la rivière, par suite de la frayeur que lui inspirent les hommes barbus, qui descendent sur ces côtes dans des villages tlottans, et enlèvent les enfans pour en faire des esclaves. Ils disent que ces hommes sont blancs, et portent de longues barbes noires qui descendent sur leur poitrine. Ils sont petits et minces, et ont de grosses têtes toujours couvertes. Ils sont toujours vêtus, même dans les plus grandes chaleurs. Leurs habits tombent jusqu'au milieu de* jambes, qui, de même que les pieds, sont couvertes d'une étoffe rou'Te ou jaune. Leurs armes font un grand feu et beaucoup de bruit; et, quand ils se voient moins nombreux que les hommes Rouges, ils se retirent à bord de leurs grands canots. Quelquefois ils sont au nombre de trente, mais jamais plus.

" Ces étrangers viennent de la contrée où le soleil se couche, à la recherche d'un bois puant qui a la qualité de teindre en belle couleur jaune : aussi cette nation a détruit tous les arbres de cette espèce, pour que les hommes barbus ne soient plus tentés de venir la visiter. Cependant deux autres nations des environs, n'ayant pas d'autre bois et ne pouvant pas détruire les arbres, étaient encore visitées par les étrangers, et, s'en trouvant fort incommodées, avaient engagé des alliés â les aider â attaquer les Blancs la première fois qu'ils reviendraient. L'été suivant, je les accompagnai dans cette expédition ; et, après cinq longs jours de marche, nous arrivâmes â l'endroit où les hommes barbus débarquaient ordinairement, et là nous attendîmes dix-sept jours leur arrivée. Les hommes Rouges, d'après mon avis, sa oheèreot en embuscade pou surprendre Ks étrangers ; et en conséquence, quand lia muent pied â terre pour couper le bois, nous fumes assez heureux pour en tuer orna Les autre*, sa sauvant à bord de deux grands canots, se dirigèrent «en l'ouest sur la grande eau.

" l'.n examinant 1rs hommes que nous avions tués, nous les trouvâmes beaucoup

plus petits que nouât el très blancs. Us avaient une grosse tète, et, dans le haut,

leurs cheveux étaient fort longe. Leur tête et m enveloppée dans de longs plis

tofie, et leura vétemena h paraisaaienl être ai de lame m de soie» Ils étaient

très doux et de différentes couleurs. Deux hommes seulement, des onze que nous avions tués, avaient fait usage de leurs armes à poudre et à balle. Je les essayai, et je trouvai qu'elles étaient beaucoup plus lourdes que les nôtres, et ne tuaient pas à une aussi grande distance. Après cette expédition, je songeai à continuer mon voyage, et en conséquence, quittant les hommes Rouges qui retournaient chez eux, je me joignis à ceux qui habitaient plus à l'ouest vers la côte, et je voyageai avec eux tout le long du bord de la grande eau, qui se dirige entre le nord et l'occident. Quand je fus arrivé aux villages de mes compagnons de voyage, où je trouvai les jours très longs et les nuits très courtes, les vieillards me dirent de ne pas songer à continuer. Ils m'assurèrent que le pays s'étendait encore au loin, dans une direction entre le nord et l'occident, qu'ensuite il tournait directement à l'ouest, et enfin était terminé par la grande eau du nord au sud. Un d'eux ajouta que, dans sa jeunesse, il avait connu un homme fort âgé qui avait visité ce pays éloigné avant qu'il fût envahi par la grande eau, et que, quand elle était basse, on apercevait encore beaucoup de rochers dans les environs. Jugeant dès lors que je ne pouvais pas avancer plus loin à cause de la rigueur du climat, et du manque de gibier, je revins par la même route que j'avais suivie en venant ; et, en réduisant mon grand voyage vers l'ouest en journées de chemin, je supposai que j'y avais employé trente-six lunes : mais, à cause de mes fréquens repos, il s'écoula cinq années avant que je me retrouvasse au milieu de ma famille parmi les Yazous."

La différence remarquable qui existe entre les Natchez, en comprenant sous ce nom les nations qu'ils traitent en frères, et les autres peuples de la Louisiane, me faisait désirer de connaître d'où ils sortaient tous originairement. Je n'avais pas encore tous les détails que j'ai tirés depuis des voyages de découvertes de M. de Lisle dans la partie orientale de l'empire russe. J'employai en conséquence un jour entier à me mettre bien avec un de leurs prêtres ; et, y ayant réussi sans beaucoup de difficulté, je lui dis que, d'après le peu de ressemblance qui existe entre les Natchez et les nations des environs, j'étais incliné à croire qu'ils ne tiraient pas leur origine du pays qu'ils habitaient maintenant; et que, si d'anciennes traditions lui avaient appris quelque chose à ce sujet, il me ferait un grand plaisir de me le faire connaître. A ces mots, il mit ses deux mains sur ses yeux, et, ayant resté environ un quart-d'heure dans cette position comme pour se recueillir, il me fit la réponse suivante.

" Avant de venir dans ce pays-ci, nous vivions là-bas, sous le soleil (me montrant du doigt le point sud-ouest, ce que je compris être la direction de Mexico). Nous habitions un beau pays, où nos chefs avaient leurs possessions, dans lesquelles ils réussirent long-temps à se maintenir malgré les anciens propriétaires du pays qui, à la vérité, prirent quelques-uns de nos villages dans la plaine, mais ne purent nous chasser des montagnes. Notre nation s'étendait le long de la grande eau, où se

perd notif grande rivière. Mais, comme nos ennemis devenaient nombreux, et étaient très méchans, nos chefs envoyèrent plusieurs de leurs sujets qui vivaient près de cette rivière, pour savoir si on pourrait trouver un asyle dans le pays qu'elle traverse. Le pays situé sur le côté est de la rivière ayant paru extrêmement agréable, notre grand chef, au retour de ceux qui l'avaient visité, ordonna à tous ceux de ses sujets qui vivaient dans la plaine, et qui continuaient à se défendre contre les anciens propriétaires de la contrée, de se rendre dans ce pays, d'y construire un temple, et d'y entretenir le feu sacré.

