XIII
1’. MKNKTIUKH. — LK CANCI;M.
cellulaire ». C’esLune (|ueslion «le dose, el de sensiijililé des éléments.
réalité etcomme tous les irritants, quelle que soit leur nature, physique ou chinii<|ue, qui agissent sur nos cellules, le môme agent pourra être un e.vcitant ou un paralysant, selon la dose employée et la sensibilité de la cellule impressionnée. Et la môme action capable de détruire les cellules épithéliales du tube séminifère sera excitatrice de la prolifération des cellules interstitielles ou des noyaux du syncytium sertolien. Cela aussi est à relenir pour bien expliquer les variabilités de l’action des radiations dans leur application aux tissus pathologiques.
Les ovaires peuventêtre également inlluencésjusqu’à la destruction complète des ovules, par irradiation au travers des téguments et sans altération de ceux-ci, ainsi que l’a montré Halberstædter (de Breslau). Ces éléments sont cependant beaucoup moins sensibles que ceux des glandes mâles(Pinard), du moins chez la femme, en raison de leur situation profonde.
Une étude plus délicate sur les œufs d’animaux inférieurs, sur les œufs d’ascaris, amontré à Perthes que, selon l’intensitéde l’irradiation, leséléments pouvaient ôtredétruits ou simplement inhibés et retardés dans leur prolifération, ou encore influencés de manière à présenter des mitoses irrégulières, et aboutir à la production de monstruosités (1).
Les autres parenchynrtes épithéliaux présentent une sensibilité beaucoup moins grande, en dehors des cas où, comme l’ont fait Schulz et Hoffmann pour le rein, on irradiedirectement l’organe luxé hors des téguments (2).
C’est surtout au niveau de la peau que l’action des rayons est plus constante et peut être plus facilement observée.
La réaction du tégument cutané aux irradiations ne se montre qu’après une période de latence de plusieurs jours. Elle se présente avec des degrés très divers, depuis la chute des poils sans aucun signe d’inflammation, jusqu’à la mortification en masse de la peau et des tissus sous-cutanés, en passant par la simple rubéfaction, suivie de desquamation épidermique, la vésication avec érosion superficielle, et l’ulcération plus ou moins profonde du derme.
Toutes ces lésions, à part la dépilation simple, rappellent assez les divers degrés de la brûlure pour qu’en Allemagne on leur ai donné tout d’abord le nom de brûlures de Rontgen, aujourd’hui remplacé par celui de radiodermites.
La radiodermile ksonsummum d’intensité aboutit à l’escarrification en masse de la peau et des tissus sous-cutanés, l’action des rayons X poussée à l’extrôme amenant la nécrose de tous les tissus.
Les modifications légères sont plus intéressantes à étudier. Com-
(1^ PiîUTHES, Versuche uber dci‘ Kiiilluss der Ilüiilgenslrahlen uiid Radiunislrahlcii auf die Zelltlicilung (Deu/s-'/ie med. Woch., 1901).
(2) Sniiui.z et IIofï'mann, Deutsche Zeilschr. /'. Chir., 1905.
TRAITlvIMlîNT.
imiiuMiuMil, et c'csl l’aspecl sous lequel se préscnlcnl les épidermes frécjiK'uimenl irradiés à dose moyenne, au niveau des noyaux cancéreux culanés ou dans la région spléni(iuc des leucémiques, ce sont des lésionsatropliiquesque l’on observe, n’allanl pas jusqu’à comproinellre la vilalilé du légumenl, mais mellanl les cellules dans un élal d’inl’ériorilé fonctionnelle continant à celte vie latente, léthargiiiue, dont nous avons parlé à propos des cellules sexuelles. El en même temps on note la disparition complète des follicules pileux, des glandes sébacées et sudoripares.
L’épiderme est aminci, réduit à deux, trois, quatre ou cinq assises de cellules qui présentent un aspect atrophique, avec noyau dense, fortement coloré, souvent entouré d’une vacuole ou d’une zone raréfiée du protoplasma, et avec disparition plus ou moins complète des saillies épineuses péricellulaires. Gela s’observe dans des cas où la dose des irradiations est restée assez modérée pour ne jamais déterminer les phénomènes inllammaloires de la radiodermite, et où à l’œil nu le tégument paraît parfaitement sain.
A un degré de plus, ce sont les phénomènes destructeurs qui marquent les degrés divers de la radiodermite. Complètement étudiés par Schollz(de Ivônigsberg)(l) sur l’oreille de jeunes porcs, dont la peau présente assez d’analogie avec la peau humaine pour que les lésions en soient comparables, cet observateur a montré que les lésions produites par les rayons de Rôntgen sont primitivement et exclusivement cellulaires, portant sur le protoplasma et sur le noyau des éléments cellulaires irradiés et aboutissant, avant tout phénomène de réaction inllammatoire, à la dégénérescence et à la mort de ces éléments. Des expériences ingénieuses prouvent la sensibilité particulière des cellules de l’épiderme; l’oreille d’un jeune porc rabattue et fixée sur le cou de l’animal reçoit par sa face externe des rayons en suffisante quantité pour qu’à la suite de cette irradiation survienne une vive inflammation de la peau des deux faces de l’oreille et même de la peau du cou sous-jacente. Les lésions inflammatoires vont d’ailleurs en décroissant de la superficie vers la profondeur, comme les quantités de rayons absorbées par les trois couches cutanées superposées ; cependant les cellules des tissus musculaire cartilagineux, et conjonctif, compris entre les deux faces cutanées de l’oreille demeurent microscopiquement presque indemnes.
