CHAPITRE III
DKliNllCRS EVENEME.SS AU CANADA.
Apres avoir fait connaître les deux phases de l'histoire du Canada, sa dernière époque sous le gouvernement des sauvages, et sa première sous celui des hommes civilises, je m'occuperai maintenant de son état sous l'administration anglaise.
La guerre commencée en 1812 par les Etats-Unis contre l'Angleterre produisit une forte crise dans l'histoire du Canada, principalement dans la province supérieure.* Je ne me propose point de discuter ici les motifs de la résolution hostile du Congrès. I! est probable cependant que celui-ci, voyant toutes les forces anglaises occu] contre les Français, crut le moment favorable pour s'emparer du Canada, et ensuite de toutes les colonies anglaises en Amérique. Le docteur Eustis, secrétaire de la guerre, dit au Congrè~ : " Xous pouvons prendre le Canada sans soldats; nous n'avons qu'à envoyer des officiers dans les provinces, et la nation, qui n'a aucune sympathie pour son gouvernement, se ralliera bientôt sous nos drapeaux." M. Clay ajouta: '' Il est absurde de supposer que nous ne réussirions pas dans notre entreprise contre les possessions ennemies. Les Canadas sont aussi bien sous nos ordres que l'océan est sous ceux de la Grande-Bretagne, et nous devons leur enlever le continent. Je ne veux pas de paix jusqu'à ce que nous ayons réussi."' Cette opinion existait également dans la Colonie, qui n'était alors défendue que par 4Ô00 hommes, dont 1450 seulement étaient placés dans le Haut Canada, quoiqu'il fut plus exposé que l'autre province et que ces frontières lussent plus étendues. Il y avait beaucoup d'iiabitans qui, au premier bruit de guerre, étaient près à emporter leurs effets et à quitter le pays; mais sir George Prévost, secondé par la majorité des habitans, prit un parti ferme. La troupe quitta Québec, qui fut placée bous la pron des citoyens, et la frontière fut mise en état de défense.
Les deux nations, quoique en état d'hostilités, n'étaient pas cependant prêtes
• commencer la guerre. Depuis trente ans qu'avait eu lieu celle de l'Indépen-
dence, il restait peu d'officiers de ce temps-là. Le général llull, un d'eux, fut
principaux détails abrégea 'le 11 ietoire du < lanada da l'excellent ouvrage écrit pour i Littéraire d'Edimbourg, pnr Mr. Hugh Murray. ' que j'ai trouvé de
meilleur -h r oa sujet, quoique l'ouvrage -"it écrit, ainsi qu'on pourra en ju an peu de
a nationale, réservant toutefois mon opinion sur lu manière de ^>>ir de l'auteur; au
près, certain qu'on ne trouverait nulle p:ir* i ■• ations mis-i ju
rt aus*i profondes sur l'histoire d I
envoyé avec 2500 hommes pour ouvrir la campagne sur la frontière ouest du Haut Canada. Le 5 juillet 1812 il arriva à Détroit; et le 12, il traversa la rivière et il prit possession de Sandwich, où il fit une proclamation dans laquelle il invitait les habitans à se réunir à lui, ou au moins à rester neutres. Il annonça qu'il ne ferait pas de quartier à tout homme blanc qui se battrait à coté d'un Indien; mais cette mesure ne fut pas exécutée. Le général, n'ayant pas d'artillerie, ne jugea pas à proposd'attaquerleFort Malden, qui couvrait Amherstburg, où le lieutenant-colonel sir George était placé avec une petite troupe. Le général chassa devant lui ce détachement et remporta quelques avantages, ce qui engagea des habitans à se joindre à lui: mais ces projets ne réussirent point. Le capitaine Robert avec un petit corps eut bientôt réduit le fort de Michillimakinac, qui dominait la résidence des Indiens. Presque toutes les tribus, indignées de l'usurpation du territoire canadien par les Américains avaient pris partis contre ceux-ci, et venaient de tous cotés au secour des habitans. Pendant ce temps-là, le général Brock avait embarqué toutes les troupes disponibles à la frontière du Niagara, et, le 12 août, arriva à Amherstburg, où il rassembla 320 hommes de troupes régulières, 400 miliciens et 600 Indiens. Hull, dont les forces étaient diminuées par l'effet des maladies et par l'envoi de deux détachemens, et qui n'avait plus avec lui que 800 hommes en état, fit sa retraite de l'autre côté de la rivière, en emmenant l'artillerie qui avait été préparée pour le siège d'Amherstburg ; et il se renferma dans Détroit. Le général Brock traversa aussitôt, s'avança sur le fort, et se disposait à donner immédiatement l'assaut; mais un drapeau blanc parut alors sur les murailles, et une capitulation fut sio-née, par laquelle toutes les troupes américaines, en y comprenant les détachemens, se rendaient prisonnières de guerre. Les habitans du Canada qui se flattaient déjà d'une prompte conquête, ne furent pas peu surpris de voir en moins de trois mois emmenée captive l'armée destinée à cette expédition. Les Américains se plaignirent beaucoup de la conduite du général Hull, qui fut jugé et condamné à mort, mais à qui on laissa la vie en considération de son âge et de ses anciens services.
Les Américains firent de grands efforts pour obtenir un meilleur résultat sur la frontière du Niagara. Les Etats-Unis, quoiqu'ils désapprouvassent la guerre, levèrent, dès le mois de septembre, plus de 6000 miliciens, qui se portèrent sur les bords du fleuve, dans l'intention de le traverser et de pénétrer dans le Canada. Ce qui les enhardit, ce fut la prise de deux chaloupes canonières anglaises par deux des leurs. Les premières, qui se rendaient au fort Erié, avaient d'importantes cargaisons. Ces troupes étaient remplies d'enthousiasme et de confiance, pressant et forçant presque le général Van Rensselaer, leur commandant, de commencer les opérations. En conséquence, après une première tentative qui échoua, il -.éussit, dans 1;; matinée du 13 octobre, à envoyer sur Quecnston un détachement qui prit possession
hauteurs. Le général Brock arriva, et voulut s'opposer aux progrès des Américains : mais, s'étant avancé avec une force trop peu considérable, il fut répoussé et tué, terminant sa brillante carrière par une mort glorieuse. Sur ses entrefaites, le général Sheaffe, s'étant nus à la tète d'un corps nombreux tiré du fort Georges, et soutenu par un corps d'Indiens et par un détachement venu de Chippeway, attaqua l'ennemi, et, après un vif engagement d'une demi-heure, il força ses adversaires, au nombre de 900, de se rendre à discrétion.
Les Américains firent une nouvelle tentative pour réparer l'échec de leur malheureuse campagne. Le général Srnyth, qui remplaça Rensselaer, réunit, le 29 novembre, 4500 hommes dans le voisinage de Black Rock. Le lendemain de très bonne heure, et après un combat où on se voyait à peine, deux détachements reassirent à chasser devant eux les avant-postes anglais. Mais, au jour, le lit utenant-colonel Bishop ayant rassemblé 600 hommes de troupes régulières et de milice, les Américains se retirèrent rapidement de l'autre côté de la rivière, laissant trente hommes des leurs entre les mains des Anglais. Une autre division des premiers se disposait à traverser la rivière; niais quelques décharges d'artillerie et de mousquetterie les forcèrent de revenir sur leurs pas. Dans la journée, on somma inutilement le fort E rié de se rendre; les troupes commencèrent même à s'embarquer. Enfin, après avoir tenu plusieurs conseils, dans lesquels on ne put d'abord s'entendre, il rat décidé que l'entreprise serait abandonnée pour cette e n-on.
La rigueur de l'hiver amena la suspension des hostilités, qui ne fut interrompue que par une attaque sur Ogdensburg par le capitaine M'Donnell, qui, traversant le s. -Laurent sur la glace, mit en fuite la garnison, et s'empara deonzi de canon
et de beaucoup de vivres et de munitions. Les Américains firent des efforts extraordinaires pour ouvrir une nouvelle campagne sous de meilleurs auspices. Au port de Sackett, sur le bord méridional de l'Ontario, ds équippèrent une petite Hotte qui leur assura, pendant quelque temps, la possession de ce beau lac.
Après beaucoup de peine, des forces considérables fuient réunies sous le commandement «lu général Dearborn. Le plan de cette campagne avait pour seul but la conquête du Haut Canada, et on pensait que 2100 hommes étaient plus que guffisans pour assurer le Buccès de l'expédition. Le 25 avril 1813, le général commod I ancey s'embarqua avec environ 2ouo hommes pour York nouvelle capitale du Toronto. Rien n'était préparé pour la résistance dans cette province) fications \ étaient nulles; et, poui les défendre, le général Sheaffe avait à peine 600 hommes. Dans la matinée du 27, les Américains arrivèrenl devant li place et débarquèrent immédiatement : alors, après une vigoureuse défense qui m prolongea jusqu'à deux heures, les Anglais turent forcés d'abandonner la ville. Les Uani perdirent, principalement par l'explosion d'une mine, à peu*pn -
hommes tant tués que blessés ; et parmi les premiers se trouva le général Pike, jeune officier d'un mérite distingué qui avait donné le plan de l'attaque et s'était chargé de la diriger. Après avoir incendié tous les édifices publics, ils emmenèrent l'artillerie et les munitions, et, le 1er mai, ils évacuèrent la place.
L'expédition suivante fut encore plus importante, et fut dirigée contre le fort Georges, près de Newark, à l'entrée du détroit du Niagara, regardé alors comme la plus importante position militaire du pays. Presque toutes les forces disponibles furent employées, à l'exception d'une petite partie qui fut chargée de la défense du port de Sackett. D'autre part le brigadier-général anglais Vincent ne pouvait disposer que de 1000 hommes de troupes régulières et de 300 miliciens ; et Newark était exposé à un feu trop vif du fort américain opposé pour qu'une longue défense fût possible. En conséquence les Anglais ne pouvaient résister qu'en s'opposant au débarquement, ou en battant leur ennemi en pleine campagne. Alors, le 27 mai, le commodore Chauncey fit débarquer 4000 hommes sous les ordres de Dearbon et de Lewis, qui agirent de concert ; mais, après une lutte longue et acharnée, ils fuient obligés de céder à des forces supérieures. Vincent, après avoir rappelé les garnisons de Chippeway et du fort Erié, fut contraint de se retirer d'abord vers la chaussée des Castors, et ensuite sur les hauteurs de Burlington, vers l'extrémité du lac Ontario. Les vainqueurs ne purent pas s'opposer à cette retraite, mais pour la première fois ils réussirent à former un établissement régulier dans le Canada.
A cette même époque, une force navale imposante ayant été réunie à Kingston par les soins de sir James Yeo et du gouverneur Georges Prévost, fut destinée à l'attaque du port de Sackett, qui n'était défendu que par un petit détachement, le corps d'armée des Américains étant alors dirigé contre le fort Georges. 750 hommes environ débarquèrent le 27 mai ; mais, en approchant du port et après une longue hésitation, des ordres furent donnés pour revenir à Kingston ; néanmoins, encouragés par quelques succès des Indiens, qui s'étaient emparés de douze bateaux et de soixante-dix dragons, les Anglais réussirent à opérer un débarquement dans la matinée du 2y. Malgré les difficultés du terrain ils chassèrent devant eux l'ennemi, qui se réfugia dans une caserne et dans un fort palissade. De là il fit un feu si nourri, que le général Prévost, considérant l'impossibilité de forcer la position et saisi d'une terreur panique, causée, dit-on, par la fausse nouvelle de l'arrivée du général Brown sur son arrière-garde, donna l'ordre de la retraite. Les officiers n'étaient cependant pas tous du même avis, et l'on rapporte que le major Drummond dit au général que dans peu de minutes il se chargeait de le rendre maître de la place. On eut ordre d'obéir : mais le mécontentement et le manque de confiance dans le commandant en chef eurent la plus fâcheuse influence sur les opérations.
La fortune, si favorable aux Américains à L'ouverture de la campagne, leur devint contraire. De grands préparatifs eurent lieu dans les états du l'ouest, principalement dans le Kentucky. Deux corps furent levés et mis sous les ordres des généraux Winchester et Harrison, qui devaient se diriger par troupes séparées sur le Michigan, ensuite se réunir et agir de concert pour se remettre en possession de Détroit et envahir les districts voisins. Winchester, qui probablement désirait remporter quelques avantages sans la coopération du chef qui lui était adjoint, s'avança avec un millier d'hommes vers French Town, à-peu-près à vingt-six milles de Détroit. Le colonel anglais Proctor, jugeant de l'importance d'attaquer l'ennemi avant la jonction des deux corps, réunit promptement toutes les forces qui se trouvaient dans les environs, et qui consistaient en 500 Blancs et 450 Indiens. Le 22 janvier 1813, il attaqua les Américains, qui opposèrent une résistance opiniâtre, et qui, retranchés dans des maisons, rirent éprouver au colonel une perte considérable. Ils finirent cependant par être défaits et forcés presque tous de se rendre prisonniers. De ce nombre fut le général lui-même, qui tomba entre les mains de l'Indien Wvandot, qui s'empara de son uniforme, s'en revêtit aussitôt et ne consentit à le rendre qu'avec beaucoup de peine.
Le général Harrison, en apprenant la nouvelle de ce désastre, prit position près des Rapides du Miami, attendant des renforts. Le colonel Proctor sentit l'avantage d'attaquer Harrison avant l'arrivée de ces renforts: il réunit 1000 hommes de troupes régulières et de milices et 1200 Indiens, les embarqua à Amherstburg le 23 avril, et traversa le lac Erié et le Miami. L'expédition éprouva néanmoins quelques retards qui mirent les Américains à même de rassembler assez de forces pour que l'attaque n'eut qu'un faible résultat. Ces derniers se décidèrent alors à reprendre l'offensive, et, avec une force considérable, ils commencèrent l'action de deux cotés à I i fois, et s'emparèrent d'abord des batteries anglaises. Mais ils turent attaqués sur différons points, et avec un tel succès, que plus d'un millier d'hommes lurent pris ou tués, et que le reste ne put se retirer qu'avec beaucoup de difficultés dans l'enceinte des retranchemens. Le colonel Proctor pouvait livrer l'assaut, mais il avait tellement affaibli son ennemi qu'il ne craignait plus le danger d'une invasion immédiate.
