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Canal des Cèdres [microforme]

l'amélioration de la navigation du St. Laurent, j'ai saisi cette occasion pour engager l'exécutif et la légisiature à réparer l'erreur de 1842, et pour continuer le travail de mon prédécesseur afin d'obtenir qu’un canal fût fait sur le côté nord du Si. Laurent depuis la baie des Cascades jusqu’au Côteau Landing. Ilme suffit de rappeler le nombre de requêtes présentées à la législature, surtout l'importance des noms qui couvrent ces requêtes, et l'approbation de la presse, pour faire comprendre que si jamais un projet d'amélioration publique a été bien reçu et approuvé par le public et par la haute classe commerciale, c'est bien assurément le projet d’un canal sur la rive nord du Saint Laurent. Nous avons trente ans d'expérience pour prouver aux projeteurs du canal de Beauharnais que le choix de la rive sud a été une grande erreur. Et nous avons les rapports de tous les commissaires des travaux publics depuis 1846 et de leurs ingénieurs pour démolir pièce à pièce, de la manière la plus évidente, la théorie sur laquelie la ligne du sud a été adoptée. . L'historique du choix de la rive sud comme local pour y construire un canal pour relier ies eaux du lac St. Louis et du lac St. François, est la page la plus sale de notre histoire parlementaire.

Ce choix est dû à une intrigue préparée à Londres entre les acquéreurs de la seigneurie de Beauharnois, sous le nom d’Irish Colonisation Society, les anciens propriétaires, et l'Hon. Poulet Thomson, depuis Lord Sydenham, allié aux deux parties contractantes ; et toute cette affaire fut brassée dans le pre-

mier parlement du Canada-Uni par M. Wakeñielä. Les intérêts publics furent mis de côté, l'opinion publique fut méprisée, la législature et l’exécuti£trompés et entrainés dans une fausse démarche. Toutes les représentations, les requêtes, les témoignages d'hommes compétents, qui condamnaient le choix de la rive sud, et indiquaient la rive nord du St. Laurent comme le local le plus avantageux, furent méprisés et mis de coté. L'’2xécutif subissait l'influence de Lord Sydenham, et la représentation nâtionale n'avait pas alors la force ni l'énergie non plus que l’expérience qu’elle a acquises depuis. Nous sortions de tout le tumulte des troubles de 37 et 38, nous venions de sortir du règne militaire. Les élections du Bas-Canada avaient été remportées par la violence dans l'intérêt du pouvoir. La représentation subissait le joug du Bureau Colonial, et les volontés de son représentant. Ce fut sous le concours de toutes ces circonstances que l’exécutif fit choix de la rive sud, et que la législature vota pour approuver le gouvernement.

Pour la première fois dans notre histoire parlementaire, et j'aime à le croire pour la dernière fois, nous avons vu le représentant de la souveraine venir devant les chambres et leur tenir le langage extraordinaire que je lis dans le message officiel du 20 août 1841. Après avoir parlé de l'amélioration de la navigation du Saint Laurent, de la nécessité de faire un emprunt pour faire face à ces dépenses, Lord Sydenham disait clairement qu'il y avait des capitalistes en Angleterre intéressés à promouvoir ces travaux et spécialement à voir la communication entre le lac St. Louis et le lac St. François établie sur le côté sud de la rivière St. Laurent ; et que lui (le Gouverneur-Général) avait raison d'espérer que de l’assistance pour obtenir de l'argent à un taux d'intérêt réduit serait donnée sur cette condition. C'était là, en Canada, le commencement de toute ceite affaire, et le mot d’ordre donné aux subalternes ae ne rien épargner pour faire réussir cette intrigue, qui avait déjà été préparée à Londres. L’'intention de Lord Sydenham fut bien comprise et rien ne fut épargné pour

