‹ Canadiens, méfiez-vous [microforme]Chapitre 6 sur 7 · NN · texte numérisé non relu

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Les scènes plus que disgracieuses auxquelles donnent lieu parfois les débats parlementaires (rappelons-nous celle de 1898 à l’occasion de l'élection du président de la Chambre), nous font l'effet d'une assemblée d'hommes indignes de la liberté, ou bien à qui le régime républicain ne convient nullement; et vraiment on serait tenté de croire que cette dernière hypothèse est fondée en présence de l'insécurité politique dont souffre le pays (1). On oublie qu’un peuple vaut ce que valent ses institutions, ses mœurs et les hommes qui le gouvernent. On cherche à s’étourdir, à déguiser sa misère sous la pompe d'une phraséologie retentissante, et, pour forcer l'estime du monde, on court à l'éclat et au bruit. “ Malgré les appels à l’apaisement d'une presse officieuse intéressée, on ne parvient qu'à grand’ peine à étouffer l'émeute, à prévenir la guerre civile toujours sur le point d’éclater. Au moment où on organise une fête, qu'on dit être la grande fête du commerce et de l’industrie, qui devra démontrer la supériorité industrielle et artistique de la France, mais qui sera suivie probablement de plus de chômage et de misère que de profits réels, et pendant qu'on se glorifie dans la pensée d’une supériorité que les autres peuples ne reconnaissent plus, une ville batave, Rotterdam, active et industrieuse, supprime dans les écoles primaires l’enseignement du français, pour n’y conserver que l'anglais et l'allemand. *“ Dans

deck-Rousseau, dont l'affichage a été ordonné dans toutes les communes de France, et dont un exemplaire aura sans doute été apposé sur les murs de l’église sacrilègement incendiée, ne montre-t-il pas toute la politique du parti au pouvoir se résumant dans la gnerre à la religion ? Et la décision impie de M. de Lanessan, supprimant les hommages séculaires par lesquels la marine française commémorait la mort de Jésus-Christ, n'est-elle pas virtuellement et foncièrement d’une perversité plus grande que l'exploit insensé des incendiaires d’Aubervilliers ? ”

C'est probablement À ces mêmes causes qu’il faut attribuer l’acte aussi <acrilège qu'imbécile du maire de la ville de Reims, qui faisait abattre, le 7 juin dernier, la croix monumentale de la rue du Jard, et enlever les emblèmes religieux de la porte d’entrée des cimetières.

(1) Depuis le 4 septembre 1870, la République a nsé trente-neuf cabinets. La durée moyenne de ces trente-nenf cabinets a été de moins de neuf mois. Impossible, avec une instabilité ministérielle pareille, de réaliser de longs desseins, d'accomplir aucune œuvre de longue haleine ; ce n’est pas même vivre ; tout au plus peut-on dire que l’on rivote.

‘une ville commerçante, dit le rapport de la commission mu- “ nicipale, on n’a pas besoin du français.”

Lorsque l’on compare le triste et déplorable état de choses qui existe en France en ce moment aux réformes et améliorations de tous genres qui avaient été si pompeusement annoncées, on se prend d’un profond mépris pour ces intelligences tant vantées qui, entreprenant avec un si grand fracas de refaire le monde, ont avorté de la création informe ou plutôt du chaos que nous avons sous les yeux.

“Que l’on envisage, écrivait, au mois de déçembre dernier, le vaillant et infortuné colonel de Villebois-Mareuil dans un remarquable article sur l’œuvre coloniale de la troisième République, que l’on envisage, dit-il, politiquement, administrativement ou commercialement cette œuvre coloniale, on aboutit à l'invariable surprise de ce qu’a pu être la représentation gouvernementale d’un pays comme la France en ces vingt dernières années! Jamais on ne mettra assez en évidence le bilan d'incapacité, de mensonge et de forfaiture nationale de ces gens-là...

‘“ Le réveil qui déjà passe comme un frisson sur la masse endormie sera, nous voulons le croire, suivi d’une activité vengeresse, mais qu'il sera tardif et que de résultats inexpiables il constatera dans l'éducation de la génération qui arrive, autant que dans la dilapidation de l'héritage national! Il faut bien se l'avouer, le République parlementaire, qui ne mourra ni d’un homme, ni peut-être d’un événement, mais qui s’en va du dégoût populaire, aura engagé si avant dans la ruine l’avenir de ce pays qu'il faudra, à défaut d’une volonté de génie, bien du temps pour relever la France à son rang de grande nation.

