‹ Canadiens, méfiez-vous [microforme]Chapitre 5 sur 7 · ÉLOQUENTE PROTESTATION · texte numérisé non relu

ÉLOQUENTE PROTESTATION

Sous le coup de l’indignation provoquée par la récente mesure de M. de

Lanessan, interdisant les manifestations de foi dans les flottes, le Vendredi

saint, M. le comte de Mun vient d’adresser la lettre suivante au ministre de la marine :

| “ Chambre des députés,

‘“ Paris, le 11 avril 1900.

“ Monsieur le ministre,

“ Les journaux annoncent qu’hier, vendredi saint, contrairement à l’usage traditionne!, les bâtiments de la flotte nationale, stationnés dans les ports, n’ont pas pris les marques de deuil jusqu'ici prescrits par les règlements.

“ A Brest, assure-t-on, les vaisseaux avaient déjà mis leurs vergues en pan-

Et cette haine de l'Eglise, ou de ce qu’on appelle dans le monde politique le cléricalisme, se manifeste de tant de manières, en tant de circonstances et sur tant d'objets, qu'on dirait, en vérité, que c'est là la plus grande préoccupation du gouvernement.

Pourquoi cet hymne à Victor Hugo, pour revenir à la question de l'Exposition? Est-ce que la France n'aurait jamais produit de plus grands hommes que Victor Hugo? Est-ce que Pasteur, par exemple, pour ne parler: que de notre siècle, n’a pas mieux honoré sa patrie à l’étranger, n’a pas mieux servi ses compatriotes et l'humanité tout entière que Victor Hugo? Je sais que les admirateurs intéressés des doctrines du célèbre écrivain ont voulu le bombarder premier poète du siècle: mais je tiens pour assuré que la postérité ne ratifiera pas ce jugement. Il y a parfois plus de vraie poésie dans une seule page

tenne et abaissé leurs pavillons, lorsqu'il a fallu, sur un télégramme de votre cabinet, suspendre la manœuvre.

“ La Chambre était en vacances depuis quelques heures, c’est sans doute:

pour attendre son éloignement que vous avez ainsi différé votre décision jusqu’à la dernière minute. :

“ Vous avez pensé qu’en dépit des sentiments antichrétiens d’une partie de ses membres, elle eût refusé d'approuver la brusque rupture d’une coutume établie depuis si longtemps, et que, jusqu'ici, tous vos prédécesseurs, sans exception, avaient respectée.

“ L'opinion publique appréciera, comme il convient, cette méthode de gouvernement.

“ Quant à moi, ayant l’honneur de compter parmi les représentants de nos Pope ons maritimes que cette mesure blessera, n’en doutez pas, jusqu’au ond du cœur, j'ai le devoir de vous exprimer, en leur nom, les sentiments d'indignation que je ne puis porter à la tribune.

‘“ L'habitude de commémorer, sur les bâtiments de la flotte, dans une émouvan démonstration, le plus auguste des souvenirs chrétiens, ne pouvait porter vinbrage à personne, si ce n’est qu’à ceux que leurs passions sectaires animent contre toutes les manifestations de la foi catholique. C’est à eux que vous avez obéi. La franc-maçonnerie satisfaite vous donnera ses éloges: Vous les avez mérités.

“ Mais la France chrétienne sera douloureusement émue et, avec elle, tons ceux qui, chez nous — ils sont nombreux — gardent encore, alors même qu'ils n’en observent pas tous les préceptes, un sentiment de respect pour la vieille religion de nos pères.

‘ Les populations qui donnent leurs fils à la patrie pour le rude métier de la mer, ressentiront plus vivement que les autres, l’injure faite aux croyances dont elles conservent, dans leur immense majorité, le culte profond.

“ Elles savent, en effet, que pour les marins livrés au péril des navigations, la foi est le soutien des âmes et le lien qui les unit à la patrie absente.

‘“ Au récit du suprême attentat qui apprend à leurs enfants le mépris où les

dé cut :

de Lamartine ou de ce pauvre Musset que dans tout un volume de l’auteur des Quatre Vents de l'Esprit. Mais enfin, pourquoi cet hymne à Victor Hugo? Inutile, cher lecteur, de vous donner tant de peine pour en découvrir la raison; ce n’est pas malin à trouver: c’est tout simplement parce que cet homme a employé la plus grande et la dernière partie de sa vie à combattre l'Eglise, à prècher des doctrines chères aux sectaires qui gouvernent la France en ce moment et qui ont organisé cette Exposition, “ laquelle, dit ‘le Gaulois ” du 17 avril, ne nous présentera pas un mirage de grandeur et de prospérité capable de nous voiler notre décadence.”

