‹ Canada pittoresqueChapitre 5 sur 6 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Apres avoir terminé la partie historique de cet ouvrage, je m'occuperai maintenant d'un sujet plus intéressant, en général, pour les lecteurs, de l'état social et moral 1 .niuliens.

I habitans du Canada sont divisés en trois classes, entre lesquelles il n'y a jamais eu d'amalgame complet. Elles Be composent des Français, premiers colon-, et qu'on appelle communément habitans ; des Anglais, qoi s'y sont établis depuis; e( 'les tribus indiennes.

I habitant, lors de la conquête, formaient presque toute la population eun 11- occupaient les meilleures terres le long des rires du S.-Laurenl

.nf Monte) al, une grande partie de celles qui longent la rivière

Richelieu, un espace moins considérable sur la Chaudière, la Yamaska, le B.-Maurice .t autres tributaires du grand fleuve, ainsi qu'une colonie séparée sur les bords

fertile- <le Détroit I ni- avaient été donne- à des personnes 'li- distinction

i, en '.rraiuls i0ts ; et, comme je l'ai déjà dit, elle- les occupaient

à titre de seigneurs. Mais comme il ne convenait pas à leurs habitudes de défricher et de cultiver par eux-mêmes un sol couvert de forêts, et que les fermiers ne voulaient pas s'en charger aux conditions ordinaires des baux, les propriétaires furent obligés de diviser leurs terres en petits lots, sous le titre féodal de fiefs, à des hommes habitués au travail, qui, à raison de cette longue location, ne craignaient pas d'entreprendre les dépenses du défrichement. Le paiement annuel est extrêmement faible, et se monte, dans quelques propriétés, à dix shellings seulement par an, avec un boisseau de grain et deux poules. Le seigneur a en outre certains privilèges, des droits de pêche, de mouture, et plus spécialement sur les ventes et transferts ; et ces derniers se montent, dans quelques cas, au cinquième du capital de la vente.

Ceux qui tiennent ces fiefs ou fermes, au moyen des charges dont je viens de parler, deviennent, pour ainsi dire, propriétaires des terres, qu'eux et leurs familles cultivent de leurs propres mains. Cette partie de la population passe pour être aisée, industrieuse et contente : les lots de terre, subdivisés par suite d'héritages, suffisant avec abondance aux besoins de ceux qui les occupent. Le sol est entretenu avec soin, mais les fermiers sont restés étrangers aux progrès qu'a faits l'agriculture dans ces derniers temps. Ils s'étudient seulement à tirer de leur ferme tout ce qui est nécessaire à leurs besoins, non-seulement leur nourriture, mais aussi la chandelle, le savon, et même le sucre. Du lin de leur récolte et des laines de leurs troupeaux, ils peuvent fabriquer chaque article d'habillement. Leurs maisons, quoique généralement bâties en bois, et à un seul étage, sont propres et commodes. Dans le milieu, une cloison sépare la cuisine de l'appartement principal; et, dans les deux extrémités, sont les chambres à coucher. Ils ont un jardin, qui en général est assez mal tenu, dont les femmes seules ont le soin, mais qui fournit suffisamment les fruits et les légumes les plus ordinaires.

Les habitans ont, dans leur extérieur, des caractères qui leur sont particuliers ; ils sont grands, maigres, et, par leur exposition continuelle à l'air, presque aussi noirs que les Indiens. Ils ont des lèvres minces, souvent des nez aquilins, et leurs yeux sont noirs, petits et vifs. La plupart des jeunes filles sont de jolies brunes au visage oval, avec de beaux yeux, de jolies dents, et un regard fin. Leurs habillemens sont à peu près ceux qu'avaient autrefois les paysans en France. Les hommes portent une capotte, grand vêtement gris ou surtout qui couvre presque tout le corps, et qui s'attache avec une ceinture de diverses couleurs brillantes. Us couvrent leurs jambes de mocassins, et leur tête d'un chapeau de paille en été, et d'un bonnet rouge en hiver. Us portent encore une longue queue. Les femmes ont des mantelets courts, plusieurs juppes de différentes couleurs, et des chapeaux au lieu de bonnets, mode commune autrefois en Ecosse, et qui n'y est pas encore tout à fait abandonnée : elles ont de larges ceintures, et quelquefois les cheveux

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réunis <ur le derrière de la tête. A l'église et dans les occasions où elles se parent elles sont habillées à la mode anglaise, niais elles déploient une plus grande variété de couleurs éclatantes. Elles mettent quelquefois de la poudre dans leurs cheveux, et du jus de betterave sur leurs joues, en guise de rouge; mais, tant sur elles que dans leurs maisons, elles sont d'une propreté parfaite.