Je reviens maintenant au théâtre principal des opérations sur la frontière du anglais avaient chassé l'ennemi devant eui jusqu'aux hauteurs de Burlington. Dearbon envoya aussitôt en avant les généraux Chandler e( Winder avec 4000 hommes i >• > ■ ■ r achever de disperser, et, s'il était possible, de détruire les fuyards; expédition dont le Buccès privait conduire à la conquête de toutes les provinces de l'ouest Le 6 juin, les deux généraux se postèrent :'i Btonj Créai à l'effet de préparer leurs opérations pour le jour suivant En effet, le Lieutenantcolonel Harvey, après :i\'>n reconnu avec soin la position des ennemis, se prépara
pour une attaque de nuit avec l'assentiment du général Vincent. Ce plan, exécuté par 700 hommes de choix et favorisé par l'obscurité de la nuit, eut un tel succès que les Américains prirent la fuite dans toutes les directions, et que leurs deux commandans furent faits prisonniers avec sept officiers et 116 soldats. Au point du jour les Anglais se retirèrent avec leur petit corps. La perte des Américains n'avait pas été très considérable, mais la terreur panique causée par les événemens de la nuit, fut telle que, avant onze heures du matin, ils abandonnèrent leur camp et firent leur retraite sur Forty-mile Creek à onze milles de distance. Là ils reçurent des renforts; mais, menacés par sir James Yeo, qui arrivait avec un escadron et un petit corps d'infanterie pour renforcer le général Vincent, ils se déterminèrent à se retirer sur Niagara. Leur échec ne se borna pas là. Ayant appris que les Anglais avaient un petit poste avancé à la chaussée du Castor, ils envoyèrent le lieutenant-colonel Boerstler avec 700 hommes pour l'attaquer. Cependant cet officier ayant été assailli à l'improviste par un corps d' Indiens et bientôt après par un petit détachement de troupes régulières, jugea toute résistance impossible, et, sommé de mettre bas les armes par le lieutenant Fitzgibbon, il se rendit prisonnier de guerre avec tous ses hommes. Les Américains ne conservèrent rien sur la rive droite de la rivière au delà du fort Georges. Les Anglais firent même sur le bord opposé des excursions, dans l'une desquelles le colonel Bisshop s'empara de Black-Rock, où ils détruisit ou emporta une assez grande quantité d'armes et de munitions ; mais ayant été malheureusement, au moment où il se rembarquait, attaqué par des forces supérieures, il éprouva une perte considérable et reçut trois blessures mortelles.
Pendant ce temps les Anglais remportaient de grands avantages sur le lac Champlain, où ils prirent plusieurs bâtimens et détruisirent les magasins de Plattsburg et de Swanton. Ils étaient près cependant d'éprouver de grands revers sur le théâtre même de leurs plus brillans exploits.
Les Américains firent de grands efforts pour rétablir leurs affaires sur la frontière de l'ouest ; des volontaires furent levés dans le Kentucky, province dont les habitans étaient braves et disposés aux combats ; et, au mois de septembre, l'armée du général Harrison s'élevait déjà à plus de 5000 hommes. Ils établirent sur la rivière de Sandusky un poste fortifié que le major-général Proctor attaqua sans succès. Ils armèrent sur le lac Erié une escadre de neuf vaisseaux qui portaient cinquante-six canons, et ce ne fut qu'avec peine que les Anglais, sous le commandement du capitaine Barclay, purent en équiper une en état de lutter avec celle des Américains. Un engagement très vif eut lieu, et le bâtiment monté par le commodore américain avait déjà même amené son pavillon; mais la fortune changea, et l'action finit par la défaite de l'escadre anglaise, qui fut en entier oblioée de se rendre. Cet événement mit dans un extrême embarras le général Proctor, qui
se trouvait ainsi dans une impossibilité complète de se rapprocher de ses renforts et de ses magasins, et dont les provisions ne pouvaient plus suffire aux besoins de sa propre troupe, ainsi qu'à ceux des Indiens qui combattaient sous ses drapeaux. En conséquence lorsque, à la fin de septembre, le général Harrison arriva à Détroit, le premier ne chercha pas à conserver sa position à Amherstburg, mais il se retira au delà de la rivière la Tamise. Harrison se mit aussitôt à sa poursuite avec 3500 hommes, tandis que Proctor, abandonné de presque tous ses Indiens, n'avait plus avec lui qu'environ 500 de ces derniers, et 800 Blancs. Le 4 octobre, il prit une forte position à la ville de Moravian ; et, protégé par la rivière d'un côté, et par un bois de l'autre, il espéra ainsi neutraliser les forces supérieures de l'ennemi. Mais Harrison avait avec lui un corps de combattans, peu connu jusque-là dans les combats, les carabiniers à cheval du Kentucky, habitués à parcourir les bois, et faisant usage de leur arme avec une adresse presque surnaturelle. Il comptait avec raison que cette nouvelle tactique produirait un grand effet. D'après leurs instructions, ces hommes essuyèrent d'abord le feu de leurs adversaires ; puis ils s'avancèrent au grand galop, et, rompant les rangs des Anglais, y jetèrent le désordre et la confusion. La lutte la plus vive eut lieu avec les Indiens, qui perdirent leur chef, Tecumshe, un des hommes les plus braves entre les braves, doué par la nature des qualités d'un héros, et qui se distinguait également par son éloquence et par ses talens en politique. Son but principal avait été de former une ligue puissante pour arrêter les courses et les empiétemens des Américains. Devenu leur ardent ennemi, il s'était chaudement attaché au parti des Anglais, et les avait aidés à remporter plusieurs victoires. Il fut frappé d'un coup de feu à la tête par le colonel Johnson, membre du Congrès. Le général Proctor se retira sur Ancaster, où il put à peine rallier 200 hommes, avec lesquels il rejoignit l'armée de Niagara. Harrison, ayant ainsi recouvré le Michigan, et conquis les districts de l'ouest, alla réunir ses forces à celles de ses compatriotes.
Alors les Américains formèrent sur une grande échelle un plan d'opérations dirigé contre Montréal, et dont le succès devait les rendre maîtres du Haut Canada. DeuY armées forent chargées de coopérer à cette entreprise ; l'une, composée de 6000 hommes environ et commandée par le major-général Hampton, devait partir du lac Champlain ; l'autre, montant à 8800 hommes, sous le major-général Wilkinson, devait partir de (Jrenadier Island, près du port de Sackett, sur le lac Ontario. Comme Montréal n'était défendue que par on petit corps de troupe- régulières qui • en partie oocopé dans le Haut Canada, Bampton espérait, «n pouaMBj ureusemenl l'ennemi devant lui, s'emparer de la place sans aucune difficulté.
M . ■'■ 11,1 pe é la frontii re ■> Il fin d'octobre, il trouva sur les bords de la rivière
Ghateauguay mi rde de B00 Anglais et de 172 Indiens sous les ordres des
lieutenant-colonels de Balaberrj et M'DonnelL Ces officiers placèrent avac tant
d'intelligence leur troupe au milieu des bois, et déguisèrent avec tant d'adresse leur petit nombre d'hommes, que les Américains, malgré quelques vigoureuses attaques, furent toujours repoussés; et Hampton, croyant avoir à faire à des forces considérables, se détermina à se retirer.
Dans le même moment l'armée la plus forte, sous les ordres du général Wilkinson, traversa le lac Ontario et s'embarqua sur le St.-Laurent. A Williamsburg il mit à terre deux forts détachemens, avec ordre de rendre libres les abords de la rivière, et en même temps décharger et décharger des bateaux lorsqu'ils descendent les Rapides. Le 11 novembre, l'un de ces détachemens, sous le major-général Boyd, rencontra le lieutenant-colonel anglais Morrison, qui avait avec lui des forces inférieures. Il s'ensuivit un engagement sérieux, dans lequel les deux partis s'attribuèrent la victoire. L'avantage réel paraissait être resté aux Anglais ; mais il n'était pas tellement décisif qu'ils pussent empêcher les Américains de continuer à descendre la rivière vers Montréal. Près de Cornwall, le commandant reçut des dépêches du général Hampton, qui lui annonçait qu'il renonçait au plan de coopération, et qu'il allait revenir sur le lac Champlain. Alors Wilkinson jugea qu'il fallait pour cette saison renoncer à toute tentative sur Montréal, s'apercevant surtout que la population était hostile aux Américains et portait un grand attachement au gouvernement anglais. En conséquence il plaça son armée en quartiers d'hiver, près de French-mills, sur la rivière du Saumon : là il forma un plan d'attaque contre Prescottet Kingston ; mais, se trouvant à court de provisions, il préféra de se jeter sur Plattsburg.
Sur ces entrefaites, et après le mauvais succès de l'expédition, ces opérations de la principale armée des Américains permirent aux Anglais de reprendre l'offensive sur la frontière de Niagara. A la première nouvelle des revers éprouvés dans l'ouest, le gouvernement ordonna au général Vincent de se retirer sur Kingston ; mais celui-ci jugea que les circonstances le justifiaient suffisamment de conserver sa position. La force des ennemis était non-seulement diminuée dans cette position, mais on dit même qu'ils étaient commandés par un officier de peu de mérite et de résolution. A l'approche d'un fort détachement sous le colonel Murray, cet officier se retira aussitôt sur le fort Georges ; puis il abandonna ce poste, après avoir réduit en cendres la ville voisine de Newark. Murray ne se contenta pas de chasser les Américains devant lui ; il s'avança, surprit, et emporta d'assaut le fort Niagara, où il fit plus de 400 prisonniers, et où il trouva une grande quantité d'armes et de munitions. Plus tard les Anglais surprirent et pillèrent les villages de Lewiston, Black-Rock et Buffalo, où ils vengèrent faiblement les malheurs causée au fort Georges par l'officié!' américain.
On reprit les opérations au commencement du printemps de 1814. Le lieutenantcolonel Williams, avec 1500 Anglais, se posta à La-Colle, sur la rivière Richelieu.
6(3 LE CANADA PITTORESQIE.
Wilkinson, qui avait à Plattsburg au delà de 4000 Américains, se décida à attaquer les Anglais. Le 30 mars, il cerna un gros moulin dans lequel Williams s'était retranché, mais tous ses efforts pour l'emporter furent inutiles. Le major Handcock fit même sans succès deux attaques successives contre l'artillerie placée dans un bois. Le général américain finit par renoncer à l'entreprise et se replia sur Plattsburg. Dans les premiers jours de mai, les Anglais remportèrent encore un autre avantage, et s'emparèrent, non sans quelque perte, du fort Oswego, où ils trouvèrent une grande quantité de vivres et de munitions.
Les principaux efforts des Américains dans cette campagne eurent lieu sur la frontière de Niagara : ils se montaient environ à 5000 hommes, commandés par le major-général Brown, officier qui s'était distingué dans plusieurs occasions. Il traversa le St.-Laurent et so.dma le fort Erié, dont la garnison, forte de 170 hommes, se rendit immédiatement. Ensuite il se dirigea vers Chippeway, et battit à Street's Creek l'avant-garde du major-général anglais Riall, qui cherchait à s'opposer à sa marche. Ce dernier fut alors obligé de se replier sur le fort Georges, et de là sur les hauteurs de Burlington. Brown mit le siège devant ce fort ; mais, le trouvant plus difficile à emporter qu'il ne l'avait pensé, et n'ayant pas d'ailleurs les renforts qu'il attendait du port Sackett, il fit sa retraite sur Chippeway. Son adversaire, qui de son coté avait reçu de nouvelles troupes, se porta en avant. Les deux armées se tfbuvèrent en présence, et, le 25, les républicains commencèrent l'attaque. La bataille de Lundy's-Lane fut longuement et vivement contestée avec différens revers de fortune : elle se livra en partie au milieu d'une obscurité profonde qui donna lieu à de singulières méprises. Le général américain et son commandant en second furent blessés, et le général anglais Riall fut fait prisonnier- Par un étrange hasard, pendant la bataille, le lieutenant-général Drummond arriva 'l'York avec des troupes fraîches et rétablit les affaires des Anglais. Les deux partis s'attribuèrent également la victoire. Mais la retraite des Américains sur le fort Erié indique quel fut le résultat réel de la bataille. Dans la nuit du 14 août, Drummond attaqua la place à deux reprises, et, chaque fois, fut repoussé avec une perte considérable.
A ce même moment, une autre partie du Canada était le théâtre d'opérations importantes. \m< - le succès des années alliées en Europe, la prise de Paris et l'abdication de Napoléon, la Grande-Bretagne put alors diriger toutes ses foi contre les I ta) -Unis, sur lesquels on Be félicitait d'avance d'un triomphe complet Un corps assez considérable arriva du midi de la France dans le Canada, ce qui permit à G l'révosl de se mettre à la tête de 11,000 hommes, avec les-
quels il entrepril de porter In guerre sur le territoire ennemi II s'avança pour attaquer, sur le lac Cbamplain, Plattsburg, défendu seulement par 1 500 hommes de
troupes régulières, le reste de la garnison ayant été envoyé dans la province supérieure. Macomb, commandant américain, ne pouvant pas lutter avec des forces si considérables, se replia sur un point où il prit une forte position. Le onze septembre, sir Georges parut devant les retranchemens ; mais une flotille, commandée par le capitaine Downie, et qui devait agir de concert avec lui, fut attaquée et prise sous ses yeux. Jugeant, après ce désastre, que tous ses efforts pour emporter de vive force la position de l'ennemi seraient inutiles, et que le succès même, chèrement acheté, ne lui permettrait pas encore d'exécuter ses projets ultérieurs, il se retira avec son armée. Sa résolution ne fut pas généralement approuvée ; et le résultat de l'expédition, si contraire à ce qu'on en attendait, causa beaucoup de mécontentement et de récriminations.
Les Américains étaient encore très forts dans le Haut Canada. Le 17, le général Brown s'embarqua au fort Erié, et, quoique forcé de rétrograder, il fit éprouver des pertes considérables aux Anglais, qui bientôt après levèrent le siège. Harcelé par des renforts commandés par Izard, le général Drummond quitta son ancienne position sur les hauteurs de Burlington ; mais, ayant reçu des troupes fraîches récemment arrivées d'Europe, il se porta de nouveau en avant. Izard évacua le fort Erié, et prit ses quartiers d'hiver sur le côté opposé du fleuve. Pendant l'automne les républicains remportèrent de grands avantages sur le lac Erié, mais ils fuient repoussés avec une grande perte en essayant de reprendre le fort Michillimacinak.
