TRAITEMENTS PALLIATIFS ET SYMPTOMATIQUES
Quand l’évolution du cancer est trop avancée pour qu’il puisse être encore question de traitement curatif, le rôle du médecin est loin d’être terminé, et l’affection nécessite même d’autant plus de soins que les accidents et les complications se multiplient au fur et à mesure de la progression des lésions.
De ces accidents, beaucoup, la plupart même, sont en rapport avec la localisation du cancer, varient avec les organes atteints, et chaque cas nécessite des interventions thérapeutiques particulières. Il est cependant un certain nombre de symptômes et d’accidents communs dont nous pouvons nous occuper ici, dans une étude d’ensemble; et notamment les phénomènes douloureux, à peu près constants dans toutes les formes, et qui dans certaines atteignent une intensité et une continuité qui rendent intolérable l’existence des malades; les hémorragies, soit faibles et incessamment répétées, soit assez abondantes pour mettre rapidement la vie en danger; les sécrétions purulentes ou putrides qui se rencontrent dans tous les cancers ulcérés, mais plus particulièrement dans les cancers des cavités en rap|)ort avec l’e.xtérieur, produits altérés dont la résorption engendre des accidents d’intoxication ou de septicémie chroniques, et qui, se répandant au dehors, exhalent une odeur infecte et aggravent le supplice des patients du dégoût qu’ils inspirent autour d’eux.
Les hémorragies peuvent nécessiter, soit par leur abondance, soit par leur répétition, l’intervention chirurgicale, et de manières diverses, curettages, cautérisation ignée, opérations palliatives, soit sur la tumeur môme, par résections partielles, soit à distance, pour supprimer les traumatismes fonctionnels, en créant une voie artificielle de dérivation, comme on h' fait ilans les cancers des conduits: gasti'o-cntéroslomie dans les cancers du pylore, anus contre nature
TU Ann MK N’]'.
dans les cancers du reclnin, etc. Mais le pins souvent elles sont amendées par des moyens médicaux, l’emploi des coagnlants, percldornrc de fer, antipyrine, gélatine, des vaso-constricteurs, ergotine, adrénaline; des agents pliysi(ines (jni produisent de mêmes eiïets, glace in silii, injections très chaudes; ou des médicaments internes qui, comme le chlorure de calcium, favorisent la coagulabilité du sang.
La gélatine nous a [laru surtout utile dans les petites et moyennes hémorragies des voies digestives, de l’estomac notamimmt; en solution à 10 p. 100, tiédie juste assez pour être liquide, facile à [U'endre et, dans une certaine mesure, alimentaire.
L’adrénaline en ap|)lication topique sur le cancer a été conseillée par divers auteurs; elle aurait, dans un certain nombre de cas, amélioré la situation des malades en amenant la suppression des hémorragies et la sédation des douleurs. Mahu l’a employée en |)articulier pour les épithéliomes du larynx et de la bouche. On se sert de la solution au t/1000 en attouchements; la difficulté pratique est d’avoir des solutions fraîches, car ces solutions, au contact de l’air, s’altèrent très rapidement. Mahu emploie des poudres à l’adrénaline
au 1 /20 :
Adrénaline 10 cenligr.
Clilorure de sodium 90 —
.Acide tartrique 5 —
Sucre ordinaire 95 —
La solution obtenue avec cette poudre diffère peu de la solution ordinaire à 1 100 dans le sérum physiologique à 9/100 de chlorure de sodium. Ou encore :
.Adrénaline 5 centigr.
Acide larlrique 5 —
Chlorure de sodium 90 —
Comme mesure, on emploie de toutes petites cuillers, l’une d’une capacité de OP‘’,01 de poudre (un demi-milligramme d’adrénaline), dose pour X gouttes d’eau; l’autre de0‘’'‘’,02 pour XX gouttes d’eau. Un compte-gouttes bien calibré complétera les quelques instruments nécessaires pour faire rapidement des solutions d’adrénaline à
Les attouchements son! faits en général tous les deux jours ; et ce traitement a été utilement employé dans des épithéliomes de la langue, du larynx, et des cancers d’autres régions, comme le cancer du sein (1).
