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que sans la religion pour base il ne peut y avoir d’édu:ation dans le sens propre du mot, est toujours vrai et doit être maintenu, si l'on a souci des intérêts de son pays.
Dès 1890, c’est-à-dire huit ans après la mise à exécution des mesures ministérielles, des propos comme celui-ci, dit-on, étaient fréquents: ‘“ Quelle jeunesse avons-nous? — Les enfants sont maintenant insupportables — les enfants n’obéissent plus — on ne peut plus les tenir — ils n’écoutent rien — ils ne craignent personne — ils méprisent tout. — Qu'’allons-nous devenir avec la nouvelle génération ? ”
Ces propos étaient-ils fondés? Devait-on en rejeter la responsabilité sur le nouveau régime scolaire ?
Voilà la matière qu'il faut examiner, l'étude qu'il importe de faire pour connaître la vérité sur un sujet aussi important ; et la meilleure méthode à employer pour obtenir ce résultat est l'observation pure et simple des faits, la méthode expérimentale, si juste dans ses conclusions et autrement convaincante que la phraséologie verbeuse des idéologues. Nous n’aurions probablement jamais pensé à publier ce travail, si, depuis quelques années, on n’essayait, par divers moyens, de gagner notre admiration envers des hommes et des choses pour le moins contestables, d’éveiller notre sympathie pour des idées que nos pères auraient certainement repoussées avec toute l'énergie de leur âme, de détourner notre attention de la diffusion au milieu de nous de principes qui ne causent que des ruines intellectuelles et morales dans les pays où ils s’implantent. Cet examen est surtout nécessaire à une époque comme la nôtre, époque de curiosité malsaine, de cabotinage, où les esprits acceptent avec une singulière inconscience des opinions et des doctrines dont la moindre analyse fait voir toute la folie ou la malfaisance.
Inutile d'ajouter que les commentaires et les aveux que nous citerons dans cette étude, ne seront autres que les commentaires et les aveux mêmes d’écrivains ou de publicistes français de diverses croyances, mais surtout d’adversaires de la foi chrétien-
ne. Ces témoignages, malheureusement, ne sont pas de na-
ture à nous convaincre que le nouveau régime scolaire a été un bienfait pour la France: ce n’est pas l'histoire de ces vingt dernières années que la postérité se plaira à louer et à relire. Le lecteur, d'ailleurs, jugera par lui-même de la valeur des faits que nous allons reproduire.
Commençons par une citation assez anodine, comparée à celles qui suivront, et qui s'applique également à d'autres pays que la France.
“ Nous assistons, disait M. Jules Simon en 1890, nous assistons à un mouvement des esprits bien malheureux. J'ai visité et j'ai vu de près les ouvriers de France, d'Italie, de Suisse, d'Allemagne, de Belgique, et j'ai partout constaté avec tristesse qu'il n’y avait plus de patriotisme. On abandonne les idées généreuses ; on veut jouir avant tout: “ Gagner beaucoup d’argent et jouir.” On ne généralise plus. “ Le patron est là pour nous empêcher de gagner plus d'argent, dit-on, donc guerre au patron.” Et c'est partout la même chose.”
Mais tenons-nous-en à la question des écoles laïques et aux résultats qu’une expérience d’une vingtaine d'années peut maintenant nous fournir. Laissons parler les statistiques. Il n’y a rien comme les chiffres pour donner la vraie solution des choses.
Vers l’époque où M. Jules Simon prononçait les paroles que nous venons de citer, plusieurs conseils généraux, rapporte un journal français du temps, dans une récente réunion, émirent des vœux en faveur de l’enseignement religieux dans les écoles, en faisant remarquer que l’enseignement laïque était lié d’une façon étroite aux progrès croissants de la criminalité.
‘“ Que la démoralisation soit le résultat direct, le produit avéré des lois de laïcisation forgées par la passion sectaire, dit un de nos confrères, c’est ce que le bon sens le plus élémentaire proclamera en présence de chiffres concluants dont on ne saurait trop se servir.
“ Les chiffres, en effet, ils sont là, plus catégoriques que tout le reste. En voici un exemple qui fera réfléchir tous les esprits positifs, par-dessus tout accessibles aux arguments de faits.