Des événemens militaires importans eurent également lieu sur d'autres points de l'Amérique. Les Anglais prirent possession de Washington, où ils détruisirent les édifices publics et beaucoup de propriétés particulières; cependant ils échouèrent dans leurs attaques sur Baltimore et la Nouvelle Orléans. Ainsi, tandisque les Américains étaient engagés sur ce point dans une lutte inégale, les Anglais n'avaient pas pu profiter de tous les avantages que leur promettait la supériorité de leurs forces. Les deux partis désiraient la paix, qui fut conclue à Gand, le 24 décembre 1814, sur des conditions qui, après une lutte longue et acharnée, mirent les deux puissances exactement dans la même position où elles étaient auparavant.
En avril 1815, sir Georges Prévost fut remplacé par sir Georges Gordon Drummond, sous l'administration duquel quelque mécontentement commença à se montrer dans le Canada. Il fut causé principalement par la conduite des juges, contre lesquels l'assemblée représentative avait conçu une telle jalousie qu'elle avait empêché la réunion des chefs de la cour tant à Québec qu'à Montréal. En 1816, sir John Coape Sherbrooke arriva comme gouverneur général. Sous son administration, à la fois vigoureuse et conciliante, la bonne harmonie se rétablit. En 1818, le comte Bathurst lui écrivit d'accepter l'offre faite autrefois par l'assemblée de faire les fonds nécessaires pour le paiement de la liste civile: sir John, au lieu d'une
LE CANADA PITTOBESQI !..
tivation définitive, se borna à demander qu'on réglât les dépenses courantes. Cela lui fut pi'omptement accordé ; et, pour l'exécution de la mesure, de nouvelles taxes furent levées, mais l'assemblée se réserva d'en régler l'emploi. Sir John fut obligé, par suite d'une maladie grave, de retourner en Angleterre, et, en 1818, le duc de Richmond lui succéda. Ce fonctionnaire distingué et personnellement populaire, prit des mesures qui élevèrent une lutte longue et sérieuse entre la couronne et l'assemblée. Au lieu de soumettre à celle-ci, comme l'avaient fait ses prédécesseurs, un état détaillé et estimatif des dépenses, il divisa le tout en chapitres dont le titre de chacun indiquait seulement le total. L'assemblée refusa de sanctionner un pareil changement, et vota les estimations présentées par le premier gouverneur, et qui offraient en détail chaque nature des dépenses. Le conseil législatif ne partagea pas cet avis, et le duc, mécontent de l'assemblée, eut recours à la voie illégale d'ordonner au receveur général de lui remettre les sommes qu'il avait réclamées.
En septembre 1819, sa grâce périt presque subitement d'une attaque d' hydrophobie. Après les courtes administrations de l'honorable James Monk et de sir Peregrine Maitland, le comte de Dalhousie fut envoyé, en 1820, de la Nouvelle Ecosse au Canada. Il jouissait d'une grande réputation militaire, et son caractère affable l'avait rendu populaire dans le pays qu'il venait de quitter. Cependant partageant, probablement avec ses conseillers, ces idées monarchiques et absolues qui existaient autrefois dans les colonies, il ne convenait plus aux circonstances nouvelles qui allaient, se présenter. Ayant estimé à £22,000 la somme nécessaire au service public, en outre des revenus attribués à la couronne, il demanda qu'elle devint une taxe permanente ; mais l'assemblée ne voulut la voter que pour un an, et exigea que chaque article fut spécifié séparément. Le conseil législatif, une seconde fois, n'approuva pas ce vote, d'accord en cela avec le gouverneur, qui n'hésita pas à se faire payer par le trésorier au delà même de ce qu'il avait demandé.
Le comte Bathurst, en recevant le rapport de ce qui s'était passé, ne voulut pas désapprouver la conduite du gouverneur, mais il lui recommanda fortement l'économie. Il lui enjoignit aussi de présenter deux états: l'un embrassant les dépenses du gouvernement, au moyen de fonds dont la couronne se réservait l'entière disposition ; l'autre comprenant des dépenses d'utilité publique et dont l'examen pouvait in- au contrôle de l'assemblée. <>n lui recommanda également de fournir un détail exact de ces diverses dépenses. Ces dispositions furent bien accueillies, 1rs sommes !ni> nt vot< • g, et, :'i la fin de la session, l'accord le plus parlait régnait entre le gi uverneur el l'assembli
En 1823,1a banqueroute du receveur général m John Caldwell augmente le
ontentement de la population; une enquête el des compte* furent ea Tain
demandés par rassemblée, et il fui reconnu néanmoins que le comptable éteti
redevable de près de £100,000. Lorsque, l'année suivante, le gouverneur présenta son budget, l'assemblée prit un ton ferme et décidé ; disputant à la couronne le droit de régler l'emploi d'une partie des impôts, condamnant la destination irrégulière des revenus publics, et réduisant les sommes demandées. Cette conduite mécontenta fortement lord Dalhousie.
En 1825, pendant une absence temporaire du gouverneur, sir Francis Burton fut chargé de l'administration du Canada. Ce fonctionnaire, pour plaire à la chambre basse, fit des concessions sur presque tous les points en litige. Il donna son approbation à un budget qui comprenait les dépenses du gouvernement et celles qui concernaient le pays ; un subside annuel fut voté avec des réductions considérables, et un droit de contrôle fut accordé aux membres de l'assemblée sur tous les genres de dépenses. Ils demandèrent alors hautement le droit de régler l'emploi des sommes levées dans la province, se refusant à reconnaître le privilège jusque-là exercé par le gouverneur de ne pas soumettre à l'examen de l'assemblée certaines branches de revenus. Ces revenus consistaient en des droits d'importation, votés en 1774 par le parlement, qui s'élevaient annuellement à £34,000, ainsi qu'en d'autres recettes plus faibles provenant de la vente des terres, du bois de charpente, &c. Lord Bathurst désapprouva fortement les concessions faites par Burton. En 1826, lord Dalhousie, ayant repris ses fonctions, refusa de sanctionner la loi qui consacrait le droit de l'assemblée dont on a parlé plus haut.
Lord Goderich, qui, en 1827, fut nommé secrétaire d'état des colonies, était disposé à maintenir le droit du gouvernement de régler l'emploi du revenu sujet des discussions, et ordonna qu'on fît l'abandon de ce droit devant l'assemblée, sur l'offre qu'elle ferait d'une somme de £36,000 pour la liste civile. Lors de la réunion de ce corps, M. Papineau fut élu président, et lord Dalhousie refusa de confirmer cette nomination, à cause de l'opposition violente que montrait cet individu aux mesures prises par l'administration. Il en résulta qu'il n'y eut point de session des deux chambres dans l'hiver de 1827 à 1828.
Le mécontentement prit alors un caractère alarmant; et, à la fin de 1828, une pétition fut présentée au roi, signée de 87,000 habitans, pour se plaindre de la conduite des gouverneurs successifs, particulièrement de celle du comte Dalhousie et priant sa majesté de prendre en considération la demande de l'assemblée. M. Huskisson, chargé en ce moment du ministère des colonies, fut d'avis que la pétition fût renvoyée à un comité de la chambre des communes. On en désigna un composé, en grande partie, de membres qui étaient attachés aux principes libéraux, et qui, après un minutieux examen, présentèrent un rapport, dans lequel ils blâmaient fortement l'usage de régler l'emploi de sommes considérables prises sur le revenu public, sans la sanction des représentans de la nation. Quant à la principale portion de ce revenu, produit des droits imposés en 1774, il fut établi
par le rapport des avocats de la couronne, que celle-ci devait eu disposer; cependant le comité jugea qu'il convenait mieux aux véritables intérêts de la province que le tout fût abandonné au contrôle de l'assemblée. Mais en même temps il exprima formellement son opinion que les traitemens du gouverneur, des juges et du conseil exécutif ne devaient pas être soumis au vote annuel de l'assemblée. Il demanda qu'on suivit dans toute cette affaire une marebe plus libérale ; et, admettant que la pétition contenait des faits plus ou moins fondés, il fut d'avis qu'elle devait être
accueillie.
11 parait que ce rapport causa une grande satisfaction dans la colonie, et l'assemblée ordonna qu'il serait imprimé et distribué à 400 exemplaires. Dans une suite de résolutions passées le 19 mars 1830, elle se borna à demander l'exécution complète des conclusions du rapport. Sir James Kempt, qui arriva en 1828, était porteur d'instructions pour terminer le plus promptement possible cette opération, de manière à contenter la nation. Il suivit avec zèle et succès la marche qu'on lui avait prescrite. On adjoignit au conseil législatif trois nouveaux membres, dont le choix fut très agréable au parti populaire. Les juges, à l'exception du chef de justice, dont on désirait toujours avoir l'opinion dans les questions de jurisprudence, furent vivement engagés à résigner leurs fonctions de membres de l'assemblée. Ils s'y refusèrent, mais consentirent à ne pas prendre part aux délibérations. De nouveaux membres furent adjoints également au conseil exécutif, et l'on offrit à Neilson et à Papineau, chefs de l'opposition, d'en faire partie. L'acte qui donnait à l'assemblée le droit d'examen sur les revenus n'avait pas pu lui être envoyé sur le champ, mais on lui avait promis d'en faire l'objet d'une discuBsioa lors de la première réunion du parlement. Cependant l'assemblée, en réglant le budget de 1829, avait agi dans la supposition que l'emploi des sommes votées serait soumis à son contrôle, et elle retrancha plusieurs milliers de livres des estimations du gouvernement. .Mai-, comme sa délibération ne portait pas une reconnaissance live de son droit, et qu'elle n'avait pas voulu mettre en question ce qui lui paraissait évident, sir James refusa son approbation. Cette mesure, quoiqu'elle ne fût pas approuvée par sir Georges Murray, fut cependant, dans cette circonstance particulière, jugée unie. On dit que le gouverneur se conduisit envers les membres qui exerçaient la plus grande influence dans l'assemblée, avec une politesse et une courtoisie auxquelles ils n'étaient pas habitués; et, à son départ, en 1830, les babitana les plus respectables de Québec et de Montréal lui présentèrent des adresses, qui furent signées pu Papineau et les antres cheft do parti populaire.
l Aylui'T pnt ensuite les rênes du gouvernement Ses eommunications avec rassemblée forent extrêmement amicales; et, quoique les circonstances qoi ■uivirenl lamort deGeoi es IV vinssent s'opposer à ce que l'acte dont il est parlé plu» haut fut adopté, on promit à l'assemblée qu'on s'en occuperait le plus
promptement possible. Lord Goderich, alors à la tête du bureau des colonies, ordonna qu'on ne pressât pas la rentrée des fonds, montant à £7500, que l'assemblée avait rejetés dans son budget de 1830 ; mais aussi il demanda un dédommagement en faveur de quelques individus qui, par l 'effet de ce rejet, avaient été privés de leurs traitemens. Le 24 décembre, ce ministre donna l'ordre, dans deux dépêches, de présenter une loi qui autorisât sa majesté à mettre les produits de l'impôt à la disposition de l'assemblée. Par compensation, il demanda qu'elle assignât un traitement permanent aux juges, ainsi qu'aux principaux fonctionnaires publics. Cet article de dépenses fut fixé, après une estimation raisonnable, à la somme de £19,100, qui, au moyen de £5000 déjà votés en 1795 pour les frais d'administration, se réduisait à £14,000. On fit connaître également à la chambre que les revenus éventuels provenant de la vente des terres, de celle des bois de charpente, et d'autres sources, devaient être considérés comme appartenans au roi. Ils s'étaient montés l'année précédente à £11,231 ; mais les frais de perception les avaient réduits à £7500. On proposa d'appliquer principalement cette somme aux dépenses du culte, tirées jusque-là à tort de la caisse de l'armée. On demanda d'ailleurs qu'il ne fût élevé aucune objection sur l'emploi des fonds appartenans légalement et constitutionellement au roi, et qui auraient pour objet, non un simple patronage mais une dépense d'utilité publique.
Lord Aylmer craignait beaucoup que cette dernière réserve ne déplût à l'assemblée; et il jugea qu'il était plus prudent de soumettre à celle-ci un rapport véridique et complet des intentions du gouvernement. Ce corps, après avoir pris des renseignemens sur le mode de perception et le montant de cet impôt, prit une résolution par laquelle, " dans aucune circonstance et sous aucun prétexte, il ne voulait ni compromettre ni abandonner le droit qu'il prétendait avoir de contrôler les dépenses publiques." Quelques objections particulières furent élevées également au sujet des dépenses des cultes autres que l'église dominante; et elles avaient d'autant plus de force que le culte pour lequel on demandait des fonds n'était pas celui du parti le plus fort dans l'assemblée. Ils se décidèrent en conséquence à n'accorder pour le moment aucun subside permanent; et, le 8 mars 1831, ils rédigèrent, sur la motion de M. Neilson, un long rapport de leurs griefs qui fut mis sous les yeux du gouverneur. Celui-ci désira savoir si ce rapport spécifiait tous leurs sujets de plainte, les prévenant d'ailleurs qu'il augurerait de leur silence qu'ils n'avaient rien à y ajouter. D'après cela ils ne firent aucune réponse* ils votèrent la loi d'impôt annuel ; et sur le tout se montrèrent fort accommodans.
Le gouverneur transmit cette requête, en reconnaissant que la plupart des faits qu'elle renfermait étaient fondés, faisant en même temps l'éloge des loyales dispositions des habitans du Canada. Lord Goderich, dans une longue réponse, du 7
juillet 1831, déclara que le gouvernement était disposé à presque tout accorder, et il témoigna l'espérance de voir finir en conséquence ces longs et pénibles débats. Cette dépêche fut soumise à la chambre, qui, dans une suite de délibérations, exprima sa gratitude pour les intentions bienveillantes de sa majesté, preuve d'une politique juste et libérale, et pour les paroles pleines de bonté que contenait la dépêche. Les différera points qu'elle traitait furent renvoyés à des comités.
