‹ Canadiens, méfiez-vous!Chapitre 3 sur 3 · S4 CANADIENS, MKFIKZA'UL'SÎ · texte numérisé non relu

S4 CANADIENS, MKFIKZA'UL'SÎ

se constituer en ])arti d'action pour la défense des droits du catholicisme et la sauveg;arde des intérêts de la société. S'atiarder à en appeler à leurs droits, en énumérer les titres, en exposer la lég'itiniité, c'est ])eine perdue vis-à-vis les gens a c|ui ils ont affaire: c'est l'offensive (ju'ils doivent prendre: réclamer, exiger, commander. " vSi le gouvernement frappe les catholi- ([ues. écrivait-on avec raison il y a (juelques mois, c'est uniquement ])arce (|u'il les suppose faibles. ' <hrils ])arlent aussi sou- \'ent et aussi haut (|ue leurs ennemis, et c'en sera l)icnt«">t fait de l'infime minorité cpii les tyrannise.

En agissant ainsi, non seulement ils forceront le gouvernement à renoncer à ses projets de persécutions, mais ils linirt^u par devenir la majorité et à gouverner eux-mêmes.

L'occasion, écrit un contemporain, ne fut ])eut-être jamais plus favorable (pie le monienl présent ])our faxoriser ce mouvement de concentration. Les gens tant soit peu sensés constatent que la guerre à l'idée religieuse n'a rien ])roduit de bon : (jue les alliances et les coin])romissions avec les partis avancés n'ont servi (pi'à hâter le niouvemciU socialiste et révolulioniKiire : (pie la politi(pie de secte n'a créé (pie des divisions et des malaises dans le ])ays : (pie l'exclusivisme rriuiblicain a nui aux affaires et à la prospérité générale.

"C'est le commencement de la sagesse. 11 n'est rien de tel fpie les intérêts i)our éclairer les es])rits. Le mécontentement (piasi général cpii se manifeste à l'heure actuelle est un élément de renouvellement de l'ancien corp.s électoral. Le ministère W'aldeck-Roussean a ])lns uni a la Krpiil)li(pie, dont il s'ctait fait le défenseur, (pi'il ne lui a ser\i. L'exhibition du drapeau rouge, l'agitation gré\iste. 1 organisation du ])arti socialiste, (ju'il a ])crmises on tolérées, ont fait nmrir les yeux sur une situation (pi'on ne voulait i)as voir jus(pie-'à. lU'aucoup »^nt compris (pie le péril socialiste était plus sérieux (pie le péril clérical : beaucoup ont reconnu la nécessité de rexenir à un système de gouvernement plus sage, à une politi(pie ])lns conserx airice"

Il ne s'agit pas de faire une ré\<>lntinn. d'essayer à changer

la forme du gouvernement du pays. Le régime républicain est bon en soi, pouvu que les hommes qui se l'appliquent aient des principes, sachent se gouverner eux-mêmes et soient dignes de la liberté. Ce régime politique est celui dont nous jouissons ici au Canada, sous un autre titre, et nous en sommes grandement satisfaits. Nous dirons donc avec M. Lemaître :

'' Nous voulons une République qui mérite ce nom et qui ne soit pas contradictoire à son principe. La République est le gouvernement de tous dans l'intérêt de tous. Les exceptions, les proscriptions, les actes arbitraires et tyranniques, odieux dans une monarchie, sont des crimes sans nom dans une république. C'est nous, les opposants, qui sommes les républicains et les démocrates : nos gouvernants et leurs complices ne sont, présentement, qu'une oligarchie factieuse.

'' Nous voulons la République de tout le monde, et non plus la République des francs-maçons. Plus de lois persécutrices, d: ces lois qui restreignent les droits de telle ou telle catégorie de citoyens, et qui violent le principe sacré de l'égalité de tous devant la loi. Nous demandons le maintien, à nos risques et périls, de la liberté d'enseignement, de cette liberté qti'on menace obliquement et avec la plus ignoble hypocrisie. Et nous demandons la liberté d'association, qui est de droit naturel. Ce droit, à vrai dire, devrait être sous-entendu, et sans même être inscrit dans nos Codes, s'exercer sous le régime du droit comniun.