Contre les sécrétions pnriilenles ou putrides, on pratique des lavages avec tous les anlisepticiues usuels : le sublimé à I ou ^p. 1000, le chloral à 1 p. loo, le permanganate de potasse à 10 ou 20 p. 1000, les solutions de sulfate de cuivre ou de fer, le chlorure de chaux
(1) Mahu, L aclcénaliiie rcmcilo du cancer {l'resse médic.ilc, 1903). — IcHAiin, Tlièse de Paris, 190».
P. MENETRIER. — LE CANCER.
de '2 à 8 p. lOO, la liqueur de Labarraque ( hypochlorile de soudej à la dose d’une grande cuillerée par litre d'eau, le naphlol camphré, la leinlure de benjoin à raison de deux cuillerées par litre. Ou encore et aux mêmes doses (I) :
Acide phéniquc
Glycérine
Essence de thym
Acide salicylique
Essence de géranium rosat Alcool à 90“
I ââ -lO grammes.
Le coaltar saponiné à trois cuillerées. On peut aussi prescrire :
Acide salicylique -40 centigr.
Salicylate de soude 12 grammes.
Teinture d’eucalyptus 24 —
Eau distillée 180 —
à la dose de six cuillerées par litre.
La résorcine a été également employée en poudre ou en solution concentrée à 130 p. 100. Elle serait nettement analgésique et agirait en même temps comme antiseptique (2).
Comme onguent, on s’est servi de l’ichtyol et de la glycérine mélangés dans les proportions de 40 à 50 p. 100; ou encore le térébène dissous dans une égale quantité d’huile (Cordes, Bélrix) (3(.
Parmi les poudres absorbantes et antiseptiques, on peut employer l’iodoforme, -le salol, l’aristol, le salicylate de bismuth, le tanin, le talc, le carbonate de magnésie, etc. Lucas-Championnière recommande le mélange suivant :
Poudre de benjoin j
lodoforme [ aa 50 grammes.
Carbonate de magnésie ;
Traitement topique. — Le traitement topique des cancers comprend encore l’emploi de modificateurs divers.
Billroth (4) a essayé les préparations d’or, Reboul (5) le naphtol camphré, Houzel l’acide lactique, Broadbent (6) l’acide acétique en injections. P>outh (7) a obtenu quelques bons effets de la formule de Parvin en injections interstitielles :
Brome 4 grammes.
Acide ])hénique 12 —
Iode 8 —
Alcool 40 —
(1) Ces l'ormides et les suivantes d’après Lasideiit (Léon\ Du traitement des cancers (Thèse de Paris, 1901), travail auquel nous ferons de fréquents emprunts pour tout ce ciui concerne le traitement topique des cancers.
(2) Bec.k et Unn.v, Monals. f. prakl. Demi., t. XII, 1891.
(3i Conmes, Congrès de Washinglon, 1888. — Bétiu.x, ISoiivelles .irchives d’obslé- Iriijue. octobre 1887.
^4' Bili.kotii, Soc. imp. rog. de inéd., 31 janvier 1891.
(5) Fkuniît, Soc. niéd. des hop., 1898; l’resse inédicnle, octobre 1898.
(6) BnoAiiiiENT, Med. Times and (iaz., 1856.
(7) ItouTii, liril. med. Joiirn., 1878.
TRAlTKMülINT.
h' alcool aélé préconisé par liasse (de Nordliausen) sous l'orme d’injeclions d'alcool absolu, autour el dans la tumeur; quand celle-ci est composée de masses végétantes et molles, on enfonce l’aiguille de la seringue de Pravaz jusqu'ù ce qu’on renconlre une certaine résistance, et on injecte alors 3 ou t gouttes d’alcool. On peut faire ainsi dans la môme séance de neuf à douze piqûres en allant du centre à la périphérie ; les injections sont douloureuses, mais les résultats seraient satisfaisants. Dans les cancers utérins, Scliultz ajoute dos bains locaux d’alcool absolu.