“ Nous appelons grande nation celle qui n’incline pas ses droits devant les prétentions d’une autre, qui gouverne ses destinées au dehors comme au dedans, fait à ses nationaux une place privilégiée par le monde, qu’on sent assez sûre d’elle pour soutenir par la force ses intérêts si on l’y contraignait.

‘ Or la France n’a vécu sous notre anarchie parlementaire

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| qu'en nation de second rang, conduite comme une servante [All | par des puissances maitresses dans tous les sentiers diploma- | tiques où elle s'est engagée, et encore s'y est-elle montrée comme une servante qui craint les coups, fuyant toujours, après des raisonnements, devant la pile qu'on lui promet. En vérité, c'est encore là qu'on mesure le plus exactement le chemin de chute de notre troisième République dans l'histoire de ce pays, car c'est dans cette dernière figure sous laquelle on aurait cru que la France püt jamais se présenter au monde (1).”

Le pays en est rendu à avoir une dette de 30 et quelques milliards, avec un budget de 3 milliards et 73, qui, chaque année, s’accroit de 30 à 40 millions. C’est, comme on le voit, un frdeau sans cesse croissant pour une population qui n'augmente pas. “ Ce qui nous attend, écrit un publiciste français, ce à quoi nous marchons d'un pas régulier et sûr, c'est à la banqueroute, ou, si vous voulez, la conversion du 3 p. c., c'est-à-dire l'épargne française ruinée au tiers ou à moitié.”

On a créé, depuis l'établissement de la troisième République, une foule d'emplois superflus, dans le but d'augmenter le pa- HE tronage et la popularité des députés; de sorte que le pays, déjà | soumis à une bureaucratie embarrassante, est aujourd'hui en-

combré de fonctionnaires. En 1820, il y en avait 150,000; en dé 1846, le nombre des employés du gouvernement, employés de tout ordre, de tout grade, était de 200,000 environ; aujourd'hui F il est de 425,000.

| Les: 200,000 employés de 1846 touchaient en gros 200 millions; les 425,000 de 1898 touchent près de 600 millions. Le [ina chiffre des pensions s’est élevé dans la même proportion que celui des traitements. Il y a plus de 300 millions inscrits au budget pour les pensions de toute origine, de toute nature. “ Notre chère patrie, dit M. Pelletan, pour laquelle ses fils ont versé tant de sang, est perdue, si nous n’avons pas le courage de supprimer les abus administratifs.”

1)“ L’Œuvre coloniale de la troisième République ”, dans le Correspondant, 10 et 25 décembre 1899.

Et que dire du coût de la laïcisation ? Que de millions stérilement enfouis dans la coupable et antipatriotique entreprise des lois scolaires!

Aux élections générales de 1898, un grand nombre de députés, dégoütés de la politique, ne voulurent plus se présenter. Je ne veux pas dire qu'ils ont eu raison d'agir ainsi; on ne guérit pas un malade en l’abandonnant à son sort. L'un de ces élus du peuple, M. le vicomte de Vogüé, membre de l'Académie, dont la carrière parlementaire fut marquée par le plus noble désintéressement et le dévouement le plus constant, s'est fait l'écho des motifs qui engagaient ces hommes à se retirer de la vie active. Ces motifs se trouvent exprimés dans une lettre adressée à ses électeurs, et dont voici l'extrait qui concerne la politique générale:

‘“ Je vous parlerai peu, dit-il, de la politique générale, cette douloureuse comédie. J'étais venu à vous, libre de tout engagement antérieur, avec le désir sincère et l'espoir de faire vivre notre République, de l'améliorer, de la rendre plus libérale et plus tolérante, de la faire rentrer dans le droit commun de tous les peuples d'Europe, qui élèvent leurs enfants comme il leur plaît, qui ne paient que pour l’école qu'ils ont librement choisie. C'étaient là des illusions, je le reconnais de bonne grâce. Je les partageaiïs en 1893 avec beaucoup d’honnêtes patriotes, uniquement soucieux du bonheur et de la grandeur de la France.

“C’est de propos délibéré que je me suis tu depuis longtemps au Parlement. Je n’ai pas la prétention d’être un orateur habile : je puis pourtant défendre mes idées, vous m'avez entendu dans toutes vos communes. Mais j'ai acquis la tonviction réfléchie que toute parole sincère est déplacée, inutile, sur ce théâtre du Parlement où tout n’est que mensonge et charlatanisme,. J'ai acquis la conviction que notre parlementarisme actuel, tel que nos mauvaises mœurs l’ont fait, est le pire de tous les instruments pour gouverner un grand pays, menacé dans son indépendance et dans sa richesse.