" Ce droit d'association, toutes les monarchies d'Europe, même l'Espagne, même l'Autriche, le possèdent; et nous. République, nous ne l'avons pas ! ou plutôt, — ce qui est encore plus révoltant — il n'existe chez nous, en fait, que pour un parti. Et quand on sait combien ce droit ])Ourrait être bienfaisant ; ([uand on sait (ju'il j^ermettrait à la démocratie de s'organiser, de se *' hiérarchiser " librement, et, peut-être, de résoudre une par une les cpiestions sociales, on se sent ])énétré de douleur et de colère en songeant (|u'une faction maîtresse des ])()uvoirs \n\blics détient pour elle et nous refuse ce droit i)rimor(lial, et

S() CANADIENS. MEFIEZ-\'OUS!

transforme ainsi en instrument de tyrannie ce (jui devrait être un agent de i)rog-rès et de salut national."

Pourquoi, me dira peut-être le lecteur canadien, cette enquête sur les misères de la France? Est-ce (jue cela nous regarde? Ne convenait-il pas mieux de ne rien dire que d'exposer ainsi aux yeux de nos concitoyens étrangers les fautes de notre patrie d'origine?

Quekjues mots d'explication sont ici nécessaires. Je com- ])rends les scrui)ules de mon compatriote; je les ai éprouvés moi-même, et j'ai longtemps hésité avant d'entreprendre le présent travail. Nous nous réclamons de la France avec fierté: nous Taimons. non pas plus la France d'un temps plutôt que d'un autre, mais nous l'aimons à la fat^on des Anglais (|ui aiment l'Angleterre, les Allemands, l'Allemagne, et nous sommes aussi sensibles à sa gloire que s'il sagi.ssait de notre propre l)ays. Nous avons dans la vieille patrie de nos pères des amis généreux et dévoués. (|ui ])ensent à nous, cpii parlent de nous, qui nous veulent du bien. Le bon souvenir (|u'ils nous portent émeut nos cœurs reconnaissants, et nous savons fort bien distinguer ces Frant^ais patriotes d'avec ceux (|ui, depuis ces vingt dernières années. |)réparent la déchéance du i)ays (uii fut '* le plus beau royaume après celui du ciel."

D'ailleurs, et ]:)ersonne ne s'y tromî)era. mes remar(|ues ne portent nullement sur la " l'rancc des l'ranc^ais ", mais sur les sectaires cjui la déshonorent et la ruinent. ]\{ si je me les suis permises, c'est fine, moi aussi, (|uoi(jue je ne sois pas Fran^^ais de France. " j'éprouve une véritable colère contre les malfaiteurs (|ui. pris d'une démence inconcevable, prétendent — euxmêmes ont forgé le mot — *' déchristianiser " la l^rance. Certes ! ils n'y parviendront ])as. C'est la destinée de l'Eglise d'être toujours militante en ce monde; ce ne sont (jue des ukuivements de flux et de rethix. et. en ce moment précis, nous sentons bien tous (|ue le flot monte. Mais est-il, en vérité, une

plus mauvaise action que de ravir au peuple la foi et la prière? Car elles sont faciles à ces humbles de cœur — c'est même un de leurs privilèges — et ils y trouvent mieux que nous autres, en qui repousse toujours la mauvaise herbe de l'orgueil, un admirable viatique pour le dur voyage de la vie. Hélas ! à 1 heure qu'il est, un mal énorme a été fait, il s'aggrave tous les jours, et l'on nous prépare des générations de malheureux qui s'agiteront entre la révolte et le désespoir (^)."

Ce sera le fruit de l'enseignement public athée que la secte qui gouverne en ce moment a imposé au pays. Chaque jour, dans toutes les villes comme dans les plus humbles hameaux, elle s'efforce, au moyen de ses lois scolaires, d'éteindre dans le cœur de l'enfant la croyance chrétienne, d'élever de nouvelles générations étrangères à toute foi religieuse. C'est là un état intorérable pour une nation catholique.

Et ce n'est pas seulement de l'autre côté de l'Atlantique que l'on prépare des générations de malheureux qui s'agiteront entre la révolte et le désespoir, mais jusque dans notre pays où l'on vient nous prôner des doctrines les plus subversives.