Les habitons vivent frugalement: leur nourriture consiste ordinairement en plusieurs espèces de soupes. Ils ont néanmoins leurs jours gras, ou grands galas, principalement avant et après le carême. De nombreuses réunions ont alors lieu, et la table est servie avec autant de recherche et d'abondance que le permettent les ressources du maître. Les tables plient sous d'énormes pâtés de dindon, de grosses pièces de bœuf, de mouton et de porc, qu'on remplace par une profusion de puddings en fruits. Ils font honneur à tous ces mets, ainsi qu'au runi qui les suit : mais la jeunesse se lève aussitôt que les sons du violon se font entendre ; et la danse, qu'elle aime passionnément, l'occupe jusqu'à une heure avancée de la nuit. Les mariages surtout sont célébrés au milieu d'un nombreux concours d'amis et de connaissances. Vingt ou trente voitures du pays amènent ceux qui doivent être présens à la cérémonie ; et plusieurs jours sont remplis par les festins et les danses. La jeunesse exprime quelquefois assez rudement son opinion sur un mariage mal assorti, spécialement quand il y a une grande différence d'âge entre les deux époux. Elle rassemble la nuit, et donne aux nouveaux mariés un charivari d'instrumens discordans, de cornes, de tambours, de cloches et de chaudrons, qu'elle accompagne de grands cris ; et, pour se soustraire à cette avanie, il n'y a d'autre moyen que de donner ou à l'église ou aux pauvres. L'été, toujours court, est entièrement rempli par les travaux d'agriculture : mais, quand la neige et les glaces couvrent la terre, alors commence la saison des plaisirs ; et on voit circuler les carioles ou les traineaux, dont se servent les habitans pour se faire mutuellement des visites.

I. - < Sanadiena français professent, de même que leurs pères, la religion catholique romaine ; et ils ont une dévotion qui approche quelquefois de la superstition. 1 routes sont indiquées par des croix ; les maisons sont remplies de petites images de la Vierge et de l'enfant Jésus, ainsi que de figures de saints en cire, el de tableaux du crucifiement. Il y règne aussi une grande profusion d'eau bénite « t de neiges. I habitans évitent de se loger hors de la portée des ck>cln> ; > i, 1rs dunanchi B, l'église est toujours remplie. An reste ils onl Bur la Bainteté (!<• ce jour le préjugé ordinaire dea populations catholiques. Quand les offices sont terminés, le reste de la journée est consacré sans résenre aux plaisirs. Le dimanche, disent-ils, est leur jour de distraction, el celui où se rassemblent 1rs parens al les anus. Toutes les so< trouvent réunies i l'église paroissiale, et, â la sortie, s'établiasenl Isa

relation - oa de plaisir. Vieux et jeunes, homme* et femmes, tous pair-

de leurs plus beaux habits, conduisent leurs calèches les plus élégantes, auxquelles sont attelés leurs plus beaux chevaux, et se font des visites dont les affaires, l'amour et les amusemens sont le motif et le but.

Le jeune homme, élégamment habillé, fait sa cour à une jeune fille qu'il a choisie pour l'objet de ses affections ; et celle-ci, de son coté, qui déploie dans sa parure toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, a l'espérance de faire à la promenade la rencontre de son chevalier. Le hardi cavalier s'étend sur le mérite de son coursier sans rival ; et, dans l'hiver, chacun d'eux fait parade, clans des courses en carioles, delà vitesse et de la force de son cheval. En un mot, le dimanche est un jour de grande fête. Dans la soirée même, le violon et la danse ne sont pas regardés comme inconvenans. Au reste, malgré ces usages, l'esprit religieux des Canadiens paraît sincère, et il est chez eux la source d'un grand bien. Leur conduite, en général, ne mérite que des éloges. Les crimes atroces, les assassinats, et les attaques violentes contre les personnes sont fort rares. Les propriétés n'ont rien à craindre des voleurs ; les portes des maisons restent ouvertes et tout ce qu'elles renferment y est laissé à l'abandon. Les habitons s'engagent rarement dans ces querelles personnelles et violentes, si communes parmi les Américains et les Anglais ; et ils ne connaissent ni le duel, ni le boxage. Au contraire, ils se traitent entre eux avec ces manières affables et cérémonieuses usitées en France. Une des premières choses qu'ils apprennent aux enfans, est de parler poliment, et de montrer de la déférence pour les étrangers ou les personnes âgées. Leur politesse ne s'allie point avec la fausseté, encore moins avec la bassesse, au-dessus de laquelle les place leur situation indépendante. Ils se montrent généreux envers ceux qui sont dans le besoin, et bienveillans jusqu'à la libéralité. L'habitude qu'ont les familles d'habiter la même maison, même jusqu'à la troisième génération, indique de la bonté de caractère et l'union qui règne entre elles. La seule chose à peu près qui les divise est la passion des procès, qu'ils portent très loin, ce qui vient peut-être de la facilité de la satisfaire à peu de frais. On prétend que ce goût de plaider les éloigne de ces violens moyens de terminer ses querelles usités ailleurs.

Les habitans ne courent pas après les entreprises hardies ou les innovations. Ils font ce que faisaient leurs pères, suivent la même routine, et n'adoptent qu'avec peine les utiles améliorations qu'à éprouvées l'agriculture dans les temps modernes. Quoiqu'il y ait près d'eux d'immenses terrains qui sont sans maîtres, ils les abandonnent aux Anglais et aux Américains, et ils se sont rarement étendus au-delà des premières limites de leurs propriétés. Leur caractère doux et tranquille contribue à les retenir dans cet état stationnaire, ainsi que leurs dispositions sociales ; on peut y ajouter encore leur attachement à leur famille, à leur culte, et à leurs cérémonies religieuses. Ces sentimens sont tout pour eux. Au reste leur instruction est bien limitée ; et on dit que leurs prêtres ne font rien pour répandre

parmi eux les premiers élémens de l'éducation : il en résulte que la plus grande partie des hommes faits ne sait ni lire ni écrire. La législature vient de prendre des mesures qui doivent changer cet état de choses, et tout fait espérer que la génération qui s'élève sera plus éclairée.