mettre à exécution le désir qu'il venait de manifester en plein parlement. |

M. Stevenson en 1834, et Messieurs Stevenson et Baird en 1835, avaient été employés par l'agent des seigneurs de Beauharnois pour faire une exploration sur la rive sud du St. Laurent, et pour réparer les plans pour la construction d’un canal sur ce côté, afin de relier le Lac St. Louis avec le lac St. François. Leur rapports contenaient une description fantaisiste du local, des ports d’entrée et de sortie, des facilités de construction. ‘Tous les défauts du local, l'existence de bancs de pierre dans le lit du canal proposé, le manque d’eau à l'extrémité ouest, étaient des faits qui leur étaient complètement inconnus ; après avoir fait, suivant eux, un examen sérieux et scientifique de tout le local, non-seulement ils ignoraient toutes ces choses, mais bien plus leurs rapports constataient tout le contraire. La coterie qui voulait faire réussir ce projet s’adressa à la législature du Bas-Canada, qui, bien renseignée sur la valeur de ces rapports, et sur l’état actuel des choses, refusa de s’en occuper. Les rapports de l’exploration hydrographique de Messieurs Thompson et Larue vinrent éclairer l'opinion, et ce projet jugé avec raison comme incapable de produire le résultat désiré fut abandonné jusqu’à l'époque de l’union des deux provinces du Haut et du Bas-Canada. Les seigneurs de Beauharnoïis étaient alors tout puissants dans le Bureau Colonial et dans la province. L'importance de cette amélioration sur le front de leur seigneurie leur fit faire les plus grands efforts pour réussir. On vient de voir la part que Lord Sydenham joua dans cette affaire Le reste fut laissé aux agents subalternes. Le nom de M. Wakefield est resté attaché à cette affaire, comme l’organisateur principal de toute les intrigues qui furent mises en jeu, de tous les moyens employés pour faire réussir le projet.

En 1841, la législature du Canada Uni votait une somme d'argent pour la construction des canaux sur le Saint-Laurent. Une somme de $1,023,600, était affectée pour la construction d’un canal entre je lac St. Louis et le lac St. François,

mais cetie estimation était basée sur un projet de trois sections de canaux sur la rive nord, préparé par M. Mills en 1834. Nous voyons cependant que le 17 février 1842, M. Keefer, ingénieur des travaux publics, disait, dans un rapport, qu'ayant examiné les différents projets de canaux proposés sur les deux côtes du fleuve, il trouvait que le canal intérieur que M. Stevenson avait proposé,en 1845, de construire sur la rive sud, était très-judicieux, et offrait plusieurs avantages, Sans attendre l’action ultérieure de la législature, dans la crainte sans doute d'être dérangé, dans la prévision que la législature serait appelée, à ia session prochaine, à examiner toute cette affaire, qui attirait l'attention publique, que la presse commentait librement, et qu’elle condamnait unanimement, on se hâta d'engager des travailleurs, sans même attendre que des contrats fussent donnés. Un emprunt temporaire fut fait à la Banque de la Cité pour payer ces dépenses.

M. Simpson, député du comté de Vaudreuil, protesta énergiquement contre le choix inattendu et intempestif de la rive sud, contre les moyens que l’on employait pour entraîner la législature dans cette fause démarche, contre la hâte de l'exécutif. Il demandait que cette affaire fût référée à la législature avant qu’un choix fut fait ; il indiquait tous les défauts de la rive sud, et proposait que le canal fût construit sur la rive nord.

Ce protèt fut référé à M. Killaly, alors commissaire des travaux publics, qui fit sa réponse le 1er août 1842.

Il n'était pas à présumer que M. Killaly désavouerait son propre ouvrage, le premier rapport qu'il avait déjà fait sur le canal de Beauharnais ; c'était l'accusé qui jugeait l'accusation portée contre lui, et contre ceux qui s'étaient rendus comme lui les instruments de volontés.supérieures. Dans sa réponse au protèt de M. Simpson, M. Killaly renchérit sur son précédent rapport; il prit le ton de l'innocence accusée, du mérite transcendant méconnu; il fit un effort pour jeter le ridicule sur tous ceux qui ne pensaient pas comme lui, sur

ceux qui avaient recommandé le canal sur la rive nord, sur Messieurs Simpson et Harwood qui avaient dénoncé les manœuvres des projeteurs du tanai de Beauharnais.

