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Adénome utérin à stroma sarcomateu.x; (Menetrier

L’utérus, enlevé pour hémorragies répétées, renfermait un grand nombre de saillies polypeuses, molles, assez vasculaires, ayant toutes les apparences macroscopiques des polypes muqueux utérins. La coupe représente une petite portion d'une de ces tumeurs, où l’on voit des cavités glandulaires hyperplasiques tapissées d’un revêtement cylindrique régulier, entourées d’un stroma presque uniquement cellulaire et formé de cellules fusiformes semblables à celles du sarcome du tissu conjonctif commun.

A, glande hyperplasique où réjjithélium paraît disposé sur plusieurs couches, en raison de l’incidence très oblique de la coupe ; B, portion d’une glande voisine à revêtement cylindrique régulier; C, stroma de cellules fusiformes. (Grossissement: 317 n .)

d’épithéliomes que de sarcomes, représentant ainsi une étape éventuelle de deux évolutions néoplasiques dilférentes.

Le cancer typique de la muqueuse utérine esl un épilhéliome cylindrique, qui dillere surtout des formations précédentes par un protoplasma plus coloré et une irrégularité plus grande dans la morphologie des noyaux. 11 est en ellet constitué par des tubes épithéliaux tapissés de cellules cylindricjues à protoplasma coloré et qui sont tantôt ramifiés, avec une disposition rappelant la texture

ThAITÙ DE MCDECIXE. XIII. 19

P. MENETRIER. — LE CANCER.

adénomateuse, ou tantôt représentent des cavités irrégulières, infdtrées dans un tissu conjonctif riche en petites cellules, ou pénétrant profondément dans l’épaisseur du muscle utérin.

De ces formes cylindriques dérivent des cancers moins typiques, qui constituent d’ailleurs des variétés fréquentes et dans lesquelles les masses épilliéliales, groupées en lobes ou lobules arrondis ou polyédriques, et maintenues par un stroma conjonctif alvéolaire, présentent à leur périphérie une rangée de cellules cylindriques parfaitement nettes, auxquelles succèdent en dedans des cellules irrégulières, polymorphes, et qui, tout à fait au centre, dégénèrent.

Et ceci nous conduit aux formes atypiques dont la morphologie cellulaire ne permet plus une identification aux types cellulaires normaux.

On observe aussi dans la muqueuse utérine des altérations métaplasiques du revêtement épithélial, semblables à celles que nous avons précédemmentdécritespour les voies respiratoires et digestives ; la formation d’un revêtement pavimenteux stratifié (1), en place du revêtement cylindrique normal, et qui paraîtégalementlaconséquencedes processus d’inflammation chronique. Cette altération paraît d’ailleurs avoir été tout d’abord observée par Robin (2), qui a décrit des cellules pavimenteuses dans les glandes à revêtement cylindrique de Tutérus.

Mais ce qui nous intéresse plus spécialement, c’est la possibilité, pour un cancer du corps utérin, de se former aux dépens de la muqueuse ainsi modifiée, et de présenter alors le type métaplasique de l’épithéliome pavimenteux corné. Il en existe des observations de Piering, Gebhard, Lohlein, Flaischlen.

A côté des cancers d’origine hyperplasique ou inflammatoire, dont les adénomes et les métaplasies cellulaires nous représentent les lésions originelles, des malformations laissent dans les parois de l’utérus des cellules épithéliales hétérotopiques^ éventuellement susceptibles de l’évolution néoplasique, et dont les adéno-myomes nous fournissent des exemples. Ce sont des tumeurs myomateuses au centre desquelles se rencontrent des cavités épithéliales tapissées de revêtements cylindriques d’apparence glandulaire, et dont la pathogénie, discutée au point de vue de l’origine embryonnaire précise du vestige qu’ils représentent, ne laisse cependant aucun doute sur leur nature d’éléments hétérotopiques.

Cesadénomyomes peuvent présenter la transformation cancéreuse, et c’est vraisemblablement par une évolution de ce genre que s’expliquent les faits décrits comme dégénérescence carcinomateuse des fibro-myomes utérins (Claisse) (3).