.“Suivons, d'abord, l’effrayante progression des affaires criminelles depuis vingt ans:
“Années 1871-75, moyenne annuelle, 155.545: années 1876- 80, moyenne 167,229: années 1881-85, moyenne 180,806: année 1886, 180,720 ; année 1887, 191,108.
“Et les comptes généraux annuels ne sont pas encore publiés pour les années postérieures! Ce silence est-il de bon augure? L'administration de la justice criminelle ne le saurait prétendre! L'administration ne pourra soutenir plus heureusement que la progression de la criminalité n’est pas en rapport direct avec les bienfaits de l'éducation laïque, avec les doux mystères de la morale civique, de la morale à rebours.
“ Depuis quelques années, les criminels précoces augmentent dans des proportions stupéfiantes. De 1886 à 1888, c'est-à-dire cinq à six ans à peine écoulés depuis la loi des écoles sans Dieu, le nombre des criminels âgés de moins de vingt ans a passé de 23,000 à 29,000.
“ Dans ces dernières années, le nombre des assassinats a augmenté presque d’un quart; nous y trouvons des détails de férocité à faire frémir. Aurait-on déjà perdu le souvenir de ces jeunes scélérats de dix-huit ans qui tuent pour quelques francs, et courent chercher des distractions au théâtre, une couple d'heures après avoir “ fait le coup? ”
“Dans la seule année 1888, le nombre des divorces ou des séparations de corps atteint près de 8,000, chiffre qui atteste tout au moins une profonde indépendance vis-à-vis la loi sacrée de l'indissolubilité des mariages.
“De 1879 à 1880, le nombre des récidivistes s'est élevé de 62,000 à 85,000.
En 1879, on avait comme chiffre moyen de dépense d’alcool un litre et demi par habitant. Aujourd’hui qu’on atteint quatre litres, il y a moins de condamnations pour ivresse.
‘“ Est-ce que les citoyens supporteraient mieux l’eau-de-vie aujourd’hui qu'ils ne la supportaient hier, ou bien le gouvernement aurait-il trouvé le secret de prévenir tous les effets pernicieux d’un liquide sujet à tant de falsifications ? Ce n'est guère probable et, d’ailleurs, voici que M. le garde des sceaux lui-mèéme fournit une autre explication qui approche sensiblement de la vérité: “ "l est à craindre, avance-t-il timidement, que la di- ‘“ minution des contraventions du chef d'ivresse ñe soit qu’appa- “rente et qu’il ne faille plutôt l’attribuer “ à la diminution du ‘nombre des poursuites.”
“ Finissons par une autre statistique, tout à fait édifiante celle-là, et qui en dit long sur le désordre des mœurs dans l’enfance et dans la jeunesse parisienne: “ Il a été arrêté à Paris, “ de 1881 à 1891, 40,040 mineurs au-dessous de seize ans, pour “faits de mendicité, et 13,732 mineurs pour faits de prostitu- “tion.”
“ L'augmentation de la criminalité, la corruption croissante de l’enfance sont attestées par tous les renseignements quelque peu épars que l’administration de la justice criminelle n’a évidemment, on le sent du reste, aucun intérêt à réunir. T'els sont les résultats de l’enseignement sectaire qui pèse sur la jeunesse. On juge l'arbre à ses fruits.”
“ Depuis que la foi n'est plus la sauvegarde des mœurs, écrit M. Arthur Loth, on constate partout que la démoralisation de l'enfance va croissant. A Paris, la corruption de la classe ouv'ière sortie de l’école communale est épouvantable. Des turpitudes inconnues il y a dix ans y sont devenues habituelles. Les mœurs de Sodome reviennent par la jeunesse. La statistique criminelle témoigne des progrès du vice. En deux ou trois ans, le nombre des condamnés au-dessous de 16 ans a triplé. Le mal est profond. On ne peut plus ne pas le voir. L'irréligion devait amener cette corruption.”
La vérité est que la science peut bien éclairer les intelligences, mais la religion seule moralise. “ L’affinement des esprits n’est pas leur assagissement ”, disait Montaigne.