M. Casey, ingénieur de mérite, qui avait fait une explora. tion toute récente sur la rive Nord à la demande de Messieurs Hardwood et Simpson, afin de les mettre en état de réfuter les assertions de Messieurs Killaly ei Keefer, fut plus particulièrement l’objet de leurs attaques.

Dans sa réponse, M. Killaly fait un examen des explorations antérieures faites sur le côté nord, et les juge à son point de vue. Il réitère l'éloge qu'il avait fait de la route Sud, des explorations que les seigneurs de Beauharnois y avaient fait faire, et qu’il avait déjà approuvées. Comme on devait s’y attendre, il persista dans sa première opinion. M. Killaly déclare dans son rapport que la côte Sud possèdait tous les avantages requis pour y construire un canal de première classe ; qu’il y avait à chaque extrémité des ports magnifiques avec toute la profondeur d’eau snffisante ; qu’il y aurait à l'extrémité ouest trois chenaux communiquant aux eaux profondes du Lac St. François, de six cents à douze cents pieds de largeur chacun, avec une profondeur de dix à vingt pieds d’eau. Il ne signale que deux petites battures qui semblent ne s’y trouver tout exprès que pour placer des quais ou des phares. Le fond de tous ces chenaux était de glaise. Il ne devait se trouver de pierre, dans le lit du canai projeté, que là où les écluses devaient être construites, et ces lits de pierre s'y trouvaient presque providentiellement. Il n'y aurait pas besoin de déversoirs-régulateurs, car le canal se trouvait audessus et indépendant des cours d’eau qui devaient en traverser la ligne. La terre se trouvait, meilleure possible pour faire les côtés du canal: et toute « .te merveille, en la plaçant sur le cûié du fleuve que M. Killaly disait étre le plus avantageux, ne devait coûter que $1,023,600. Pour cetie somme tout devait être fait. Les terrains coupés par le canal devaient être donnés par les propriétaires. Le canal, les ports, les entrées du canal aux deux extrémités, les mai-

‘ons et autres bôtisses nécessaires, devaient être cons sans plus de dépenses.

Le projet Au canal du nord était tourné en ridicule, et ceux qui eurent le courage de protester contre le système de déception qui se pratiquait, furent traités sans égard et dr haut de toute la grandeur du pouvoir du jour. Toute cette affaire fut portée devant la législature à la session de 1842. Une longue enquête fut faite. La vérité sortit de cette enquête, qui révéla le fonds de cette odieuse et sale intrigue.

Le comité, composé d’une grande majorité favorable aux vues du pcuvoir, était si bien convaincu de toute l’erreur du chcix de la rive nord qu’il ne put se résoudre à faire un rapport approuvant le job de Beauharnois ; il.se contenta, après avoir attendu jusqu’à la fin de la session, de rapporter les témoignages pris et les documents reçus devant le comité. Tous les moyens avaient été mis en œuvre pour soustraire à la connaissance de la lés'slature, du comité et du public, ioutes les difficultés et les obstacles de la route sud, et pour couvrir toute cette affaire du voile du mystère. Il avait fallu toute la persévérance de MM. Harwood et Simpson pour débrouiller ce chaos d’intrigues et l’'exposer devant un comité qui avait mis toutes sortes d’entraves à l’enquête, et qui at. tendit, comme dernière ressource, jusqu’à la fin de la session pour faire le semblant de rapport qui terminait ses procédés. Il devenait alors impossible à la législature de s'occuper de cette affaire à cette période de la session. Les projeteurs du canal de Beauharnois pouvaient pousser les travaux, sans craindre l'intervention de la législature jusqu’? la sessicn suivante, donner les contrats, accumuler les engagements du gouvernement, qu'ils savaient d'avance disposé à se prè.er à leurs plans, et placer la législature dans ‘’embarras de choisir la ligne de conduite qu’elle devaittenir. Les contrats furent donnés, l'ouvrage continua, et dans l'automne de 1845 on fit repport qua le canal était prêt pour la navigation.