Bientôt après, une lettre du secrétaire d'état des colonies fit connaître à l'assemblée, que le bill de contrôle attendu depuis si long-tems venait de passer aux chambres du parlement et recevrait la royale sanction. Soit par une extrême générosité, soit par inadvertance, ce bill était c nçu de manière à ôterau trésor royal toute possibilité d'exercer son contrôle sur les impôts spécifiés plus haut, et ne laissait aucun moyen de discussion avec les représentais canadiens. Lord Aylmer fut chargé de demander en retour qu'on votât un traitement annuel pour les juo-es, qui, d'après les intentions mêmes de l'assemblée, devaient être indépendans de la couronne : on fit la même demande pour ce qui regardait le gouverneur et pour quelques membres du pouvoir exécutif. Le 20 janvier 1832, l'assemblée s'occupa des premiers ; et, en prenant des mesures pour qu'ils fussent indépendans de la couronne, elle décida, qu'à l'exception du chef de justice, ils ne pourraient pas siéger dans les conseils exécutif et législatif. Mais en même tems, sur une motion de M. Ncilson qui fut adoptée à une grande majorité, il fut statué que ces traitemens seraient prélevés sur les fonds territoriaux et éventuels réservés à la couronne par lord Goderich. Lord Aylmer jugea qu'il était nécessaire d'envoyer ce bill à la métropole, en conseillant d'en accepter les conditions comme le meilleur moyen d'arriver à son exécution. Cet avis fut rejeté pour deux motifs: d'abord, parce que réellement il ne rendait pas les juges indépendans de l'assemblée, et qu'il nécessitait un vote annuel. On ne peut pas supposer qu'il y eût erreur dans cette interprétation, car voici les expressions du bill : " Les salaires des juges seront fixés et assurés d'une manière permanente ; ils seront pris sur les revenus territoriaux et éventuels affectés par des actes du parlement provincial au paiement des frais de Tordre judiciaire et à ceux de l'administration civile, lesquels revenus, ainsi que les autres taxes publiques, sont perçus par le trésorier général." On peut conclure de ces expressions que le bill renfermait une autorisation précise de paiement. Lord Goderich avait probablement trouvé que la loi manquait des formes régulières ou de quelques expressions en usage dans la législation anglaise; mais on ne pouvait, pas attendre d'une assemblée provinciale qu'elle entrerait dansées petits détails. Le conseil législatif, le gouverneur, et sans doute aussi l'assemblée, pensèrent que la mesura avait un effet permanent. Le second motif qui engagea le gouvernement a KJetei le bill, venait de celle prétention de l'assemblée de disposer des revenus éventuels et territoriaux, prétention qui, exprimé* néanmoins
d'une manière indirecte, déplut souverainement à lord Goderich, quoiqu'il eût été informé de la détermination prise par elle de ne pas reconnaître la sanction ministérielle, si elle ne contenait pas la clause en question.
On demanda ensuite à l'assemblée de fixer un traitement permanent pour le gouverneur et pour plusieurs des chefs du pouvoir exécutif. Après de longs débats, la proposition fut rejetée à une grande majorité. La décision plaça la chambre en opposition directe avec la couronne, et elle fut représentée comme oubliant dans cette occasion ses sermens d'obéissance et de fidélité. Elle n'avait pas pu, à la vérité, prendre un engagement formel. Cependant le rapport du comité de 1828 qui liait cet arrangement avec l'abandon des revenus en litige, avait été regardé par elle comme renfermant tout ce qu'on pouvait désirer, et elle n'avait élevé aucune objection sur cette partie du rapport. Le 6 décembre, elle insista, dans plusieurs de ses délibérations, sur le contrôle, sans réserve, des revenus publics ; exprimant son intention d'accorder les subsides demandés si on obtempérait à sa réclamation. Sa prétention s'étendait certainement sur les revenus éventuels et territoriaux qui étaient alors perçus. Ils ne se montaient pas cependant à une forte somme, et le présent bill, de même que celui qui concernait les juges, était conçu de manière à rester sans effet, si la décision relative aux taxes en question n'était pas accueillie. L'assemblée ne donna aucuns motifs pour en agir ainsi ; mais il fut reconnu qu'elle prévoyait que le pouvoir exécutif, ne dépendant pas d'elle pour un établissement naval et militaire, ne serait plus, dans le cas d'une fixation permanente, soumis au contrôle qu'elle prétendait exercer sur lui. Elle vota néanmoins le subside annuel, et lord Goderich, quoique mécontent des réserves de la chambre, jugea convenable de sanctionner le bill.
L'année suivante (1833), l'assemblée vota encore le budget annuel, dans lequel, conformément à la demande de lord Goderich, elle fixa l'emploi de chaque somme qui y figurait. Elle ajouta, sans qu'on le lui demandât ou qu'on parût le désirer, le nom de l'individu auquel cette somme devait être payée; mais elle mit pour condition que cet individu ne cumulerait pas d'autres fonctions et ne ferait pas partie des conseils législatif et exécutif. Cela parut souffrir quelques difficultés, parce que, par suite de cette disposition, des fonctionnaires publics se trouvaient subitement privés d'emplois qu'ils occupaient depuis long-temps, sans pouvoir élever aucunes réclamations pour obtenir des dédommagemens ; et ensuite parce que la condition dont on vient de parler n'était pas de nature à figurer dans un budget, mais devait être l'objet d'un règlement particulier. Par ce motif, la loi fut rejetée par le conseil législatif, et lord Stanley, qui était alors à la tête de l'administration coloniale, fit connaître que, si on la lui avait envoyée, il ne l'aurait pas soumise à la sanction royale. Dans la même session on proposa des mesures pour assurer aux juges un traitement permanent, et elles furent calculées de manière à prévenir
7 4 LE CANADA PITTORESQt T..
les principales objections que faisait lord Goderich ; mais, sur la motion de M. Papineau, la proposition fut rejetée, et tous les chefs de l'assemblée se réunirent pour demander que le traitement des juges restât toujours soumis à son contrôle.
La lutte prit encore un caractère plus prononcé. Lord Stanley, s'apercevant que la chambre représentative avait l'intention de concentrer sur elle tous les pouvoirs de l'état, ordonna que les fonds qui n'avaient pas encore été envoyés par le parlement fussent appliqués au paiement d'une partie des fonctionnaires civils ; et se résolut môme, dit-on, à présenter un bill de rappel de l'acte de concession qui avait été passé. Dans ce moment, l'assemblée avait ajouté et placé en tête de ses réclamations un nouvel article qui ôtait l'espoir de tout accommodement, en ce qu'il demandait la suppression du conseil législatif actuel, et "son remplacement par un autre choisi par le corps de la nation. Pareille prétention était sans exemple dans les colonies anglaises, et les idées qui existaient à leur égard dans la mère patrie ôtaient aux ministres tous moyens de soumettre de semblables mesures à l'approbation du parlement. Tel était l'état de choses en mars 1831, lorsque lord Aylmer annonça son intention d'agir dans le sens du rapport de 1828, et de faire droit, s'il était possible, aux anciens griefs. Mais il parait que cette disposition à tout concilier, loin de conduire à un accommodement, rendit au contraire l'assemblée plus exigeante et lui fit penser que, par son obstination et sa persévérance, elle finirait par obtenir tout ce qu'il lui conviendrait de demander. Quoique le rapport du comité qui renfermait de pareilles prétentions eût été approuvé par l'assemblée, celle-ci ne voulut pas néanmoins en faire mention dans sa délibération. Le 20 mars 1833, dans une pétition au roi, signée par M. Papineau, président, la chambre soutint avec force ses nouvelles prétentions, et proposa qu'il fût nommé des commissaires pour les régler. Elle demanda principalement que l'individu qui payait annuellement dix livres dans les campagnes et vingt livres dans les villes, pût être électeur, et qu'on fixât le revenu suffisant pour être nommé conseiller, fonctions (pu seraient inamovibles durant l'espace de six années. Dans sa réponse, lord Stanley fit connaître qu'une pareille réclamation était en opposition avec les vrais principes monarchiques, et qu'il ne conseillerait jamais à sa majesté de l'accueillir. Il s'éleva surtout contre la nomination de ce corps de délégués qu'il appelait une Convention
v,t aie. Cependant il désapprouva une autre adresse présentée par le conseil
I- i -l.i t it", et qu'il trouvait inconvenante, parce qu'elle pouvait tendre ;'i suggérera une grande partie de- sujets de sa majesté d'une certaine origine des idées de nature ■>■ ébranler leur fidélité. Il termina m lettre par faire sentir la possibilité que le parlement, pour mettre lin an\ dissentions intérieures qui agitaient le Canada, prit
loaivemenl le pomou , ce qui modifierai) les chartes et les privili
dont joui--. ut la colonie.
Cette dépêche fut communiquée à l'assemblée, qui exprima fortement son indignation contre l'esprit qui l'avait dictée, et surtout contre l'espèce de menace qui la terminait. Cette même année 1834, elle refusa de voter aucune espèce de dépenses, et employa la session à rédiger un nouveau mémoire relatif à ses griefs. Elle se plaignait de ce que non-seulement on n'avait pas satisfait à ses anciennes plaintes, mais encore qu'on avait, sans son consentement, payé en partie les fonctionnaires civils. Elle commença par demander qu'il y eût un conseil législatif nommé par la nation, comme seule mesure juste et régulière. La conduite de lord Aylmer fut présentée comme violente, inconstitutionnelle et odieuse, et son rappel fut vivement sollicité. Au reste, la correspondance publiée ne fit aucunement mention de ces accusations. Les relations de ce fonctionnaire avec l'assemblée portaient un caractère remarquable de modération et de politesse, et il proposait même au gouvernement de la métropole de faire des concessions, que lord Goderich se refusa à accorder, quoiqu'on lui supposât des intentions favorables à la colonie. Ce mémoire fut mis sous les yeux du parlement et renvoyé à un comité pour l'examiner.
A cette époque, lord Stanley quitta le ministère et fut remplacé comme secrétaire d'état des colonies par M. Spring Rice. Celui abandonna le projet qu'avait eu son prédécesseur de disposer des fonds dont l'emploi avait été laissé à la chambre, et il témoigna même des intentions modérées et pacifiques. Il se contenta de demander un peu de tems pour se mettre au courant des affaires, ce qui fit penser aux chefs populaires qu'on voulait profiter de ce délai pour prendre contre la colonie des mesures violentes. Ils se plaignirent amèrement de ce que rien n'était changé à l'état de choses. Lord Aylmer fut continué dans son gouvernement ; les fonds canadiens furent faits comme à l'ordinaire, et une somme de £31,000 fut avancée par la caisse militaire pour le paiement des fonctionnaires civils, qui, par l'effet de cette mesure, ne se trouvaient plus responsables vis-à-vis de l'assemblée. Avant que M. Rice n'eût pu présenter son plan, il quitta le ministère par suite de l'accession de sir Robert Peel au pouvoir. Au reste ce plan était prêt, et il devait le mettre sous les yeux du cabinet, au moment même où eurent lieu les chano-emens dont je viens de parler; assertion à laquelle M. Roebuck, membre des communes ne parut qu'avec peine vouloir ajouter foi, quoique son incrédulité ne reposât sur aucun motif raisonnable.
Sir Robert, en prenant les rênes de l'administration, porta son attention sur l'état d'agitation qui régnait dans le Canada. Après de mûres réflexions, il se décida à envoyer un commissaire chargé de rechercher sur les lieux tous les motifs de plainte, et de redresser sans délai ceux qui lui paraîtraient fondés. Les prétentions de la chambre relatives aux revenus éventuels et territoriaux devaient même être accueillies, sous la condition qu'elle voterait une liste civile pour sept années
76 LE CANADA FITToHESQIE.
au moins. On se refusait cependant à lui accorder la nomination demandée d'un conseil législatif, ainsi que la gestion des terres de la couronne. Le vicomte Canterbury, dernier président du conseil actuel, fut d'abord invité à se charger de cette direction, et, sur son refus, elle fut donnée au comte Amherst : mais ces arrangemens n'eurent pas lieu par suite d'un vote parlementaire, qui décida la retraite de sir Robert Peel et le retour de lord Melbourne au pouvoir.
Le nouveau ministère suivit, avec certaines modifications, le plan de celui qui l'avait précédé. Une commission fut envoyée au Canada, avec pouvoir de recueillir seulement des documens, et non de prendre une décision. Elle était composée du comte Gosford, de sir Charles Edward Grey et de sir George Gipps. Le premier, • ntilhomme écossais et professant des principes libéraux, remplaça lord Aylmer comme gouverneur. Lord Glenelg, alors secrétaire d'état des colonies, leur remit des instructions qui portaient que les prétentions à disposer de la totalité des revenus de la colonie étaient exhorbitantes et sans exemple dans l'administration anglaise. Il consentait néanmoins, pour l'amour de la paix, à les accueillir sous certaines conditions, savoir : un salaire indépendant pour les juges, et le traitement des fonctionnaires civils. Ces provisions devaient être votées pour un tems fixé qu'on jugeait convenable de porter jusqu'à dix années. Quant à ce qui regardait les terres en friche, toutes les opérations qu'exigeait leur vente étaient laissées à la disposition de l'assemblée ; mais le gouvernement ne pouvait pas consentir à partager avec elle l'administration de ces biens, ou à annuller le contrat fait avec la compagnie territoriale. Les pensions existantes devaient être conservées, et le droit de les accorder par la suite était concédé à l'assemblée. Relativement au conseil législatif électif, il fut dit que le roi ne voulait pas consentir à laisser ouvrir les débats sur cette question : un principe vital du gouvernement provincial peut-il subir des altérations? Le droit de pétition fut pleinement reconnu; -i majesté ne voulait pas fermer la voie à une enquête, même lorsque la demande, comme dans le cas présent, ne lui paraîtrait pas l'objet d'un doute raisonnable.
A son arrivée au Canada le comte de Gosford ne perdit pas de temps pour réunir la Législature, qui fut convoquée pour le 27 octobre 1836; et, dans son discours d'ouverture, il montra les dépositions les plus conciliantes, particulièrement envers les Français, formant le parti populaire. Il déclara que, dans -on opinion, un des proniera devons de l'administrateur était de rechercher ce qui est avantageai à la mai ■ de de la nation. Il annonça qu'il et;ut prêt 1 lai-ser à la chambre l'entière disposition des revenus, sous les conditions précédemment indiquées. Tous l< - ■"'"• d< raient être soigneusement examinés et redressés, et il fit allusion
; ujeti plu- graves encoie. but lesquels on devait laisser wa commissaires le ilr"it d'informer.
