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Aussi bien, comme nous allons le montrer tout à l'heure, lorsqu'un cas se trouve être tant soit peu douteux et embarrassant, c'est au laboraloire qu'il faut recourir ; dans la malière, le microscope (1) règne en maître, peut seul affirmer et se dégager des influences extérieures. Ce sera du reste la conclusion qui terminera comme un refrain les divers paragraphes qui vont suivre et dans lesquels nous envisagerons rapidement, pour les régions que nous avons étudiées dans notre travail, les problèmes de diagnostic que pose l’appariion d'une tumeur.
1° À la face, Si l'on en croit les classiques, le diagnostic du cancroïde ne présente pas en général de grande difficulté. Mais aujourd'hui que la notion d'âge ne peut ni ne doit entrer en ligne de compte, la différenciation de l'affection d'avec le chancre, le lupus, l'actimnomycose, et toutes les tumeurs qui sont à même de prendre naissance dans cette région n’est pas toujours chose facile. L'examen histologique peut seul dissiper toute incertitude, et 11 ne faut pas hésiter à réclamer ses
ser vices.
2° Cancer de la langue. — Syphilis, tuberculose, cancer! voilà les trois hypothèses entre lesquelles on hésite généralement quand on se trouve en présence d'une ulcération de la langue.
La syphilis peut se montrer sous la forme de chancre, de sommes, de plaques muqueuses, d'ulcéralions fissuraires à la
période tertiaire. Le chancre, par $a réparation facile, par
(1) On pourra aussi avoir recours dans certains cas à des moyens de laboratoire accessoires, notamment à l'examen du sang auquel M. le professeur Forgue a consacré un très intéressant article dans le n° du Montpellier-Médical, du 28 janvier 1906.
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son aspect extérieur quand il est typique : les gommes, d’abord dures et déformant la langue, qui semble bourrée de noisettes, puis fluctuantes, sont d'un diagnostic facile.
La gomme ulcérée, avec son fond rougeàtre, sa base indurée, son bord taillé à pie ; les plaques muqueuses ulcérées avec leur pellicule blanchâtre qui, enlevée, laisse à nu un fond rougealre et saignant, sont d'un diagnostic plus délicat. L'histoire du malade, les accidents concomitants, l'influence du traitement sont les meilleurs moyens de diagnostic auxquels, aujourd'hui, nous pouvons ajouter la recherche du speronema pallidum de Schaudinn. Dans les cas douteux, la bicpsie et l'examen microscopique trancheront la question.
L'ulcération tuberculeuse de la langue aurait, au dire des classiques, une particularité caractéristique, les points Jaunâtres de Trélat. Il suffira de lire l'observation empruntée à Variot (obs. 1), pour savoir jusqu'à quel point il faut se fier à ce signe.
L'aclinomycose peut aussi simuler le cancer, et le laboratoire seul est à même de la démasquer.
Enlin, ilest des cas où des problèmes'inattendus se posent. Chez tel enfant anémié une morsure accidentelle ou d’origine comiliale, une de ces ulcérations du frein de la langue si lréquents dans la coqueluche, peut prendre un aspect torpide capable Ge faire songer au néoplasme ; l'évolution, les antécédents sont üe puissants auxiliaires, mais le microscope demeure le seul juge infaillible. De même, en cas de papillomes, on ne devra conclure à la bénignité de la tumeur qu'après examen microscopique.
3° Cancer de l'utérus. — Pour l'utérus, la métrite est de toutes les maladies qui affectionnent cet organe celle qui peut simuler le mieux le cancer ; c'est elle aussi qui endossera le plus grand nombre de cas de cancer méconnu. SL
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Dans le cas d'épithéoma du corps, si on ne relève comme symptômes que des hémorragies et un certain agrandissement de la cavité de l'organe, la première idée qui vient à l'esprit est évidemment celle d'endométrite hémorragique ou de fibrome. Les douleurs, par leur intensité et leur persistance, constituent un excellent signe en faveur du néoplasme ; mais, comme l'a du reste fort bien dit M. le professeur Forgue lui-même, « le seul diagnostic positif se fonde sur le cureltage après dilatation et sur l'examen histologique des masses fongueuses curetltées ».
Pour le col, les caractères de l'écoulement muqueux ou muco-purulent, dans les cas d’ulcérations dues à la métrile, séro-ichoreux, sanguinolert, fétide pour le cancer, ne sont pas toujours aussi nettement marqués. Le signe de longle lui aussi, préconisé par Laroyenne et qui semblait devoir être infaillible, induwt souvent en erreur, surtout quand le mal est au début.