En faisant l’examen de tous les faits quise sont placés devant le comité d'enquête, de la preuve qui y a été faite par

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les ingénieurs ét les autres témoins, et en examinant d’une manière impartiale la valeur de ces faits et de ces témoignages, nous comprendrons que d’un côté M. Killaly et les autres ingénieurs sur ies opinions desquels il s’est appuyé pour essayer à inustifier le choix de la rive sud, étaient les véritables accusés devant le comité, qu’ils n’y ont offert que leurs propres opinions déjà conrues, les témoignages des employés et contracteurs des travaux publics qui dépendaient d’eux et le témoignage de personnes intéressées au succès du canal de Beauharnoïis, que toutes les : ssertions, tous.les faits indiqués, mis en avant et souienus par eux et leurs témoins ont été désavoués par d’autres témoins entendus devant le comité ; par l'expérience de tous les jours depuis trente ans ; par les plaintes du commerce ; par les rapports des travaux publics qui parlent des obstacles insurmontables niés dans les rapports 4e MM. Kilialy et autres ; par les protestations qui se sont élévées du sein du parlement et dans la presse ; par les plaintes des plus grandes maisons intéressées dans le commerce du St.-Laurent, contenues dans ies requêtes qui ont été présentées durant cette session.

En revanche ceux qui ont-dénoncé les intrigues des promoteurs du canal de Beauharnoiïs, qui avaient demandé cette enquête et avaient exposé tous les désavantages de l4 rive sud du Saint-Laurent, prouvèrent toute la vérité de leurs allégués par lcs rapporis d'ingénieurs désintéressés, par les témoignages de pilotes d'une longue expérience sur les deux lacs St. Francois et St. Louis. Et tov- les faits que notre expérience nous a enseignés depuis trente ans sur le canal de Beauharnois sont là pour justifier ceux qui se sont opposés à la construction de ce canal, et prouver que leurs prévisions se sont réalisées.

On avait promis qu’il y aurait une entrée unique et sans pareille à la partie est, que la glace daus cet endroit exposée au reflux du rapide des Casrades ne causerait jamais de dégats ni d'obstacles. Et il a fallu y faire des travaux dispendieux, la glace s'y amasse le printemps en masses énormes

et y rause de grands dégats. Voici ce que m'écrivait, il va qnelques jours, un homme d'expérience qui a résidé longtemps dans le voisinage, qui a eu tous les moyens de se renseigner : ‘

‘ La jettée qui protège l'entrée du canal (en bas) sur le côté nord (du canal) est bâtie ou placée en biais sur le courant du fleuve, de sorte que la glace descendant vient s’échouer sur la jettée nord, où elle forme des masses d'une hauteur énorme, brisant tout ce qui lui fait obstacle ; dans lé inois de mars 1871, la glace y était amoncelée de telle sorte qu'elle formait une montagne de glace ; ce n’est qu’à la fin d'avril qu'on put constater que toute la sunerstructure du quai avait été emportée. ”

On avait promis qu'il n’y aurait jamais besoin de dever. soirs régulateurs. Il a fallu cependant dépenser de grandes sommes pour en faire, et cela très peu de temps après que le canal fut ouvert. . Il ne devait y avoir de pierre dans le lit du canal que là où les écluses devaient être nlacées ; etil a fallu creuser un tiers du canal dans le roc vif. Il devait y avoir à l'extrémité ouest, entre le lac St. Francois et le bout du canal, trois chenaux de 600 à 1200 pieds de largeur chacun avec une profondeur d’eau de douze à vingt pieds, sans obstructions: nous avons construit des chaussées et des digues pour »arrer une partie du fieuve, afin de faire refluer l’eau, et d’en augmenter la profondeur ; nous avons inondé une partie des terres sur le front des comtés de Huntingdon, Glengarry, Beauharnois et Soulanges.

