ARC
geait les élèves des établissements d’enseignement libre à prendre leurs inscriptions dans les facultés de l'Etat, et excluait de l’enseignement les. membres des congrégations religieuses non reconnues par la loi. Cette mesure ministérielle fut votée par les Chambres à l’exception de la dernière clause, l’article 7 du projet, qui fut repoussé par le Sénat. Ferry y suppléa par les décrets du 29 mars 1880, qui prescrivaient la dissolution des congrégations non autorisées. Il présentait en même temps de nouveaux projets de loi établissant l’obligation et la gratuité de l'instruction publique, dont la dernière phase a été la laïcité absolue. De sorte que, pratiquement, on peut dire que le système scolaire actuel en France existe depuis vingt ans, ce qui est un espace de temps suffisant pour en faire voir les résultats.
Chacun sait que l’école neutre ou laïque est une école dont le caractère spécial est l’absence de tout enseignement religieux. C'est plus qu’une question locale; car si cette innovation est bonne, si elle constitue un véritable progrès dans la marche ascendante de l’humanité, elle doit devenir commune à tous les peuples; si elle donne trop de prise à la critique, il est évident qu'il faudra s’en garder: c'est ainsi que les hommes doivent profiter des leçons de l’histoire.
Nous pouvons donc maintenant nous demander si cette réorganisation tant vantée du système scolaire en France a tenu ses promesses; si la génération d'hommes formée d’après les principes sur lesquels les lois nouvelles sont basées est meilleure, plus morale, plus honnête, plus religieuse que celles qu: l’ont précédée ; si la France aujourd’hui est plus forte, plus respectée qu'autrefois, en un mot si son influence est toujours prépondérante en Europe. Dans l’affirmative, nous devrons reconnaître que les craintes et les préventions qu’on éprouvait au sujet de l'application de ces lois scolaires r’étaient point fondées, puisque c’est aux fruits que l’arbre est connu, et qu’un bon arbre n’en peut produire de mauvais; dans le cas contraire, il faudra convenir que ce qui a été le sentiment unanime de l'antiquité et ce qui est encore celui de presque tous les peuples modernes,