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‘“ On vous trompe avec des mots. Un avenir prochain vous montrera, je le crains, combien notre France est atteinte dans ses forces vives. Cette Chambre l’a mise au bord de l’abime; ce n’est pas la prochaine qui la relèvera. Quels que soient les hommes, l'instrument faussé est fatalement condamné à ne faire que du mal, à ne servir que des intérêts égoistes.

“ Nous voyons aujourd'hui à la tête du ministère un très honnête homme, M. Méline. Mais que peut-il dans l’anarchie où il sé débat, mal obéi, paralysé, prisonnier des intérêts, des idées fausses, des passions sectaires, d’une coterie de politiciens? Il ne peut rien. Croyez-moi, j'ai vu de près cette impuissance et cette inguérissable misère du parlementarisme. * Le salut viendra, d’ailleurs, d’un réveil déjà sensible du sentiment français contre les maîtres avides, souvent étrangers à notre race, à nos traditions, à nos croyances, qui nous exploitent depuis vingt ans!” (1)

Je croyais être assez au fait des mœurs et des choses de la France de nos jours; mais j'avoue que je me trouve ici en présence d’un dilemme qui me confond.

On donne comme une quantité négligeable, comparée au chiffre de la population, le nombre des francs-maçons dans le pays. De fait, le vrai Français n’aime guère à abdiquer sa dignité d'homme et sa liberté au sein des loges, et je crois que celles-ci se recrutent en grande partie parmi les cosmopolites, les radicaux et autres sans-patrie de toutes nuances. Quoi

(1) Lorsque je parle des sectaires qui gouvernent la France depuis vingt ans, je ne veux pas dire que tous les hommes qui ont fait partie des différents ministères qui se sont succédé per. ‘ant ce nan étaient mus par ces sentiments anticatholiques et antipatriotiques, le catholicisme et la grandeur de la France étant deux choses inféodées l’une à l’autre. 11 s’est rencontré quelquefois, je le sais, de nobles et généreuses exceptions. M. Méline, certainement, est un honnête homme, et n’a rien du fanatique ; il ne veut point de la “politique de secte et de haine.” Son ministère, composé uniquement de républie-ins modérés, promettait une ère d’apaisement et de dignité pour le

ays; ‘ :tsit le meilleur cabi:.:t que ‘a France eût eu depuis longtemps. Mais que pot vaient, dans les cabinets antérieurs, contre la majorité, une ou deux individualités Lien disposées ? Le ministère Méline lui-même a fini par succomber aous l'influence combinée de la juiverie, de la franc-maçonnerie et du radicalisme.

CANADIENS, MEFIEZ-VOUS! sl

qu'il en soit, dans la Chambre, s'ils ne forment pas encore la majorité, ils sont assez forts pour imposer souvent leurs volontés. On affirme, d'autre part, qu'ils sont encore la majorité, dans le pays, ceax qui ont gardé la foi des ancêtres et le respect du prêtre, d'où résulte cette étrange anomalie que l'immense majorité subit la tyrannie d'une infime minorité. * Jamais, disait, il y a quelques mois, M. Jules Lemaitre, jamais, je pense, dans aucun temps ni dans aucun pays, les gouvernants n'ont été aussi méprisés, dans leur ensemble, par le plus grand nombre des gouvernés.” ‘“ Nous sommes le pays le plus mal gouverné du monde, ou, dirai-je, pour ne choquer les sentiments de personne, un des plus mal gouvernés ”, avait déjà écrit M. Jules Roche, ancien ministre, dans son livre ** France et Allemagne.”

Cependant, ces gouvernants sont les élus du peuple. Est-ce que la majorité du peuple ne vote point ?Je sais que l'élément sectaire déploie la plus grande activité et paie d'audace; mais l: partie saine de la population est-elle incapable de secouer l'apathie qui anéantit chez elle l'esprit d'initiative? L'habitude de se décharger de tout sur l'Etat rend-elle les Français indolents, routiniers, passifs jusqu'au point de tout supporter de lui? Le peuple est-il partisan du régime établi au point de ne vouloir y rien changer, faute de mieux, crainte de pire, et le meilleur gouvernement lui paraît-il toujours celui qui existe ? [! semble qu'on puisse appliquer à la France, dans cet ordre d'idées, ces mots de Shakespeare: ‘ Il v a quelque chose de pourri daris le royaume de Danemark.”