Le Haut Canada, à l'exception de quelques petits établissemens à Détroit, a un aspect bien différent. La grande majorité des habitans consiste en émigrés, arrivés successivement d'Irlande, d'Ecosse et d'Angleterre, et dont les idées et les usages conservent leur empreinte originale. Quelques écrivains font un portrait assez peu flatteur de ceux qui sont arrivés avant le demi-siècle qui vient de s'écouler. Les mœurs générales ont été répandues, principalement dans les districts de l'ouest, par des Américains, qui paraissaient plutôt sortir du milieu des forêts que des parties civilisées de l'Union, et appartenir aux déserts du Kentucky qu'à la Nouvelle Angleterre. Des déserteurs et des matelots ne pouvaient pas contribuer à rendre la population meilleure, population qui n'était pas d'ailleurs prise, en général, dans ces classes respectables que des malheurs auraient forcées de venir chercher au Canada des moyens de subsistance. L'éloignement des entraves ordinaires de la société, et même des exercices religieux, avait fait oublier tous les principes d'ordre et de justice: et l'ivresse, que rendait facile le bon marché des liqueurs spiritueuses, était portée au dernier degré, et devenait la source de l'inconduite et de la ruine d'une foule de familles. Le dimanche et les devoirs religieux n'étaient pas observés, et l'oreille des étrangers était continuellement blesse- pat un langage grossier et par des juremens qui indiquaient le dernier degré de la dégradation. Des luttes violentes avaient lieu entre les colons, et rappelaient les mœurs féroces des sauvages. M. Talbot, tout en avouant qu'il s'était trouvé dans In pays avec plusieurs dai très respectables, accuse le sexe, en général, de négligence, et même d'oubli complet de ses premiers devoirs. Quoiqu'une jeune fille pût être certaine d'avoir des occasions répétées de s'engager dans les liens du mariage, il lui arrivait fréquemment d'avoir deux ou trois enfans avant de se marier. L'auteur que je viens de citer se trouva avec une dame qui avouait devant tout le monde que, à l'époque de ses nor tite Betty était déjà âgée de deux ans. Les principes plus sévères

qn' ,t dans La colonie les femmes qui arrivaient de la mère -patrie étaient

irdès comme ridicules. On prétendait que les enfana étaient une propriété utile, deux ou trois qu'on avait ainsi irrégulièri ment, loin d'être un obstacle à l'établit d'une jeune personne, prouvaient qu'elle méritait d'être rechercl

,i qu 'H pouvait compter avec elle but des héritiers. Vprèa le mariage, » tte même tive el industrieuse : min- elle exigeail de son époux beaucoup même qu'il fermât l'œil sur quelques faiblesses p tendent n'existe plus; d'autres assurent le

d'instruction qui se répandent de plus en plus, et

l'exemple que donnent de nouveaux et respectables émigrés, ne peuvent manquer d'opérer graduellement une heureuse réforme.

Il n'y a pas une population au monde qui vive mieux que celle du Haut Canada. L'abondance et le bas prix des denrées en mettent l'usage à la portée de toutes les classes. Chaque jour on fait trois repas copieux, composés chacun de douze à quatorze plats, qui varient peu. Ils consistent ordinairement en thé vert, en porc frit, miel, saumon salé, gâteaux, concombres farcis, poulets bouillis, tartes aux pommes, sucre d'érable, puddings aux pois, pain de gingembre, et choux-croute.

En général les habitans se font peu de visites ; et, à la vérité, le mauvais état des routes v met un grand obstacle. Cependant, de grandes parties ont lieu dans la belle saison, et on voit jusqu'à cinq ou six familles aller mutuellement se visiter à une distance de dix à douze milles, sans même s'être prévenues d'avance. Dans un ménage en Angleterre, de pareilles visites à l'improviste seraient quelquefois gênantes ; mais, dans ce pays d'abondance, la huche, la tinette au lard et le poulailler offrent de prompts et nombreux moyens de suffire à tous les besoins, et de faire à ses convives une bonne réception. Dans ce pays on est fou de la danse ; et une auberge ne mérite pas ce nom, si on n'y trouve une spacieuse salle de bal, dont on puisse disposer au besoin. Les occupations intellectuelles ne sont pas aussi communes qu'elles mériteraient de l'être : dans une résidence de cinq années, M. Talbot n'a vu que deux fois des personnes faisant la lecture, et encore une d'elles tenait un livre de médecine pour y trouver quelques renseignemens utiles à sa santé. Au reste, des changemens favorables ont eu déjà lieu sous ce rapport, et, d'ici à peu de temps sans doute, les Canadiens ne seront plus l'objet de pareils reproches.