Avec une autre modalité de l’irritation rônlgénienne, ce sont des phénomènes inverses quel’on observe et c’estainsi que, expérimentant chez le cobaye, Oudin, Barthélemy et Darier (*2) ont observé l’épaississement considérable de l’épiderme.
(1) SciiOLTz, Ueber der Einlluss der Uontgcnslratilen auf die Haut in gesuaden und Krankenzuslande {Arch. f. Demi, and Sypli., 1902).
(2) Oudin, llAnTiiÉLEMY et Daiueh, Accidents cutanés et visccrau.v consécutifs il l’emploi des rayons X {XID Congrès inl. de méd., Moscou, 1897).
P. MENETRIER. — LE CANCER,
C’est également à une action du même genre, où une irritation faible incessamment répétée et pendant un temps très long doit être le modiis agendi des irradiations, que l’on doit attribuer les hypertrophies épidermiques de type papillomateux qui se rencontrent sur les mains, les parties exposées du tégument externe, chez les radiologues professionnels. Ces lésions, bien étudiées par de Beurmann, Dominici et Gougerot, constituent les étapes hyperplasiques préparatoires à l’évolution épithéliomateuse qui, dans un certain nombre de cas, et ainsi que nous l’avons précédemment rapporté, peut être la conséquence de l’action irritative des rayons X sur le tégument cutané (observations de Frieben, ’Wyss, Two-Edget-Sword, Filtig, Riehl, Baermann, Cornil, Gaucher, Linser, de Beurmann, Dominici et Gougerot, etc.).
Ainsi lesdivers élémenlscellulairesde l’organisme sont inégalement sensibles à l’action des rayons X; déplus, selon la dose, et vraisemblablement aussi la qualité de ces rayons, ces éléments peuvent être diversement impressionnés, l’incitation pouvant être excitatrice, perturbatrice ou destructive.
Des phénomènes semblables se passent au niveau des tissus pathologiques, et les diverses variétés de néoplasies sont de manières différentes impressionnées par les radiations.
Nous avons eu l’occasion d’étudier l’action des rayons X dans deux types différents de néoplasies, représentant en quelque sorte des extrêmes opposés dans leur sensibilité aux radiations et au point de vue du temps et au point de vue de la forme de la réaction, et qui vont nous fournir une démonstration d’autant plus utile de ces influences modificatrices que les observations en sont encore fort rares et difficilement complètes.
Un premier cas, concernant une leucémie lymphoïde, nous montrera l’action des rayons X sur les lijmphomaloses, sur les tissus les plus sensibles, et les plus rapidement sensibles, et, en raison des conditions particulières de l’observation qui put être pratiquée précocement, nous permettra de juger des modifications initiales subies par les cellules (1).
Dans ce cas, en efl’et, la mort étant survenue moins de trois jours après la dernière séance d’irradiation, nous avons pu observer encore en activité les processus destructeurs et phagocytaires, qui, d’après les observations de Heinecke, commencent chez les petits animaux (souris, cobaye) deux à trois heures après l’irradiation et sont complètement terminés au bout de vingt-quatre heures. Chez l’homme et dans l’état pathologique, la durée en est un peu plus longue.
Chez notre malade, les ganglions axillaires, irradiés, présentaient
(1) P. Munetiuer eL a. Toueaine, Élude de l’action liistologique des rayons de Rontgen dans la leucémie lymphoïde (Archives des mnladies du cœur, des vaisseaux el du sang, janvier et février 1908).
TRAITE MEîNT.
déjà à l’examen à l’œil nu une apparence paiTiculière, tenant à la conj^estion intense dont ils étaient le siège, et montraient une coloration rougeâtre rappelant plutôt le tissu splénique que le tissu ganglionnaire normal ou (|ue le tissu lymphomateux, mou et blanchâtre, dont l’aspect se retrouvait d’ailleurs pour tous les autres ganglions hypertrophiés et situés profondément dans le thorax et l’abdomen.
Fig. 107. — Leucémie lymphoïde traitée par les rayons de Rontgen. Ganglion a.xillaire irradié trois jours avant la mort (Menetrier).
Le tissu présente un aspect rarélié qui,au.\ faibles grossissements, rappelle l’apparence d’une coupe de ganglion dont le plus grand nombre des éléments ont été artificiellement enlevés par pinceaulage, ainsi qu’on le pratique quand on veut mettre en évidence la trame réticulée. Les vaisseau.\ sanguins, presque tous des capillaires, sont énormément dilatés; ils renferment une proportion considérable de lymphocytes, à noyau fortement coloré, et plus même que le parenchyme ganglionnaire avoisinant. Mais celui-ci, par contre, présente en abondance des éléments insolites, de grandes cellules remplies de détritus nucléaires et qui, visibles aux faibles grossissements, sont cependant encoi'e assez difficiles à distinguer des capillaires pleins de lymphocytes sectionnés transversalement.
A, A', tissu ganglionnaire raréfié ; B, B', B", capillaires sanguins bourrés de lymphocytes; G, G', G", capillaires sanguins ne renfermant que peu ou pas de lymphocytes; D, D', D", D'", cellules géantes phagocytaires. (Grossissement : 97*^.)
Mais c’est surtout à l’examen histologique que les lésions ganglionnaires sont intéressantes à étudier.
Les coupes d’un ganglion axillaire (fig. 107) sont, aux plus faibles grossissements, remarquables, d’une part, par la congestion vasculaire sanguine, avec dilatation extrême des vaisseaux de tout volume, et particulièrement des capillaires, et surtout par l’aspect clair, raréfié, pauvre en cellules du parenchyme ganglionnaire.