Puisqu'on ne voulait pas glorifier Dieu à cette occasion, rendre gloire à Celui qui est la source première de toute science, on aurait mieux fait de ne rien chanter; la France y aurait gagné aux yeux de l'étranger.

L'apothéose du centenaire de Michelet s'explique de la mé-

tiennent ceux qui les gouvernent, les mères, en plus d’un foyer, verseront des larmes.

“ La discipline militaire ne permettra pas aux officiers de la marine nationale de vous faire entendre la plainte de leur conscience offensée ; mais je suis assuré que le plus grand nombre d’entre eux approuvera ma protestation.

“Ils connaissent trop bien le prix qu'ont, dans leur dure profession, les hautes leçons de sacrifices tombées de la croix, pour ne pas être profondément attristés de les voir méconnaître par celui que les hasards de la politique ont placé à leur tête.

“ On dit que, dans les ports, tandis que les bâtiments de la flotte gardaient la tenue de chaque jour, les navires de commerce, placés dans le voisinage, ont pris, comme d'habitude, les marques de deuil.

“ S'il en est ainsi, plus d’un de nos commandants de vaisseau a dû sentir son cœur se serrer en voyant s’abaisser devant Ja majesté du Christ les pavillons des paquebots, pendant que les leurs se relevaient tristement, comme dans une révolte involontaire, désa vouée par leur cœur de soldat.

“ Une fücheuse coïncidence rapproche aujourd’hui de la pompe extérieure décernée aux œuvres humaines le dédain hier affiché pour la plus grande des œuvres divines. T/un ne portera pas bonheur à l’autre. .

‘“ Le monde s’étonnera LH ce contraste. Mais la France n’en doit pas être rendue responsable. Ceux qui la connaissent ne s’y tromperont pas.

“ Il était bon cependant que cela fût dit publiquement.

“ C’est pourquoi, autant qu’il est en moi, comme chrétien et comme représentant du pays, je proteste de toutes mes forces contre l’acte public d'irréligion que vous avez, malgré elle, imposé à la marine française.

“ Veuillez agréer, monsieur le ministre, l’assurance de ma haute considé-

ration.

“ A. DE Mu, ‘“ Député du Finistère.”

me manière. Proclamer Michelet “historien national” est déjà d’un comique plaisant; mais célébrer en grande pompe, avec un caractère officiel, le centenaire de cet insulteur du passé de la patrie, l’auteur de tant de pamphlets obscènes contre la religion et ses ministres, un des romanciers les plus influents dans la propagande du mal; oser proposer cet homme en exemple à la jeunesse, l’imposer à l’enseignement des professeurs sans soulever une réprobation générale, sans que l'opinion publique fasse justice de cette œuvre sacrilège, c’est une chose qui ne peut se voir que dans une époque de décadence. Un des moindres inconvénients de cette immixtion officielle, est que la jeune génération va maintenant apprendre à admirer le héros de Michelet, Fréderic II, le “ grand roi de Prusse ”, le seul “ véritablement grand ” à qui il est “ ridicule ” de comparer Napoléon, “ l’heureux Corse ”, le “ favori du destin ””, mais surtout, surtout, parce que c'est un homme “ attaché au catholicisme ”, et, par suite, digne de tous les mépris! (1)

Je vois, dans le mème ordre de choses, un signe des temps dans l’emploi de la pierre et du bronze que l’on prodigue de nos jours à tant de gloires apocryphes; cela fait songer à l’époque de décadence de l’Empire romain, où tout devenait dieu, où les Néron étaient divinisés même de leur vivant.

Autrefois on était beaucoup plus difficile. On ne rendait des honneurs publics qu’à des hommes de mérite incontestable, des hommes qui avaient bien servi leur pays, et dont la conduite vertueuse pouvait au moins être citée comme modèle. Aujourd'hui on élève des monuments à des gens qui ont prostitué un beau talent dans des passions et des excès de tous genres, jusqu'à en perdre la santé et la raison : Guy de Maupassant, qui “s’est suicidé par le plaisir ”, a maintenant sa statue dans une des places publiques de la capitale.

(1) 11 faut remarquer que la personnalité de Michelet compte deux époques bien distinctes : celle d’avant 1843 et celle d’après. Inutile d'ajouter que c’est le Michelet de la seconde date que le gouvernement entend g’ ‘er, celui, dit

Nettement, ‘qui a re les dernières années de sa vie à réha. iter le paganisme et à diffamer le catholicisme.”

Ce n'est ni le talent ni même le génie qui donnent du mérite, mais bien l’usage qu’on en fait.