Il me reste à parler d'une partie de la population, peu nombreuse, mais bien digne d'intérêt, des tribus indiennes. On a peine à s'expliquer comment des tribus, autrefois si puissantes, ont à peu près disparu, sans qu'il y eût de guerres entre elles. L'envahissement de leurs terres par les colons européens, l'introduction parmi elles de maladies destructives, particulièrement de la petite vérole, et enfin l'usage immodéré des liqueurs spiritueuses, ont sans doute beaucoup contribué à cette dépopulation. Cependant je suis porté à croire qu'elle n'est pas aussi considérable qu'on pourrait le supposer, c'est à dire qu'on a beaucoup exagéré leur nombre primitif. Je remarquerai d'abord que les Iroquois, le peuple le plus puissant de l'Amérique du nord, et qui occupaient un territoire d'une étendue de plusieurs centaines de milles dans toutes les directions, ne passaient pas, dans l'opinion des Français, pour renfermer plus de trois mille combattans. Cependant ils habitaient un climat plus favorable, et ils étaient meilleurs agriculteurs que les tribus au nord du S.-Laurent.

Les Indiens sous la dépendance et la protection de l'Angleterre sont dispersés dans de petits villages ou habitations du Haut et du Bas Canada. L'imputation

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pu M. M'Gregor qu'ils n'ont pas été bien traités parles Américains parait l fondée, car non-seulement ils vivent en paix sous l'autorité anglaise, mais encore ils ont pris à plusieurs reprises les armes pour sa cause contre les Américains. En considération de leurs services, et pour les dédommager des envahissemens faits sur leur sol, chaque individu, en se rendant à un endroit désigné, reçoit, chaque année, quelques objets en cadeau, ce qui met l'administration à même de connaître le nombre des Indiens. En 1828, dans le Bas Canada, ils se montaient à 2922, indépendamment de 450 Micmacs, ou peuplades errantes, de la Nouvelle Ecosse et du Nouveau Brunswick. Dans le Haut Canada, à la même époque, on fit des cadeaux à 12,919 individus, ce qui donne pour les deux provinces un total de 15,841. Les estimations obtenues alors ne furent cependant pas aussi exactes qu'on aurait pu le désirer. Il vint plusieurs milliers d'Indiens d'au delà de la frontière identale, d'une distance quelquefois de quatre à cinq cents milles, et même du territoire des Etats-Unis : mais, à cause des services signalés qu'ils ont rendus dans la dernière guerre, on a pris avec eux des engagemens que la Grande-Bretagne doit maintenant remplir. D'un autre côté, les immenses forêts que n'a point encore touchées la main de la culture, renferment probablement un nombre considérable d'Indiens qui conservent leur indépendance, et qui n'ont aucune espèce de relations avec les Européens. Je citerai particulièrement le vaste territoire à l'est et au nord de Québec, à l'égard duquel il n'est fait aucune mention des distributions dont je viens de parler.

Les Indiens du Bas Canada ont été convertis à la religion catholique, et se trouvent sous l'autorité spirituelle de cinq missionnaires, dont le traitement se monte de quarante à soixante-dix livres st. par an. Ils paraissent fort attachés à leurs pasteurs, et avoir un sentiment profond de leurs devoirs religieux. Cependant ils n'ont rien changé à leors anciennes habitudes, et n'ont fait aucuns progrès dans l'industrie. Chez eux l'agriculture est très bornée, dans l'enfance, et ce sont les femmes et les vieillards qui en sont chargés. " Les tribus indiennes," dit lord Dalbousie, "continuent à se montrer guerrières dans leurs idées et dans leurs souvenirs. Plusieurs des peuplades du Bas Canada Boni maintenant insignifiantes, el habite à la vie sociale ; mais il n'y n pas un individu parmi elles qui ne rappelle arec orgueil les hauts faits de leur- chefs et de leurs guerriers. En ce moment-ci mime. tout jeune homme prend le nom de guerrier. Il s'efforce de le mériter, el il attache uni' grande importance à obtenir l'approbation <lc son chef, "u Is considération des Blancs, comme chasseur infatigable ou comme guerrier: il tien! i cela plus qu'à tonte autre chose." Quoique les missionnaires remplissent leurs fonctions spirituelles avec sèli el activité, cependant ils De cherchent pas â faire apprendre > lire 1 1 a écrire aui Indiens, el même ils s'opposent a ce que pourraient tenter à cet ,rd des m. utre- protestai». Je soupçonne même qu'ils tachent plutôt d'encou-

rager que de refroidir le zèle guerrier de leurs ouailles : car, à l'époque de la grande fête-Dieu, les Indiens se rendent militairement à l'église, précédés par leurs chefs et armes en main, au son des fifres et des tambours.