On se rendra mieux compte de la profonde modification ainsi
P. MENETRIER.
subie par le ganglion irradié, en comparant le dessin que nous en donnons (fig. 107) avec une coupe de ganglion lymphomateux provenant d’un autre cas non traité par les rayons X et que nous avons fait représenter au même grossissement (fig. 108). Dans cette dernière, l'hyperplasie lymphomateuse se caractérise essentiellement par la réplétion du tissu lymphoïde, de lymphocytes pressés, tassés en nappe uniforme et dans laquelle disparaissent tous les détails de texture du ganglion. Il n’y a plus ni follicules, ni sinus visibles
Fig. 108. — Leucémie lymphoïde non traitée. Hyperplasie lymphocy tique diffuse d’un ganglion lymphatique (Menetrier).
Le tissu, uniformément rempli de lymphocytes pressés les uns contre les autres, ne montre plus aucun détail de structure, et il est impossible de distinguer des follicules et des sinus, ou plutôt l’organe entier présente l’apparence d'un énorme follicule dans lequel se voient seulement de gros capillaires sanguins.
A, tissu lympho'ide hyperplasique ; B, B', B", capillaires sanguins. (Grossissement ; 97D. )
et nettement distincts, mais le ganglion tout entier présente les apparences du tissu folliculaire.
Dans le ganglion irradié, c’est un aspect exactement contraire : il n’y a plus de follicules, et la comparaison la plus juste que l’on puisse faire est d’assimiler la coupe de ce ganglion aux coupes de ganglion normal pinceautées pour en chasser les cellules et mettre en évidence le réticulum. Dans le ganglion axillaire, cette ressemblance n’est pas complète en raison de la congestion vasculaire. Mais, si nous considérons des coupes provenant des ganglions soit thoraciques, soit abdominaux, des ganglions profonds de la même malade, nous trouvons, avec la congestion vasculaire en moins, exactement la même apparence de tissu raréfié, de ganglion pin-
THAITEMENT.
ia-f)15
ceaulé, et nous conslalons ainsi, du premier coup d’œil, el aux plus faibles grossissements, que l’action des radiations est tellement
Fig. 109. — Leucémie lymphoïde trailéc par les rayons de Rôntgen. Ganglion a.xillaire irradié trois jours avant la mort (Menetrier).
(Un point de la préparation représentée figure 107 à un plus fort grossissement.)
On voit plus nettement la raréfaction du tissu ganglionnaire dont la trame réticulée est apparente sans aucun artifice de préparation. Les cellules géantes phagocytaires,les macrophages sont pour la plupart tellement remplis de débris nucléaires que les détails de leur structure en sont masqués; dans quelques-uns, cependant, où ces inclusions sont moins nombreuses, le noyau est visible ; d’autres ne renferment qu’une ou deux inclusions, et l’on peut ainsi reconnaître leur ressemblance avec les cellules endothéliales légèrement hyperplasiques, mais actuellement non phagocytes, qui se rencontrent sur la même coupe. Outre les débris nucléaires inclus dans les phagocytes, d’autres sont libres dans le tissu ; on remarquera, parmi ces débris nucléaires, des formes en croissant ou en anneau, qui peuvent se retrouver dans les noyaux pycnotiques de cellules non désintégrées, et indiquant néanmoins la dégénérescence de l’élément. Parmi les lymphocytes persistants dans le tissu, la plupart sont à noyau clair; ceux qui se voient en circulation dans les vaisseaux sanguins sont au contraire ù noyau fortement coloré.
A, A', A", A'", macrophages complètement bourrés de débris nucléaires; B, phagocyte dont le noyau est visible ; B', phagocyte ne renfermant qu’un seul noyau leucocytique en pycnose; G, C', cellules endothéliales; D, D', lymphocytes ù noyau clair ; E, lymphocytes à noyau foncé ; F, F', trame réticulée ; G, capillaire sanguin ; II, H', H", noyaux dégénérés en croissant et en anneaux; I, F, formes en croissant et en anneau dans les phagocytes. (Grossissement ; 800°.)
puissante sur ces tissus lymphomateux môme profondément situés, aussi loin que possible du tégument cutané, qu’ils ont été également modifiés, et qu’une masse considérable de leurs éléments cellulaires a disparu.
F. MENETRIER. — LE CANCER.
Déplus forts grossissements sont nécessaires pour se rendre compte •des particularités du processus. Si le tissu ganglionnaire présente oelte apparence raréfiée, c’est qu’en effet il est devenu pauvre en cellules; les lymphocytes sont rares en tous ses points, les lymphocytes vivaces et bien constitués; mais on retrouve des vestiges des autres, de ceux qui ont disparu, desdébris nucléaires, des fragments de chromatine condensée et qui se colore massivement par les réactifs ; parfois la forme générale du noyau est conservée, et il se présente alors avec des apparences d’anneaux ou de croissants qui sont très caractéristiques.
Ces noyaux altérés, ou ces débris nucléaires, peuvent se rencontrer libres, dans les mailles du réticulum, mais le plus grand nombre sont contenus dans des phagocytes (fig. 109). Ces phagocytes, véritables macrophages, sont d’énormes cellules, visibles d’ailleurs aux faibles grossissements, mais qui se confondent alors facilement, et justement en raison de leurs grandes dimensions, avec la coupe des capillaires pleins de lymphocytes.