Tasse et Schwal font des injections d’alcool additionné de I p. tOo d’éther.
Acide salicylique. — Bernhardt (de Munich) (1) préfère les injections de solutions alcooliques d’acide salicylique à I p. JO, employé depuis par Falius (2) en solutions à 0 p. 100. Elles sont douloureuses, amènent une légère élévation de température, causent des hémorragies, mais après les premières seulement. Le résultat serait une diminution des douleurs, des hémorragies, des écoulements, un trouble de la nutrition du néoplasme, et une amélioration de l’état général.
Créosole. — Auvard (3) préconise les injections de créosote; il injecte à chaque piqûre un quart de seringue de Pravaz de la solution :
Créosote i
Alcool [ âa 10 grammes.
Glycérine )
Ammoniol. — Sous le nom d’ammoniol. Moreau (4) entend un mélange de sulfate de cuivre ammoniacal, d’acétate de plomb cristallisé, de chlorure de sodium, que l’on fait dissoudre en proportions variables, généralement de 4 à 10 grammes pour 100 grammes d’eau acidulée, additionnée ensuite de teinture d’eucalyptus, de teinture de thuya et de menthol. Il fait deux séances d’ignipuncture profonde à quinze jours d’intervalle, des cautérisations plus superficielles plus fréquemment, el entre tout cela il fait des applications de compresses imbibées de la solution précédemment indiquée.
Chlorale de polasse. — Le chlorate de potasse a été depuis longtemps employé contre les ulcères cancéreux, et plus particulièrement contre les épithéliomes bénins de la face. Il s’emploie en poudre ou en solution.
Le chlorale de soude, moins toxique, a été semblablement employé : à l’extérieur sous forme de poudre pure ou mélangée, par exemple selon la formule de Boucher (5) :
(1) BiiUNHARDT, Cenlralblall f. Gi/n.'iA'., J89.3.
(2) Fafiiis, Revue méd. russe, 189,5; Province médicale, 18 mai 1895.
(3) Auvaud, Presse médicale, seplemlirc 189.S.
(i) Moiikau, Arch. de la policlin. Toulouse, 1900. — Revue des maladies cancéreuses,
(5) Boucher, Normandie médicale, 1«‘' août 1894.
Cr*»» P. MENETRIKK. — LE CANCER.
lodoformc 5 grammes.
Sous-nil raie de hismiilli ^ ^
Cliloratc de sonde \
A rinterieur, il a joui pour un temps d’une certaine vogue dans le cancer de l’estomac à la suite d’une communication de Brissaud (I) qui l’avait administré jusqu’aux doses de 15 à Iti grammes.
Clilorale de magnésie. — Le chlorate de magnésie a été également utilisé dans les mêmes conditions. Baizer et Gauchery (2) ont rapporté un cas de guérison d’épithéliome paramuqueux du bord libre de la lèvre inférieure obtenue par l’application d’une pommade à I p. 5, mais après cautérisation ignée.
Carbure de calcium. — Préconisé par Guinard (3) dans le traitement du cancer de l’utérus, le carbure de calcium agit comme hémostatique et comme désodorisant.
Il a la propriété de décomposer énergiquement l’eau en dégageant un hydrocarbure, l’acétylène, et en laissant un résidu de chaux. Aussi doit-on le conserver dans un endroit sec et à l’abri de l’air.
Pour l’employer, on lave d’abord la vulve, puis le vagin, s’il s’agit d’un cancer utérin, l’ulcération s’il s’agit d’un cancer de la peau, avec du sublimé à t ou 2 p. 1000, de l’eau boriquée, ou du permanganate de potasse à 1 p. 1000; on assèche soigneusement avant d’appliquer le carbure qui est disposé en morceaux plus ou moins volumineux selon l’effet que l’on veut obtenir. Contre les hémorragies et les pertes fétides, les fragments les plus petits sont préférables; la réaction est plus rapide, et le gaz dégagé produit aussitôt tout son effet.