Après la Commune de Paris, en 1871, un certain nombre de mécréants vinrent s'échouer sur nos rivages, se répandant un peu partout, mais principalement dans la métropole commerciale du pays. Depuis, à côté de braves et honnêtes Français qui sont venus prendre place à notre foyer et que nous sommes toujours heureux d'accueillir avec la plus cordiale sympathie, les considérant comme de précieuses acquisitions, il nous est arrivé de tristes spécimens de la vieille Europe, de la France du 19e siècle, gens à l'esprit tout imbu de doctrines socialistes, à la parole facile, maniant le sophisme avec assez d'habileté et ne m.anquant point de s'en servir pour propager, au milieu de notre honnête et paisible population, des théories aussi illusoires que funestes. Il y a quelques mois les tribunaux du pays flétris- .saient un de ces corrupteurs des mœurs et des croyances. Ostensiblement, c'est un des nôtres qui a été puni, à titre de pro-

(1) Coppée.

pnélaire de la publication dans laquelle a paru Tarticle incriminé- mais perscumc n'ignore que cet individu n'en est point fauteur: la ** 'e ** dont il a alors été question, en indique as- e.

N^a-t-oo pas osé écrire les lignes sui^-antes, il nV a pas encore trois ans, dans une autre misérable î>etiîe feuille de Montréal, à propos r^^^ •-•--^^ mM ,..-, laïques, gratuites et c»^ l'^' * •-'•es: ** Ce que . ce que nous demand r le

Canada, c'est Imstruction laïque, gratuite et obligatoire, fondement de toute d^ 'r instruite et utile,

** Nous ne prt:. . . . pas avoir réussi à faire triompher ce programme: ce serait trop beau. La France, notre mère patrie, a mis des siècles à en arriver là: mais voyez donc ce que

n- 15 obtenu déjà! *'

iire et insolente provocation, sans laquelle le présent travail n aurait peut-être jamais paru. Quoique notre enquête eût pu être encore plus complète, nous croyons avoir suffisamment démontré, pour ce qu'ils ont de glorieux, les résultats que la France a ** obtenus déjà ", et qui ne manqueront pas de s'accentuer sous l'enviable régime des écoles que les sectaires lui ont imposées (')-

(1 ) L'tîducaticin étant une de «•es œuvrer homaiiiet» tonjours snsoeptil'le» de

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CANADIENS, MEFIEZ-VOUS î 89

Et comme ces sectaires sont les mêmes partout, leurs con- 'génères émigrés en ce pays, par leurs paroles, par leurs actes et par leurs écrits, ont affaibli chez un certain nombre de Canadiens peu réfléchis et peu instruits ou à mauvaises tendances, les sentiments religieux et patriotiques qui les distinguaient il n'y a pas plus d'un quart de siècle. Ils ont même réussi à former en ce genre quelques roquets qui s'essayent à aboyer contre les belles, les saintes et consolantes croyances qui, je le jurerais presque, faisaient encore toute la joie et l'orgueil de ceux mêmes à qui ils doivent le jour. Ces adeptes du communisme, depuis vingt ans. ont fait plus de mal à notre population canadienne de Montréal que vingt conquêtes saxonnes, suivant l'expression pittoresque d'un de mes amis.

A voir le désordre dans les idées qui s'introduit chez nous depuis quelques années, ce crétinisme intellectuel qui s'appelle le scepticisme dont quelques-uns des nôtres semblent être atteints, l'oblitération du sens moral chez un grand nombre, le risque que l'on court de sacrifier avec une vacuité dans la pensée vraiment inconcevable l'héritage de foi et de patriotisme que nos pères nous ont légué, on dirait qu'un vent de folie et d'aveuglement souffle sur notre pays.

Quand j'entends parfois des jeunes gens traiter avec légèreté ' des questions de religion ou de patriotisme, je n'y attache pas ! grande importance, sachant que le temps, qui en a guéri bien \ d'autres, corrigera probablement aussi chez eux les oublis d'une / jeunesse inconsidérée : mais le Canadien instruit, d'âge mûr.

niençons à nous relever de.s désastres accumulés du siècle dernier; maintenant que la fortune se plaît à couronner nos efforts et que plusieurs d'entre nous jouissent même de grands revenus, nous allons «an* doute nous intéresser à la question de l'éducation autrement qu'en critiquant le système actuel; nous lui donnerons un puissant essor en dotant richement nos universités qui, comparées aux universités anglaises sous le rapport de l'outillage scientifique, sont dans un état d'infériorité déplorable. Nous verrons à ce que nos écoles destinées ù former des spécialistes puissent le faire avec avantage ; et, comme rien ne nous en empêche, nous en établirons même de nouvelles s'il est nécessaire; nous fonderons des bibliothèques publiques, etc. Voyez ce que font dans cet ordre de choses nos concitoyens anglais. Quel zèle, quel désintéressement, quel dévouement même ils apportent à tout ce qui peut servir chez eux la cause de l'éducation !