Aux forts grossissements, la confusion n’est plus possible; on voit des masses protoplasmiques arrondies, ovoïdes, irrégulièrement polygonales, et remplies de noyaux pycnotiques, de croissants, d’anneaux, de débris nucléaires de toutes formes, si pressés et si intensivement colorés qu’ils masquent les détails de la cellule, et le plus souvent empêchent de reconnaître le noyau.
11 en est cependant qui sont moins remplies (fig. 109, B) ; il en est même (fig. 109, B') qui n’en renferment qu’un ou deux, etl’on peut alors voir les détails du noyau, on peut le comparer aux éléments de même nature qui se rencontrent dans la trame ganglionnaire et reconnaître qu’il s’agit là très vraisemblablement de cellules endothéliales.
Il y a en effet une hyperplasie difluse des cellules endothéliales de la trame, et nous avons également remarqué une tendance hyperplasique manifeste en nombre de points des endothéliums vasculaires.
A côté des phagocytes et des cellules endothéliales hyperplasiques, on trouve encore des lymphocytes, la plupart à noyau clair, un plus petit nombre à noyau foncé ; ces derniers se rencontrent, au contraire, surtout dans les vaisseaux sanguins dilatés. Et tout comme si le ganglion avait en elîet été pinceauté,la trame réticulée se voit avec la plus grande facilité.
Ces modifications du tissu lymphoïde se rencontrent dans tous les ganglions, si profondément situés soient-ils, et il n’y a d’autre dillérence entre les ganglions directement irradiés sous la peau au niveau de l’aisselle ou situés dans l’intérieur du thorax et de l’abdomen, qu’une congestion intense dans les premiers, qui fait complètement défaut dans les autres. En sorte que l’action destructive spécifique s’y voit alors à l’état de pureté, sans aucun mélange de processus irritatif et congestif quelconque. Les cellules y ont été
TRAITEMENT
13— fil 7
■directement frappées de mort, par l’action des radiations, et leurs débris sontrepris parles phagocytes sans intervention d’aucune autre action surajoutée.
Mais ces modifications se rencontrent exclusivement dans les ganglions; les amas lymphoïdes de l’intestin, de l’appendice, les dépôts lymphomateux, qui dans le foie formaient des amas autour des veines portes dans la capsule de Glisson, ne présentent aucune apparence de destruction leucocytaire, de fragmentation de la chromatine, ni de reprise phagocytaire. Dans la rate, entièrement lymphoïde, mais présentant un notable degré de sclérose réticulée, on trouve de place en place quelques noyaux pycnotiques ou fragmentés, mais en petit nombre, et nous n’y avons rencontré aucune figure de phagocytose. La moelle osseuse, également très lymphoïde, ne nous a présenté aucune figure de destruction cellulaire.
C’est donc à peu près exclusivement dans les ganglions lymphomateux que se trouve concentré le processus destructeur. Et cela nous paraît indiquer assez exactement que les rayons agissent surtout sur les lymphocytes des centres formateurs et que, dans la leucémie lymphoïde, les centres formateurs sont à peu près exclusivement les appareils ganglionnaires.
Nous avons ainsi dans les organes leucémiques la reproduction exacte des phénomènes observés par Heinecke dans les tiSsus lymphoïdes des animaux sains irradiés, mais obtenus avec des doses relativement de beaucoup supérieures à celles qui ont été employées chez notre malade. Et il est surtout intéressant, pour l’avenir de la radiothérapie, de voir avec quelle puissance les rayons ont pu agir ainsi électivement à toute profondeur. ^
C’est en effet un processus de destruction cellulaire élective que nous pouvons constater ici, et de destruction élective des cellules néoplasiques dans leurs centres mêmes de production. Les lymphocytes des ganglions ont été frappés de mort, directement sous l’action des rayons, et sans l’intervention d’aucun processus adjuvant inflammatoire ou congestif, comme le prouve l’observation de ganglions profonds où la nécrose élective se montre à l’état de pureté. La disparition des cellules ainsi mortifiées s’effectue vraisemblablement de manières multiples ; malgré leur importance, les figures de phagocytose ne représententévidemment que l’absorption d’une partie seulement des leucocytes nécrosés; si l’on en juge par le vide du tissu, un beaucoup plus grand nombre d’éléments ont dû déjà disparaître avant le moment de l’observation, sans laisser de traces, et vraisemblablement par des processus de cytolyse et de karyolyse, tels qu’on en rencontre constammentdans le sang desleucémiques, et qui, d’après Aubertin et Beaujard, se verraient avec plus d’intensité encore à la suite des séances d’irradiation. Et ce seraient surtout les formes
P. MENETHII' [î. — LE CANCEIL
pycnoliques, i\ débris nucléaires de chromatine dense, qui seraient ainsi reprises par les phagocytes.
Tels sont les processus de destruction radiothérapique au niveau des tissus lymphomateux. Nous en retiendrons non seulement la manière d’agir des radiations sur cette forme de tissu, mais aussi des indications utilisables dans l’interprétation d’autres cas, observés plus tardivement, sur les phases initiales de l’action des radiations.
Nous avons eu également l’occasion d’étudier les résultats du traitement radiothérapique sur une forme de cancer épithélial, dans les métastases superficielles d’un cancer du sein.