Les bourgeons à réprimer seront mieux atteints par les gros morceaux qui agiront lentement, mais efficacement, non plus par l’acétylène, mais par la chaux dont l’action sera plus longtemps continuée.
Cette méthode, sans être aucunement curative, est surtout efficace contre les hémorragies, les écoulements fétides et les douleurs.
Bleu de méthylène. — Von Mosetig Moorhof a employé d’abord le violet de méthylène, puis le bleu qui lui parut plus diffusible, ou un mélange des deux, à l’extérieur et à l’intérieur; localement on solutions aqueuses, en pommades, en crayons.
La solution pour injections est au 1/50Q, filtrée sur amiante, préalablement portée au rouge. Darier (4), Coppez font des pansements humides avec une solution à 1 20.
Les crayons de Moorhof se composaient simplement depyoctanin, d’amylum et de gomme arabique. Jennings se sert de la formule suivante :
(1) liuiss.vui), Assnc. frnnç. jiniir l’nvanceinenl ties sciences, 1S03.
(2) Rai.zh» cL 0.\uciiiîiiy, Soc. franç. de dermnt. et de Sfiph., J809.
(3) Guinaiui, Soc. de chir., 29 juin 1898.
(4) Daiuiîh, Ann. de derinat., 1897.
TRAITEM EXT.
la— C)')!
Hleu (le nu-Lliylcnc
Tanin
Opium jnilviM-isé. .
Ilnile (l'olive
llcnri’c (le cacao. . ,
^ an 25 cenlijrr.
XV front les.
45 frramnies
Oii a même employ('> la poudre pure comme riodoforme ou l'arislol.
La première iudicalion esl de nelloyer la plaie, el c’esl surlouL sur ce j)oinl (|uc (^liHerenl les méthodes. Moorhol' enlève à la cuiller Lraiicliaule les fongosités et nettoie les cavernes. Darier fait tomber les croûtes et les escarres avec des cataplasmes amidonnés ou des pansements humides au sublimé, ou simplement à l’eau bouillie très chaude, badigeonne, pour l’anesthésier, la plaie cancéreuse avec une solution de chlorhydrate de cocaïne û 1 p. 10, puis il détruit au thermocautère le plus possible de la tumeur. 11 appli(]ue :
Rien (le mcRhvIène
Alcool
(Rycérine
1 gramme.
( ââ 5 grammes.
et touche les parties colorées avec une solution d’acide chromique à 1,5, qui brûle les dernières végétations et termine le nettoyage. Après un pansement humide avec la solution à 1 p. 20 pour déterger la plaie, on saupoudre de bleu de méthylène.
Des injections sont faites quotidiennement, ou tous les deux jours, dans l’épaisseur de ce qui reste de la tumeur, pendant des semaines si cela est nécessaire ; des crayons sont introduits dans les anfractuosités.
iïloorhof ajoute à cela un traitement interne et administre chaque iour jusqu’à 60 centigrammes de médicament en pilules :
Violet de méthyle.
Rien de méthylène
3 centigr. pour une pilule.
Les résultats seraient la disparition des douleurs et des hémorragies, l’arrêt des écoulements fétides, la diminution des tumeurs. Les bourgeons cancéreux seraient remplacés par des bourgeons de bonne nature.
Aujourd’hui la méthode, certainement bien inférieure à l’emploi de l’acide arsénieux, n’est plus guère employée.
.Modificateurs g-cnéraux. — La plupart des médications que nous venons de passer en revue sont purement locales. D’autres agents ont été employés comme modificateurs généraux, et pour la plupart après avoir, chacun pour un temps, joui d’une certaine vogue, ils ont fait preuve d’une efficacité si minime qu’ils ne sont plus guère prescrits que par habitude.
Telle la ciguë ^ préconisée par Storch, Devay, Guillermond, et administrée sous les formes les plus variées, à l’intérieur en poudre, extrait aqueux, extrait alcoolique, teinture, et à l’extérieur employée en huile, en pommade, en emplâtre.