En 1890, M. Guillot, juge d'instruction et rapporteur du comité de défense des enfants traduits en justice, déclarait dans un livre tristement instructif, que le nombre des jeunes criminels avait quadruplé depuis vingt ans; de cinq mille environ, il s’est élevé à plus de vingt mille; puis il ajoute: “ Il ne peut échapper à aucun homme sincère, quelies que soient ses opinions, que cette effrayante augmentation de la criminalité chez les jeunes gens a coincidé avec les changements apportés dans l’or-
. ganisation de l’enseignement public: ce doit être, pour la
conscience de ceux qui ont cru trouver le progrès dans cette voie nouvelle, un lourd souci que de voir la génération se distinguer par sa perversité brutale.
“ Les vieux tuteurs de l’enfance n’ont pas été impunément renversés; il n’y a plus d'équilibre entre les impulsions instinctives et les forces de résistance qui sont le résultat de l’éducation et du milieu ; la morale pratique ne peut, sauf chez certaines natures exceptionnelles, “ subsister que par le dogme ”’: le jour où elle devient une abstraction d’ordre purement humain, elle peut être discutée et varie suivant le sentiment, l'intérêt et les appétits de chacun.”
L’instrument d'éducation — qu’on nous passe le mot — dont dispose le maitre chrétien, est la morale évangélique, telle que l'Eglise l’enseigne, une morale à principes nets et qui s'impose. Les préceptes qu’elle contient ne flottent pas et ne varient pas au gré des esprits. Elle n’est pas, d’autre part, un édifice sans solidité, parce qu’il serait sans fondement, une élucubration philosophique que la raison de chacun a le droit de traiter comme elle l'entend. Elle se présente revêtue d’une autorité inéluctable, celle de Dieu; elle est appuyée d’une inévitable sanction, la récompense ou le châtiment dans la vie de l’éternité. Le maitre enseigne à son élève le devoir au nom de Dieu; au nom de Dieu, il reprend, il relève, il encourage. Aux heures où l’enfant cesse d’être sous sa surveillance directe, il ne reste pas sans surveillant, l’enfant se croit et se sait sous le regard de l’invisible Témoin à qui rien n’échappe. Enfin l'élève de la
maison chrétienne, dans sa lutte contre le mal et dans ses efforts vers le bien, a l'assistance si puissante des pratiques de la religion.
Les tenants du laïcisme doivent en prendre leur parti. Ils peuvent, avec les millions du budget, bâtir des palais scolaires ; ils peuvent installer des maitres dont la science ne craigne pas la comparaison; mais y donner une éducation qui vaille celle que reçoivent les élèves des collèges chrétiens, ils ne le peuvent pas.
“ La vérité, écrit dans la “ Tribune des Instituteurs et des Institutrices ”, journal officiel de la pédagogie (1), un des chefs les plus autorisés du système actuel d’enseignement, la vérité est qu’on cherche encore la méthode de l’enseignement moral à l’école primaire. Nos leçons didactiques ont eu Île plus piètre résultat. Malgré le zèle des maitres, leur action personnelle incessante, sur laquelle il semblait que l’on dût plus compter que sur les leçons de forme, n’a pu s’exercer d’une façon beaucoup plus efficace, parce que la discipline, par le temps qui court, s’en va à vau-leau. Et pourquoi l’autorité de l'instituteur diminue-t-elle de jour en jour? Parce que, de notre temps, on a fait de l’enfant un petit dieu qu’il faut choyer sans cesse et éviter de contrarier.
“ Depuis plusieurs années, sous prétexte de respecter chez l'élève la dignité du futur citoyen et de développer en lui le sentfment intime et délicat de la responsabilité morale, on a introduit dans les écoles des théories énervantes et d’un effet déplorable. Elles produisent peu de citoyens et beaucoup de ratés.
“ Les lois scolaires de ces dernières années, en séparant l’Eglise de l’école, ont porté, il faut le reconnaître, un rude coup à l'influence du clergé sur les enfants. Eh bien! au risque de passer pour un rétrograde auprès de ceux qui ne me connaissent pas, je crois qu’il faudrait regretter l’ancien état de choses, si
(1) No du ler février 1888.
l'on ne trouvait pas le moyen de donner réellement l'enseignement moral dénué de tout caractère confessionnel.