(1) Zelleh, Plallcnepilhel in Utérus. Psoriasis uLerina (Zeilschr. f. Geburl. ii. Gyn., Rd. XI).

(2) Rohin, Gaz. des hôp., 1852.

(3) Claisse, Reclierches sur le développement des fibro-niyomes et des adénomyomes de l’utérus. Thèse de Paris, 1900.

CANCERS ÉPITHÉLIAUX.

Cancers des g-landes salivaires et hiiccales. — Les tumeurs des glandes salivaires et buccales se présentent dans un grand nombre de cas comme des hyperplasies complexes, non seulement fibro-épithéliales, comme les formations adénomateuses des autres glandes, mais pouvant également renfermer des tissus plus variés, et notamment, outre les éléments épithéliaux, la plupart des tissus de substance conjonctive.

La forme la plus commune est un flbro-adénome, surtout fréquent au niveau de la parotide, dans lequel le tissu fibreux, dense, très peu cellulaire, prédomine en masses compactes, lobées et lobulées, ou en travées anastomosées et séparées par des fentes plus ou moins étroites, où se trouvent des cellules à pieu près complètement atypiques; de telle sorte que, selon les auteurs, elles sont considérées comme endothéliales ou épithéliales; pourBorst, notamment, la plupart des adénomes des glandes salivaires seraient des endothéliomes. De place en place, cependant, des amas cellulaires plus considérables renferment des cellules où le type épithélial est plus aisément reconnaissable, et parfois disposé en revêtements tubuleuxou acineux. C’est cette apparence, d’ailleurs le plus souvent partielle, qui nous fait considérer ces éléments comme épithéliaux et ranger ces tumeurs parmi les fibro-adénomes. Nous en avons rencontré de semblables, développés aux dépens des glandes lacrymales.

Les tumeurs mixtes présentent une plus grande variété de tissus. Elles sont également formées de masses arrondies ou noueuses, nettementlimitées. A la coupe, le tissu gris blanchâtre, ou transparent, ou muqueux ou fasciculé, et par places de consistance cartilagineuse, renfermant des parties osseuses ou graisseuses, présente au microscope les éléments caractéristiques des divers tissus conjonctifs, dans un stroma fibreux et parfois d’apparence sarcomateuse, des cellules graisseuses, du tissu muqueux, du cartilage, de l’os, ensemble ou une variété prédominant sur les autres.

Et, au milieu de ces tissus, des masses cellulaires épithéliales pour les uns, endothéliales pour les autres. Ces masses épithéliales ont parfois une apparence franchement glandulaire, et représentent des culs-de-sac rappelant plus ou moins ceux des glandes où la tumeur s’est développée; mais le plus souvent ce sont des cordons cellulaires ramifiés ou anastomosés en réseau, et formés de cellules polyédriques d’apparence épithéliale, mais atypiques. Ou encore elles se rapportent au type des épithéliomes pavimenteux, avec épines intercellulaires et dégénérescences cornées.

Les tumeurs mixtes sont rarement malignes.

C’est également dans ces glandes que se rencontrent surtout ces

tumeurs qui, décrites d'abord par Robin et Laboulbène sous le nom de tumeurs hétéradéniques à corps oviformcs, ont été ensuite appelées par Billroth cijlinclromes, dénomination d’ailleurs peu intelligible sous laquelle on continue à les désigner. Ces tumeurs sont caractérisées par des sphères ou tubes cylindrifjues hyalins que l’on peut

i. soler à l’état frais. Elles se rencontrent au pourtour de la cavité buccale, autour ou dans les glandes salivaires, dans l’orbite, l’antre d’ilighmore, le nez, plus rarement dans la peau. Ce sont des néoformalions fibro-épithéliales des glandes muqueuses. L’épithélium se dispose par places en revêlemenl cylindrique tapissant des cavités ; souvent aussi il produit des amas pleins, de formes variées. Et sur celte néoformalion épithéliale primitive est venue s’en greffer une secondaire, de nature myxomaleuse, manifestée par des transformations hyalines dans le stroma, autour des vaisseaux, autour des amas épithéliaux, et par des néoforraalions muqueuses véritables qui, partant des parois et des travées, se sont disposées en végétations hydatiformes ou plexiformes au milieu de masses épithéliales qu’elles envahissent progressivement (Malassez). Les cylindromes sont des tumeurs peu malignes, à croissance lente, récidivant volontiers, mais ne formant que rarement des métastases, et à peu de distance.