P. mi;netrier. — le cancer.
Les mevcuviaiix onl compté nombre de succès aux siècles passés, et, en raison de la confusion si facile des ulcères syphilitiques avec les cancers, ils devront être souvent encore employés dans les cas douteux, ou dans lesassocialions hybrides de cancer etdésyphilis, et dans ces conditions leur administration peut être fort utile; mais il n’en est 'pas de môme de l'autre médicament spécifique des lésions syphilitiques, l’iodurede potassium, qui exerce une influence fâcheuse sur nombre de cancers dont il paraît accélérer la marche. Son emploi ne devra donc pas être prolongé dans les cas de diagnostic incertain oü l’on aura cru devoir l’essayer.
Le condurango a été plus particulièrement vanté dans le traitetement du cancer de l’estomac. L’action anticancéreuse du condurango a été révélée par un médecin espagnol, Casarès, en 1871. En 1874, F'riedreich (1) rapporte avoir constaté la diminution rapide d’une tumeur cancéreuse et la disparition des ganglions susclaviculaires qui l’accompagnaient; de cette observation, pourtant peu probante, date la vogue du condurango. Mais des résultats aussi avantageux n'ont plus été observés. Riess, en 1887, sur 50 cas traités, n’a constaté que 3 améliorations; encore, dans un cas le diagnostic n’a-t-il pas été sûrement établi.
Le condurango paraît en réalité agir seulement comme amer, stomachique et sédatif, sans action spécifique ; néanmoins son influence sur l’appétit et le pouvoir digestif de l’estomac est assez nette pour qu’on lui accorde une place parmi les médicaments à utiliser contre le cancer (Huchard) (2).
Voici une formule de Friedreich :
Écorce de condurango blanc 15 grammes.
Eau 360 —
Faire macérer douze heures et réduire à 180 grammes par ébullition.
Une cuillerée à soupe trois fois par jour.
On peut aussi se servir des préparations alcooliques, qui renferment plus de principes actifs que les macérations et les décoctions : une grande cuillerée de vin cinq ou six fois par jour ou deux cuillerées à soupe par jour de teinture au 15.
La chélidoine [Chelidonium nuijiis) fut préconisée par Denissenko qui lui attribua le pouvoir de guérir les tumeurs carcinomateuses, et administrée localement en injections (1 centimètre cube d’extrait, glycérine et eau, parties égales), en badigeonnages (extrait 2, glycérine I), ou à l’intérieur, ie--,;50 â 5 grammes d’extrait par jour.
Cuony a associé le condurango à la teinture de chélidoine.
(1) FniEnniîicii, Berlin, klin. Woch., 1874.
(2) I lucii.Mdi, Leçons cliniiiues sur le l.railcment du cancer (.le l’estomac {Tribune médicale, 1894).
TIJAITEMKNT.
Freudcnbei’g s’en sort pure ou mélangée à des anlis(‘pli(|ues faillies en applications locales, et elle a en elfel une action locale destructive sur les végétations cancéreuses.
Employée parSpivaU, BeresUin.Sclenski, G.Wdnteret W. Sclimidt, elle s’est montrée complètement impuissante à arrêter la marche et les progrès des cancers (1).
La (/iiinine a été employée par Jaboulay en raison de son efficacité dans le traitement du paludisme; supposant en effet au cancer une pathogénie analogue, il a cherché à combattre les protozoaires du cancer par le médicament reconnu nocif aux hématozoaires des fièvres intermittentes.
11 se sert de bromhydrate et de chlorhydrate qui sont solubles et plus facilement assimilables, en solution :
Bichlorhyclrate de quinine 25 frrammes.
Eau distillée bouillie 50 —
Pour injections hypodermiques ou intramusculaires, à la dose de !>='*■, 50 ou 2 grammes à la fois par vingt-quatre heures ; et par la voie stomacale en cachets de 50 centigrammes, de deux à quatre par jour ; ou encore en applications locales s’il est possible.
Pour ne pas fatiguer le malade, on peut alterner de deux en deux jours cachets et injections.