Nous avons payé des sommes immenses pour les dommages causés par ces inondations, nous avons, employé des cure-môles puur creuser dans cette extrémité ouest, nous y avons dépensé des sommes énormes, et au lieu des trois chenaux de 600 à :200 pieds de largeur, et d’une profor.deur de 12 à 20 pieds, nous avons à peine un seul chenal très étroit, tortueux, difficile à naviguer, qui n’est pas encore ass2z profond pour porter un vaisseau tirant huit pieds d'eau. La communication depuis le bout du canal au iac St. Louis de-

vait être providentiellement à l'abri de tous les vents ; mais l'expérience d'alors comme d'aujourd'hui nous a appris

qu'il faut un remorqueur pour y faire entrer les vaisseaux à voile, et les en faire sortir, afin qu'ils ne fassent pas naufrage sur les récifs voisins. Le fond de tous ces chenaux devait être de glaise, et les ingénieurs nous disent et l'expérience des navigateurs nous apprend que le fond est composé de gros cailloux superposés sur un lit de roc solide, qu'il n’y a de glaise que ce que le courant y a amenée et déposée entre les cailloux. L'efficacité du canal Gevait être égale sinon supérieure à celle d'aucun autre canal ; et cependant le canal de Beauharnois a perdu 174 jours de fonctionnement depuis 1846 à 1867, en prenant pour point de comparaison le fonctionnement du canal de Cornwall, situé à 33 milles en haut du canal de Beauharnoïis, (1) et moutre un temps de fonctionne

ment inférieur à celui de Lachine, en tenait compte du temps perdu par le canal de Lachine à cause de la construction du canal de l’Aqueduc de Montréal, et par suite des accidents, des travaux de réparaiions ou d’agrandissement.

Le canal de Beuuharnoïis ne devait coûter que $1,023,600 et pour cette somme tout devait étre fait, et mème il devait yavoir unsurpius. Nous avons dépensé, comme somme chargée au capital, à part de tout ce que nous avons dépensé pour réparation et détails accessoires, $1,700,000, le payement des dommages causés par l’inondation compris.

. Chaque printemps, le lit du canal peut être prêt pour la navigation avant que la glace soit partie entre l'extrémité ouëst et le lacSt. François; car la glace y séjourne longtemps après le départ de la glace du lac, si des moyens artificiels ne sont pas pris pour faire un chenal, comme aussi chaque automne cette extrémité ouest est fermée par la glace et le fonctionnement du canal arrêté bien avant que les autres canaux aient cessé de fonctionner. L'automne dernier un vaisseau chargé pour le compte de M. Howland, de Toronto, se rendit au chenal qui communique du lac St. François au

(1) Voir Appendice,

canal de Beauharnois, afin de prendre le canal pour descendre, et comme le chenal était fermé par la glace ila fallu alors remonter le vaisseau avec sa charge, en passant par les c:naux, à l'ouest, jusqu’à Prescott, et envoyer de là le chargement par le Grand-Tronc. Le 19 avril dernier, la glace est partie au Côteau Landing et sur le lac St. François; mais l'entrée ou chenal ouest du canal de Beauharnois est restée fermé par une glace solide, épaisse de dix-huit pouces, sur laquelle a pu passer en toute sureté, Charles ©, Pease, préfet du comté de Soulanges, accompagné de six hommes et du courier de la malle. Le correspondant que j'ai cité plus haut m'écrit : “ l'extrémité ouest du canalest fermée plutôt qu’à tout autre canal; les premiers froids s’y faisant vivement sentir, parce que l’eau dans cet endroit, pour une longue distance, est comme une eau morte, ne sentant aucun courant, ce qui fait que la glace prenant une forte épaisseur durant l'hiver, il n'y a qu’un soleil ardent qui puisse la faire disperaitre ; aussi le canal est-il touiours prêt pour la navigation avant que la glace de l’extrémité ouest soit disparue. Il est arrivé assez souvent que des barges aient éprouvé des avaries pour cette raison.”

Le canal de Beauharnois est la plus grande faute administrative depuis l’acte d'union ; il n’y a pas, dans ce pays, un autre fait qui montre une fraude, une déception semblable, un pareil abus de l'influence officielle, de la confiance publique.