A quelques milles au nord de Québec, est la petite colonie huronne de Loretto, consistant en soixante-sept hommes, soixante-cinq femmes, et quarante-sept enfans. . Ce triste reste d'une tribu autrefois si puissante, qui n'occupe aujourd'hui que quarante acres de terre, trouve des ressources assez précaires dans la chasse, la pêche, et dans la vente de quelques bagatelles, travaillées par les femmes. Ils ont élevé récemment une réclamation relativement au fief de Sillery, beau terrain qui occupe une lieue d'étendue le long du S.-Laurent, près de Québec ; et ils ont appuyé leurs droits sur un don fait à leurs ancêtres en 1651. La justice ayant été saisie de la difficulté, les avocats de la couronne ont fait observer que ce don avait été fait aux Jésuites en termes généraux, pour leur donner le moyen de réunir les tribus errantes de la Nouvelle France, et de les instruire dans la religion chrétienne; qu'en 1699, ces missionnaires firent connaître que les Indiens avaient abandonné ce territoire qu'ils disaient épuisé, et demandèrent qu'il leur fût concédé ; cela leur fut accordé, et ils en restèrent en possession jusqu'à la suppression de leur ordre, en 1800, et alors ces biens furent dévolus au gouvernement. Par ces motifs, la réclamation des Hurons ne fut pas accueillie. Dans cette discussion, certains faits, ce me semble, ne furent pas bien connus des deux partis. Il paraît que ce don territorial suivit immédiatement la destruction des Hurons par les Iroquois, lorsque les Jésuites se retirèrent à Québec, comme le seul moyen de sauver le reste de la tribu. L'époque de cet arrangement, le nom même du principal établissement, indiquent que, quelque généraux qu'aient été les termes de la concession, elle fut faite à ces malheureux fugitifs, sous le nom des Jésuites leurs protecteurs. Cela étant, comment peut-on admettre qu'en quittant plus tard ce lieu pour un autre, ils aient renoncé à leur droit de propriété ? Lorsque ces Indiens perdirent leur procès, ils envoyèrent à Londres deux députés, qui sollicitèrent vivement une entrevue avec leur Grand Père. Sir Georges Murray les accueillit bien, mais il éluda leur demande ; et, ne pouvant revenir sur une décision légale, il leur offrit, sur d'autres points, des terres de la couronne. Mais ils répondirent qu'un arrangement qui les séparerait, et opérerait un changement complet dans leur genre de vie, ne serait pas pour eux un avantage.

Dans le voisinage des Trois-Rivières sont 82 Algonquins, et, sur le côté opposé, près de S.- François et de Beçancourt, 359 Abenaquis. Ces tribus habitent de misérables hameaux, composés de huttes en écorces, plus commodes néanmoins que les wigwams ordinaires. Elles possédaient autrefois une étendue considérable de terres, qui leur ont été enlevées en partie sous différens prétextes par des individus de mauvaise foi. Mais, pour prévenir de pareilles fraudes, il a été

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décidé que toute donation de ce genre, qui ne serait pas sanctionnée par le reniement, serait nulle. Plus loin, il y a trois établissemens d'Iroquois : un à Saolt S. -Louis et à Caughnawaga, qui renferme 907 individus ; un de 343 à S.-Regis; et un troisième de 282, sur le lac des Deux-Montagnes. Ces tribus, autrefois puissantes, et même assez intelligentes, sont maintenant paresseuses, dans l'abjection, et méprisées par leurs propres compatriotes. Celle qui habite Sault S.-Louis possède quelques terres, mais qui ne produisent presque rien, faute de culture. Pour en obtenir d'autres, elle a fait valoir des droits fondés sur une question de frontièn mais cette demande ne fut point accueillie, quoique la tribu eût, pour l'appuyer, envoyé deux députés à Londres. Au lac des Deux-Montagnes se trouvent aussi 355 \ .onquins et 250 Nipiaaings. Ils n'ont point de terres à cultiver ; mais l'activité qu'ils déploient à la chasse, et qui les met à même de fournir de fourrures les Européens, rend leur condition plus douce que celle des autres Indiens du Bas Canada. Ils se plaignent cependant de l'extension que prend la colonie d'Ottawa, qui tend à resserrer beaucoup leur terrain de chasse.

Dans le Haut Canada, le long du S.-Laurent et du lac Ontario, les Mississaguas forment la principale tribu. A Kingston et à Gananoqui, il y a 82 Indiens qu'on dit médians et corrompus; mais ceux qui demeurent sur la baie de Quinte et à Rice Lake, et qui sont au nombre de 460, ont été convertis au christianisme, et valent beaucoup mieux. Sur la baie se trouvent également 31'J Mohawks, dont beaucoup se sont adonnés à l'agriculture, et même ont adopté en partie l'habillement européen, qu'ils mêlent d'une manière grotesque avec leur costume primitif. Sur la rivière Crédit, qui se jette dans la partie occidentale du lac Ontario, on voit 180 Indiens de la même tribu, que leur conversion a beaucoup amélioré?. Autour du lac Sinicoé et dans ses environs, il y a environ 550 Chippeways qui obéissent à un chef nommé Yellow-Head. Ils ont montré aussi un vif désir de s'instruire et de devenir chrétiens; mais ils ne sont pas encore arrivés au degré de civilisation di-> Indiens dont je viens de parler. Les bords de la Grande-Rivière, qui t ..mbe dans le lac Erié, ont été, sur une étendue de six milles de chaque Ci

rrés par une proclamation du général Haldimand, aux Mohawks et aui S i

\ nous qui forment environ 2000 individus. Une partie de ces terres ont

vendues avec le consentement du gouvernement, et le produit, placé dans

Fonds anglais, se monte annuellement à près de 38,000 francs, qu'on leur

distribue en marchandises et objets d'utilité. Ces Indiens possèdent encore C'io.OOO

