CHAPITRE eV
Le diagnostic clinique de la forme particulière de cancer du pancréas, que nous venons d'étudier, est évidemment possible, mais il faut y penser. Il faut connaître cette symptomatologie particulière qui, au premier abord, n'éveille pas du tout l’idée du cancer du pancréas. Si nous avions eu connaissance de l'observation de MM. Pic et Tolot, peut-être aurions-nous posé de bonne heure ce diagnostic. Mais, nous n’avons connu cette observation qu'après coup, lorsque nous avons fait des recherches bibliographiques sur la question.
Aussi, dans les premiers jours qui suivirent l'entrée du malade à l'Hotel-Dieu, on pensa d’abord à de l’aortte aiguë abdominale, puis à un anévrisme de l'aorte. Ces deux diagnostics furent tour à tour abandonnés.
Celui d’aortite avait été éveillé par l'intensité, la persistance, la fixité des douleurs. Leur siège au niveau du point où l’on percevait des battements aortiques énergiques. Leur exaspération par la pression sur l'aorte abdominale. Toutefois, on ne constatait aucun signe d’aortite à la région thoracique. L'auscultation du cœur restait négative.
Le diagnostic d’anévrisme de l’aorte abdominale fut rejeté aussi. Il existait bien une tumeur douloureuse et animée de battements, mais ceux-ci, tout en présen-
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tant une certaine expansion, n'avaient pas l’ampleurdes battements de l’anévrisme vrai. Enfin et surtout malgré un examen très minutieux, souventrenouvelé àtoutesles heures du jour et dans toutes les conditions possibles, jamais on ne put trouver la moindre différence, ni le moindre retard entre le pouls fémoral et le pouls radial.
L'éréthisme artériel ne pouvait faire penser n1 à une maladie de Corrigan, que l’auscultation du cœur montrait absente, ni à une maladie de Basedow, il n’y avait mi goître, n1 tremblement, ni exophtalmie.
Le malade n’était pas du tout névropathe. Aucune de ces affections, d’ailleurs, ne pouvait expliquer les symptômes abdominaux, si intenses, el qui paraissaient tout à fait anormaux.
Aïnsi, la première partie de l’évolution de cette maladie, loin de nous mettre sur la voie, égarait plutôt le diagnostic. Nous n'avons été amené au diagnostic de cancer que lorsque la cachexie, l’amaigrissement, l’anorexie sont devenus prédominants. Lorsque nous avons vu apparaître et grandir peu à peu, d’une part. des ganglions dans les plis inguinaux; d'autre part, de l’ascite dans l'abdomen.
Une fois le diagnostic de néoplasme posé, il s'agit encore d’en déterminer le siège exact. L’hésitation ne pourrait guère exister qu'entre l'intestin, l'estomac, le pancréas. Le foie ne saurait entrer en ligne de compte, le cancer primiif du foie présente un aspect etune marche qui sont tout à fait caractéristiques. Le cancer secondaire du foie s'éclipse ordinairement derrière le cancer primitif causal. Il s’agit de tumeur superficielle, bosselée, facilement accessible, prêtant rarement à erreur.
S'agit-il d'un cancer de l'intestin : ce ne peut être que de l'intestin grêle et même le duodénum en raison de la fixité de la tumeur.
Les cancers du duodénum peuvent êlre divisés suivant leur siège en:
Cancer sus-valérien :
Cancer vatérien ;
Cancer sous-vatérien :
La première forme réalise la symplomatologie du cancer du pylore.
Elle réalise une véritable sténose avec dilatation el rétention gastrique. Nous avons vu que nos malades ne présentaient pas ce syndrome.
La seconde forme réalise une symptomatologie qui simule celle du cancer des voies biliaires ou du cancer de la tête du pancréas (Syndrome Bard et Pic). Nous avons déjà fait remarquer que, dans aucune de nos observations, on n’a notéle syndrome biliaire.
Enfin la troisième forme réalise une symptomatologie plutôt intestinale,elle s'accompagne aussi de reflux de la bile dans l’estomac avec vomissements bilieux, tout autant de symptômes que nous n'avons pas observés.
Le cancer est-il gastrique”? Nous avons déjà éliminé le syndrome réalisé par le cancer du pylore.
Sile néoplasme siégeait aux faces ou aux courbures sans intéresser los orifices de l’estomac. il pourrait évoluer sans symptomatologie gastrique bien évidente. Mais il s’agit alors d’une tumeur moins fixe, plus mobile, moins vivement douloureuse, pouvant provoquer des hématémèses ou des mélæna.
Notrenéoplasme sièce donc sur le pancréas. [ne siège
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pas à la tête, puisque nous n'avons pas de syndrome biliaire, il ne siège pas uniquement à la queue, cette forme étant rare, toujours latente d’après les auteurs. C'est donc un cancer du corps du pancréas.
La forme pylorique ou duodénale pourrait à la rigueur, parses rapports avec l'aorte, réaliser dans une certaine mesure la symptomatologie pseudo-anévrismale, mais nous n'avons trouvé aucune observation dans laquelle cette symptomatologie fût aussi accusée que dans les cas de cancer du pancréas que nous rapportons. Dans aucun non plus on ne note des douleurs aussi intenses, aussi exacerbantes que celles que l’on rencontre dans les formes pancréatiques; douleurs qui doivent leur caractère au voisinage immédiat du plexus solaire et à la richesse de la glande en terminaisons nerveuses.
En résumé toutesles fois qu'on voit se produire chez un malade des symptômes pseudo-anévrismaux non justifiés par les modifications périphériques de la circulation : accompagnés de douleurs vives, lancinantes presque continues, siégeant dans la portion profonde de la partie sus-ombilicale de l'abdomen, au voisinage de la ligne médiane.
Quand ces symptômes ne s’accompagnent d'aucun trouble bihaire, d'aucun signe de rétention gastrique, d’hématémèse ou de mélæna, Quand la maladie évolue vers la cachexie et que l’idée d’un néoplasme devient de plus en plus probable, on est autorisé à conclure à l'existence d’un cancer du corps du pancréas.