Si les hbro-adénomes de la parotide et des glandes salivaires et lacrymales paraissent bien des tumeurs d’origine hyperplasique, les tumeurs mixtes et les cylindromes, parla variété des tissus qui s’y trouvent représentés, évoquent immédiatement l’idée d'une origine hétérotopique, le polymorphisme des éléments constituants étant le propre des tumeurs de semblable origine. Justement, la région où ces tumeurs se rencontrent est de celles où les malformations du développement sont les plus communes ; nousavons dù précédemment les invoquer à propos des branchiomes à cellules pavimenteuses, et nous admettrons également une semblable origine pour ces tumeurs, les arcs branchiaux atrophiés et inclus dans la profondeur des tissus renfermant, outre les éléments épithéliaux, toutes les formes cellulaires de la série conjonctive ( 1).

En outre de ces formes com[)lexes, les cancers des glandes salivaires sont généralement af///jù/aes. Nous avons eu l'occasion d’étudier un épilhéliome parotidien formé de masses cellulaires disposées en

(1) Tumeuj's mixtes. — Peuociiaud, Recherches sur les tumeurs mixtes des

j. ;Iandcssalivaires. Thèse de Paris, 1S83. — De I.auabhie, Recherches sur les tumeurs mixtes des glandes salismires de la muqueuse buccale {.Ai'cli. çién. de méJ.. 1890). — I3imc.En, Tumeurs mixtes du voile du palais {/terne de cliir., 1897). — Fili.iox, Recherches sur la trame connective et tes modilicalions de celte Irame tlans les épithcliomcs de la peau. Thèse de Paris, 1897.

Cylindromes. — Roiiin et Lauouldène, Tumeurs hétéradéniques à corps oviformcs {Soc. de l)ioL., 1853). — Leheut, Atlas. — Loiiain et Roiun, Soc. de bioL, 1851. — Rm.i.uotii, Développement des vaisseaux. Rerlin, 1856; Observation sur les tumeurs des glandes salivaires {Virchoir's .\rchir, 1859); .\rch. der Ileilkunde, 1862. — Malassez, Sur le cylindromc {.\rch. de pbysiol., 1883).

CANCIiUS É l’ITIlKIJArX.

tubes pleins, serres les uns contre les autres dans un stroma conjonclif peu développé et dont les éléments cellulaires cubiques ou iiolyédricpics ne rappelaient par aucun de leurs caractères les cellules normales de la glande.

(lancers du foie et des voies biliaires. — Adénomes et cancers du foie. — Dans les glandes viscérales comme le foie, les néol'ormations épithéliales sont plus particulièrement intéressantes à étudier en raison de la texture plus complexe du tissu qui permet de mieux suivre les modifications évolutives liyperplasicjues et néoplasiques.

L'hi/perplnsie adénomaleiise est commune dans le foie; elle appartient à la i)lupart des infiammations chroniques de cet organe et se manifeste par un changement de l’ordination normale des trabécules hé[)atiqucs, (jui, en raison de l’augmentation du nombre et du volume de leurs cellules, perdent leur dis[)osition radiée, pour se placer en rangées concentriques de cordons anastomosés et constituent des nodules hypertrophiques, aux dépens de portions plus ou moins étendues des 'lobules primitifs. Ces nodules hypertrophiques forment ainsi de petites tumeurs, qui tendent à s’isoler du parenchyme et repoussent tout autour, en les comprimant, les lobules voisins non hypertrophiés et souvent en dégénérescence graisseuse plus ou moins avancée. C’est là Vévolulion nodulaire, bien décrite et dénommée par Kelsch et Kiener, et qui représente le véritable adénome du foie, c’est-à-dire l’hyperplasie glandulaire bénigne, non infectante, qui respecte les vaisseaux, reste cantonnée dans son siège initial et ne donne pas de métastases ; la lésion correspondant aux polyadénomes gastriques, aux polypes muqueux utérins, aux polypes intestinaux, aux adénomes sébacés, etc. Seulement, par une fâcheuse confusion, que nous retrouvons à chaque instant dans l’histoire des adénomes, ce que couramment, avec Griesinger, Lancereaux, Sabourin, Ribbert et la majorité des auteurs allemands, on ap[)elle adénome du foie n’est pas une hyperplasie glandulaire bénigne, mais bien, ainsi que l’ont montré Gilbert et Dérignac, un épithéliome infectant, un cancer du foie (t).