Il s’agissait dans ce cas d’une femme de soixante ans entrée dans notre service pour néoplasies multiples cutanées et sous-cutanées du crâne et de la région mammaire, récidives déjà anciennes d’un cancer du sein opéré quatorze ans auparavant. La récidive mammaire datait de six ans, les métastases crâniennes de trois ans. Celles-ci, en raison de leur multiplicité, de leur étendue, de leur adhérence profonde au péricrâne, n’étaient aucunement justiciables de l’extirpation chirurgicale. Elles furent traitées parles irradiations sous la direction de Béclère, pendant neuf mois et demi, à raison d’une séance par semaine ; à chaque séance on faisait absorber à la région irradiée une quantité de rayons de Rôntgen égale au plus à 3 unités H, le pouvoir de pénétration des rayons employés atteignant le n° 8 du radio chromomètre de Benoist. L’amélioration fut rapide; les tumeurs, de forme hémisphérique et dont quelques-unes présentaient les dimensions d’une petite mandarine, étaient déjà au bout de quelques mois complètement affaissées, et quand, après sept mois et demi de traitement, nous avons montré cette malade à la Société médicale des hôpitaux, toutes les tumeurs traitées étaient entièrement affaissées, et au niveau de quelques-unes d’entre elles la disparition du néoplasme était si complète que, cliniquement, on pouvait conclure à la guérison des lésions (1).
Cette disparition des noyaux cancéreux s’était etTectuée graduellement, progressivement, etsans la moindre réaction irritative deslissus. Ainsi que nous le faisions remarquer, « sous l’action du traitement radiothérapique les tumeurs crâniennes ontdiminué progressivement, sans aucune modification apparente du tégument qui les recouvre, semblant fondre en quelque sorte sous la peau qui, à aucun moment, n’a présenté ti’ace de rougeur ou d’érythème, ni d’un trouble irritatif quelconque. Elles n’ont pas paru davantage se ramollir avant de disparaître, mais elles ont diminué peu à peu tout en gardant leur consistance, tant (ju’il subsistait quelque chose du nodule néoplasique ».
(1) Menetiueu et Clunet. Métastases et récidives cutanées d’un épilliélionie typiiiue du sein traitées par la radiothérapie. Examen histologique. Présentation de la malade (Zint/. f/e la Soc. rnéd. de.s hôp., octobre 190(1), et Contribution à l’étude de la radiothéra|)ie des cancei’s épithéliaux (Arch. de méd. expér. et d'anal, pnlh., 1908).
Kig. 110. — Coupe de la peau du crâne au niveau d’un noyau cancéreux traité par
les rayons X pendant neuf mois et demi et paraissant cliniquement complètement
guéri (Ménétrier'.
Il s'agissait de la inctaslase d'un cancer du sein, qui primitivement formait une tumeur hémisphérique des dimensions d'une mandarine, et qui, résorbée sous l’influence du traitement, laissait à sa place une peau lisse, luisante, plutôt amincie, mais sans aucune apparence de cicatrice.
La coupe représente la totalité du tégument jusqu’à l’épicràne. A la surface, l'épiderme aminci foi-me une couche régulière limitée par deux lignes droites, et sur toute l'étendue de la zone ii radiée il n’y a plus ni papilles, ni prolongements épidermiques inlerpapillaires, ni bulbes pileux, ni glandes sébacées ou sudoripares.
Le derme, l'hypoderme, le tissu conjonctif sous-cutané, sont formés de faisceaux conjonctifs, diversement entre-croisés comme à l’état normal, assez denses, mais nullement cicatriciels.
Dans la région superficielle, on aperçoit des cellules disséminées sous forme de points plus foncés, prenant électivement les colorants nucléaires, et qui sont les derniers vestiges du tissu cancéreux.
Ces éléments paraissent plus nombreux dans la couche moyenne où ils forment de petits amas en traînées ou en courtes travées.
Enfin, dans la couche profonde, tout contre l’épicrâne, des boyaux volumineux de cellules épithéliales rappellent l'appai-ence du cancer non traité.
A, A', couche épidermique; B, B', B", cellules cancéreuses isolées de la couche superficielle; C, vaisseaux sanguins; D, D', D", ilôts cancéreux où les cellules sont plus nombreuses, mais encore atrophiques; E, nerf cutané coupé en travers; F, îlot cancéreux formé de cellules vivaces; G, péricrûne. (Grossissement ; lüî>.)
P. MENETRIER. — LE CANCER,
Ces détails ont leur importance. Au début des applications radiothérapiques, on a pu croire que les rayons X agissaient à la manière des caustiques en détruisant brutalement les tissus, et maintenant encore quelques observateurs semblent attribuer à la réaction inflammatoire des tissus irrités, aux troubles vasculaires, aux hémorragies, l’action curatrice de cette médication. 11 n’en est rien. Bien dosés, les rayons X peuvent, tout en ne provoquant aucune de ces réactions contingentes, faire disparaître le tissu cancéreux, et seulement le tissu cancéreux. Ce que nous montre ainsi l’étude clinique du processus est confirmé par l’examen histologique, comme nous allons le voir. Mais déjà dans l’étude des actions exercées sur les tissus lymphomateux nous avons vu la spécificité d’action des rayons sur les seules cellules lymphatiques, exclusion faite de toute réaction vasculaire, congestive ou autre.
Nous avons pu en effet pratiquer l’examen histologique des régions de la peau [du crâne dans lesquelles nous avions vu disparaître (les noyaux cancéreux. Car si, sous l’intluence du traitement local, nous obtenions la régression des lésions locales, d’autres noyaux cancéreux se manifestaient en d’autres points de l’organisme, la cachexie progressait et finalement emporta la malade. En raison même de cette cachexie, le traitement dut être suspendu', deux mois avant la mort de cette femme, et les lésions que nous avons pu examiner avaient par conséquent depuis ce temps cessé d’être soumises à l’action des radiations.