acres de terres excellentes, qu'ils ont divisées el réunies i plusieurs petits villa)

pie beaucoup d'entre eux cultivent comme fermiers. Plus loin à l'ouest, sur la Tamise, lonl les nfuaseysj au nombre de 146, el 309 Hurons réunis à la colonie française de Détroit, et qui sont devenu- catholiques. A l'e\< eption de ces d( mien, tontes tes tribus du Haut Canada ont resté jui

ces temps-ci dans leur état primitif de rudesse et d'ignorance. Depuis qu'ils sont convertis à la foi catholique, on leur apprend à lire et à écrire: ils ont beaucoup gagné sous le rapport de la moralité, et se font peu à peu aux habitudes de la civilisation. Ces heureux résultats sont dus presqu'entièrement à des Américains, membres de la Société des Missions au Canada, ainsi qu'à celle des Méthodistes de New York. Les Indiens ont toujours témoigné le désir d'apprendre. En 1827, les tribus, en recevant les présens ordinaires à la station éloignée de Drummond Island, firent connaître à l'agent anglais qu'il y avait à Michillimakinac une école dans laquelle on leur apprenait à vivre comme les Blancs, "à marquer leurs pensées sur le papier, et à en chercher de nouvelles dans des livres," — écrire et lire.

Le grand ouvrage de la conversion et de la civilisation fit toujours des progrès, grâces aux efforts des missionnaires de New York. Ils réussirent d'abord sur la rivière Crédit, et furent secondés par M. Peter Jones, surnommé Kakkevvaquonaby, fils d'un Anglais du pays de Galles, et d'une Indienne, et qui avait l'habitude du langage et des coutumes des Indiens. Ceux-ci se fixèrent dans un village où sir Peregrine Maitland fit bâtir pour eux vingt maisons : ils en construisirent euxmêmes quinze autres avec un moulin : et enfin la Société des Méthodistes les aida à ériger une chapelle, une maison d'école, et un atelier. Ils ont renoncé aux eaux de feu, nom qu'ils donnent aux liqueurs spiritueuses, dont les effets ont été si pernicieux ; et, habitués à la chasse, ils s'en occupent conjointement avec la culture et l'éducation des troupeaux. Suivant le rapport du rév. M. Magrath, ils avaient, en mars 1828, mis en culture trente-cinq acres de terre, et possédaient neuf paires de bœufs, douze vaches et six chevaux. On enseignait aux adultes à apprendre par cœur les préceptes les plus essentiels de la religion; et des écoles, établies pour les enfans des deux sexes, comptaient trente-cinq garçons et trente-six filles. Les Mississaguas, près de Belleville, suivirent bientôt l'exemple de leurs compatriotes, et, avec l'appui de la Société, ils formèrent un village à Grape Island, dans la baie de Quinte. Se trouvant un peu à l'étroit, ils demandèrent un supplément de terrain, et on leur permit de prendre ce qu'il leur fallait dans les lots vacans du district de Midland. Ces améliorations s'étendirent bientôt aux Mississaguas des bords de Rice lake et de Mud lake, au nord de Cobourg. Sur le premier lac, leurs droits leur permettaient d'occuper les îles ; et, sur une pétition qu'ils firent présenter, on leur accorda 1200 acres de terres incultes. On améliora également le sort des Chippeways, près du lac Simcoé. On leur donna trois îles ; mais sir John Colborn pensa qu'il serait plus avantageux pour eux qu'on les plaçât sur la côte nord-ouest, et sur la route du lac Huron. On dépensa pour cet objet 75,000 francs environ, qui, à la vérité, furent prélevés en partie sur les cadeaux qu'on faisait aux Indiens. Un autre établissement fut formé à Munseytown, sur la

Tamise; et il parait qu'on a fait aussi beaucoup pour les Six-Nations, particulièrement pour les Mohawks, sur la Grande Rivière. En un mot, il est probable qu'avant peu de temps tout ce qui reste de la race indienne participera aux bienfaits du christianisme et de la civilisation.

Le corps religieux qui effectua en partie ces changemens fut accusé d'avoir cherché à propager les dogmes établis dans sa patrie, et de nourrir des sentimens hostiles contre les croyances du pays. Cependant on ne voit pas que les mesures que prirent ces missionnaires aient eu de fâcheux résultats. Sir John Colborne dit expressément que l'église établie n'a effectué aucune conversion parmi les Indiens : et le vertueux évéque de Québec avoue que, quel que soit l'instrument, l'effet est satisfaisant, et que la main de Dieu s'y fait sentir. La Société alloue de 1000 à 1200 francs par an à ses missionnaires, et entretient dix écoles, qui comptent 251 élèves.

Entre 1813 et 181r>, la dépense des présens faits aux Indiens s'élevait à plus de 3,500,000 par an : maintenant elle est à peu près de 500,000 fr. Le bureau colonial à Londres, pour savoir si cette somme ne pouvait pas encore être réduite, a désiré qu'elle soit payée en argent, ce qui en rendrait le compte plus clair. Quant à la réduction, les gouverneurs ont répondu que ces donations étaient établies sur la foi des traités, et pour d'importans services rendus ; que leur suppression exciterait l'indignation des Indiens, et pourrait amener de fâcheux résultats. De même que les peuples sauvages, ceux-ci, au lieu de se sentir humiliés en recevant ces cadeaux, les considèrent comme un témoignage de déférence à leur égard, et même comme une espèce de tribut. Quant au paiement en argent, il fut refusé par presque tous les chefs et par les protecteurs des Indiens, sous le prétexte que cet argent servirait à acheter des liqueurs spiritueuses, et, loin de leur être avantageux, aurait des lultats déplorables. Ces cadeaux consistent en étoffes, peignes, couteaux. aiguilles, tabac, fusils, munitions, &c.

