‹ Canadiens, méfiez-vous [microforme]Chapitre 7 sur 7 · LES ES · texte numérisé non relu

LES ES

se constituer en parti d'action pour la défense des droits du catholicisme et la sauvegarde des intérêts de la société. S'attarder à en appeler à leurs droits, en énumérer les titres, en exposer la légitimité, c’est peine perdue vis-à-vis les gens à qui ils ont affaire; c'est l'offensive qu'ils doivent prendre: réclamer, exiger, commander. ‘“ Si le gouvernement frappe les catholiques, écrivait-on avec raison il y a quelques mois, c'est uniquement parce qu'il les suppose faibles.” Qu'ils parlent aussi souvent et aussi haut que leurs ennemis, et c'en sera bientôt fait de l'infime minorité qui les tyrannise.

En agissant ainsi, non seulement ils forceront le gouvernement à renoncer à ses projets de persécutions, maïs ils finiront par devenir la majorité et à gouverner eux-mêmes.

‘“ L'occasion, écrit un contemporain, ne fut peut-être jamais plus favorable que le moment présent pour favoriser ce mouvement de concentration. Les gens tant soit peu sensés constatent que la guerre à l'idée religieuse n’a rien produit de bon; que les alliances et les compromissions avec les partis avancés n'ont servi qu'à hâter le mouvement socialiste et révolutionnaire: que la politique de secte n'a créé que des divisions et des malaises dans le pays: que l'exclusivisme républicain a nui aux affaires et à la prospérité générale.

‘C’est le commencement de la sagesse. Il n'est rien de tel que les intérêts pour éclairer les esprits. Le mécontentement quasi général qui se manifeste à l'heure actuelle est un élément de renGuvellement de l’ancien corps électoral. Le ministère Waldeck-Rousseau a plus nui à la République, dont il s'était fait le défenseur, qu'il ne lui a servi. L'exhibition du drapeau rouge, l'agitation gréviste, l'organisation du parti socialiste, qu'il a permises ou tolérées, ont fait ouvrir les veux sur une situation qu’on ne voulait pas voir jusque-là. Beaucoup ont compris que le péril socialiste était plus sérieux que le péril clérical : beaucoup ont reconnu la nécessité de revenir à un système de gouvernement plus sage, à une politique plus conservatrice.”

Il ne s’agit pas de faire une révolution, d'essayer à changer

la forme du gouvernement du pays. Le régime républicain est bon en soi, pouvu que les hommes qui se l'appliquent aient des principes, sachent se gouverner eux-mêmes et soient dignes de la liberté. Ce régime politique est celui dont nous jouissons ici au Canada, sous un autre titre, et nous en sommes grandement satisfaits. Nous dirons donc avec M. Lemaitre:

“ Nous voulons une République qui mérite ce nom et qui ne soit pas contradictoire à son principe. La République est le gouvernement de tous dans l'intérèt de tous. Les exceptions, les proscriptions, les actes arbitraires et tyranniques, odieux dans une monarchie, sont des crimes sans nom dans une république. C'est nous, les opposants, qui sommes les républicains et les démocrates: nos gouvernants et leurs complices ne sont, présentement, qu'une oligarchie factieuse.

* Nous voulons la République de tout le monde, et non plus la République des francs-maçons. Plus de lois persécuitrices, d: ces lois qui restreignent les droits de telle ou telle catégorie de citoyens, et qui violent le principe sacré de l'égalité de tous devant la loi. Nous demandons le maintien. à nos risques et périls, de la liberté d'enseignement, de cette liberté qu'on menace obliquement et avec la plus ignoble hypocrisie. Lt nous demandons la liberté d'association, cui est de droit naturel. Ce droit, à vrai dire, devrait être sous-entendu. et sans mème être inscrit dans nos Codes, s'exercer sous le régime du droit commun.

“* Ce droit d'association, toutes les monarchies d'Europe, même l'Espagne, même l'Autriche, le possèdent : et nous, République, nous ne l'avons pas! ou plutôt, — ce qui est encore plus révoltant — il n'existe chez nous, en fait. que pour un parti. Et quand on sait combien ce droit pourrait être bienfaisant : quand on sait qu'il permettrait à ia démocratie de s'organiser, de se “ hiérarchiser ” librement, et, peut-être, de résoudre une

par une les questions sociales, on se sent pénétré de douleur et de colère en songeant qu'une faction maîtresse des pouvoirs publics détient pour elle et nous refuse ce droit primordial, et

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transforme ainsi en instrument de tyrannie ce qui devrait être un agent de progrès et de salut national.”