Afin de mieux apprécier l’effet thérapeutique, et d’en interpréter les résultats, nous avons fait dessiner, pour être mise en parallèle avec la figure représentant le cancer traité, une coupe portant sur un autre noyau cancéreux cutané provenant de la même malade, mais n’ayant à aucun moment été soumis à l’action des rayons X.
Sur cette dernière coupe (fig. tîl), prise comme type, nous voyons, immédiatement sous l’épiderme, le derme et les tissus sous-cutanés absolument remplis de boyaux de cellules cancéreuses, correspondant généralement, dans leurs apparences, à la forme commune du cancer mammaire atypique, sauf cependant qu’en quelques points il y a tendance des cellules à se disposer autour d’une cavité en revêtement acineux, dernier vestige de la forme typique que ce cancer avait dû présenter dans son siège initial.
Toutes différentes sont les apparences des coupes portant sur l’une des régions du .crâne où siégeait l’une des tumeurs les plus volumineuses, complètement disparue sous l’action des radiations, au point que le tégument paraissait à ce niveau entièrement sain, à l’examen clinique, et même à l’examen à l’œil nu du fragment de peau enlevé après la mort.
Sur cette coupe (fig. 110), on voit tout d’abord une modification profonde du revêtement épidermique, qui se présente comme absolu-
TRAITEMENT
menl plat, limité sur ses deux faces par une ligne droite, et sans aucun vestige des dentelures produites par les papilles et les prolongements épidermiques interpapillaires. Les follicules pileux, les glandes sébacées et sudoripares ont partout entièrement disparu. Au-dessous, le derme est dense, mais non pas fibreux ni cicatriciel, ses faisceaux
Fig. 111. — Coupe d'un noyau cancéreux cutané de la région pubienne, non traité
(Menetrier).
Cette coupe ne représente que la partie la plus superficielle de la tumeur, tandis que la précédente correspond à la totalité de l’épaisseur du tégument, après disparition macroscopique d’une tumeur encore plus volumineuse.
Les apparences de la couche épidermique sont normales ; la disposition papillaire est conservée, et si l’on ne voit pas sur le point dessiné de glandes ni de follicules pileux, il en existe des vestiges sur d’autres points des préparations.
Au-dessous de l'épiderme, derme et hypoderme sont remplis de niasses épithéliomateuses en îlots, en boyaux pleins diversement ramifiés et de tout volume. 11 n’existe aucun rapport entre l’exubérance des masses cancéreuses et leur situation superficielle ou profonde dans le stroma.
A, A', couche épidermique; B, B', B", B", boyaux cancéreux infiltrés dans le derme et le tissu conjonctif sous-cutané. (Grossissement : 40^^.)
lamineux .sont régulièrement disposés, comme à l’état normal. 11 en est de même des couches sous-cutanées, dont toute la charpente conjonctive ne présente aucune irrégularité, comme en laisserait un processus inflammatoire, même complètement terminé, et sous forme des fibroses irrégulières des tissus cicatriciels.
Mais, dans ce tissu, existent cependant des éléments anormaux.
P. Ml'NETRIER. — LE CANCEIL
des cellules épilliéliales bien mises en évidence par les colorants nucléaires, et qui très rares, en points isolés dans les couches superficielles, se montrent en amas plus nombreux à la partie moyenne et formant dans la prol'omleur, tout contre le péricrAne, une masse cellulaire coniluente, relativement volumineuse. Malgré les apparences cliniques et macroscopiques de guérison complète, il existe donc encore des éléments cancéreux dans toutes les couches de ce segment cutané.
De plus forts grossissements sont nécessaires pour en poursuivre l’étude. Dans la couche superficielle (fig. 112), nous voyons d’abord
Fig. 112. — Coupe de la peau du crâne au niveau d’un noyau cancéreux traité par
les rayons X (Menelrierj. (Portion superficielle de la coupe représentée figure 110.)
Cette figure montre le détail des altérations de l’épiderme sous l’influence des irradiations: diminution d’épaisseur; irrégularité de disposition des éléments de la couche profonde ; état vacuolaire de quelques cellules ; disparition des épines cellulaires périphériques.
Dans le derme sous-jacent, on voit, outre les cellules conjonctives qui se présentent avec leurs apparences normales, des éléments cellulaires isolés, de type épithélial, hypochromatiques ou atrophiques, et qui représentent les derniers vestiges du tissu cancéreux.
A, A', couche épidermique ; B, cellule cancéreuse à noyau hypochromatique, isolée entre les faisceaux conjonctifs; C, cellule cancéreuse atrophique; D, D', noyaux des cellules conjonctives. (Grossissement : 800*^.)
les modifications de l’épiderme ; celles-ci, indépendantes du cancer, sont uniquement le fait de l’action des rayons sur les cellules épithéliales de la peau. On les voit, ainsi que nous l’avons précédemment signalé, diminuées de nombre, et d’aspect atrophique, avec une certaine tendance à la vacuolisation périnucléaire, et la disparition des prolongements épineux péricellulaires. Et cependant ce sont des
IRAITKMENT.
cellules vivaces, et siiffisanl parfailenienl à leur fonclion proleclrice des couches sous-jacentes.
Les cellules epithéliales cancéreuses de la région dermi(jue sont très rares, très distantes, isolées, ou en groupes de deux ou trois seulement, et présentent pour la plupart une apparence atro])hi()ue.
Fig. 113. — \oyau cancéreux traité par les rayons X (Mcnetrier). (Une petite portion de la zone moyenne représentée en D, figure 110.)
Les cellules cancéreuses sont plus nombreuses et plus volumineuses que celles de la couche superficielle. Elles sont encore atrophiques, sans que cependant on puisse les dire manifestement différentes de celles qui se renconti'ent en nombre de cancers de même type et non traités. (Grossissement : 800^.)