Il est probable que l'excès du mal finira par nrovoquer une vigoureuse et salutaire réaction. Déjà on signale un réveil patriotique et religieux propre à faire envisager l'avenir avec confiance. Les classes instruites, l'élite de la nation, reviennent au catholicisme de leurs pères. La masse n'a pas encore suivi le mouvement, mais on assure que cela viendra avant longtemps. La conscience publique est fatiguée de toutes ces vioiences contre la religion. On semble comprendre plus que jamais que si l'on veut que la société française redevienne la plus

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grande des sociétés humaines, ce ne sera qu'à la condition de représenter la plus haute civilisation chrétienne. Si tous les Français étaient franchement religieux et pratiquants, le pays, au lieu d’être la proie des convulsions qui l'agitent, jouirait d’une paix profonde et ferait la loi au monde entier. La piété n’engendre pas la pusillanimité ni la paresse. La religion bien comprise n'abat et n’amollit point le cœur: elle seule sait former de grands hommes.

Voilà ce qui devrait être, ce qu'il ne faut pas désespérer de voir un jour. Mais il s’agit ici, pour le moment, de considérer les choses telles qu'elles existent.

La condition vexatoire qu'on a faite aux Français qui, tout en donnant au régime établi leur franche et entière adhésion, ne veulent point en même temps renier la foi de leurs pères, doit dicter leur ligne de conduite. Ils doivent prendre l'offensive et revendiquer par des actes leurs droits à la justice et à la liberté. Avant tout, ils doivent s'organiser, prendre une part active aux élections, ne donner leur appui qu'à des candidats connus par leur patriotisme et leur honnêteté. Dieu ne sauve que ceux qui s’aident eux-mêmes.

De même que pour le gouvernement, on compte trop sur le clergé; on croit que le clergé et les religieux seuls vont organiser la résistauce. ‘ Faites face aux sectaires, nous sommes 36 millions à faire des vœux pour vous ”, semble-t-on dire.

Quand chaque Français apprendr: t-il donc à compter aussi sur lui-même et à exercer dans sa sphère d'action toute l’influence dont il peut disposer? Par proportion et conformément à notre état, nous sommes même “ obligés ”, comme les prêtres, disait Bourdaloue, “ de prendre en mille occasions qui se présentent les intérêts de Dieu, de combattre les ennemis de sa gloire et de maintenir la pureté de son culte. Si Dieu est votre Dieu, que ne prenez-vous la parole, que n'agissez-vous, que ne combattez-vous pour lui? ” Se taire, c'est, ajoute-t-il, “ donner aux ennemis de Dieu, à l’impiété, au vice, tout l'avantage qu’ils demandent, car le libertinage (c'est-à-dire la libre pensée)

ne demande pas précisément d'être applaudi; il se contente qu'on le tolère. Ouand donc vous le laissez en paix, vous lui accordez tout ce qu'il prétend. Avec cela il ne manquera pas de prendre racine, et, sans avoir besoin d'autre secours, il saura bien se fortifier et s'étendre.”

Ne peut-on pas imiter la conduite des sectaires et des francsmaçons eux-mêmes, ces ennemis acharnés de la vérité et de la liberté? Patronages, cours d'adultes, universités populaires, conférences, mutualités scolaires, associations d'anciens élèves, il n'est pas de procédé qu'ils n’imaginent et qu'ils n’emploient afin de mettre la main sur l'adolescence: ils ne prouvent que trop ce que peut faire une minorité unie, tenace et résolue.

Je sais qu’il ne manque pas en France de cœurs généreux qui se dévouent sans réserve, qui prennent toutes les initiatives, soutiennent toutes les œuvres, supportent toutes les charges; combien qui se prétendent catholiques demeurent à l'écart, restent dans une apathie que rien ne peut vaincre. Se mêler au monde, réfuter les erreurs, détruire les préjugés qui tiennent Cioignés de l'Église tant d'esprits de bonne foi, répandre la bonne parole tout en pratiquant les devoirs de son état, savoir, à l'occasion, parler haut et ferme de façon à être entendu et compris de tout le monde, voilà la manière la plus efficace de collaborer à l'action sociale du clergé: voilà le meilleur apostolat auquel un laïque puisse se livrer.

Sa sollicitude doit encore se reporter sur les écoles, les patronages. les cercles, les journaux, les conférences et à la formation d’une vaste et forte organisation électorale. S'il ne peut pas dcnner d'argent, il peut donner son temps, mais au moins son vote au jour du scrutin.

Sans doute, tout n'est pas parfait dans notre Amérique ; nous ao: bien aussi nos misères: mais au moins un homme, chez nos, compte pour quelqu'un, et il ne s'attend pas que personne va se substituer, pour la réussite de ses affaires, à sa propre initntive.

En Chambre, les catholiques Aevront, comme en Allemagne,

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