Ces hyperplasies nodulaires se rencontrent dans les hépatites chroniques, et plus particulièrement dans les cirrhoses, dans les cirrhoses alcooliques, surtout les cirrhoses à grosses granulations, dans les cirrhoses palustres (hépatite nodulaire palustre), dans les cirrhoses ou hépatites graisseuses, etc. ; on les retrouve également dans les régénérations du parenchyme hépatique, soit pathologiques

1) Kelsch et Kienek, Contribution à l’ctude de l'adénome du foie {Arch. de physioL, 1876). — Lancereaux, Anat. patb. — Sarourin, (Contribution à rétude des lésions du pai encliyme bépatique dans la cirrhose. Essai sur l’adénome du foie. Thèse de Paris, 1881. — Dérign.vc et Gilhert, Gaz. méd. de Paris, 1884. — IIanot et Gilbert, Etudes sur les maladies du foie. Paris, 1888. — Urissauii, Adénome et cancer hépatiques {Arch. yen. de mêd., 1883).

P. MENETRIER.

(Hanoi, Kahn), soit expérimentales; et, défait, ce processus paraît sous la dépendance, non seulement des irritations inflammatoires, mais encore, et plus peut-être, de l’incitation fonctionnelle dérivant de la suppression d'une quantité importante des éléments destinés à assurer la fonction normale (Ij.

Nous décrirons trois formes d’adénomes hépatiques, qui correspondent assez exactement aux trois formes les plus typiques des cancers du foie, pour que l’on en puisse reconnaître la filiation et arriver, par la juxtaposition des observations, à reconstituer la série complète des étapes lésionnelles de la transformation des néoplasies hyperplasiques bénignes en cancers.

La première forme, qui correspond le plus souvent à l’évolution nodulaire des cirrhoses, est caractérisée par l’hyperplasie des trabécules hépatic{ues {adénome trabéculaire) avec hypertrophie de leurs cellules, mais sans- modifications notables de leurs apparences. Les cellules hépatiques plus volumineuses conservent leur aspect granuleux ; elles diffèrent des cellules voisines par leur volume plus grand, par leur protoplasma plus homogène et qui ne présente pas, comme celles-ci, des vacuoles graisseuses. Les travées qu’elles constituent s’incurvent, mais restent continues, et représentent en somme un segment de foie simplement hypertrophique, une grosse granulation de cirrhose, tranchant sur les parties voisines à l’examen macroscopique par sa couleur plus jaune ou verdâtre, par sa saillie sur la coupe ou à la surface du foie, et au microscope par ses trabécules plus grosses et comme enroulées sur elles-mêmes, par ses cellules plus grosses, plus homogènes et non dégénérées.

A cette forme adénomateuse correspond le cancer hépatique le plus typique, Vépithéliome trabéculaire.

Uépilhéliome trabéculaire (Hanot et Gilbert) c’est l’adénome de Griesinger, Rindfleisch, Lancereaux, Sabourin, etc. Il se développe constamment dans un foie atteint de cirrhose, et se présente sous forme de nodules ou de tumeurs arrondies, multiples, molles, de couleur jaune d’or le plus souvent, parfois hémorragiques, ou encore teintes en vert par la bile. Au microscope ifig. 46 et 47), ce cancer apparaît formé de travées de cellules hépatiques, disposées exactement comme les travées du foie normal, seulement plus irrégulières et plus larges. Les cellules ont conservé la forme polyédrique des cellules hépatiques, elles sont plus volumineuses; leur proloplasma plus homogène, dépourvu de granulations, se colore plus uniformément ; les noyaux sont plus irréguliers, souvent hypertrophiques ou bourgeonnants, et les figures de karyokinèse s’y rencontrent en abondance.