Elles sont caractérisées par la petitesse de l’élément, la condensation de la chromatine du noyau, la rétraction du protoplasma. Quelquesunes, d’apparence également torpide, ont au contraire un noyau hypochromalique.
E)ans la couche moyenne (fig. 113), ces cellules, plus nombreuses,
Fig. 114. — Noyau cancéreux traité par les rayons X (Menelrier).
Ici les éléments cancéreux groupés autour des vaisseaux capillaires sont parfai tement vivaces et de tout point semblables à ceu.x des épithéliomes non traités. (Grossissement : 800*^.)
présentent encore à peu près les mêmes apparences. Et c’est seulement dans le noyau profond (fig. 114) que nous retrouvons les cellules cancéreuses vivaces, semblables à celles des noyaux cancéreux non traités et, comme elles, présentant des figures de karyokinèse, preuve de leur activité prolifératrice.
P. MENETRIER. — LE CANCER.
L’examen aux plus forts grossissements confirme l’absence complète de tout processus inllammatoire dans les tissus traités ; pas de lésions artérielles, pas d’endartérite, pas de périartérite, pas de thromboses, pas d’oblitérations vasculaires anciennes, pas de diapédèses, pas d’amas leucocytiques ou lymphocyliques ni autour des vaisseaux, ni en aucun point du tissu. Pas de lésions dégénératives des éléments, pas de reliquats dégénérés.
Autour des cellules cancéreuses qui présentent les apparences que nous avons dites, les tissus du derme et de l’hypoderme se montrent absolument normaux.
Confirmant dans une certaine mesure les conclusions de l’observation clinique, l’examen histologique nous montre donc que, sous l’influence des irradiations, une masse considérable de cellules cancéreuses a disparu des tissus; la comparaison de la coupe de tumeur non traitée avec la figure du cancer traité le prouve avec évidence ; et que, parmi les cellules cancéreuses persistantes, il y a, de la surface vers la profondeur, de considérables différences de nombre et de vitalité, les plus distantes de la surface présentant seules des apparences identiques à celles des éléments des noyaux non traités.
Mais, et même vers la surface, aucune de ces cellules ne montre des apparences dégénératives, et il ne reste dans le tissu aucune tracedu nombre énorme des cellules qui ont dû disparaître au cours du traitement.
C’est là un premier point, sur lequel il convient d’insister, car il paraît spécial au processus que nous étudions. Des masses considérables de tissu néoplasique ont disparu sans laisser aucune trace; la tumeur, au début du traitement, avait en effet une épaisseur de 2 centimètres et demi à 3 centimètres, la peau de cette même région n’a plus, au moment de l’examen, que 3 à 4 millimètres depuis l’épiderme jusqu’à la surface du crâne qu’elle recouvre; de toute cette tumeur que nous avons vue fondre sous nos yeux au cours du traitement, il ne reste plus que les quelques traînées épithéliales que nous venons de décrire ; et cependant, le tissu conjonctif du derme et de l’hypoderme se présente avec ses apparences normales, sans reliquats dégénérés, sans vestiges inflammatoires.
Nous connaissons en pathologie de nombreux exemples de régression soit spontanée, soit par action thérapeutique, de néoformations diverses plus ou moins importantes, et l’histoire de la syphilis nous en fournit notamment à toutes .ses phases.
Mais dans ces cas toujours il subsiste, soit sous forme d’amas dégénératifs, soit sous forme de fibroses ou de cicatrices, des vestiges du processus même terminé. Et pendant un temps très long les appareils vasculaires présentent, sous forme d’infiltrats lymphocytiques périphériques, de périartérites ou d’endartérites, les traces du processus inllammatoire antérieur. Ici rien de tout cela ne se
TUAITl'.Ml'NT.
fl a— r,2r)
renconlre, el c'esl d’une manière loiile particulière (jue s’esi eirecluéc la régression dn cancer.
•Mais il faul bien reconnaître que notre examen n’esl inlervcmi ipi’à une époque relativement tardive, puis([uc le traitement était suspendu depuis deux mois, et que la disparition des masses néoplasiques remontait à beaucoup plus longtemps auparavant. Il faut tlonc en compléter les résultats, en utilisant les faits publiés par d’autres observateurs, qui ont pu examiner des cancers traités à une épocpie beaucoup plus proche de l’action des radiations.
En réalité, l’action des rayons X sur les épithéliomes est très semblable à ce que nous avons précédemment décrit à propos des lymphomatoses leucémiques, et se compose également d’une nécrose électivedesélémentsnéoplasiques, suiviede leurdisparition ultérieure par phagocytose ou par cytolyse. Seulement, au lieu de l’action presque immédiate que nous constations sur les lymphocytes, ce n’est qu’après une phase de latence beaucoup plus longue que se manifeste l’altération des cellules épithéliales.
Ainsi c’est dix jours après l’irradiation que Perthes (I) constate la uméfaction des cellules épithéliomateuses, ([ui se fusionnent en une masse protoplasmique uniforme à contours irréguliers, tandis que leurs noyaux se colorent mal. Des examens ultérieurs montrent l’apparition des leucocytes et des cellules conjonctives qui pénètrent dans la masse homogène et se faufdent entre les cellules cancéreuses encore conservées. Plus tard encore, le carcinome apparaît comme cloisonné par un tissu conjonctif infiltré de petites cellules et émprisonnant dans ses mailles tantôt des fragments entiers de néoplasme, et tantôt des cellules cancéreuses isolées en voie de dégénérescence. En dernier lieu, le processus aboutit à la disparition complète des éléments caractéristiques du cancer.