"Une mande partie de notre nation vint en conséquence s'établir ici, où ils vécurent dans la paix et l'abondance pendant plusieurs générations. Le grand chef et ceux qui étaient restés avec lui ne songèrent point à venir nous joindre, voulant vivre dans un pays agréable et chaud, et redoutant moins des ennemis affaiblis par des dissentions civiles par suite de l'ambition d'un de leurs chefs qui désirait sortir de son état d'égalité avec les autres chefs des villages, et voulait traiter sa nation en esclave. Pendant ces discordes, quelques-uns de nos ennemis firent une alliance avec notre grand chef, qui ne voulait pas quitter le pays pour pouvoir être encore utile à ceux de nos frères qui vivaient sur le bord de la grande eau, à l'ouest de la large rivière, et qui habitaient si loin le long de la côte et dans les îles, que le grand chef était quelquefois cinq ou six années sans entendre parler d'eux.

"Ce ne fut qu'après plusieurs générations (pie les grands chefs vinrent se joindre à nous dans ce pays, alors que, par suite du beau climat et de la paix dont nous avions joui, nous eûmes multiplié comme les feuilles des arbres.

" Les guerriers aux armes à feu, qui font trembler la terre, étaient arrivés dans notre ancien pays, où, s'étant alliés avec nos frères, ils subjuguèrent nos premiers ennemis; mais, voulant ensuite réduire les nôtres en esclavage, ceux-ci, plutôt que de umettre, vinrent ici avec leurs propres esclaves."

Ayant demandé à mon Indien d'où étaient ces guerriers de feu, il me répondit que c'était des hommes barbus, blancs, mais un peu bruns ; qu'ils avaient avec eux des armes qui faisaient un grand bruit, et tuaient à une grande distance; qu'ils avaient encore d'autres armes qui tuaient beaucoup d'hommes à la fois, et comme le tonnère faisaient trembler la terre; qu'enfin ils venaient de l'orient dans de grands villages flottans.

•■ Les anciens propriétaires du pays," ajouta-t-il, " étaient très nombreux, et habitaient depuis la côte ouest de la grande eau jusqu'aux contrées nord de ce cote du soleil ; et, bien loin sur la même côte au d :là du soleil, ils possédaient un grand nombre de villages grands et petits, tous bâtis en pierres, et dans lesquels il y avait maisons assez grandes pour loger tous les babitans d'un village. Leur- temples • l'un beau travail et construits avec beaucoup d'art, et d- avaient des ouvrages magnifiques en toute espèci de matériaux,"

" Mais vous-mêmes," lui dis-je, "d'où ètes-vous venus?" " La tradition ancienne," me répondit-il, "ne dit pas de quel pays nous sommes venus. Tout ce que nous savons, c'est que nos pères, pour venir ici, suivirent le soleil, et vinrent avec lui de l'endroit où il se lève ; qu'ils restèrent fort long-temps dans leur voyage ; qu'ils furent tous sur le point de périr; et qu'ils arrivèrent dans cette contrée sans l'avoir cherchée."

Moncacht-apé (c'était le nom de mon Indien), après m'avoir fait ce récit de son voyage, resta quatre ou cinq jours en visite chez les Natchez, et ensuite vint prendre congé de moi. Je lui fis un cadeau de plusieurs objets de peu de valeur, entre autres d'un miroir concave d'environ deux pouces et demi de diamètre qui me coûtait à peu près trois sous. Comme ce miroir faisait paraître la figure quatre à cinq fois plus grande que nature, il parut très surpris et enchanté de l'avoir ; et il ne l'aurait pas changé contre une des plus belles glaces de France. Après m'avoir témoigné son regret de me quitter, il s'en retourna fort satisfait dans son pays.

Le rapport de Moncacht-apé sur la jonction de l'Amérique avec la côte est d'Asie, paraît confirmé par le fait remarquable suivant : Il y a quelques années, les squelettes de deux grands et de deux petits éléphants ont été trouvés dans un marais près de l'Ohio ; comme ils n'étaient que peu consumés, on a supposé que ces animaux n'étaient pas venus d'Asie depuis un temps très éloigné. Si nous considérons aussi la forme du gouvernement et les usages des nations du nord de l'Amérique, nous trouverons une grande ressemblance entre elles et les Tartares du nord-est de l'Asie.

Les Indiens qui n'ont jamais vu le flux et le reflux ont été très frappés de ce phénomène. Beaucoup d'habitans de Québec peuvent encore se rappeler la grande députation de l'intérieur et du Mississippi, qui vint à Québec pendant l'administration de sir Georges Prévost, et dans laquelle se trouvait la sœur de Cecamseh. On les voyait souvent assis sur le quai dans la basse ville de Québec, considérant en silence et avec étonnement le flux et le reflux du S. -Laurent.

Les hommes blancs dont on vient de parler semblent être les Chinois, qui, à ce qu'il parait, avaient des relations commerciales avec le midi de l'Afrique long-temps avant que Vasco de Gama découvrit et doublât le Cap de Bonne-Espérance. Les Chinois sont, en général, plus petits que nous, et ils ont cette complexion pâle des indigènes de l'Asie. Leurs mousquets sont plus lourds que les nôtres ; leur poudre est inférieure en qualité.

Le bois puant dont parlait le chef indien est probablement le Fustoc, qui donne une belle couleur jaune, qui est celle des habillemens des classes supérieures en Chine.

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