La réponse du conseil législatif fut sous tous les rapports extrêmement modérée. Il partageait les sentimens exprimés dans le discours de lord Gosford, et repoussait l'idée que la différence d'origine pût affecter les droits politiques, qui devaient être égaux entre tous les sujets de sa majesté. Mais la chambre, tout en tenant un langage pacifique, ne céda en rien sur ses prétentions. Elle demanda de nouveau l'élection du conseil législatif, comme nécessaire au repos et au bonheur de la nation ; réclamant de plus l'entière disposition des revenus publics, non comme une faveur, mais comme un droit essentiel et incontestable. Tout en annonçant qu'elle était prèle à prendre les mesures tendantes à la mettre en possession de ce droit, elle ne faisait aucune mention des conditions sous lesquelles il lui était accordé. Malgré cet esprit d'opposition, les relations entre les chefs populaires et le gouverneur furent très amicales. Celui-ci les admit à sa table et dans son intimité, et se montra pour eux dans plusieurs occasions plein de bienveillance. Il les traita comme les représentans d'une grande nation dont il avait l'extrême désir de se concilier l'affection, et montra les sentimens les plus libéraux, même vis-à-vis de ceux qui donnaient à ce mot son acception la plus étendue. Sa conduite produisit une telle impression que le parti opposé se répandit aussitôt contre lui en invectives et même en menaces d'insurrection. Et d'un autre coté, les chefs de l'assemblée allèrent jusques au point de déclarer qu'Us étaient prêts à faire cesser les embarras financiers en votant les trois années de salaires arriérés et une demi-année d'avance.
Ils attachèrent au don du subside des conditions un peu dures, qui ne furent pas néanmoins rejetées.
La bonne harmonie qui régnait se trouva tout-à-coup interrompue. Le langage du gouverneur relativement au conseil électif différait beaucoup de celui qu'il tenait dans ses instructions; mais son système de conduite lui paraissait le meilleur pour arriver à son but ; et il espérait que, par la modération, il finirait par décider l'assemblée à se désister de ses prétentions, lorsqu'il ne serait plus possible de lui cacher les intentions réelles du cabinet. Cette marche tortueuse doit, aussitôt qu'elle est dévoilée, nuire à la dignité d'un gouvernement, irriter ceux qu'on a voulu tromper, et leur donner même une haute idée de leur force, qui a décidé l'autorité à recourir à un tel subterfuge. Malheureusement tous ces résultats eurent lieu avant qu'on n'eût obtenu les avantages qu'on attendait du système qui avait été suivi. Sir Francis Bond Head venait d'être envoyé dans le Haut Canada. Naturellement plein de droiture, et paraissant ne rien connaître des intentions de lord Gosford, il publia une partie de ses instructions relatives au conseil législatif; et elles étaient d'une telle nature que, quoiqu'elles ne parussent pas s'opposer à ce que les débats s'ouvrissent sur cette question, elles laissaient peu de chances de succès aux chefs populaires. Alors leur fureur ne connut plus
78 LE CANADA PITTORESQIE.
de bornes. Ils se plaignirent, non-seulement de ce qu'ils étaient forcés de renoncer à leur projet favori, mais encore de ce qu'on les avait trompés. Ils prirent alors la nnination de ne pas accorder les trois années de subsides, et de voter simplement les fonds pour la moitié de Tannée courante, assignant ce court délai au sucer- de leur demande. Ce vote fut encore accompagné de conditions qui nt la chambre liante à le rejeter ; de sorte que la session fut orageuse sous tous les rapports, et se termina, sans qu'il eût été pourvu d'aucune manière aux moyens de faire face aux dépenses publiques. Le conseil législatif se montra i < .uiiiic de raison fort mécontent des efforts qu'on faisait pour arriver à sa suppression: et, au lieu de chercher à prouver que cette mesure était déraisonnable, il montra son ressentiment en rejetant presque toutes les lois proposées par l'assemblée. Dans le nombre fut celle qui assignait des fonds pour l'éducation nationale. Tous les élémens politiques se trouvaient ainsi dans la plus grande agitation, et en contact violent les uns avec les autres.
Au mois de mars 1836, les commissaires, voyant l'état des choses, et perdant
lérance d'obtenir les fonds nécessaires à l'action gouvernementale, si on ne
cédait immédiatement à chacune des demandes de la seconde chambre, regardèrent
comme indispensable ae se procurer les fonds sans le consentement de celle-ci : et
cette mesure devait, à leur avis, être prise par le parlement, qui rappellerait l'acte
passé sur la motion de lord Goderich, acte qui accordai! à l'assemblée une somme
de £38,000. Ce rappel augmenterait le mécontentement, à la vérité: mais la
somme en question, jointe aux autres revenus réservés, mettrait le gouvernement en
état de se passer do vote de la chambre. Lord Glenelg ne jugea pas à propos de
suivre cet avis. Il écrivit au comte de Gosford, que la résolution violente dont
on se plaignait tenait ;i ce (pie la chambre n'avait eu qu'une connaissance incomplète
des instructions, et qu'en les lui mettant tontes sous les yeux, on pouvait arriver à
de plus favorables résultats. En conséquence il exprima le désir que le parlement
provincial lut convoqué de nouveau, et qu'on lui fournît -l'occasion de rentrer dans
des voies de prudence et de conciliation, avant de prendre des mesures extrêmes.
I. blée se réunit en effet le 22 septembre 1836: mais la majorité présenta an
iiverneur une adresse, dans laquelle elle niai ( avoir agi sur une busse interprétation - instructions, ainsi qu'il l'avait fait entendre dans son discours d'ouverture. Rien
ne lui paraissait devoir changer quelque chose a ses intentions, ou l'empêcher
d*inai8tei sur Bes demandes, principalement Bur celle qui regardait le conseil électif. Elle s'exprima avec une violente indignation contre certaines prétendues ani linsi qu'elle appelait la commission), et Boutinl que la chambre
t seule l'organe légitin d de toutes les classes d'habitans, La manière
dont ell ' de Bes pouvons devait inspirer toute confiance : et c'était â elle
Bn, et non à quelques étrangers, qu'avait été confié le sort «le la nation. Elle
déclara qu'il était de son devoir de persister dans les intentions énoncées dans sa dernière adresse ; et enfin exprima la résolution de ne rien décider relativement aux impots, et d'ajourner ses séances jusqu'à ce que le gouvernement eût mis la main au grand œuvre de justice et de réforme, particulièrement en ce qui regardait l'autre branche de la législature.
Les choses en étaient venues maintenant à un point qui ne permettait plus de différer une intervention entre les parties. L'assemblée était libre sans dcute de refuser, comme d'accorder les subsides : mais l'exercice de ce premier droi^ entraine de si grands maux, que, pendant plus d'un siècle, les Communes d'Angleterre se le sont réservé comme une ressource extrême, mais qu'elles n'ont jamais voulu en faire usage. Le caractère constitutionnel de la mesure était sujet encore à plus d'objections, lorsque son effet était, non de contrôler les abus du pouvoir exécutif, mais de renverser une branche de la législature, qui devait son existence à la même source que l'assemblée elle-même. Ce changement était d'une si grande importance qu'il équivalait à une espèce de révolution, et il ne devait être effectué qu'après un mûr examen. Arrêter la marche du gouvernement, et ne pas laisser aux réformes le temps de s'accomplir, étaient d'une violence extrême. Si les chefs populaires, écoutant les conseils de la sagesse et de la modération, avaient été convaincus de l'esprit de conciliation qui animait leur nouveau gouverneur, ils auraient pu réussir sur plusieurs points essentiels de leurs demandes. Ils auraient obtenu, sur le pouvoir exécutif, le contrôle le plus important; et le conseil législatif, auquel ils reprochaient continuellement d'être trop asservi à la première autorité, n'aurait pas persisté dans une opposition inutile.
Les ministres se déterminèrent alors à ne pas différer plus long-temps de prendre des mesures pour faire tête à l'opposition, et pour imprimer une action régulière au pouvoir exécutif. Le parlement s'étant rassemblé, et les rapports des commissaires avant été mis sous ses yeux, lord John Russell proposa, le 6 mars 1837, une série de résolutions relatives au Canada. Après un examen de L'état actuel des choses, on demanda qu'il fût tiré des fonds provinciaux mis en réserve par l'assemblée une somme de £142,000, qui serait appliquée au paiement des juges et des autres fonctionnaires civils, à compter du dix avril. On convint ensuite de ne disposer d'aucune portion du revenu qui avait été laissé à la disposition de l'assemblée, suivant en cela l'avis des commissaires, mais d'employer avec la plus stricte économie, pour faire face aux dépenses d'administration, le fonds de réserve des revenus casuels et territoriaux, fonds qui se montait environ à £'28,000. On déclara qu'il ne serait pas donné de suite à la demande d'un conseil législatif électif, et à celle de la responsabilité du conseil exécutif vis-à-vis de l'assemblée; tout en remarquant que ces deux pouvoirs étaient susceptibles de beaucoup d'améliorations. De vifs débats eurent lieu sur cette affaire dans le parlement. Les
Tories appuyèrent les propositions du gouvernement; mais ils l'accusèrent d'avoir,
par sa faiblesse, encouragé les factieux du Canada. D'un autre coté, le parti des Radicaux soutenait les droits et les réclamations de L'assemblée canadienne, et prétendait que les résolutions prises par la chambre étaient inconstitutionnelles et tyranniques, et qu'elles amèneraient la guerre civile et la peite de la colonie. La motion de M. Leader en faveur du conseil électif fut rejetée par 318 membres contre >'i, et les mesures proposées par le cabinet passèrent à une grande majorité: mais la mort de Guillaume H eut lieu avant qu'elles n'eussent été sanctions La nécessité d'une dissolution, et la répugnance qu'on avait à commencer le règne d'une reine jeune et populaire par un acte sévère, engagèrent les ministres à avoir recours à une avance de fonds par forme d'emprunt sur les revenus anglais, avec l'expectative d'être finalement remboursés sur les fonds provinciaux.
Dans l'intervalle qui s'écoula entre la décision et sou exécution, on engagea lord Q -i .ni a faire un dernier effort auprès de l'assemblée, dans l'espérance que celleci, voyant une si grande majorité contre elle dans le parlement, se déciderait à voter les subsides, ce qui éviterait de recourir à des mesures violentes. Mais, sur ces entrefaites, de tumultueuses démonstrations avaient eu lieu sur plusieurs points de la colonie. Dans les comtés de Montréal et de Richelieu, on tint des assemblées dans lesquelles on déclara que les décisions de la chambre des Communes avaient fait perdre toute espérance d'obtenir justice, et qu'il était désormais inutile de réclamer d'elle le redressement des griefs. Le gouvernement de la métropole fut présenté comme imposé par la force, et auquel on était obligé de se soumettre par faiblesse. Mais, pour réduire son pouvoir autant qu'il était possible, les babitans cesseraient de consommer les articles de fabrique anglaise, ainsi que ceux qni étaient assujettis à des droits. Enfin on se décidait à convoquer une convention nationale, pour aviser aux mesures à prendre.
Lord G Ig, en conséquence de l'état de choses au Canada, eut d'abord l'idée
d'y faire passer deux régimens de plus: mais, comme ce moyen avait des ineon-
véniens, il autorisa le gouverneur à s'adresser à sir Colin Campbell pour que cclui-
i-i lui envoyât les forces disponibles à la Nouvelle-Ecosse et au Nouveau-Brunswick.
. le gouverneur répondit qu'il n'y avait rien de sérieux à craindre,
quoiqu'il avouât qu'en cas de dissolution il y aurait peut-être un peu de sang
I ept ridant comme il apprit, le lit juin, qu'il yavait un coup de préparé
par les intrigues de Papineau, il demanda à air Colin un régiment, qui arma dans
jours de juillet II avait déjà publié- une proclamation pour prémunir les babitans contre toute tentative qui sérail faite pour les i i violer
leur serment de fidélité. On tint également de nombreuses assemblées à Montréal
: on \ condamna la conduite violente de l'assemblée représentative; et, ,n protestant d'un inviolable attachement à la métropole, on se déclare de la
manière la plus positive contre tout ce qui serait de nature à troubler la paix publique.
Le 18 août, lord Gosford convoqua de nouveau le parlement provincial. Il mit sous ses yeux les résolutions des communes, en exprimant l'espérance qu'elles seraient adoptées. Quelques difficultés avaient suspendu les mesures relatives aux conseils; mais le gouverneur promit solennellement qu'elles seraient prises plus tard. De vifs débats eurent lieu. M. André Stuart, un des membres de Québec, proposa l'adoption des résolutions ; mais sa motion fut rejetée par 63 voix contre 13. M. Taschereau, représentant du comté de Beance, vota pour une adresse dans laquelle on aviserait aux moyens de modifier le conseil législatif, mais en l'accompagnant du refus de voter l'impôt, jusqu'à ce que ces moyens fussent pris. On soumit à l'assemblée une autre adresse, tout-à-fait hostile, et qui fut adoptée par 46 voix contre 31. On y présentait la marche actuelle comme destructive du gouvernement représentatif dans la province, et comme un refus positif des réformes et des améliorations demandées. Si les résolutions des communes passaient, la colonie, disait-on, ne restait plus attachée à l'Angleterre par le devoir, l'affection, ou un mutuel intérêt, mais par la force physique. Dans cette conjoncture, l'assemblée ne voyait aucuns motifs pour se départir de ses premières décisions, et pour voter l'impôt. Elle adhérait sous tous les rapports à celles qu'elle avait prises le 30 septembre 1836. Dans sa réponse, lord Gosford témoigna un vif re°ret d'une décision qu'il considérait comme destructive de la constitution, et il prorogea immédiatement l'assemblée.
Les chefs populaires témoignèrent alors l'intention d'avoir recours aux armes. Eux et leurs organes dans cette partie du Canada avaient souvent assuré, et avaient fini par croire qu'il ne fallait qu'un faible effort pour séparer la colonie de l'Angleterre. Cette conclusion était fausse et inconsidérée. On cita l'exemple des colons américains ; mais ceux-ci étaient beaucoup plus forts que ne l'étaient en ce moment les Canadiens ; et, d'un autre côté, le pouvoir de l'Angleterre à cette même époque était bien plus petit. Ce ne fut qu'après une lutte longue et déplorable que les Etats-Unis conquirent leur indépendance ; et leur succès aurait été bien douteux, s'ils n'avaient été aidés par une des plus puissantes nations de l'Europe. A la vérité, la population canadienne avait réclamé le secours des Etats-Unis, mais ce peuple avait si peu de dispositions pour intervenir dans de pareilles circonstances qu'il resta neutre pendant les longues querelles qui eurent lieu entre l'Espaone et ses colonies, quoique sa situation lui permit un peu de craindre le ressentiment de la première. Il n'était donc pas à désirer qu'une poignée d'hommes cherchassent à lutter contre la puissante Albion.