Depuis que les Indiens sont devenus plus civilisés, ils ont montré l'intention et même le désir de changer ces préaens contre des maisons, des instrumens d'agriculture, et d'autres objets utiles. Plusieurs même ont demandé à avoir de l'argent, dont ils ne sont plus disposés à abuser comme autrefois, mais qui leur serait plus commode pour se procurer les objets dont ils peuvent avoir besoin. Un de

leurs chefs disait Un j à York que, lorsqu'il avait faim, il aimait à mettre la

main d poche, el a v entendre résonner quelque chose qui lui servait à

acheter de quoi manger. Les Indiens du Haut Canada ont droit à recevoir un paiement annuel de 1 12,000 fr. environ, pour une cession de terrain qu'ils ont foiti an gouvernement, qui en pair la valeur en marchandises. Comme cette cession se monte i près de cinq millions d'acres de bonnes terres, il est probable que le ministère anglais m cherchera pas à priver cette race infortunée d'un.- indemnit<

légère et si légitime. Ils reçoivent aussi un peu plus de trente mille francs, pour prix de terrains vendus à des particuliers. Une partie de cette dernière somme est placée dans les fonds publics ; l'autre est remise aux chefs en argent.

Les Indiens, comme je l'ai déjà dit, conservent en général leur ancienne manière de s'habiller ; mais leurs vétemens, au lieu d'être faits de peaux d'animaux sauvages, le sont maintenant d'étoffes anglaises, qu'ils trouvent plus commodes. Le vêtement supérieur ou grand surtout est une couverture. La chemise est de calicot ou de coton imprimé; les autres parties de l'habillement sont en étoffes communes. Des ceintures en couleurs éclatantes servent de parures. Il n'y a que les mocassins, espèces de souliers-guêtres, qui conviennent parfaitement à la manière de vivre de ces tribus, et qui ne peuvent être mieux faits qu'avec des peaux de bêtes fauves. Lorsque cependant quelque partie d'ajustement vient à leur plaire, ils ne négligent rien pour se la procurer, et la combinent d'une manière fantasque avec leur costume primitif. Le voisinage des Européens, quand il ne leur donne pas la mortelle habitude de s'enivrer, leur fournit plusieurs moyens d'améliorer leur condition. Il trouvent à vendre facilement leur gibier et leur poisson aux colons, qui n'ont o-uère le loisir de pêcher et de chasser. Les peaux et les fourrures des animaux qu'ils tuent sont aussitôt achetées par des marchands. Les femmes font des paniers, des baquets, et d'autres petits meubles en écorces de bouleau ou de frêne, qui ne manquent pas d'élégance, quand ils sont peints de brillantes couleurs, et ornés de dards de porc-épic. Leurs mocassins sont quelquefois achetés par les Européens, pour s'en servir durant l'hiver. Cependant les Indiens ne veulent pas s'assujettir à faire et à fournir un objet qu'on leur demande : ils le portent au marché lorsque cela leur convient. On dit que les Indiens convertis ont une dévotion pure, ardente et sincère ; ils mettent une grande importance à sanctifier le dimanche ; et, quand ils chantent des hymnes à la fin de ce jour-là, l'effet de leurs voix douces et étendues, en plein air, est assez agréable. Ces principes de dévotion qui les ont amenés peu à peu à renoncer à l'ivresse, ont opéré sur leur état moral un heureux changement. Mais, depuis que les maux et les inconvéniens de la vie sauvage ont ainsi disparu peu à peu, peut-être les admirateurs du pittoresque dans la vie humaine se montreraient moins impatiens de voir s'accroître ces communications avec les Européens. Peut-être serait-il à désirer qu'il restât encore loug-temps des traces du costume particulier, de la physionomie et des occupations de cette race indigène si remarquable.

Les moyens d'instruction religieuse dans le Bas Canada sont établis depuis longtemps sur une grande échelle. Cela paraîtra tout simple, quand on observe que les Français furent les premiers colons du Canada, que des missionnaires ne tardèrent pas à y arriver pour convertir les Indiens à la foi. Et d'ailleurs, comme je l'ai