Il s’est également servi de solutions au 1/10 pour des lavages de l'utérus, et de tampons imbibés de la même solution laissés à demeure ; mais ce mode d’emploi dut être abandonné à cause des accidents ; pourtant les solutions au 1/10 ne sont caustiques ni pour la peau, ni pour les muqueuses.
Les injections ne se pratiquent pas dans la tumeur, pour éviter une irritation locale qui favoriserait l’extension du néoplasme. Ces injections sont douloureuses, mais plus efficaces que l’administration de la quinine par les voies digestives.
D’après Jaboulay (2), ce traitement amènerait l’atténuation ou la suppression des douleurs, la disparition des écoulements fétides; les tumeurs entreraient en régression, et les plaies cancéreuses seraient avantageusement modifiées ; la disparition des œdèmes, la diminution des ganglions, enfin l’amélioration de l’état général seraient également observés.
(1) Demsse.nko, Traitement de la carcinose par l’usajre interne et les applications locales d'e.xtrait de cliélidoine {Semaine médicale, 1896). — Cuony, Revue médicale de la Suisse romande, 1897. — G. Winter et W. Schmidt, Traitement du cancer de l’utérus par la grande cliélidoine {Centralhl. f. Gyn., 1897). — FnEUDENnEiiG, Ibid. — Bereskin, Die Behandlimg von Krebskrankcn mit Schollkrautexlract (Centralhl. /’. Chir., 1897). — Si’ivak, Terapeulic Gazelle, 1897.
(2) Jadoulay, Revue de chir. de Lyon, vol. VIII, 1900 ; Presse médicale, .30 juin 1900 ; Lyon médical, 2 septembre 1900. — B.-E. L.aunois, Un cas d'épithéliome mammaire avec engorgement ganglionnaire traité par la quinine (Soc. de chir., 1901).
l\ MEXETRIEH. — LE CANCER.
Launois a publié une observai, ion de cancer du sein qui lui a paru lieureusement iniluencé parla quinine.
Mais nous ne connaissons pas d’observation probante de guérison d’un cancer par ce mode de traitement.
La médication orchilir/iie, employée par Brown-Séquard et d’Arsonval chez 103 malades atteints de cancers, leur aurait donné les résultats suivants : « disparition de la teinte jaune-paille et de l’état cachectique, augmentation des forces, cessation des douleurs, des ulcères et des hémorragies chez les malades qui en avaient; c’est-à-dire un retour à l’état normal dans la plupart des cas, à part l’existence des tumeurs qui persistent, mais n’étant plus que ce que serait un simple corps étranger chez un individu sain » (1). Ces merveilleux elfets n’ont plus été retrouvés depuis. Isch-Wall a également pratiqué l’emploi du liquide testiculaire (2).
Extrait thyroïdien. — Frederick Page et William H. Bishop ont essayé l’extrait thyroïdien qui leur aurait donné un succès dans un carcinome du sein récidivé trois mois après une première opération et trois semaines après une seconde et dont l’examen histologique avait confirmé le diagnostic (3).
L'arsenic est depuis longtemps considéré par beaucoup de médecins comme une manière de spécifique du cancer, et cela non seulement en applications locales, caustiques, telles que nous les avons précédemment décrites, ou encore en injections interstitielles dans les tumeurs (4), mais aussi en traitement général modificateur. Aujourd'hui ce sont surtout les composés organiques qui doivent être préférés pour cette médication : le cacodylate de soude, qu'il est plus avantageux d’administrer en injections sous-cutanées; l’arrhénal, plus facile à prendre parles voies digestives; et enfin l’atoxyl, sur l’emploi duquel dans les atïections cancéreuses nous n’avons pas encore une expérience suffisante. Adéfaut d’action spécifique sur le processus cancéreux lui-même, ces agents thérapeutiques ont une heureuse influence sur l’état de la nutrition, et permettent dans une certaine
(1) CiLcs par Lamueut, Du IraiLenient du cancer. Tli. de Paris, 1901.
(2) Iscii-Wai.i., Contribution à i'étude du traitement des tumeurs malignes [Revue des maladies cancéreuses., 1896).