ÎH) CAXA1)I1%\S. MKI'IKZ-\ OIS!

(jui n'aime point l'Eglise, (|ui médit de son évêque ou de son curé, me fait toujours songer à celui (jui. enfant, faible, constamment exposé à j)erdre la vie, ne doit l'existence (|u'aux prixations, aux soins et aux sollicitudes d'une tendre mère, contre laquelle, parvenu à âge d'honnne, il se retourne avec un geste de méchanceté, l'abreuvant d'outrages et de chagrins.

Pour (|ui connaît l'histoire de notre pays, c'est un crime de lèse-nationalité (|ue de chercher maintenant à jeter de l'odieux sur un clergé cpii. au moment de l'abandon de la colonie par la b'rance. lorsqu'il n'est resté ici (lue de modestes trafiquants et la classe des cultivateurs réduite à la dernière pauvreté, s'est c(.'nstitué le défenseur de ce petit i)euple, l'a eîicouragé, guidé dans les mauvais jours qui sont ensuite survenus, et en a fait une nation forte et respectée- Il a. au i)rix d'onéreux sacrifices, fondé des écoles où les fils de ce> abandonnés ont été instruits et ont ])u, dès le début du nouveau régime, lutter avec a\antage pour la sauxegarde de nos privilèges jus(|u'à mériter l'admiration de ceux mêmes (jui \-oulaient notre anéantissement, lu si, à l'heure (pi'il est, nous sommes i)rol)al)lenient le peuple le i)lus heureux et le ])lus vraiment libre du monde, nous devons ces bienfaits à l'Angleterre sans doute, mais grâce â notre clergé et aux hommes (|u'il a formés.

Nos évêques et nos prêtres, enfants du peuple, n'ont toujours fait qu'un avec lui, et il n'est pas un seul Canadien-Fram;ais digne de ce nom, et pour i)eu (|u'il connaisse l'histc^ire de son pays, (jiii ne porte reHgieusenient ce somenir dans son cteur, et ne se sente saisi de méi)ris envers ceux, étrangers ou autres, assez coupables j^our chercher à indisjioser aujourd'hui le peuple contre ce même clergé ou contre les institutions religieuses (Ui i)ays en général.

N'oublions jamais (pie si nous sommes maintenant cpieUpie chose dans l'Américpie du Xord. (|ue si nous i)arlons envore frani;ais dans la |)rovince de (Jiièbec, si nous possédons le resl)ect et l'estime de nos concitoyens anglais, si nous axons même le légitime es])oir. non seulement de conserxei- notre autt>no-

CANADIENS, AIEFIEZ-VOUS!

mie, mais de former plus tard un grand peuple, et nous l'avons cette ambition, nous devons tout cela au soin que nos pères ont eu de nous léguer intact notre héritage chrétien et catholique ; et si jamais nous avions le malheur de perdre ce précieux héritage, de ce jour-là même daterait, abstraction faite de nos intérêts éternels, notre déchéance nationale, la perte, plus ou moins éloignée, mais certaine, de notre langue, et notre absorption finale par l'élément anglo-saxon ou yankee.

Ne prêtons donc point l'oreille aux maximes du pyrrhonisme contemporain ; méprisons, comme elles le méritent, toutes ces théories aussi abêtissantes que criminelles que des déclamateurs cherchent à répandre dans notre pays.

A l'exemple de nos aïeux, qui, certes ! honorèrent l'époque où ils vécurent, restons attachés à notre foi. Qu'elle soit toujours pour nous le guide de nos actions, qu'elle les inspire et les domine toutes : nous continuerons ainsi à progresser et nous assureront notre avenir national.

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Bibliothèques

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l'niversité d'Ottawa

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Date Due

02 MOV. 1995

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