Pourquoi, me dira peut-être le lecteur canadien, cette enquête sur les misères de la France? Est-ce que cela nous regarde? Ne convenait-il pas mieux de ne rien dire que d'exposer” ainsi aux yeux de nos concitoyens étrangers les fautes de notre patrie d’origine ?

Quelques mots d'explication sont ici nécessaires. Je comprends les scrupules de mon compatriote; je les ai éprouvés moi-même, et j'ai longtemps hésité avant d'entreprendre le présent travail. Nous nous réclamons de la France avec fierté : nous l’aimons, non pas plus la France d'un temps plutôt que d'un autre, mais nous l’aimons à la façon des Anglais qui ainent l'Angleterre, les Allemands, l'Allemagne, et nous sommes aussi sensibles à sa gloire que s’il s'agissait de notre propre pays. Nous avons dans la vieille patrie de nos pères des amis généreux et dévoués, qui pensent à nous, qui parlent de nous, qui nous veulent du bien. Le bon souvenir qu'ils nous portent émeut nos cœurs reconnaissants, et nous savons fort bien distinguer ces Français patriotes d'avec ceux qui, depuis ces vingt dernières années, préparent la déchéance du pays oui fut “le plus beau royaume après celui du ciel.”

D'ailleurs, et personne ne s'y trompera, mes remarques ne portent nullement sur la ‘“* France des Français ”’, mais sur les sectaires qui la déshonorent et la ruinent. Et si je me les suis permises, c'est que, moi aussi, quoique je ne sois pas Français de France, “ j'éprouve une véritable colère contre les malfaiteurs qui, pris d’une démence inconcevable, prétendent — euxmêmes ont forgé le mot — “ déchristianiser ” la France. Certes! ils n'y parviendront pas. C'est la destinée de l'Eglise d'être toujours militante en ce monde; ce ne sont que des mouvements de flux et de reflux, et, en ce moment précis, nous sentons bien tous que le flot monte. Mais est-il, en vérité, une

plus mauvaise action que de ravir au peuple la foi et la prière ? Car elles sont faciles à ces humbles de cœur — c'est même un de leurs privilèges — et ils v trouvent mieux que nous autres, en qui repousse toujours la mauvaise herbe de l’orgueil, un admirable viatique pour le dur voyage de la vie. Hélas! à l'heure qu'il est, un mal énorme a été fait, il s'aggrave tous les jours, et l'on nous prépare des générations de malheureux qui s'agiteront entre la révolte et le désespoir (!).”

Ce sera le fruit de l’enseignement public athée que la secte qui gouverne en ce moment a imposé au pays. Chaque jour, dans toutes les villes comme dans les plus humbles hameaux, elle s'efforce, au moyen de ses lois scolaires, d'éteindre dans le cœur de l'enfant la croyance chrétienne, d'élever de nouvelles générations étrangères à toute foi religieuse. C'est là un état intorérable pour une nation catholique.

Et ce n’est pas seulement de l'autre côté de l'Atlantique que l'on prépare des générations de malheureux qui s'agiteront entre la révolte et le désespoir, mais jusque dans notre pays où l'on vient nous prôner des doctrines les plus subversives.

Après la Commune de Paris, en 1871, un certain nombre de mécréants vinrent s'échouer sur nos rivages, se répandant un peu partout, mais principalement dans la métropole commerciale du pays. Depuis, à côté de braves et honnêtes Français qui sont venus prendre place à notre foyer et que nous sommes toujours heureux d'accueillir avec la plus cordiale sympathie, les considérant comme de précieuses acquisitions, il nous est arrivé de tristes spécimens de la vieille Europe, de la France du 19e siècle, gens à l'esprit tout imbu de doctrines socialistes, à la parole facile, maniant le sophisme avec assez d'habileté et ne manquant point de s'en servir pour propager, au milieu de notre honnête et paisible population, des théories aussi illusoires que funestes. Il y a quelques mois les tribunaux du pays flétrissaient un de ces corrupteurs des mœurs et des croyances. Ostensiblement, c’est un des nôtres qui a été puni, à titre de pro-

(1) Coppée.