Les colonnes cellulaires sont maintenues par un stroma conjonctif

(1) PoNFiCK, Ueber Lebere.\lii'pation (Jiiliresb. der Schles. üesell. f. vaterl. kiiliur, 1S89). — IIanot, De l’hyperplasie compensatrice. De la régénération du foie {Presse médicale., 1895). — Kahn, Thèse de Paris, 1897.

CANCEllS KPITIIÉLIAUX.

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Fig. 46. — Épilhéliome typique du l’oie (épilhéliome trabéculaire)

(î\Ienetrier).

Provenant d'un cancer nodulaire développé dans un foie cirrhotique et avec envahissement des vaisseau.x sanguins. Le fragment de tissu néoplasique représenté a été pris dans un bourgeon épithéliomateu.x développé dans une veine sushépatique (Voy. le schéma de la figure 47).

Fig. 46. — Les cellules épithéliomateuses sont disposées en trabécules, exactement comme dans le foie normal. Elles diffèrent des éléments hépatiques normau.x par leur volume plus grand, leur protoplasma plus homogène, sans granulations; leurs noyaux plus volumineux, plus chromatiques, et de formes irrégulières. Les colonnes cellulaires sont maintenues par un stroma conjonctif très grêle et ne présentent pas entre elles un réseau cajjillaire ordonné comme dans le foie normal.

A, A', travées épithéliomateuses; 13, B', stroma conjonctif. (Grossissement: 317D.)

Fig. 47. — Figure demi-schématique. Grosse veine sus-hépatique dans laquelle ont végété des boui’geons épithéliomateux.

A, paroi veineuse; B, bourgeon cancéreux intravasculaire; point représenté à un plus fort grossissement à la figure 46; G, parenchyme hépatique. (Grossissement : 4^,5.)

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Ires peu dévelopj)é; mais elles ne présentent pas, comme dans le foie normal, un réseau capillaire régulièrement disposé départ et d’autre. La nutrition de ces masses ncoplasicjues paraît d’ailleurs assez mal assurée, car elles dégénèrent frécpiemment au centre des noyaux, dès qu’ils ont atteint un volume notable. iJ’ailleurs les vaisseaux en sont très fragiles, ils se rompent facilement, et des infillrats hémorragiques se rencontrent au sein des tumeurs les plus volumineuses.

El, malgré l’apparence très typique de cet épilhéliome, malgré que les fonctions normales paraissent encore persister dans quelques-unes des cellules néoplasiques, comme en témoigne la présence de concrétions biliaires entre les trabécules néoplasiques, il s’agit bien là néanmoins d'un vrai cancer, et qui prouve sa malignité en envahissant les vaisseaux et en formant des métastases.

L’envahissement des vaisseaux est précoce, cl les cellules pénétrées dans la paroi, puis dans la cavité vasculaire, y bourgeonnent et reconstituent à l’intérieur des vaisseaux un tissu trabéculaire semblable au tissu du foie, comme on peut le voir par la figure 4b, où le segment de néoplasme représenté a été pris au milieu d’une veine sus-hépatique. Les l)ourgeons cancéreux passent des veines sus-hépatiques dans la A^eine cave au niveau du foie ; on a observé également la propagation à l’oreillelle droite et, parmi les métastases, cellesdu poumon ont été le plussouvent observées. El, là encore, le cancer conserve son apparence trabéculaire; et l’on a jiu, dans ces métastases pulmonaires, observer, tout comme dans les noyaux hépatiques, des concrétions biliaires entre les cellules néoplasiques.

Les tumeurs sont habituellement multiples dans le foie, et s’il est possible qu’un certain nombre soient secondaires à l’envahissement de l’organe par les cellules éinigrées d’un foyer primitif, il paraît néanmoins probable que cette forme de cancer puisse être primitivement à foyers multiples. De plus, et en étudiant minutieusement les divers points du foie, on peut, quand l’affection n’est pas trop ancienne et que le parenchyme n’a pas été trop complètement bouleversé par le développement du cancer, trouver simultanément dans les lésions de cirrhose, constantes dans celle forme, des nodules hyperplasiques, présentant exactement la figure de l’évolution nodulaire, de l’adénome, et suivre nettement toutes les phases du développement progressif de l’adénome en cancer typique. Ce sont ces particularités qui rendent celle forme néoplasique d’un intérêt exceptionnel comme démonstration de l’origine hyperplasique d’un cancer typique.

