TRAITEMENT
Toute thérapeutique, pour être salutaire et efficace, a évidemment besoin de s'adresser à la cause même de la maladie ; mais pour le cancer malheureusement cette cause est jusqu'ici restée dans l'ombre, en dépit de toutes les théories émises et des efforts hardis, qu'on a tentés dans cette voie. Aussi peut-on dire qu'à l'heure actuelle l'intervention chirurgicale demeure le seul traitement rationnel à opposer aux néoplasies épithéliales.
Nous laisserons donc de côté tous les moyens médicaux dont on a peut-être un peu trop préconisé l'emploi, ainsi que les essais infructueux de la sérothérapie anti-cancéreuse, pour nous occuper uniquement du traitement chirurgical.
Ce traitement, suivant les cas, est un traitement radical ou simplement palliatif.
L'intervention radicale, qui se propose l’ablation complète de la production morbide, est à coup sûr l'opération de choix, celle qui doil loujours être préférée aux autres, surtout chez les jeunes sujets ; mais elle répond à des indications suffisamment nettes dans leur ensemble et que nous allons maintenant essayer de meltre en relief.
Tout d'abord il faut que le mal soit dépisté tout à fait à
ses débuts, alors que les lésions sont minimes ou pas très
étendues, et même dans ce cas il est nécessaire de sacrifier les parties saines environnantes, afin d'éviter plus sûrement! toute chance de récidive. Il faut aussi que le néoplasme soit nettement localisé et n'ait pas encore contracté d’adhérences avec les organes voisins. Ainsi, pour la langue, tant que l’épithéloma n'a pas dépassé les limites de l'organe pour s'irradier vers le plancher de la bouche, le pharynx ou les piliers ou voile du palais, il est possible anatomiquement d’extirper tout le mal. Inversement, un carcinome du col utérin qui, par conünuilé de tissu, s'est propagé en avant vers la cloison vésicoulérine, en arrière vers le rectum, ou a envahi les ganglions du bassin et gagné le tissu conjoncif des ligaments larges, n est plus justiciable de quelque intervention que ce soit, qu'il s'agisse de simple amputation, d'hystérectomie vaginale ou d'hystérectomie abdominale lotale. |
Quant à l'infection ganglionnaire, elle est, d'une façon générale, « considérée comme une complication fâcheuse et de mauvais augure : et pour peu qu'elle s'étende, elle devient une contre-indication formelle ». Mais un ou plusieurs ganglions engorgés, surtout s'ils sont isolés, superficiels, mobiles sur les plans sous-jacents, facilement énucléables, sont loin de contre-indiquer l'opération et d'arrêter la main du chirurgien.
Enfin, il faut que l'état général du malade soit bon, et aussi, ne l’oublions pas, quand on aura affaire par exemple à un épithélioma ayant pris naissance sur le gros Intestin, on devra, avant d'intervenir, laisser disparaître ou tout au moins s’atténuer les phénomènes aigus que nous avons signalés plus haut.
Dans ces condilions, les résullals obtenus semblent satisfaisants. Un malade de Kosiuski, âgé de 29 ans el porteur d'un carcinome du côlon descendant, est très bien portant 8 ans après l'opération. Wéæller qui cite Lardennois dans sa
thèse, rapportait au XXV° Congrès de la Société allemande
RE 07 1 de chirurgie, des observations : de Gussenbauer, dont le malade était bien portant 16 ans après l'ablation totale du cancer ; de Mickulicz, 8 ans après ; de 2? malades de Czernÿ- Billroth, 6 ans après ; de 7 autres malades, 4 ans après.
Ce ne se sont sans doute que de simples survies, puisque la grande majorité des chirurgiens ne croient pas à la guérison proprement dite du cancer ; mais il n’en reste pas moins vrai qu'il y a là des succès opératoires très encourageants, el Faure, qui lui aussi compte des cas de survie, a pu dire avec raison : « Il faut, toutes les fois que l’état général du malade le permet et que l'extirpation totale est chirurgicalement possible, tenter l'extirpation et la tenter encore malgré les revers et malgré les désastres. Dans cette chirurgie de condamnés à mort, une seule résurrection console de cent insuc- CéSain
Cependant la cure radicale n'est pas toujours possible, et trop souvent même on rencontre dans les services hospitahers de ces pauvres malades porteurs de lésions tellement avancées que toute intervention devient inutile, pour ne pas dire nuisible. C’est alors aux moyens palliatifs qu'on est contraint d'avoir recours, afin de diminuer autant que possible les souffrances du patient ou de parer aux accidents aigus qui peuvent surgir. On enlèvera, par exemple, à la curette, les masses ramollies et putrides qui englobent le col utérin carcinomaleux ; on fera des injections vaginales répétées, on cherchera à combattre les hémorragies, à remédier à l’asphyxie qui menace, dans la dernière période &e la maladie, les infortunés atteints d'épithélioma de la langue, etc., etc.
Dans les cas de cancer du gros intestin, quand l’état du malade ne permet pas de pratiquer la laparotomie, c’est à la colostomie et à l'iléostomie que l'on devra recourir, afin de fivrer passage aux matières fécales. Mais dans les cas con-
traires, comme le dit très justement Louart, « il y aura intérêt