Ces considérations rendirent les assemblées moins nombreuses et surtout moins agitées que dans les premiers raomens. Néanmoins elles continuaient d'être
hostiles et de demander une séparation. Un comité central se forma a Montréal, et k>> décisions qu'il prit restèrent secrètes en grande partie: on apprit cependant que des préparatifs avaient lieu pour la réunion d'une convention générale. 11 devenait inutile de chercher à réprimer ces violentes démonstrations contre le gouvernement, car il aurait été impossible de réunir un petit jury pour juger les coupables ; et, en deux occasions où les délits étaient évidens, le grand jury ne pat pas appliquer la loi. Cependant le gouverneur, apprenant que plusieurs individus qui occupaient des fonctions publiques, avaient fait partie de ces réunions, leur écrivit pour leur demander l'explication de leur conduite. Aucune des réponses n'ayant été satisfaisante, il destitua dix-huit magistrats et trente-cinq officiers de milice. Parmi les derniers se trouvait Papinean, dont la réponse respirait la défiance et le mépris. 11 avait été si loin, dit-il, qu'il lui était impossible de reculer sans perdre toute son influence ; et il devait ou être renversé, ou renverser le gouvernement. Au commencement d'octobre, les nouvelles dispositions relatives aux deux conseils furent mises à exécution, au moins jusqu'à un certain point: mais elles produisirent peu d'effet, et les chefs populaires 1rs rejetèrent comme toutà-fait insuffisai
Le parti des mécontens devint plus hardi de jour en jour. Ils formèrent une ciation sous le nom de En fans de la Liberté; et, sans néanmoins commettre aucune espèce de violences, ils parcouraient les rues de Montréal, d'un air hostile et menaçant. Ils publièrent une proclamation conçue dans les termes les plus violens. " Les perfides projets des autorités anglaises," disaient-ils, " ont détruit toute sympathie pour la mère-patrie." — " l'ne destinée glorieuse est réservée aux jeunesgens de ces colonies," et on disait plus bas qu'elle consistait à " affranchir leur contrée chérie de toute autorité humaine, à l'exception de cette fière démocratie qu'elle renfermait dans son sein." Ils parlaient d'une " longue lutte en faveur de la liberté, après laquelle luira le jour de gloire qui remplacera les ténèbres de sclavage par l'éclat radieux de la liberté." Dans le comte des Deux Montagnes, la population refusa d'obéir aux magistrats qui avaient remplacé ceux qu'on venait de destituer. On organisa une justice de paix, pour décider sur toutes u s affaires litigieuses, Bans être obligé d'avoir recours aux autorités constituées; et on engagi s tous les \ rais patriotes à la reconnaître. En même temps, la milice de cette partie du Canada l'ut organisée d'après on nouveau mode; efl les mécontens
en nommèrent 1. - officiers, en choisissant d'abord rr\i\ que le gouverneur avait déplacés. Des mesures violentes forcèrent les habit ans paisibles el fidèles, on d'entrer dans le parti de la rébellion, on de quitter le territoire. Enfin le pouvoir des autorités anglais* ntii remenl d'( tre reconnu.
En peu de temps, ce même ordre de choses eut lien dans les parties plus populeuses du district de Montréal, an midi du S.-Laurent Le 23 octobre, cinq
comtés tinrent une assemblée, et l'Acadie demanda bientôt à en faire partie. Là les patriotes ne gardèrent plus de mesures, déclarant qu'ils étaient prêts à sacrifier ce qu'ils avaient de plus cher au monde pour soustraire à l'esclavage le pays qui les avait vus naître. Ils ne reconnaissaient d'autres principes que ceux de la plus pure démocratie, et témoignaient l'intention d'avoir pour guide et pour protecteur L. J. Papineau. Dans cette réunion des six comtés, on estima le nombre des individus présens à près de 5000, dont une partie étaient armés. Les résolutions qui furent prises, sans porter précisément un caractère de rébellion ouverte, indiquaient néanmoins qu'on s'y préparait. Les déclarations faites récemment aux deux conseils furent présentées comme dangereuses, et l'introduction d'une force armée dans la province fut signalée comme un nouveau grief plus criant encore que tous les autres. La magistrature et la milice furent organisées, sur le modèle de celles des Deux Montagnes ; et on proposa de former une société pareille à celle des Fils de la Liberté, pour que les deux sociétés pussent se défendre mutuellement, si les droits de la nation étaient menacés. Une adresse dans ce sens fut répandue dans toute la province ; et les fonctionnaires publics furent obligés, par violence ou par menaces, de résigner leurs fonctions ou de quitter le pays.
Le gouvernement ne pouvait pas rester passif, quand son autorité était ouvertement méconnue, et que l'insurrection faisait des progrès sous ses yeux. On fit demander à sir Colin Campbell deux nouveaux régimens, et l'ordre fut donné de faire venir les troupes dont on pouvait disposer dans le Haut Canada. On accepta l'offre qui avait été faite depuis long-temps par les habitans fidèles, offre qui avait été refusée pour des motifs de prudence ; et on en forma un corps de volontaires. Le clergé catholique fit tout ce qui dépendait de lui pour le maintien de l'ordre et de la paix, et l'évêque de Montréal publia un mandement dans lequel il engageait son troupeau à ne prendre aucune part aux actes violens qui troublaient le pays. Quoique ce mandement ne changeât rien aux projets de ceux qui s'étaient déjà si fortement compromis, cependant il ne pouvait pas manquer de faire une grande impression sur une population religieuse, et le désordre resta concentré en effet dans le district de Montréal.
C'est dans cette ville que la lutte s'engagea d'abord entre les Fils de la Liberté, et une troupe de sujets fidèles chargée de les disperser. Les premiers furent mis en déroute, et poursuivis dans les rues. Aucun d'eux ne fut tué ; mais plusieurs furent dangereusement blessés, entr'autres Broun, de New York, qui prenait le titre de leur général. La maison de Papineau, que les vainqueurs voulaient brûler, fut épargnée; mais les presses du journal Le Vengeur furent détruites. Des rapports exagérés sur cette affaire, répandus dans le pays, augmentèrent la fermentation ; et on apprit que la révolte faisait des progrès, et que des moyens de résistance s'organisaient de plusieurs cotés.
^4 I.£ CANADA PITTORE:-Qt'E.
Il était clair maintenant qu'à moins qu'on ne prit un parti décisif, la cause de la rébellion allait prendre chaque jour plus de force, et que la colonie pourrait finir par être séparée de la mère-patrie.
Le parti auquel on s'arrêta comme le meilleur, fut d'ordonner l'arrestation des chefs populaires ; et, en conséquence, un mandat d'arrêt fut lancé contre vingtsix habitans de Montréal, dont faisaient partie Papineau, Viger et cinq autres membres de l'assemblée. Neuf furent arrêtés ; mais L'agitateur en chef échappa, et on douta même qu'il fût resté dans la province. Ce coup décisif devait nécessairement amener une crise, et avec d'autant plus de raison que les individus arrêtés habitaient le foyer même de l'insurrection. Deux se trouvant dans les environs de S. -Jean, on chargea un détachement de dix-huit volontaires de les arrêter. On commit une imprudence en envoyant une force si faible dans un canton habité par les mécontens. Ce détachement parvint, à la vérité, â prendre les deux individus en question, et une trentaine d'hommes armés qu'il apsrçut près de Chambly, ne parurent pas vouloir lui couper le passage. Mais, prés de Longueil, il rencontra dans un champ prés de la route trois cents hommes protégés par un retranchement «•levé. De là un feu vif fut aussitôt dirigé but le détachement qui, de sa position, ne pouvait pus riposter avec avantage. Plusieurs des volontaires furent blessés, les autres battirent en retraite, et les deux prisonniers furent délivri -.
L'étendart de l'insurrection ayant été alors levé ouvertement, il devint nécessaire d'agir avec promptitude. On apprit que Papineau, Brown et Neilson étaient dans les villages de S.-Denis et de S.-Charles, sur la rivière Richelieu, et que ces deux endroits étaient occupés par les habitans armés. En conséquence, sir John Colborne, commandant en chef, les envoya attaquer par une forte troupe, sous les ordres des colonels Gore et Wetherall. Le 22 novembre, le premier embarqua ses hommes sur un bateau à vapeur à Sorel, et Be dirigea sur S.-Denis. Mais, forcé de prendre des chemins de traverse que des pluies récentes avaient tout-à-fait abimés, il arriva harassé de fatigue. Quoique tout le pays fût en armes, on ne rencontra aucune résistance jusqu à l'arrivée du village, dont l'entrée était défendue par une grande maison en pierre, bien fortifiée, et d'où, ainsi que des maisons voisines, on ouvrit un feu vu. lent. Le colonel Gore lit avancer un obusier devant la maison, et on ,va de la renverser; mais les coups ne produisirent aucun effet. Le capitaine M trkham B'avança bravement, et parvint a s'emparer d'une maison voisine; mais, blessé dangereusement, il fut forcé de quitter le champ de bataille. Gore, voyant ,|ii. ntre le retranchement principal ne produisaient aucun effet, que
li , munitions i ommençaù nt a lui manquer, et que si a hommes liaient accablt t.,i . a a propos de battre en retraite. Elle se fit sans beaucoup d'incon-
vénient ; cependant il fut obligé d'abandonnei mit la mute une pièce de canon. .-> -
pertes se montèrent à six hommes tués, dix blessés, et six qui ne se retrouvèrent pas. Aucun blâme ne paraît devoir s'attacher à la conduite du colonel, dont les forces et les munitions étaient inférieures à celles des rebelles. Mais, ce second avantage remporté par les insurgés au commencement de la lutte était d'autant plus fâcheux qu'il devait contribuer à étendre l'insurrection, à moins que les troupes du gouvernement ne parvinssent à reprendre le dessus.
Pendant ce temps-là, le colonel Wetherall, avec son détachement, s'avança vers S.-Charles par la route de Chambly. Le mauvais état des routes rendit sa marche si pénible qu'en arrivant à S.-Hilaire, il jugea nécessaire de faire venir de Chambly une autre compagnie, et même, à ce qu'on croit, d'envoyer à Montréal pour demander des renforts. Après quelques jours, ayant des motifs pour croire que ses communications avec cette dernière ville étaient interceptées, il se détermina, le 26 novembre, à commencer l'attaque. 1500 insurgens environ, sous le commandement de Brown, postés dans le village, s'y étaient assez fortement retranchés. Le commandant anglais, à son arrivée, déploya ses forces à peu de distance, dans l'espérance de produire quelque défection parmi les révoltés. Mais il n'en fut point ainsi, et, ceux-ci ayant commencé un feu violent sur sa troupe, il ordonna l'assaut. Une heure après, les retranchemens étaient franchis, les maisons fortifiées et les palissades étaient en feu, et les rebelles, abandonnant la ville, fuyaient dans toutes les directions. On en fit un grand carnage, et ils perdirent plus de 300 des leurs. On a cité quelques actes de vengeance et de cruauté commis en cette occasion, mais ils sont sans doute exagérés.
Un autre corps de révoltés se porta sur l'arrière-garde du colonel, dans l'intention de couper sa retraite sur Chambly ; mais lorsque, le 28, il s'approcha d'eux, ils furent enfoncés et dispersés au premier choc. L'affaire S.-Charles décida de la querelle. Une terreur panique se répandit chez tous les habitans de la campagne, et ils commencèrent à croire qu'ils étaient trahis par leurs chefs, qui n'avaient pas montré le courage qu'on attendait d'eux à l'heure du danger. Le colonel Gore, ayant reçu des renforts, s'avança sur S.-Denis, où il entra sans résistance le deuxdécembre : Neilson et Brown l'avaient quitté la veille au soir. Il marcha ensuite sur S. -Hyacinthe, le trouva également sans défense, et y chercha en vain Papineau. Les chefs, perdant toute espérance, avaient cherché leur sûreté sur le territoire des Etats-Unis. Brown y arriva après beaucoup de difficultés et de dangers. Neilson fut pris dans une grange, conduit à Montréal, et mis en prison. Papineau ne put être découvert, et on n'a jamais su qu'il ait compromis sa sûreté personnelle dans une insurrection dont il avait été le principal moteur.
Des tentatives pour soutenir cette cause eurent lieu cependant d'un certain coté qui, à raison de plusieurs circonstances, pouvait se rendre dangereux. Les Etats- Unis renfermaient une foule de personnes disposées à sympathiser avec les
Canadiens, el ces esprits remuans voulaient se joindre à eux, attirés surtout par l'espoir d'obtenir des concessions de terrains en récompense de leurs efforts. Dans ce moment même où tout espoir était perdu, deux cents passèrent la frontière ; mais, avant que sir John Colborne ne pût envoyer des forces contre eux, un détachement de volontaires du comté de Missiqui, sous le commandement du capitaine Kemp, prit les armes, et repoussa les assaillans, qui perdirent du inonde. Dès-lors, les six comtés, peu de temps auparavant en révolte ouverte, furent soumis et tranquilles au bout de quinze jours.
Les districts des Deux-Montagnes et de Terrebonne, au nord de Montréal, dans lesquels l'insurrection avait commencé, avaient encore cependant un aspect menaçant. Sir John Colborne avait judicieusement ajourné ses opérations contre ces endroits-là jusqu'à ce que, le midi ayant été complètement pacifié, il eût toutes ses forces à sa disposition. Le 14 décembre, il marcha en personne avec environ 1300 hommes de troupes régulières et de volontaires contre le gros village de S.-Eustache. Le mauvais succès des révoltés avait découragé les habitans ; et la plupart, ainsi que leurs chefs, compris Girod, regardé comme commandant en chef, avaient pris la fuite dans toutes les directions. Cependant près de 400 des plus obstinés occupaient une église et des maisons voisines qu'ils avaient fortifiées avec soin : et ils firent une résistance si vive que, sur ce point, un détachement anglais fut obligé de reculer. L'église, et ceux qui la défendaient, furent forcés de la quitter ; tandis que les assaillans, protégés par les maisons, n'eurent qu'un homme tué et neuf blessés.