La deuxième forme adénomateuse se rencontre également dans les cirrhoses ; c’est Vadénome acmenx. Nous l’avons prise comme exemple dans notre étude des cancers au début, les divers stades que nous en avons observes, et figurés, nous permettant une dé-

CANCERS l'PITII EMAUX.

monsLi’alion presque schémalique tle la succession des lésions.

Au preniier degré, en elTcl (fig. 3), le pelil lobule adcnoinaleux, d’uu ccnlimèlre à peine de diamèlre, présente encore la conservation partielle de la disposition trabéculaire de scs^ellnles. Seulement, les trabécules, très hypertrophiées, présentent de place en place des renflenients où les cellules se sont ordonnées en revêtement cavitaire, dessinant un acinns à centre biliaire, marqué en plusieurs points par la présence de concrétions pigmentaires dans la cavité. A ce degré, et à part l'hyiiertrophie, les cellules ont conservé tons les caractèi'cs des cellules hépaticines, leur proloplasma granulcn.v, leurs alTinilés tinctoriales, leurs propriétés sécrétantes. Et il est difficile, ii ce degré, de considérer la lésion autrement que bénigne, hyperplasique, adénomateuse.

Le deuxième degré (fig. 4) représente une petite tumeur déjà plus nettement individualisée, et dont les apparences macroscopiques, la couleur jaune d’or, la mollesse du tissu, permettaient une assimilation complète avec les petits nodules du cancer des cirrhoses. Les caractères histologi(|ues y montrent aussi une modification plus complète de la texture du tissu et de la morphologie cellulaire. La disposition trabéculaire est complètement disparue; elle est remplacée par une ordination acineuse où les cellules forment des revêtements cavitaires, plus ou moins régulièrement rangés. Ces cellules sont également modifiées dans leur protoplasma, non granuleux, homogène ; dans leurs noyaux, de dimensions inégales, souvent hypertrophiques, ou bourgeonnants, présentant en somme les caractères d’une évolution atypique commençante. A ce degré, c’est déjà du cancer ; du moins, aucun caractère différentiel ne sépare une semblable tumeur, encore unique et isolée dans le foie cirrhotique, d’un nodule de même dimension, d’un cancer en pleine évolution et qui a fait sa preuve par sa dissémination métastatique.

La comparaison avec un nodule de cancer (fig. 5) montre en effet, dans le cancer acineux typique, la même disposition des cellules épithéliales en revêtements cavitaires, et les mêmes caractères morphologiques des cellules, et parfois aussi la conservation de vestiges fonctionnels manifestés par la présence de concrétions biliaires intra-acineuses.

Le cancer hépatique de type acineux est formé de cellules volumineuses, du double des cellules normales, cubiques ou polyédriques, disposées en petits lobules arrondis, avec une lumière centrale autour de laquelle sont régulièrement rangées les cellules, et renfermant soit des détritus albumineux amorphes, soit même des produits biliaires. Le stroma est formé de tissu conjonctif lâche, et par places franchement fibreux.

Ces cancers forment des masses volumineuses, où les éléments vivaces se retrouvent seulement à la périphérie, dans les portions

P. MENETRIER. — LE CANCER.

jeunes, tandis que le centre dégénère dans des zones extrêmement étendues. Les hémorragies sont fréquentes au sein de ces masses dégénérées.

Les vaisseaux sont envahis par les cellules néoplasiques, et des métastases, reproduisant les mêmes formes acineuses, se retrouvent dans les organes.

Ces cancers de type acineux se développent habituellement dans les cirrhoses, mais peuvent également être la conséquence d’autres formes d’inflammation chronique hépatique, et notamment, dans le cas que nous avons pris comme exemple de notre description ('tig. .5), nous avons cru pouvoir en attribuer l’origine à une inflammation chronique d'origine lithiasique.