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priétaire de la publication dans laquelle à paru l'article incriminé, mais personne n'ignore que cet individu n'en est point l'auteur ; la * plume étrangère ” dont il a alors été question, en indique assez la provenance.

N'a-t-on pas osé écrire les lignes suivantes, il n'y a pas encore trois ans, dans une autre misérable petite feuille de Montréal, à propos du système d'écoles laïques, gratuites et obligatoires: * Ce que nous avons préché, ce que nous demandons pour le Canada, c'est l'instruction laïque, gratuite et obligatoire, fondement de toute démocratie instruite et utile.

‘* Nous ne prétendons pas avoir réussi à faire triompher ce programme: ce serait trop beau. La France, notre mère pairie, a mis des siècles à en arriver là: mais voyez donc ce que nous avons obtenu déjà!”

Téméraire et insolente provocation, sans laquelle le présent travail n'aurait peut-être jamais paru. Quoique notre enquête eût pu être encore plus complète, nous croyons avoir suffisamment démontré, pour ce qu'ils ont de glorieux, les résultats que la France a ‘ obtenus déjà ”, et qui ne manqueront pas de s'accentuer sous l'enviable régime des écoles que les sectaires lui ont imposées (!).

(1) L'éducation étant une de ces œuvres humaines toujours susceptibles de progrès, nous reconnaissons volontiers qu’il y a des réformes à opérer dans notre système d'enseignement; nous pourrions même ajouter que nous ne nous abusons nullement sur les améliorations qu’il serait ntile d'y introduire. Il suffit de se tenir un peu au courant du mouvement scientifique et littéraire de l’Europe et même des Etats-Unis pour s'apercevoir des lacunes qui, sous ce rapport, existent cheznous. Aussi bien, n’avons-nous eu, jusqu'ici, pour ainsi dire, que le temps de faire le plus pressé : défricher nos terres incultes. La colonisation est encore à l'heure présente l’œuvre nationale par excellence. Ce qui importe le plus à notre prospérité future, c'est de prendre de fortes et profondes racines sur ce sol que nous ont conservé nos aïeux. Cela ne nous & pas empêçhés d’avoir déjà toute une galerie de poètes et de littérateurs qui pourraient figurer avec avantage parmi les écrivains des penples de formation récente. Îly a à peine un siècle que l'Allemagne s'est créé une littérature nationale, et la littérature russe ne fait que de commencer à faire parler d'elle, D'ailleurs, nous connaitrons toujours assez tôt, pour ce qu'ils valent, les raftnements d’une civilisation rendue à son terme. Quoi qu’il en soit, nos gonvernants s'occupent, de concert avec ceux qui ont charge d’âÂmes, à réformer, rendre meilleur, plus efficace, plus approprié à nos besoins du moment, notre

régime scolaire.

autre part, maintenant que nous augmentons on nombre, que nous com-

CANADIENS, MEFIEZ-VOUS! s9

Et comme ces sectaires sont les mêmes partout, leurs congénères émigrés en ce pays, par leurs paroles, par leurs actes et par leurs écrits, ont affaibli chez un certain nombre de Canadiens peu réfléchis et peu instruits où à mauvaises tendances, les sentiments religieux et patriotiques qui les distinguaient il n'y a pas plus d'un quart de siècle. Ils ont même réussi à former en ce genre quelques roquets qui s'essayent à aboyer contre les belles, les saintes et consolantes croyances qui, je le jurerais presque, faisaient encore toute la joie et l'orgueil de ceux mèmes à qui ils doivent le jour. Ces adeptes du communisme, depuis vingt ans, ont fait plus de mal à notre population canadienne de Montréal que vingt conquêtes saxonnes, suivant l'expression pittoresque d'un de mes amis.

A voir le désordre dans les idées qui s'introduit chez nous depuis quelques années, ce crétinisme intellectuel qui s'appelle le scepticisme dont quelques-uns des nôtres semblent être atteints, l'oblitération du sens moral chez un grand nombre, le risque que l'on court de sacrifier avec une vacuité dans la pensée vraiment inconcevable l'héritage de foi et de patriotisme que nos pères nous ont légué, on dirait qu'un vent de folie et d'aveuglement souffle sur notre pays.