En pratique, toute ulcération, toute éversion de la muqueuse qui ne se modifie pas rapidement par l'application d'un traitement approprié doit être considérée comme douteuse et provoquer un examen microscopique.
Certains cas, plus rares, sont ceux dans lesquels un cancer ulérin a été pris pour un fibrome intersttiel du col pour un placenta ou un fibro-myome ulcéré faisant hernie au travers de l’orifice externe :; il faut néanmoins les connaître el se tenir sur ses gardes.
4° Cancer de l'intestin. — Le diagnostic serait ici certainement très aisé, si tous les symptômes se trouvaient groupés comme en un faisceau, et si on pouvait noter à la fois les troubles fonctionnels qui caractérisent le début de l'obstruction chronique, les coliques paroxystiques, les alternatives de constipation et de diarrhée, l’amaigrissement rapide et que rien n'explique, la sensation d’une tumeur caractéristique et nettement localisée, enfin le mélæna et la présence dans
noie les selles des débris de néoplasme dont l'étude histologique affirmerait la nature maligne. Malheureusement, surtout au début de l'affection, ces signes passen! souvent inaperçus.
Chez les jeunes sujets, il arrive maintes fois que l'on qualifie d'hémorrhoïdes des lésions cancéreuses. L'induration est mise sur le compte des thromboses, l'ulcération considérée comme étant d'origine traumatique, et parfois même les troubles généraux, l'anémie, la cachexie sont attribués aux perles sanguines abondantes ou à toute autre cause ; le mal progresse, et lorsque l'erreur est reconnue il est déjà trop tard pour tenter l'extirpation.
Les caractères cliniques signalés par les classiques pour permettre de formuler le diagnostic différentiel sont sans doute très nombreux et paraissent au premier abord d'une constalation facile ; en chinique, il en est autrement.
L'on a dit que les hémorrhoïdes sont molles et dépressibles, que les thromboses ont une dureté moins ligneuse et des contours plus nets ; mais ce sont là des nuances souvent cfficiles à apprécier, et seul le microscope, dans les cas doueux, lranchera la question d'une façon définitive.
Une tumeur carcimomaleuse, développée en pleine paroi inlestinale, et perceptible à travers l'ablomen, peut aussi simuler un rein flottant, une hydronéphrose avec crise douloureuse intermitlente, une tumeur de l'ovaire ; mais le rein flolttant est facilement réductible dans la fosse lombaire, la crise d'hydronéphrose se termine par une abondante émission d'urine, el jenfin le toucher vaginal permèt d'explorer les annexes:
Quand la tumeur siège sur l'intestin d'une façon évidente, il faudra éliminer : | |
a) La rélenlion slercorale, d'autant plus qu'elle peut s’accompagner d'entérile et d'ulcérations, de cachectisation due
à la stercorémie. —.
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b) L'invaginalion chronique, qui donne lieu à des hémorragies et aux mêmes troubles fonctionnels que le cancer : mais la douleur serait, au dire de certains auteurs, beaucoup plus aiguë. De plus, selon Rafinesque, la tumeur deviendrait plus turgescente de par les palpalions répétées, tandis que son volume dimininerait au repos.
Dans la région cœcale, il faudra également songer à l’appendicite à forme néoplasique et à l'actinomycose.
Quant à la tuberculose, 11 sera bon de se baser sur la marche de la maladie généralement plus lente, sur les antécédents qu'on devra scruler très soigneusement, sur l'état des poumons. Les ganglions, comme le prétend Benoit dans sa thèse, seraient sus-claviculaires en cas de cancer ; ils seraient au contraire dans la région de l’aisselle en cas de bacillose.
La syphilis peut aussi masquer le cancer, el l’on ne devra pas, par exemple, qualifier à la légère une lésion rectale de chancre, de condylome, avant d'avoir réuni une série de preuves. Il ne faut pas oublier que pour être syphilitique, on n'en peut pas moins devenir cancéreux ; el, sous prétexle que des accidents non douteux se retrouvent dans les antécédents du malade, il ne faut pas baptiser syphilis ce qui n’est que cancer.
Enfin, si on se trouve en présence d'accidents aigus et que l'examen du rectum demeure négatif, il faudra songer à l’obstruction stercorale, à linvagination aiguë dont sont souvent responsables les tumeurs polypeuses el la constipation opiniâtre, à l’étranglement herniaire, surtout quand il y à coexistence des deux affections, au volvulus, et surtout aux rétrécissements de toutes sortes.
Ce sont là autant de chances d'erreur qu'on devra chercher à éviter. En cas de doute, 1} ne faudra pas hésiter el recourir à la laparolomie exploratrice, qui peut loujours être suivie
d'une intervention radicale, si celle-ci est jugée nécessaire.