CONSIDERATIONS GENERALES
Le rôle de l’âge dans l'étiologie du cancer a été diversement interprété suivant les auteurs et les époques. Ces variations ne sont pas pour élonner si l'on songe aux manières bien différentes dont le mot lui-même a été compris.
Dans son acception primitive, 1 désignait tout ce qui était tumeur maligne el son étymologie même (xæpxivos, crabe) faisait image et évoquait bien l'idée d'un parasite cramponné à une proie quil dévore lentement. Mais en le faisant ainsi synonyme de tumeur maligne, on comprenait sous ce mot les sarcomes aussi bien que les épithéliomes, et bien que parfois les premiers fussent appelés cancer des jeunes, les seconds étant alors désignés sous le nom de cancer tout court, la confusion n'en était pas moins inévitable.
Pour certains auteurs même, ce terme était encore plus compréhensif et englobait tous les cas d'ulcères plus où moins torpides, depuis l'ulcération tuberculeuse jusqu'aux gommes
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syphilitiques. L'on conçoit donc combien, pour pouvoir apprécier sainement l'influence d’un facteur étiologique, qu'il s'agisse d'âge ou de tout autre élément, il était indispensable de s’entendre d’abord sur cette question de mot, aujourd'hui surtout que l'anatomie pathologique permet le démembrement et la classification rationnelle des tumeurs malignes. Malheureusement le terme de ce cancer était si ancien et si répandu, et en quelque sorte si traditionnellement inséparable de la notion de malignité, que les auteurs, pour essayer de Jui donner une signification histologique et l'appliquer aux seules tumeurs épithéliales, se heurtèrent à trop forte partie et ne réussirent qu'à créer une confusion de plus.
Cette confusion d'ailleurs se relrouve dans la plupart des ouvrages classiques, el la presque totalité des statistiques pubhées sur le rôle de l’âge dans l'éliologie du cancer s'étendent à loutes les tumeurs malignes, qu'elles soient d'origine conjonctive où au contraire d'origine épithéliale. Aussi est-il 1mpossible, pour se faire une opinion sur le sujel, de prendre pour base pareils éléments.
En fait, s'il est une idée bien répandue, c'est évidemment celle qui tend à faire du cancer épithélial l'apanage de la vieillesse, une maladie de l'âge avancé. Les auteurs classiques ne sont pas sans doute très alfirmalils à ce sujet. Gendrin, dans sa thèse d'agrégalion, soutenail bien qu'on ne rencontrait jamais le cancer dans la jeunesse : mais les auteurs qui Suivirent admellent le cancer des jeunes et certains lui accordent une réelle importance, soil que les statistiques mal établies, dont nous avons parlé lout à l'heure, aient influencé leur manière de voir, soil qu'ils fassent une concession à celte loi : qu'iln'est rien d'absolu en médecine et qu'il n'y à pas de règles sans exceplions :--- mais lorsqu'ils pénètrent plus avant dans le sujel et qu'ils abandonnent les généralités et les détails
clologiques, ils acceptent lous, comme un axiome irréfutable,
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l'impossibilité du cancer chez les jeunes, et, arrivés au chapitre du diagnostic, c'est loujours la notion d'âge qui vient trancher les questions embarrassantes. Cette opinion, qui ne se trouve nulle part nettement exprimée, découle cependant de la lecture des ouvrages classiques ; de là des étonnements et des erreurs : on repousse l'idée de cancer quand le sujet est encore Jeune et on remet à une date ultérieure, trop souvent tardive, l’extirpation qui, aujourd'hui encore, est le seul traitement de la terrible maladie, encore que les résultats obtenus soient maintes fois bien illusoires.
D'autre part, n'a-t-on pas à se demander si la fréquence du cancer chez les jeunes était autrefois aussi grande qu’aujourd'hui, et Verneuil n'avait-il pas raison quand il disait à notre maître, M. le professeur Forgue, que les cas de cancer devenaient de plus en plus nombreux, et que pour cette maladie la limite d'âge est bien abaissée ? Question angoissante, mais à laquelle 1l est bien difficile de répondre, puisqu'on ne peut apporter à l'appui où à l'encontre de l’une ou l’autre thèse aucun chiffre, le seul argument concluant en l'espèce. Nous devons ajouter cependant que deux auteurs anglais, Taylor et Francis, ont, 1] n'y a pas longtemps, dans un rappôrt sur les recherches de l’Imperial Cancer Research Fund, admis «€ qu'il est inexact que la fréquence du cancer augmente avec l’âge, à parür de 10-15 ans, âge qui donne les chiffres les plus faibles : les chiffres de 5-10 ans sort plus faibles que ceux de 10-15 ans. Mais il n'est pas prouvé du tout qu'en général dans l'espèce humaine, le cancer augmente de fréquence ; c'est une illusion qui tient aux défauts des statistiques ». EL ils ajou. tent : « Une bonne statistique ne peut être établie que sur un recensement médico-chirurgical avec examen microscopique à l'appui -— interprétée avec Faide des slaticiens de métier.
Les chiffres recueillis par Voie administralive, par exemple à
ne Vies l'occasion d'un recensement national, puis élaborés, d'autre part, par des médecins, ne peuvent avoir d’inexactitude. »
Quoi qu'il en soit, nous pensons avoir suffisamment montré là nécessité de s'entendre sur la signification du mot cancer, et l'inanité de la plupart des statistiques établies sans le contrôle de la vérification anatomique.
Dans notre travail, nous rapporterons quelques-unes de ces observations malheureusement trop nombreuses où la jeunesse du sujet vient rendre encore plus tragique l’évolution de l'inexorable maladie. Nous n'aurons en vue que le cancer épithélial jusqu'à 30 ans. Cette limite, de prime abord, paraît être un peu arbitraire ; mais nous pensons que les néoplasies épithéliales se rencontrent assez fréquemment jusqu'à cet âge pour qu'il faille compter avec elles lorsque se pose le diagnostic, tandis qu'au-dessus de 30 ans, les cas de cancer sont, il faut bien l'avouer, de beaucoup plus nombreux.
D'autre part, nous limiterons notre élude au cancer de l'utérus, de Fintestin, de la langue et de la face, non pas que les observations d'autres localisations nous manquent, mais parce que ce sont là les régions du cerps les plus souvent altemtes, quel que soit l'âge du sujet. Systématiquement, nous écarterons les Llumeurs du sein : nous pourrions, il est vrai, apporter à ce sujet un grand nombre de documents, mais qui seraient entachés d'erreur, lant ici le diagnostic, même anatomique, est souvent difficie, tant les transitions sont ménagées entre l'adénome et l'épithéliome, et 11 serait alors facile de nous reprocher de faire entrer dans le second genre de tumeur ce qui'apparbhient incontestablement au premier.
Nous éludierons successivement :
L'Elologie ;
L'Analomie pathologique
PEER à RER La Symptomatologie Le Diagnostic
Le Pronostic et le Traitement.
essayant de mettre en relief à propos de chacun de ces chapitres, les particularités qui caractérisent le cancer épithélial chez les jeunes.