‹ Cancer Épithélial Chez Les JeunesChapitre 23 sur 31 · OBSERVATION XVIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVIII

(Due à l'obligeance de M. le professeur Forgue) Epithélioma du rectum chez une jeune fille de 26 ans

Demoiselle X..., née le 27 novembre 1876.

Les antécédents hérédilaires ne présentent pas grand intérêt. Le père à une excellente santé. La mère est un peu frêle, avec une luxalion congénitale gauche ; mais elle est rarement malade. |

Un frère, âgé de 30 ans, a fait son service militaire. Jouit d'un excellent état de santé. :

La malade, blonde, lymphatique, a toujours été délicate et anémique, mais n'est pas sujette à s'enrhumer.

Vers l’âge de 3 ans, elle a eu la rougeole ; à 12 ans, la scarlatine, sans aucune grave complication.

Elle à été réglée à 15 ans, toujours régulièrement : règles peu abondantes, de 4 à 5 jours de durée, sans douleurs. Pertes blanches dans l'intervalle.

Elle a toujours été constipée, restant souvent 7 à 8 jours sans aller à la garde-robe, et presque toujours après un ou plusieurs lavements. Cette constipation n’a jamais cessé, et elle a même des tendances à s'aggraver avec l’âge. Les selles, tou- Jours rares, deviennent douloureuses et accompagnées de glaires, souvent d'un peu de sang.

Au commencement de l’année 1902, les selles sont si rares, la défacation si douloureuse que l’état de la malade s’en ressent physiquement et même moralement : perte de l'appétit, digesbons difficiles ; teint plus pâle ; inquiétude et tristesse.

Alors lés parents 2accompagrent la malade à Montpellier pour consulter le D' X.. qui conseille l'usage de laxatifs doux : lavements huileux ; alimentation végétarienne ; drap mouillé tous les matins, et exercice en plein air, dans la campagne. Ce traitement n'amène aucune amélioration, el la malade revient, au mois de juin 1902, à la consultation du D'X... Diagnostic ; Colite pseudo-membraneuse, et il conseille une saison à Brides. |

Départ le 20 juillet 1902. Pendant toute la durée du séjour à Brides, l’état de la malade s'améliore rapidement. L'appétl revient, et avec l'appétit les forces el la gaieté. Les se les -leviennent quotidiennes, faciles, indolores. La malade, contente, fait de longues promenades ; elle écrit à ses parents des

lettres joyeuses annonçant sa guérison.

À son retour, vers le 15 août, elle paraît absolument transformée, tant a été grande l'amélioration. Mais ce luen-êlre est de courte durée. La constipation recommence et avec elle les souffrances de la défécation, les épreintes incessantes, et toutes les misères physiques et morales qui accompagnent cet état, à un tel point que, au commencement du mois de septembre, ne pouvant expliquer les atroces souffrances de celle jeune malade, le médecin traitant demande à pratiquer un examen par le toucher rectal. Cet examen lui permet de constater facilement que la constipation, véritable obstruction, est due à une tumeur du rectum. Mais de quelle nature, cette tumeur ? Etant donné l’âge de la Jeune fille (26 ans), notre confrère n'osa se prononcer.

Il conseille aux parents d'accompagner la malade à Montpellier, et le 25 septembre 1902 1l m'a été donné de l'examiner. I] s'agit d'un carcinome du rectum : et cette affection cst ici remarquable à un double titre. D'abord, elle se présente chez un jeune sujet, et c'est un cas rare à Joindre à ceux des carcinomes chez les Jeunes. En second lieu, je crois pouvoir affirmer que cette localisation carcinomateuse à évolué au niveau d'un rétrécissement congéniltal du rectum. En effet, le doigt rencontrait, au haut de l'ampoule, un véritable diaphragme cireulaire ; et ce n'était pomt le contour inférieur d'une virole néoplasique comme on en rencontre. C'était une vérilable bride annulaire, que le doigt, ayant franchi le diaphragme, pouvait accrocher au retour et qu'il appréciait, en quelques points où la disposition primitive paraissait conservée, comme une valve annulaire, charnue, encore souple par places (en avant surtoul) et au contraire infiltrée en arrière, d'une épaisseur de quelques millimètres aux points les moins transformés. Celte bride (qui a toujours occasionné des difficultés de défécation bien notées par les parents) à servi de point d'appel pour le carcinome qui s'est développé à ‘sa

EP AE base, en avant sous la forme d’une infiltration, irrégulièrement limitée, de 2 à 3 centimètres de largeur ; en arrière sous la forme d'une masse plus étendue, se prolongeant dans les côtés, déjà ulcérée au-dessus de la stricture, et siège d’une sécrétion fétide, pyo-stercorale.

Que faire ? L'ablation aurait peut-être pu être tentée mais il fallait s'attendre à de grosses difficultés en avant, dans la cloison reclo-vaginale, linfiltralion carcinomateuse l'occupant en presque lotale épaisseur et se prolongeant en haut dans le plan utéro-rectal ; en arrière aussi il fallait pré-. voir des adhérences par coulées néoplasiques. Donc interven- Uon difficile et périlleuse, mais non irréalisable. Faire un anus iliaque ? Ce n'eût été qu'un palliatif et dégoûtant ; mais on aurait pu en faire le premier acte de l’extirpation.

Toute intervention fut cependant refusée et par la malade et par la famille. Je conseillai alors le traitement suivant qui m'a donné de remarquables prolongations et qui fut aussitôt commencé

Matin et soir avec la sonde Delamotte à double courant, faire passer dans le rectum (ayant soin de dépasser la stricture) un litre d'eau bouillie dans laquelle on aura fait infuser

Racine de Condurango : 2 gr. et dissoudre un des paquets

suivants

Porilée dé SOEUR UE FERA 6 gr.

Chorale ae Ode in A ne 5 gr.

Denon de OUT RER en he CRE ADUDNTINeN Te nn rene terate ar

Le soir, après le lavement, introduire dans le rectum un

suppositoire (mou).

Beurre de cacao 0.0.4. DAME LEE Pa Résorine 2 AN EN Eerse RETIRE Baume du PÉTOUMIRRLENS Eee SL ER OÛ AND VTT EE ME RATE 1-gr:

Pendant seize mois les souffrances sont atroces ; épreintes, envies fréquentes d'aller à la-selle, avec sensation d’un corps étranger à expulser ; crises de plus en plus douloureuses que les injections sous-cutanées de morphine parviennent à peine à calmer un moment.

Dans le courant du mois de février 1903, perforation de la cloison reclo-vaginale, sans hémorragie.

La brèche recto-vaginale va s'agrandissant rapidement, à tel point que vers le mois de juillet toutes ies matières fécales passent par le vagin et sortent par la vulve. Rien ne passe par l'anus.

La mort survint seulement le 2 février au milieu d’atroces souffrances.

Page 1