Quand j'entends parfois des jeunes gens traiter avec légèreté des questions de religion ou de patriotisme, je n'y attache pas grande importance, sachant que le temps, qui en a guéri bien d'autres, corrigera probablement aussi chez eux les oublis d'une jeunesse inconsidérée: mais le Canadien instruit, d'âge mur,

mençons à nous relever des désastres accumulés du siècle dernier; maintenant que la fortune se plaît à couronner nos eflorts et que plusieurs d’entre nous jouissent même de grands revenus, nous allons sans doute nous intéresser à la

uestion de l'éducation autrement qu'en critiquant le système actuel ; nous lui donnotons un puissant essor en dotant richement nos universités qui, comparées aux universités anglaises sous le rapport de l'outillage scientifique, sont dans un état d’infériorité déplorable. Nous verrons à ce que nosécoles destinées à former des spécialistes puissent le faire avec avantage ; et, comme rien ne nous en empêche, nous en établirons même de nouvelles s#il est nécessaire ; nous fonderons des bibliothèques publiques, etc. Voyez ce que font dans cet ordre de choses nos concitoyens anglais. Quel zèle, quel désintéressement, quel dévouement même ils apportent à tout ce qui peut servir chez eux la cause de l’éducation !

qui n'aime point l'Église, qui médit de son évêque ou de son curé, me fait toujours songer à celui qui, enfant, faible, constamment exposé à perdre la vie, ne doit l'existence qu'aux privations, aux soins et aux sollicitudes d'une tendre mère, contre laquelle, parvenu à âge d'homme, il se retourne avec un geste de méchanceté, l'abreuvant d'outrages et de chagrins.

Pour qui connaît l'histoire de notre pays, c'est un crime de lèse-nationalité que de chercher maintenant à jeter de l'odieux sur un clergé qui, au moment de l'abandon de la çolonie par la France, lorsqu'il n'est resté ici que de modestes trafiquants et la classe des cultivateurs réduite à la dernière pauvreté, s'est constitué le défenseur de ce petit peuple, l'a encouragé, guidé dans les mauvais jours qui sont ensuite survenus, et en a fait une nation forte et respectée. Il a, au prix d'onéreux sacrifices, fondé des écoles où les fils de ces abandonnés ont été instruits et ont pu, dès le début du nouveau régime, lutter avec avantage pour la sauvegarde de nos privilèges jusqu'à mériter l'admiration de ceux mêmes qui voulaient notre anéantissement. Et si, à l'heure qu'il est, nous sommes probablement le peuple le plus heureux et le plus vraiment libre du monde, nous devons ces bienfaits à l'Angleterre sans doute, mais grâce à notre clergé et aux hommes qu'il a formés.

Nos évêques et nos prêtres, enfants du peuple, n'ont toujours fait qu'un avec lui, et il n’est pas un seul Canadien-Français digne de ce nom, et pour peu qu'il connaisse l'histoire de son pays, qui ne porte religieusement ce souvenir dans son cœur, et ne se sente saisi de mépris envers ceux, étrangers ou autres, assez coupables pour chercher à indisposer aujourd'hui le peuple contre ce même clergé ou contre les institutions religieuses du pays en général.

N'oublions jamais que si nous sommes maintenant quelque chose dans l'Amérique du Nord, que si nous parlons encore français dans la province de Québec, si nous possédons le respect et l’estim Je nos concitoyens anglais, si nous avons même le légitime espoir, non seulement de conserver notre autona-

mie, mais de former plus tard un grand peuple, et nous l'avons cette ambition, nous devons tout cela au soin que nos pères ont eu de nous léguer intact notre héritage chrétien et catholique ; et si jamais nous avions le malheur de perdre ce précieux héritage, de ce jour-là même daterait, abstraction faite de nos intérêts éternels, notre déchéance nationale, la perte, plus ou moins éloignée, mais certaine, de notre langue, et notre absorption finale par l'élément anglo-saxon ou yankee.

Ne prétons donc point l'oreille aux maximes du pyrrhonisme contemporain; méprisons, comme elles le méritent, toutes ces théories aussi abêtissantes que criminelles que des déclamateurs cherchent à répandre dans notre pays.

A l'exemple de nos aïeux, qui, certes! honorèrent l'époque où ils vécurent, restons attachés à notre foi. Qu'elle soit toujours pour nous le guide de nos actions, qu'elle les inspire et les domine toutes: nous continuerons ainsi à progresser et nous assureront notre avenir national.

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