“La morale religieuse est, après tout, celle du Christ, une morale qui en vaut bien une autre. Si nous ne réussissons pas à la remplacer par quelque autre chose d’efficace, il y aurait alors vraiment lieu de la regretter.
‘ Redcutons d'élever des générations d'enfants chez qui le sentiment du devoir sera affaibli et ne pourra que s’affaiblir de plus en plus. Les conséquences en seraient désastreuses. Sans éducation, pas de mœurs; et sans mœurs, sans vertus, pas de force vitale, pas de stabilité politique, pas de prospérité ni de grandeur nationale.”
Voilà des avis dont l’autorité est celle que donne l'évidence mème des faits. Ont-ils servi à ouvn: les yeux de ceux qui pouvaient détourner les maux dont le nouveau régime scolaire menaçÇait la jeunesse française? Non! puisque les statistiques de la dernière période décennale du siècle démontrent que la situation, au lieu de s'améliorer, est devenue de plus en plus sombre et décourageante.
‘“ Le niveau de la moralité baisse dans le peuple, dit la “ Revue de l’Instruction primaire,” septembre 1895. Le nombre toujours croissant des enfants criminels constitue un péril social. Cependant l’école ne fait pas tout ce qu’elle doit pour le combattre...
“ Si l’on veut conjurer le péril, il faut réagir depuis l’école normale jusqu’à la modeste classe enfantine, “ contre un mouvement qui menace d’emporter l'édifice social.”
De son côté, le “ Petit Journal ” de Paris, du 2 décembre de la même année, commente de la manière suivante la progression de la criminalité en France, qui coïncide avec les progrès de l'éducation laïque et obligatoire. Il s’écrie:
‘ On avait beaucoup espéré de la loi sur l’enseignement obligatoire; on la considérait comme devant arrêter les progrès de la criminalité de l’enfance; on citait l'exemple de l’Angleterre où depuis la loi de 1870, qui a élevé de 1 million à 5 mil-
lions le nombre des enfants fréquentant les écoles, le nombre des jeunes condamnés est tombé de plus de 10,800 à 5,000. En France le même phénomène ne s’est pas produit. Si la faute en est à l’absence d'éducation religieuse, à l’affaiblissement de la morale, c’est ce qui est en dehors de mon sujet d'étudier aujourd’hui; mais le fait est là dans toute sa brutalité, le mal n’a pas diminué en France...
... L'école publique n’a pas pu à elle seule moraliser l’enfance, et les vices que font naître tous les mauvais instincts se développent d’une manière effrayante; la destruction de l’esprit de famille, le jeu, l’alcool, font leur œuvre, dépopulation d’abord, démoralisation ensuite.
‘“ Voilà donc détruits par le fait ou par la force des choses, ces beaux rêves et ces beaux projets des libres penseurs “ de la démoralisatica par la déchristianisation.”
Le remède pour “ éteindre ce vaste foyer de décomposition nationale ”, serait d’abolir les écoles laïques; le fera-t-on avant que l’œuvre néfaste soit consommée? Peut-être, si la France, par un de ces élans dont l’histoire nous offre plus d’un exem- ple, redevenait elle-même en se débarrassant de l'influence cosmopolite et de celle encore plus déshonorante de la franc-maçonnerie, qui l’étreignent dans ses destinées.
Le “ Petit Journal ” cite l'Angleterre et la loi de 1870. Mais l'Angleterre, qui est devenue un pays libre depuis la signature de 14 Grande Charte, avait, en 1898, 14,500 écoles libres, et seulement 5,316 écoles publiques. Le gouvernement subventionne les deux systèmes d'écoles.
On remarque que la criminalité diminue dans l’Ile britannique à mesure que le nombre des écoles libres augmente, malgré l’accroissement de la population. Ainsi, la moyenne des condamnés, qui était de 2,800 avant 1864, est descendue graduellement à 700, et huit prisons sont devenues inutiles faute de pensionnaires. Il faut dire que la neutralité en matière religieuse dans les écoles anglaises est une chose inconnue, et que la sève vivifiante du catholicisme pénètre toujours davantage
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