(.8) Page et Risnor, Récidive d’uii cancer du sein disparaissant complètement à la suite de l'administration d’e.\trait tliyroïdiea pendant di.\-huit mois (Lancet, 1898).
(i) Hue, Cancer et acide arsénieu.x (i\orniandie médicale, 1895). Hue recommande la solution suivante :
Acide arsénieu.v 20 centigr.
Cocaïne 1 gramme.
Eau bouillie 100 grammes.
dont il emploie 2 ou 3 centimètres cubes en injection cliaipie jour ilans la tumeur.
Et. Nicolle et Hébert (Xicoi.i.e et Héiiemt, /à/d., 1897) ont publié uji cas de sarcomes cutanés multiples guéris ]iar les injections interstitielles d'aciile arsénieu.v à la dose de 8 milligrammes par séance.
TRAITEMENT. 1» -G.j.I
mesure aux malades de mieux résister aux causes de <lébililalion si multiples qui les assaillent.
C’est en elVet par les Ioniques et les reconsliluanls que l’on peut essayer de lutter contre la cachexie, les amers pour exciter l’appétit, et c’est vraisemblablement à ce titre ([ue le condurango a pu produire de bons elVets, la kola, la coca, le quinquina, sous forme de vins ou de teintures, la caféine à petites doses stimulantes, le glycérophosphate de chaux, tous les agents dont les propriétés stimulantes de la nutrition générale conviennent aux états de débilitation quelle qu’en soit la cause.
11 est curieux cependant que, par contre, il soit venu à l’esprit d’un médecin espagnol, vers le milieu du siècle dernier, et sans doute quelque descendant du fameux docteur Sangrado, de traiter le cancer par la cure de famine (1).
.\lédicntioii de la douleur. — La médication de la douleur remplit la plus importante des indications symptomatiques, puisqu’elle permet au moins de soulager les malades, alors même que l’on n’a plus espoir de les guérir.
Elle ne présente d’ailleurs de particulier dans les cancers que le temps très long pendant lequel elle devra être employée, d’où les inconvénients de l’accoutumance, et la nécessité de recourir successivement à un nombre plus ou moins considérable de médicaments calmants.
Mais d’autre part, et en raison même de la gravité du pronostic, le médecin peut sans scrupule employer ces agents à doses progressives, et sans trop redouter les inconvénients de l’usage habituel des hypnotiques et les intoxications chroniques qui en sont la conséquence.
Tous les calmants, analgésiques ou hypnotiques, devront ainsi être employés au soulagement des malades, en se guidant sur l’intensité des douleurs, et sans recourir d’emblée aux médicaments les plus énergiques pour ne pas épuiser de suite ses meilleures armes ; on utilisera d’abord les analgésiques faibles, antipyrine, exalgine, pyramidon, phénacétine, et le grand nombre des médicaments analogues, qui procurent un soulagement momentané dans les cas où les phénomènes douloureux ne sont pas trop intenses; les topiques calmants, soit sur les ulcères cancéreux eux-mêmes, comme la cocaïne, l’orthoforme, soit à distance, sur les téguments de la région malade, et sous forme de baumes ou d’emplâtres, à la ciguë, la belladone, la jusquiame, l’opium et ses dérivés, etc. Puis toute la série des hypnotiques, chloral, sulfonal, trional, etc., pour procurer un sommeil qui bien souvent ne saurait être obtenu autrement.
Enfin l’opium et ses alcaloïdes, et le plus précieux de tous, la
(1) Huiitado, Sur le cancer {El Si(jlo medico, 1902 ; Presse médicale, 190;5.
P. MENETRIER. — LE CANCER.
morphine en injeclions sous-culanées, qui remplit là un rôle véritablement bienfaisant, et (jui doit être employée sans crainte, car il nous a toujours paru que, loin d’accélérer l’évolution des cancers, la morphine, môme à très haute dose et longtemps administrée, paraissait plutôt prolonger l’existence des malades arrivés aux derniers degrés de la cachexie.