La troisième forme d’adénomes hépatiques (fig. 48j se présente avec une apparence histologique qui, au premier abord, peut rendre leur origine discutable et les faire considérer plutôt comme dérivant des conduits biliaires que du parenchyme lobulaire, d’oü le nom de polyadénomes biliaires que leur donnent Kelsch et Kiener (1).

Ils sont en effet formés de fubes sinueux, tapissés d’un épithélium cubique, à gros noyau rond, assez chromatique, à protoplasma clair, et ressemblant ainsi davantage au revêtement prismatique des conduits biliaires des espaces portes qu’aux cellules des trabécules lobulaires. Mais, en étudiant attentivement les divers tubes qui constituent la masse adénomateuse, on en trouve quelques-uns dont le revêtement n’est pas uniforme, mais présente, à côté d’éléments cubiques à protoplasma incolore, d’autres plus volumineux, et dont le protoplasma se colore comme celui des cellules hépatiques, présente l’apparence granuleuse et la teinte brune caractéristique de ces éléments.

Les cellules de ces adénomes paraissent donc dériver, par un processus régressif, des cellules hépatiques elles-mêmes, et nous avons d’ailleurs l’exemple d’une transformation semblable dans une évolution analogue, qui s’observe fréquemment au cours des cirrhoses, la formation des néo-canalicules dont l’origine lobulaire, soutenue par Charcot et Gombault, Kelsch et Kiener, nous paraît également la plus probable. Aussi, et pour éviter toute confusion avec les proliférations adénomateuses des vrais canalicules biliaires, préférons-nous appeler cette troisième forme adénomateuse : adénomes hépatiques lübulés.

En dehors de la forme diffuse que constituent les néo-canalicules des cirrhoses, ces adénomes tubulés forment de petites tumeurs circonscrites, blanchùtres, fermes, consistantes. Celle qui nous a servi pour notre description ressemblait assez bien à une petite gomme du foie, et se rencontrait dans un foie peu altéré, présen-

(1) Kki.sch et Kiener, Note sur les néororniations des canalicules biliaires dans l’hépatite {Arch. de physioL, JS'/e).

C A N C E U s 1 •: 1 ' rr H 1 • L I A U X .

lanl seulenienl un léger épaississement de la capsule de Glisson des espaces portes.

De celle forme adénomateuse, nous devons rapprocher Vépilhéliome

l'ig. 48. — Adénome tubuleux du foie (Menetrier).

Petit noyau blanchâtre, gros comme un pois, arrondi, trouvé dans le foie d'une femme de soixante ans, morte de bronchopneumonie.

La petite tumeur est formée de tubes sinueux, assez courts, d’ailleurs coupés en divers sens, en l'aison de leurs sinuosités, et qui sont tapissés par un épithélium cubique, en revêtement régulier, avec lumière centrale vide et sans détritus biliaires. Les cellules sont plus petites que les cellules hépatiques; leurs noyaux sont à peu près de mêmes dimensions; elles en diflerent surtout par leur ju’otoplasma clair, non granuleux, ce qui les rapproche des cellules des conduits biliaires. Elles nous paraissent cependant résulter de la transformation des trabécules hépatiques, non seulement en raison de l’identité morphologique du noyau, mais surtout parce qu’à la périphérie de la tumeur un certain nombre de tubes sont tapissés de cellules qui ont encore conservé un protoplasma semblable à celui des cellules hépatiques, granuleux, brunâtre, et qu’on observe ainsi des formes de transition très nettes les unes aux autres. Ces figures, appréciables seulement par les caractères de coloration des cellules, ne sont pas visibles sur notre figure.

A, A', tubes adénomateux à revêtement de cellules cubiques à protoplasma clair ; B, B', stroma de l’adénome infiltré de petites ccllulesde type lymphocy tique ; C, C', trabécules hépatiques avoisinants. (Grossissement : 317“.)

hépali(jae tubiilé, qui se monlre également constitué par des proliférations de cellules petites, cubiques, à gros noyau très chromatique, et disposées en revêtements tubulés, en tubes cellulaires creux, ramifiés et anastomosés, dans un stroma extrêmement peu déve-

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