En 1898, un comité quelconque, mais tout à fait dépourvu de sens moral, avait proposé d'ériger une statue à la Clairon, célèbre tragédienne du 18e siècle, dans la ville de Condé-sur-Escaut, lieu de sa naissance. “ Mais ses compatriotes, disait à ce sujet “le Temps ” de Paris, n’ont pas jugé que ce fût pour elle un titre suffisant à se dresser en marbre et en bronze sur une de leurs places publiques. Ils ont été beaucoup moins éblouis par sa gloire d'artiste qu'inquiétés par sa réputation de femme dent on ne peut pas même dire qu’elle fut douteuse, attendu qu'aucun doute n'a jamais plané sur ses déponsments.” Le comité a dû abandonner son projet, et pour cause.

Ceci me rappelle l'incendie du Théâtre-Français en mars dernier, où une actrice, Mile Henriot, eut le malheur de perdre la vie. Cet accident rendait certainement très pénible et regrettable la mort de cette jeune personne. Mais, voyons! estce qu'on devait s'attendre que le président de la République, les ministres, les journalistes, porteraient le cabotinage au point d'aller s'inscrire chez elle! Le jour mème où l’on enterrait Mile Henriot, on enterrait à Bessèges seize mineurs dont la plupart étaient pères de famille, et qui tombaient au puits de Larbousset, victimes du grisou. Les gazettes ont à peine parlé de la catastrophe poignante de Bessèges, et aucun ministre, aucun homme d'Etat n’accompagnait dans le cortège ces seize cercueils vers le champ des morts. Les enfants et les veuves de ces malheureux mineurs se consolèrent tout seuls, dit-on, sans que personne ait daigné s’en occuper; tandis que pour l'accident du Théâtre-Français, lequel, bien sûr, ne pouvait affecter la vie nationale, la France eüût-elle perdu une province, certains journaux n'en auraient pas gémi davantage. Un peuple est près de sa fin quand les grands intérêts supérieurs de la foi, des croyances, du patriotisme, de la dignité nationale, sont dominés par les préoccupations et les émotions du théâtre et du cir-

que.

Du pain et les jeux du cirque étaient tout ce que demandaient les Romains dégénérés.

Les gouvernants de la France de la fin du siècle ont commis une grande faute en se désintéressant des affaires du dehors comme ils l'ont fait, pour ne s'occuper que de la politique intérieure du pays. Il n'y a rien qui amoindrit les hommes que cette préoccupation constante et pour ainsi dire unique des soins du ménage national. Ce régime dissout les individualités, abaisse les caractères, use et affaiblit un peuple. Anciennement, la patrie du “ premier baron chrétien ” prenait l'initiative en toutes choses: elle était renommée par sa foi, sa générosité, son courage, sa justice; à part sa croyance qu'elle tenait de Dieu, elle tirait tout d'elle-même, sa pensée, sa politique, ses institutions, sa gloire, donnant à tous, ne recevant rien de personne: c'était la première des nations, et tous les peuples de la terre acceptaient son ascendant comme un fait naturel (!). Aujourd'hui, par l'impiété systématique de ses chefs, la France fait bande à part, ou plutôt c’est le monde qui marche sans elle ; elle est là, agitée, en proie à des divisions qui menacent de ne point finir: on la dirait frappée d’un coup mortel. ‘ L’anarchie règne dans l’armée, dans la loi et dans la rue (*). La violence est à son comble (°).

(1) En parlant de l’expédition que M. de Gerlache, officier de la marine belge, avait organisée en 1896 pour découvrir le pôle sud, et des expéditions que les Allemands et les Anglais organisaient, de leur côté, dans le même but, la Nature, du 28 août 1897, exprimait le regret suivant: “ Faut-il, en terminant, faire remarquer qu'antrefois les grandes expéditions scientifiques étaient entreprises par notre pays et par la marine française ? ”

(2) Le Gaulois, 14 février 1898.

(3) Les vols et les profanations dans les églises sont devenues, depuis dix ans, d’une fréquence dont on n’a jamais vu d'exemples. Le dernier attentat a été l'incendie de l’église d’Aubervilliers, dans la banlieue de Paris, dans la nuit du dimanche au lundi de Pâques. ‘ Des malfaiteurs, dit un journal français qui raconte l'événement, ont profané, saccagé, finalement incendié la basilique d’Aubervilliers, sanctuaire aussi renommé au point de vue historique que vénéré au point de vue religieux. Et les circonstances de ce forfait,

ui a failli causer l’écrasement des deux hommes qu’on a retrouvés sous les décomibren du clocher, sont telles qu’il n’est pas possible de nier la corrélation qui le rattache à la politique sectaire dont le gouvernement donne l'exemple et dont il poursuit aveuglément l'application. Le dernier discours de M. Wal-

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