Au reste il était de notoriété publique que le choix de la rive sud n'offrait pas les avantages fabuleux que contenait le rapport des commissaires des travaux publics, qu’il n’y avait pas trois chenaux de six cents à douze cents pieds de largeur avec une profondeur de 12 à 20 pieds avec un fond de glaise. Les habitants du comté de Vaudreuil [Vaudreuil et Soulanlanges] connaissaient tout ce qu’il y avait d’erroné dans ces rapports, et ils le savaient d'autant mieux que la législature du Bas Canada avait déjà rejeté ce projet du canal de Beauharnois après s'être renseignée sur ces défauts qui lui avaient

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été signalés. La requête de G. Beaudet et autres du comté de Vaudreuil, signalait tous ces détails et en fournissait la preuve.

Personne ne connaissait mieux que MM. Killaiy et Keefer toute la valeur des aliégués de la requête de M. Beaudet et autres pétitionnaires, toute la force de la censure qu’elle exprimait, et combien tous les faits cités dans cette requête étaient fondés. Ils comprenaient trop bien tuut le danger dans lequel ils se trouvaient pour ne pas mettre en jeu toutes leurs ressources afin de détruire cet obstacle inattendu qui se présentait devant eux. Ils se sentaient protégés par l'exécutif, par la majorité du comité liée à la politique du gouvernement. Ge comité d'enquête était leur juge, c'était devant ce tribunal qu'ils devaient être jugés, et encore plus qu'eux les actes du gouvernement.

Le grand point à gagner était d'empêcher la légistature de faire faire une exploration par un ingénieur désentéressé qui aurait justifié les pétitionaires.

Ilrésultait néanmoins de toute cette enquête que les pétitionnaires avaient fait une preuve complète de out le contenu de leur requête, que les ingénieurs n'avaient rien fait pour réfuter cette preuve, n'avaient pas même essayé à faire une preuvre contraire, autrement que par leurs propres opinions et leurs rapports.

Le parlement était sur le point d’être prorogé, ie temps du comité s’était écoulé sans produire aucun résultat pratique ; aucune décision ne fut prononcée, le comité se contenta de rapporter à la chambre la preuve et les documents qui avaient été placés devant lui. Voici ce que nous lisous dans le raport du comité : ‘ Que le comité se trouve incapable de former aucune opinion concluante, à cause de la nature particulière de l'enquête, et des déclarations contradictoires des hommes tant pratiques que de science dont les opinions ontété entendues ou interpellées dans le cours de ces recherches ; qu’attendu ces circonstances, la terminaison de toutes les autres affaires de la législature, et la prorogation qui va avoir

lieu immédiatement, votre comité a résolu de clore ses procédés et de faire rapport des témoignages et des documents qui sont devant lui, et sans exprimer d'opinion à leur égard, il les soumet à votre chambre. ”

Les projetteurs du canal de Beauharnoïs avaient réussi, sinon à empêcher toute l'enquête, du moins à empêcher que la question fut soumise à: l'examen d’un ingénieur désintéressé. Ils n’y avait plus rien pour les arrêter, et l'ouvrage continua. MM. Killaly et Keefer ont vécu assez longtemps pour voir toutes leurs assertions désavouées p2r les faits que notre expérience nous a appris, et pour entendre toute cette affaire traité de 70b en plein parlement par l’un des membres du gouvernement, par Sir George E. Cartier lui-même. Et j'espère qu'ils vivront assez pour voir toute cette erreur, autant au moins qu’il est possible de le faire à présent, réparée par le gouvernement actuel, et cela avant longtemns.

Supposons maintenant que nous sommes là devant ce comité, et que nous assistons à cette scène. Nous voyons d’un côté tout ce que l’astuce et la ruse de M. Wakeñield ont préparé de moyens pour tromper la législature, pour faire réussir ses intrigues. Les faits 128 plus erronés sont mis en avant par ceux mêmes qui, par devoir officiel, par leur position, étaient obligés en conscience et en honneur d'agir avec la plus honorable impartialité. D'un autre côté, nous voyons de simples particuliers, que le sentiment d’indignation, à la vue de tant de manvaise foi, avait pu seul conduire devant la législature, pour s'acquitter d’un devoir public, lui faire connaître la vérité, avertir la représentation nationale de l’erreur dans laquelle elie était entraînée, exposer toute la vérité. Et nous comnrendrons ce que durent penser ces dignes citoyens lorsqu'ils apprirent le résultat de cette enquête.

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