Le colonel Maitland marcha vers S.-Benoit, village principal du district du Grand Rnilé, qui avait été le foyer de l'insurrection. Mais, sur sa route, il rencontra une députation porteur de l'acte de soumission des habitans; et, en conséquence, il entra sans résistance dans la place. Malheureusement, ceux qui étaient restés fidèles, et dont les propriétés avaient été pillées, ou qui s'étaient vus forcés de quitter le pays, ne purent pas s'empêcher de commettre des actes de violence, et une grande partie des maisons avaient été réduites en cendre-;. Maitland, après être entré à Stc.-Scholastiquc, retourna à Montréal, laissant le district dans un étal de parfaite tranquillité. La population, mécontente que les chefs, après l'avoir poussée à la n volte, L'eussent trahie, paraissait décidée à ne plus se laisser ainsi séduire. Plusieurs des chefs furent pris : Girod, entouré et sans espoir de se sauver, se donna la mort.
ces entrefaiti . le Haut Canada étail devenu le théâtre d'événement
importons. Depuis long-temps, et Burtout depuis le Béjour de M. Gourlay, il
> formé un parti, dont les opinions politiques étaient fort exaltées. A la vérité,
la différence d'origine n'était pour rien dans ces idées; mais beaucoup d'habitani
arrivaient I ' naturellement ils sympathisaient avec les institutions de
ce pays. Us avaient pour eux les résidens anglais, qui se plaignaient souvent que les concessions de terrains avaient lieu par faveur. Les sujets de mécontentement furent pesés avec soin par le comité nommé en 1838 ; et lord Goderich envoya sur ce point des instructions qui, de même que dans le Bas Canada, causèrent une satisfaction générale. Le parti des mécontens continua néanmoins ses menées, au point que Mackensie, Duncombe et autres chefs ne firent plus un secret de leur projet de se séparer de l'Angleterre pour se joindre à l'Union. En 1834, ce parti obtint, pour la première fois, la majorité dans l'assemblée représentative; et, quoiqu'il eût jusque-là borné ses plaintes à quelques objets particuliers, il en vint peu-à-peu à se mettre en opposition ouverte avec le gouvernement, et à lutter, ainsi que dans le Bas Canada, avec le conseil législatif. Il transmit au roi une longue liste de griefs, entre autres, que les employés dans la colonie étaient trop nombreux, trop payés, et qu'ils étaient destitués suivant le bon plaisir de la couronne; qu'on avait protégé des établissemens religieux particuliers, et que les instructions données par lord Goderich n'avaient pas été suivies. Il demandait aussi, et avec autant de chaleur que dans l'autre partie de la colonie, un conseil législatif électif.
Cet accord des deux provinces, poussées avec le même zèle vers des mesures extrêmes, mettait les affaires dans une situation dangereuse. Quand lord Gosford et les commissaires furent envoyés dans le Bas Canada, le ministère plaça à la tête de la province supérieure sir Francis Head, homme qui joignait aux talens littéraires, de l'adresse, de l'énergie et de la force de caractère. Arrivé au commencement de 1836, comme je l'ai déjà dit, il fit connaître publiquement l'étendue et les limites de ses instructions, assurant en même temps la population de son zèle et de ses efforts pour redresser tous les griefs. L'assemblée ne fut pas encore satisfaite, et bientôt survint un nouveau sujet de mécontentement. Sir Francis adjoignit au pouvoir exécutif trois membres, dont le choix fut très agréable au parti populaire : mais,comme il s'écoulaquelques semaines avant que ces nouveaux membres n'eussent été consultés en aucune manière, ils déclarèrent par écrit qu'ils ne voulaient pas être responsables de mesures auxquelles ils n'avaient pris aucune part, et ils donnèrent leur démission. Sir Francis l'accepta avec regret, mais soutint qu'il n'était pas dans l'obligation de les consulter, et qu'il était le meilleur juge des occasions où leur concours était utile aux intérêts publics. La chambre s'empara de l'affaire, et, ayant eu des copies de la correspondance, rédigea un rapport et ensuite une longue adresse au roi, réfutant avec force les principes mis en avant par le gouverneur, et l'accusant d'avoir montré peu de bonne foi et d'amour de la vérité. Par suite de ce même système d'hostilité, elle refusa pour la première fois de voter les subsides. En conséquence sir Francis soumit à la décision royale les lois relatives aux impôts, et se refusa à ordonnancer les dépenses particulières.
Tout espoir d'accommodement s'étant alors évanoui, le gouverneur se décida, le
faire un appel au peuple par une nouvelle élection. La lutte s'engagea ;ivec une ardeur extraordinaire, et une guerre de manifestes, d'adresses, de proclamations commença entre les deux partis. Aucun chef n'a produit autant d'effet par ses écrits que sir Francis. La franchise et l'énergie de son style populaire eurent une influence prodigieuse, et déjà les habitans modérés commencèrent à abandonner ces idées extrêmes où leurs chefs les avaient engagés. Ces différentes causes produisirent l'important résultat que, dans la nouvelle assemblée, une forte majorité soutint le gouvernement. Les démocrates s'étaient plaints au ministère qu'on L'avait obtenue par des moyens illégaux, par des concessions de terrains, et enfin par l'intrigue. Mais un comité nommé par l'assemblée déclara, après une enquête minutieuse, que ces allégations étaient fausses, et celle-ci exprima son attachement sincère à la mère-patrie et au gouverneur.
Tandis que le Haut Canada se trouvait dans cet état satisfaisant de tranquillité, l'insurrection avait éclaté dans l'autre province: et, lorsqu'on demanda à sir Francis de quelle force il pouvait disposer, il répondit, " De toute." Il jugea non-seulement .le, mais même désirable, que la force armée fût éloignée en entier de son gouvernement, pour prouver encore davantage ses intentions loyales et pacifiques. Il tit déposer les armes dans l'hôtel de ville de Toronto, sous la garde du maire, ne plaçant pas même de garde pour s'opposer à leur enlèvement Dans cet état de choses, Mackensie se résolut à faire une tentative sur la capitale. Ayant dans la province plusieurs petites troupes, disposées à obéir à son commandement, et qui aient exercées au maniement des armes, il leur ordonna de se réunir, le 4 décembre, sur la grande route appelée Yonge-street, conduisant au lac Sinicoe. Arrivant en diligence par des chemins de traverse au travers des bois, elles se rassemblèrent à la taverne de Montgomery, à quatre milles de Toronto. On avait d'abord porté leur nombre à 3000; mais il est probable qu'il n'excédait pas 500 hommes. Voulant effectuer nne surprise, ils attaquèrent tous les individus qui se rendaient à la ville : parmi eux se trouvait le colonel Modie, officier distingué, qui fut blessé, et mourut quelques heures après. Cependant l'alderman Powell, ayant tué un dos conspirateurs qui l'avaient assailli, s'échappa, avertit le gouverneur et donna l'alarme. Sir Francis se rendit aussitôt à l'hôtel de ville, et il y trouva le chel de la justice avec un mousquet sur ses épaules, et entouré d'une bande de braves gens qui s'étaient réunis à la hâte. Les armes leur furent distribuées, et ils m mirent en défense aux fenêtres du bâtiment, tandis que d'autres en protégeaient l'entrée, Mais Mackensie, présumant que Powell aurait donné l'éveil, n'osa ; perdit par B8 timidité une occasion favorablequi ne se représenterait pins. Dès le matin, 300 royalistes lurent réunis ; dans le cours de la journée, M. A li.m M 'Nab, président de la chambre représentative, arriva avec soixante hommes ■ lu district de ( k>re,el ceux qui \ inrenl de différent autres lieux portèrent ce nombre
à 500. Le 6 décembre, les forces furent jugées suffisantes pour prendre l'offensive: mais le gouverneur, voulant éviter de répandre le sang, envoya un message aux insurgés pour les engager à mettre bas les armes. Mackensie y consentit, sous la condition qu'une convention nationale serait convoquée, et il donna deux heures pour la réponse : mais on n'en fit aucune à cette proposition, et des arrangemens furent pris pour une attaque le jour suivant.
Le 7, à midi, toutes les forces marchèrent en avant. Dans cette réunion de citoyens fidèles, le colonel M'JNab, président actuel de l'assemblée représentative, et M. Justice M'Lean, son prédécesseur, furent chargés du principal commandement : le secrétaire de la chambre fut choisi pour leur adjudant-général. Les rebelles occupaient une position élevée en face de la taverne de Montgomerie ; et là, protégés par les maisons, ils se décidèrent à attendre les assaillans. Mais, la milice les chargeant avec la plus grande intrépidité, ils furent rompus, et prirent la fuite dans toutes les directions : Mackensie lui-même se sauva promptement. On les poursuivit pendant quatre milles, et deux des chefs furent pris. La taverne fut brûlée jusqu'aux fondemens; et la révolte fut si complètement domptée que sir Francis jugea que la clémence n'aurait aucun danger, et il renvoya la plus grande partie des prisonniers.
Cependant la milice des provinces s'était dirigée en grandes masses sur Toronto ; entr'autres 2600 hommes du district de Newcastle : en tout, ils se montaient au-delà de 10,000. On leur fit connaître aussitôt qu'ils pouvaient s'en retourner : et ceux des districts de l'est furent autorisés à se joindre aux forces qui agissaient dans le Bas Canada. Comme on apprit cependant que Duncombe avait levé un corps dans le district de Londres, qui avait été le siège principal des factieux, le colonel M'Nab y fut envoyé avec une force suffisante. A son approche, les chefs se sauvèrent, et 300 individus qu'ils avaient réunis mirent bas les armes, montrant un regret sincère de leur faute, et prêts à servir dans l'armée royale.
L'insurrection avait été entièrement apaisée, et le calme était rétabli sur tous les points du Haut Canada, quand il arriva un événement qui faillit devenir dangereux. Mackensie arriva à Buffalo, y tint de nombreuses assemblées, et excita un vif enthousiasme pour sa cause. Indépendamment de cet intérêt en faveur des idées démocratiques, la gêne du commerce avait laissé beaucoup d'individus sans travail, et ils étaient disposés à se jeter dans toute entreprise hasardeuse. Plusieurs des plus aisés contribuaient de leur bourse; et Van Ranssellaer, Sutherland et cPautres, au fait du service militaire, se proposaient pour diriger la révolte. Un petit corps fut promptement levé, et prit possession de Navy Island, située dans le canal de Niagara, entre Grand Island et la côte anglaise, et il s'y fortifia avec treize pièces de canon. De là Mackensie publia une proclamation, au nom du Gouvernement Provisoire du Haut Canada. Des volontaires furent invités à venir le joindre, sous la
LE CANADA PITTORBSQfE.
promesse que, des dix millions d'acres que la victoire mettrait à leur disposition, chacun d'eux en recevrait 300 en toute propriété. On ne dépendrait plus du gouvernement anglais: l'assemblée, le conseil, le gouverneur et tous les employés devaient être nommés parle peuple: le commerce serait libre de toutes restrictions: i tin, pour mettre le comble à toutes ces rodomontades, la proclamation ajoutait que de gros batimens pouvaient monter le lac Supérieur. Des recrues continuèrent d'arriver à ce poste, et bientôt il s'y trouva environ mille combattans. Le colonel M'Nab ne tarda pan à se présenter avec le double de miliciens ; mais il manquait ce qu'il lui fallait pour traverser le canal, et pour emporter la forte position i|u'eccupaient les rebelle-.
T. nts les regards étaient alors tournés vers le gouvernement des Etats-Unis, de qui dépendait la question de paix et de guerre. Aussitôt que ce gouvernement eut appris ce qui se passait, il se montra décidé à garder la plus stricte neutralité. Le président, M. Van Buren, publia successivement deux proclamations, dans lesquelles d rappela les peines qu'on encourrait si on s'engageait dans des hostilités dirigées contre une nation amie; et on protesta unanimement dans le Congrès contre toute mesure qui tendrait à mêler dans ce conflit le gouvernement américain. Clay, Davis, Benton, Calhoun, chefs de l'opposition, parlèrent également dans ce sens. Le dernier déclara que, de tous les malheurs qui pouvaient affliger la civilisation, la guerre avec la Grande Bretagne serait, en ce moment, le plus déplorable. Il restait trop peu de temps pour prendre une décision législative ; mais le président nomma le u'iiéral Scott, ancien officier, d'un caractère énergique et décidé, au commandement des frontières où régnait l'agitation.
Sur ces entrefaites il arriva un événement qui, en même temps qu'il affaiblit les insurgés, excita une vive fermentation parmi eux. Un petit bateau à vapeur, la Caroline, avait été acheté, on au moins régulièrement employé par eux, depuis le fort Schlosser sur la côte américaine, jusqu'à Navy Island, transportant dans ce nier endroit des troupes et des munitions. Le colonel M'Nab ordonna au itaine Drew de s'opposer au retour du bateau; mais cet ordre ne put pas être cuté. Le capitaine, l'ayant vu sur le canal, et à l'ancre sur la côte américaine] -c décida à l'attaquer. 11 s'en approcha, sans être découvert, jusqu'à une cinquantaine de pieds; et, lorsqu'on le héla du bâtiment pour lui demander ses papiers, il répondit qu'il les montrerait lorsqu'il serait sur le pont. La Caroline commença aussitôt son feu : mais le capitaine sauta â l'abordage, et, en deux minutes, s'empara du bâtiment Ceux qui voulurent résister forent tués ou faits prisonniers; les autres, qui ' nt être des citoyens paisibles, furent mis à terre. Le bateau,
auquel d n' était guère possible de faire traverser le fleuve sur le champ, à cause de la rapidité' du courant, fut brûlé, abandonné au lil de l'eau, et alla s,- perdre à la grande calerai l l. i uractère sauvage et pittoresque de cette si ène agit fortement
sur les imaginations, et les Américains affirmèrent positivement, quoique, ce me semble, sans raison, que des citoyens inoffensifs avaient été enveloppés dans ce massacre, et que plusieurs même avaient été précipités dans l'horrible abyme.
La prise de la Caroline fut bientôt suivie de l'arrivée du général Scott, qui prit des mesures vigoureuses et effectives pour empêcher que des hommes et des munitions ne pussent aborder à Navy Island. D'un autre côté, la force des assaillans augmentait à chaque instant : deux compagnies de troupes régulières, avec un train d'artillerie, vinrent du Bas Canada, et commencèrent un feu vigoureux contre l'île. Les insurgens, voyant qu'ils ne pouvaient plus s'y maintenir, l'évacuèrent le 14 janvier. Van Ranssellaer et Mackensie furent arrêtés par les autorités américaines, mais relâchés sous caution.
Sutherland, avec une troupe de fuyards, se retira fort loin à l'ouest, et, renforcé par quelques aventuriers de ce quartier, il essaya de s'établir au Bois Blanc, île située sur le canal de Détroit. Un corps armé fut aussitôt envoyé contre eux, et il réussit à s'emparer d'un bâtiment qui portait, non-seulement des vivres et des munitions, mais encore des individus qui paraissaient occuper de hauts grades militaires. Les factieux, jugeant leur position trop dangereuse, la quittèrent et trouvèrent un asyle dans Sugar Island, qui appartient aux Etats-Unis. Le général Scott ne tarda pas à y arriver : mais Mason, commandant de l'île, décida les factieux â se disperser. Quelques tentatives de révolte eurent lieu sur d'autres points ; mais elles ne causèrent pas de sérieuses alarmes.