i dit, une des premières administrations du Canada se composait de religieux en partie, et principalement de Jésuites, qui faisaient marcher de front les intérêts temporels et spirituels. Le cardinal de Richelieu avait donné des ordres pour qu'on posât déjà les bases de l'instruction religieuse, et on s'en occupa avec zèle et activité, i >n ne doit pas perdre de vue aussi que, par sa position, le Bas Canada était appelé à jouir le premier des bienfaits de la civilisation. La grande majorité des habitons se compose de Français catholiques romains, qui soutiennent leur clergé au moyen d'une contribution de la vingt-sixième part du produit des terres ; ce qui ne constitue pas d'ailleurs un traitement obligatoire, comme l'observation en a été faite, puisque ceux qui deviennent protestans peuvent se refuser à ce paiement. Cette contribution permet d'allouer à environ deux cents curés et vicaires un traitement bien suffisant au Canada. Ils sont respectables, considérés, très attentifs pour leurs paroissiens, qui leur sont fort attachés. On les a d'abord accusés de ne pas faire tout ce qu'ils pouvaient pour répandre l'instruction; cependant on ne dit fias qu'ils se soient opposés en aucune manière à l'extension qui a été donnée depuis peu aux écoles élémentaires. L'évéque qui a sous lui deux coadjuteurs et quatre vicaires généraux, reçoit 25,000 fr. par an du gouvernement. Il y a aussi dans la province des établissemens monastiques, qui contiennent au-delà de trois cents moines et religieuse-. L'église anglicane est soutenue par le septième du produit des terres qui ne sont pas occupées par les habitons, et qui composent le territoire d'une ville. Cette proportion parait forte, et on s'en est même plaint : cependant elle n'a pas produit jasqu'iei un grand revenu. H y a environ quarante ministres, à la tête desquels est l'évêque de Québec, qui toiiche 25,000 fr. par an. On compte aussi quatorze ministres presbytériens, qui dépendent de l'église écossaise, et qui sont payés en partie par le gouvernement, ainsi que douze Méthodistes de la secte Wesleyenne.

Le Haut Canada a été long-temps dépourvu de tout moyen d'instruction religieuse. En 1800, suivant M. Talbot, il n'y avait que trois ecclésiastiques dans la province : en 1H19, on en comptait dix ; et, en 1*24, il n'y en avait encore que seize. Depuis cette époque, on a pris les mesures nécessaires pour qu'il y en eût un nombre suffisant, et maintenant il y en a quarante-trois, qui appartiennent à l'église :mji< aime. Deux archidiacres, résidant à Toronto et à Kingston, et qui dépendent

l 'évi iln: de Québec, ont chacun 7.">on fr. par an. Les autres membres du clergé recevaient en 1839 environ 170,000 fr., donf près de 138,000 étaient supportés par le fond des h serves ecclésiastiques, qui consiste dans le septième des revenus de

tains terrains, i inr on l'a vu plus haut : le reste était payé sur les revenus de

la couronne. Les catholiques ont vingt-quatre prêtres: leur évêque, qui porte le titre de Regiopolis, touche 12,000 Fr.; el les autres pp très se partageai ans tomme de ' revenus publics. On s également payé, en 1836, sut

le trésor de l'état, une somme de 40,000 fr. environ aux ministres de l'église écossaise ; à ceux du synode presbytérien du Haut Canada 17,000 fr.; 4400 fr. pour bâtir des chapelles catholiques; 13,200 fr. pour des églises du culte écossais, et pareille somme pour les Méthodistes Wesléyans : près de 60,000 fr. furent alloués aux missionnaires de l'église anglicanne. Vingt-huit chapelles des méthodistes, et quarante à cinquante anabaptistes furent aussi défrayées sur les fonds des réserves ecclésiastiques.

Les moyens d'éducation, même élémentaire, furent pendant long-temps extrêmement négligés dans le Haut Canada ; et il en fut de même dans l'autre province où le clergé catholique, quoique zélé pour ce qui regardait les exercices religieux, se montrait ou opposé à l'instruction première, ou au moins fort indifférent pour la répandre. Il chercha surtout à éloigner la population des écoles organisées en 1817, sous le prétexte qu'elles étaient principalement dirigées par des ministres anglicans. En 1829, la législature vota pour cet objet 161,000 fr., et graduellement elle augmenta cette allocation jusqu'à 500,000 fr. Dans cette même année le nombre des élèves se montait à 14,753, dont le tiers environ payait une pension. En 1835, on comptait 72,498 élèves, dont 25,160 qui étaient à leurs frais : augmentation vraiment extraordinaire sous ces deux rapports. Cependant, en 1836, le conseil législatif refusa de sanctionner le vote patriotique de l'assemblée représentative, mesure qui justifiait les graves accusations portées contre le conseil par les chefs du parti populaire. Celui-ci donnait pour motif de son refus qu'il fallait amener peu à peu les familles à faire elles-mêmes les frais de l'éducation de leurs enfans. Son but était louable sans doute ;. ruais rien ne pouvait le justifier de faire cesser si subitement les moyens d'instruction, sans accorder aucun délai, ou indiquer même d'autres ressources pour suppléer à celles qu'on enlevait à la population.

Dans le Haut Canada, le gouvernement ne néglige rien pour combattre l'ignorance dans laquelle la nation a été plongée si long-temps. A Torento, il a fondé un collège sur un pied respectable. Il a également établi dans chaque district des écoles de grammaire, dont les professeurs touchent 2500 fr. par an, accordés par la législature. On y compte environ 350 élèves. En 1835, l'assemblée vota 184,500 fr. pour le soutien de plusieurs centaines de petites écoles, dans lesquelles on reçoit 20,000 enfans environ. Cette même année, elle alloua 6750 fr. pour des écoles de métiers à Toronto et à Kingston.

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