Aussitôt qu'on reçut en Angleterre la première nouvelle de l'insurrection, elle y excita une vive sensation. Les chefs du parti populaire se réjouirent de l'événement en lui-même, se flattant déjà d'un triomphe prochain : mais la nation, en général, ne partagea pas cette manière de voir. Les Tories en prirent occasion d'accuser le ministère d'avoir, par un manque d'énergie, encouragé la rébellion; mais ils se montrèrent prêts à concourir à toutes les mesures qui seraient prises pour l'étouffer. Le Parlement étant sur le point d'être ajourné, les ministres proposèrent qu'au lieu de se réunir, comme à l'ordinaire, à la fin de février, il reprît ses séances le 6 janvier, époque où, selon les circonstances, on prendrait les mesures qui seraient jugées nécessaires.
Le Parlement ne fut pas plus tôt rassemblé qu'on apprit que la révolte ne tarderait pas à être apaisée. Tous les efforts du gouvernement tendirent alors à mettre le pouvoir exécutif sur un pied qui, tout en conservant les droits et les libertés de la colonie, garantît pour la suite sa tranquillité. Mais on jugea indispensable, pour le présent au moins, de suspendre la constitution dans le Bas Canada. Un conseil nommé par la reine devait, de concert avec le gouverneur, exercer les fonctions remplies par les deux corps législatifs ; mais son pouvoir finissait le premier
LE CANADA PITTORESQfE.
novembre 1840: et, à moins qu'il ne fût continué par l'autorité compétente, tous les actes émanés de lui cesseraient d'être en vigueur au premier novembre
Sir John Colborne, alors gouverneur provisoire du Bas Canada, fut chargé de mettre promptement ces mesures à exécution : mais le ministère s'occupait de prendre un parti définitif pour rétablir l'ordre dans la province, et il décida le comte de Durham à en prendre l'administration, et à diriger tous ses efforts vers le but qu'on se proposait. La haute réputation du comte, comme homme d'état, ses i<l libérales en administration étaient autant de garanties qu'il saurait accorder la fermeté avec le respect pour les libertés nationales. Il était autorisé à former une sorte de conseil représentatif, composé de treize membres de chaque province, mais dont il piaulait les avis seulement, et qu'il pourrait réunir ou ajourner à
volonté.
Le 29 mai 1838, le comte arrivai Québec, où il fut reçu de la manière la plus cordiale, tous les partis paraissant compter sur lui pour voir finir les dissentions qui troublaient depuis si long-temps la colonie. En se rendant dans les autres districts, ainsi que dans le Haut Canada, jusqu'au Niagara, il recueillit les mêmes félicitations et les mêmes marques de confiance. A sou arrivée, il fut appelé a juger une question délicate et difficile que sir John Colborne avait jugé convenable de laisser à sa décision. Wolfred, Neilson, Bouchette, Viger, et quelques autres personnes d'une classe un peu élevée, étaient en prison à Montréal, sous l'accusation de haute trahison, et une peine sévère leur était réservée ; mais il était difficile de compter sur un jury impartial, et on devait craindre que leur procès ne réveillât toutes les haines qu'on désirait tant voir se calmer. Le comte Durham, en conséquence, crut devoir prendre la marche suivante. Les prisonniers, s'étant déclarés coupables, furent condamnés à être transportés aux Bermudes, où ils seraient soumis à la plus stricte surveillance. On leur signifia que, s'ils revenaient au Canada, sans la permission du gouverneur, ils encourraient la peine de mort. Le môme décision fut prise à .ni de Papineau et de ses complices dans la dernière rébellion: mais, après 1,-- .!,, uae qu'elle avait eue pour eux, ils avaient pris la fuite.
litôt que cette ordonnance fut connue en Angleterre, elle fit une grande sensation dans le Parlement. Lord Brougham, dans la chambre des pairs, déclara qu'elle était illégale, parce qu'elle condamnait à mort sans procès, el à la transportation dans une colonie qui n'était pas dans la juridiction du gouverneur rai: il finit d'ailleurs par demander un bill d'indemnité. Cette motion, quoique combattue avec force par lord Melbourne, passa néanmoins dans la chambre hante î une mande majorité. Les ministres, avant reçu du conseil judiciaire de la couronne un rapport «pu n'était pas favorable à l'ordonnance) moins quant à sa dernière disposition, jugèrent qu'il devenait mutile de U
soutenir. Ils la cassèrent, tout en témoignant à lord Durham leurs regrets, l'approbation qu'ils donnaient, en général, aux mesures qu'il avait prises, et enfin la confiance entière qu'ils mettaient dans son administration.
Cependant le comte Durham n'était pas d'un caractère à endurer patiemment ces reproches. Il convint, il est vrai, qu'il avait outre-passé les strictes limites de la loi ; mais il soutenait que sa conduite était ce qu'il y avait de mieux à faire dans l'état critique où se trouvait la province ; que la sentence était douce ; et que, par suite de ce principe, volenti nullajit injuria, les prévenus n'étaient pas lésés par une décision à laquelle ils avaient formellement acquiescé. D'ailleurs, aucune injustice évidente n'ayant été commise, lord Durham espérait qu'on attendrait le résultat de la mesure qu'il avait prise. Il se montrait aussi fort mécontent de l'opposition des Lords, et surtout des ministres, qui l'avaient faiblement soutenu. Il aurait cependant été plus magnanime de sa part de ne pas se décourager, et d'achever la tâche qu'il avait commencée. Il porta trop loin la vanité blessée lorsque, en recevant la nouvelle officielle de ce qui s'était passé au Parlement, il déclara son intention de se démettre de son administration. Il ne voulut même pas suivre la marche établie, en demandant à sa majesté l'autorisation de résigner, et en ne partant qu'après l'avoir reçue. En faisant connaître que son ordonnance n'avait pas été approuvée, il s'exprima sur cette décision avec une violence peu convenable, et de nature à compromettre l'autorité royale. Le 1" novembre, sa seigneurie s'embarqua à Québec, et arriva, le 26, à Plymouth.
Dans ce même moment, des semences de rébellion germaient encore dans la province. Dans le cours de l'été, et au milieu d'un calme apparent, l'incendie sur le S.-Laurent du bateau à vapeur le sir Robert Peel, et l'acquittement des assassins de Chartaud, en dépit de l'évidence la plus claire, prouvèrent que l'esprit de mécontentement régnait profondément dans tous les cœurs. Dès le commencement de l'hiver, des dispositions avaient été prises par les habitans pour une levée en masse, et ils étaient soutenus par un corps nombreux d'Américains, qui, sous le nom de sympathiser s, avaient épousé chaudement leur cause. Des armes et des munitions furent secrètement introduites dans le Canada, et une association, liée par des sermens et des signes convenus, s'était formée tout le long de la frontière. Lord Durham attribua tous ces mouvemens à ce qui s'était passé en Angleterre, et à une décision qui, en détruisant toute confiance dans son autorité, avait enhardi les mécontens : mais sir John Colborn sut que ces préparatifs avaient eu lieu dès le mois de juin précédent. Le gouvernement des Etats-Unis, quoiqu'il lui fût difficile d'empêcher les citoyens américains de prendre part à ces menées, montra les meilleures intentions en faisant connaître ce qui se passait à M. Fox, ministre anglais à Washington. Des renseignemens pareils arrivèrent de plusieurs cotés à
94 LE CAXADA PITT0RB3QUE.
sir John Colborn, qui ne perdit pas de temps pour mettre la province en état de défense, et fit venir des renforts de la Nouvelle- Ecosse.
Dans la nuit du 3 novembre, un mouvement eut lieu dans toutes les provinces méridionales du district de Montréal : mais quelques dispositions vinrent à manquer ; les partis qui s'étaient réunis le long de la rivière de Richelieu ne reçurent pas des armes qu'on leur avait promises, de sorte que une grande partie des habitans se dispersèrent, et retournèrent chez eux. Le siège de l'insurrection était alors vers les frontières de l'ouest, entre la rivière Richelieu et le S.-Laurent. Les chefs des factieux, le Dr. Robert Nelson, Cote et Gagnon, avaient réuni 4000 hommes, et établi leur quartier général à Napierville. Leur première démarche fut de se mettre en communication avec leurs amis de l'Union ; et, dans ce but, 400 des rebelles furent dirigés vers la frontière : mais ils y trouvèrent un corps de volontaires anglais, aussi braves que fidèles. Ceux-ci attaquèrent les mécontens, et les mirent en fuite, après leur avoir fait éprouver une grande perte. Pour réparer ce désastre, le Dr. Nelson marcha contre les vainqueurs avec environ 900 hommes. Les premiers, qui n'étaient qu'au nombre de 200, prirent position près de la chapelle d'Odelltown, sur laquelle l'ennemi commença une vive attaque ; mais, après une action qui dura deux heures et demie, il fut forcé de se retirer, avec perte d'une centaine de tués et de blessés. Les volontaires eurent un officier et cinq hommes tués, et neuf blessés.
Dans le même moment, le major-général sir James M'Donnell, par ordre du gouverneur, traversa le S.-Laurent avec sept régimena de ligne, et marcha sur Napierville. Les rebelles, découragés par leurs pertes antérieures, et après avoir vainement essayé de réunir leurs forces, se dispersèrent dans toutes les directions, sans brûler une amorce. Ils avaient encore un poste à Beauharnois ; mais le colonel Carmichael, avec un détachement de troupes régulières, et 1000 miliciens de (ilcn^ary, les mit en fuite après leur avoir tué deux hommes et blessé deux autres. M. Ellice, et plusieurs de ses amis, qui avaient été faits prisonniers par eux, eurent la liberté de s'en retourner à Montréal. Le onze novembre, une semaine après le commencement de l'insurrection, le major-gi n< ml .M'Donnell put annoncer qu'elle était complètement apaisée, et que les rebelles n'avaient pu *e mettre en communication avec leurs amis de l'autre coté de la Frontière.
Je reviens maintenant au Haut Canada où, môme avant la première émeute, sii Pranci Qead avait quitté ses fonctions, [a cause de sa résolution venait de ce que lord Gleni Ig l'avait bl imé d'avoir destitué le juge Ridout, poux ses principes démocratiques, et de ce qu'il avait refusé d'obéir à l'ordre qu'il avait reçu de faire entrai au tribunal M. Bidwell, dernier président de l'assemblée, et un des chefs de l'opposition. En outre, il avait blâmé en tennr- peu mesurés le système de conciliation
adopté par le bureau colonial, dont il avait qualifié les membres de républicains ; insistant sur la nécessité de ne pas s'écarter des véritables principes monarchiques, et sur l'exclusion de tous ceux qui leur étaient opposés, seuls moyens qu'on put employer pour gouverner le Canada. Les ministres acceptèrent sa démission avec quelque peine ; tandis que la partie de la population qui était restée fidèle, et parmi laquelle il s'était rendu très populaire, témoignait hautement son regret et son mécontentement. Le colonel sir Georges Arthur, qui avait été gouverneur de la terre de Van Diemen, fut choisi pour lui succéder.
Le nouveau gouverneur ne tarda pas à se trouver entouré de difficultés ; car, dès le commencement de juin, des partis d'Américains, au nombre de 1000 à 1200, traversèrent le canal de Niagara, et cherchèrent à pousser les Canadiens à l'insurrection. Ils attaquèrent un détachement de quatorze lanciers placés dans une auberge, à laquelle ils mirent le feu, ce qui obligea les lanciers à se rendre : mais, aussitôt qu'ils apprirent que sir Georges était arrivé à Niagara, et que tout le pays se levait contre eux, ils se hâtèrent de retraverser la frontière, laissant environ quarante prisonniers, parmi lesquels étaient Morrow et Waite, commandans en premier et en second. A la fin de juin, un autre petit parti passa le S.-Claire, et envahit l'arrondissement de l'ouest. Mais il ne fut pas soutenu, et, en apprenant que les miliciens approchaient, il s'en retourna après avoir perdu quelques hommes qui furent faits prisonniers.
L'été se passa assez tranquillement, quoique la frontière du Haut Canada se ressentît du grand mouvement qui avait lieu au commencement de novembre dans l'autre partie de la colonie. Au moment du soulèvement dans le district de Montréal, un corps de 400 hommes s'embarqua près du port de Sackett, et aborda à Prescott. Le 13 novembre, le colonel Young, avec les forces qu'il put réunir, et aidé par le capitaine Sandom, monta un bateau à vapeur armé, et força une grande partie des assaillans à se disperser, tandis que les autres se réfugièrent dans un moulin à vent et dans une maison voisine bâtie en pierres, dont on ne put pas les déloger. Les Anglais y perdirent dix-huit hommes tués ou blessés. Dans la journée, le colonel Dundas arriva de Kingston avec quatre compagnies; mais il jugea que les bâtimens, dont les murs avaient de trois à quatre pieds d'épaisseur, ne seraient pas emportés sans artillerie. Il fit venir quelques canons et des renforts, et commença l'attaque le 16 novembre. Les assaillans placés dans la maison en pierres cherchèrent à se sauver à la faveur de taillis voisins, mais ils furent tous pris. Ceux qui s'étaient réfugiés dans le moulin déployèrent alors un drapeau blanc, et se rendirent à discrétion. Le nombre des prisonniers se monta à 159. Les miliciens, sur lesquels on ne paraissait pas compter entièrement, montrèrent au contraire le plus grand zèle, et se réunirent au nombre de 5000.
L'ennemi trouva la frontière de Niagara si bien gardée qu'il ne fit aucune tentative
de ce coté. Mais, au point du jour, le 4 décembre, environ 350 individus qui tient réunis à Détroit, débarquèrent prés de Sandwich, mirent le feu à un bateau meur et à des casernes, et tuèrent de sang-froid quelques personnes. Aussi lâches que cruels, ils ne furent pas plus tôt attaqués par un parti de miliciens, qu'ils se réfugièrent dans les bois ou sur la côte américaine, laissant vingt-six morts et vingt-cinq prisonniers. Ceux qu'on prenait étaient d'abord traités avec une trande douceur ; mais, quand on vit qu'elle n'avait produit aucun effet, et que les habitans s'en plaignaient beaucoup, on jugea nécessaire de se montrer rigoureux dans cette occasion. Les chefs furent presque tous mis à mort, et les autres condamnés à des peines sévères ou iguominieuses.