Pautrier examine huit jours après l'irradiation une biopsie provenant d’un épithéliome végétant de la face. A ce moment, les travées épithéliales sont en voie de disparition ; elles présentent un aspect trouble et diffus, se colorent mal ; les limites cellulaires ne sont presque plus visibles ; le protoplasma forme des masses granuleuses et opaques, les noyaux ne sont presque plus apparents. Les globes cornés sont en voie de dissociation. Il y a un très grand nombre de globules blancs, presque uniquement des polynucléaires. Un second examen, pratiqué quinze jours après l’irradiation, ne montre plus trace des travées épithéliomateuses; dans un stroma de fd^rilles conjonctives et de fibrine se trouvent des globules rouges, des polynucléaires en grande abondance, des masses de protoplasma nécrosé,
(1) Pehthes, Einflu«s (1er Rc'jntf^eiislralilen auf epillieliale Geweljc imbesondere aiif clas Carcinoni {l.aiiçfcnheck's Archiv f. lilin. Cliir., 190,3).
(2) P.\uTriiEn, Que peuL-on attendre à l’heure actuelle de la radiotlu*rapie dans le traitement du cancer? {Bulletin, médicnl., 1905).
Thaité de médecine. XIII. — 40
P. MENETRIER. — LE CANCER.
des débris de chromaline el des cellules épilhéliales encore reconnaissables mais très altérées, et (juelques cellules épithéliales non altérées, bien colorées, isolées ou en groupes de deux ou de trois.
Des constatations semblables ressortent des examens de Mikulicz et Fittig, Dalous et Lasserre, Dusey, Ellis (1), etc. Seulement, selon les observateurs, et vraisemblablement en raison des conditions différentes de l’observation, il y a, outre les lésions dégénératives des épithéliums, des altérations réactionnelles plus ou moins intenses du tissu conjonctif et des vaisseaux. Cela, à notre avis, représente un élément contingent, nullement nécessaire pour la destruction des cellules néoplasiques, comme le prouvent nos observations personnelles, et qui peut tenir à des phénomènes inflammatoires infectieux surajoutés (un grand nombre de ces cancers étaient ulcérésj, ou à l’intensité plus grande de l’action thérapeutique, et nous savons que les rayons X peuvent, selon leur dose et l’intensité de leurs applications, déterminer tous les degrés de l’inflammation jusques et y compris la mortification de tous les tissus. Mais nous sommes bien obligé, vu le petit nombre des faits actuellement étudiés, de mêler quelque peu des observations disparates, concernant des formes cancéreuses différentes, et dont le traitement n’a vraisemblablement pu être rigoureusement identique.
Quoi qu’il en soit, il s’en dégage cependant un certain nombre de faits suffisamment concordants pour que, aidés des renseignements fournis par l’irradiation expérimentale des tissus normaux, nous puissions comprendre l’évolution du processus consécutif aux irradiations des cancers épithéliaux.
L’action des rayons X sur les épithéliums cancéreux ne se produit qu’après une phase de latence assez longue, et d’ailleurs comparable à celle qui s’observe pour la peau saine dans la production de la radiodermite, ou pour les épithéliums testiculaires dans les expériences de Bergonié et Tribondeau.
Cette action se traduit par une nécrose élective des cellules cancéreuses, qui, si le dosage est bien réglé, sont seules frappées, les éléments plus superficiels, cellules de l’épiderme, les éléments avoisinants, tissu conjonctif et vaisseaux, étant plus ou moins complètement indemnes. Cela n'est pas absolu, d’ailleurs, car en même temps disparaissent, comme éléments normaux, ceux des follicules pileux, des glandes sébacées et sudoripares. Et les cellules épidermiques elles-mêmes, si elles ne sont pas compromises dans leur vita-
(1) Mikui.icz et Fittig, Ueher einen mit Uiiiitj^enstralilen erfolpreicli liehaiulelleii Fait von Brustclrusenkrelis {Beilraije zur hlin. Chir., I903|. — E, Dalous et J. I^assiîiiiuî, Sur le iiroccssus liislologique des radio-épitliélites. Action des rayons X sur rc|ndcrme normal et sur les tissus épithéliomateux (Ann. de demi, et de syph., 1905). — Allen PusiîY, Report on cases treated Avith Rontgen rays [The Journ. of tke iimericnn ined. A.ssoc. Gliicago. 1902). — A. -G. Ellis, .Amer. Journ. of med. sciences, 190.'5.
TRAITl'MENT.
lité, sont néanmoins manil'cslemenl influencées. En somme, et c’est là la chose importante, les cellules cancéreuses peuvent être détruites sans que la vitalité du tégument cutané soit intéressée.
Comment disparaissent les cellules cancéreuses nécrosées? Il ne semble pas que, pour les éléments épithéliaux, un processus macrophagique analogue à celui que nous avons décrit dans les ganglions leucémiques se rencontre communément. Beck(l)dit, il est vrai, avoir constaté la présence de cellules géantes; mais presque tous les auteurs parlent seulement de l’immigration des leucocytes, et particulièrement des polynucléaires; leurs descriptions sont, du reste, peu précises sur ce point, et il semble bien que ce soit surtout un processus cytolytique qui fasse disparaître la masse la plus importante des cellules épithéliomateuses. C’est d’ailleurs ce qui paraît également dominer dans les tubes séminifères dont l’épithélium a été mortifié par les irradiations.
D’ailleurs, et dans les cas où ne sont pas intervenues des actions perturbatrices, infections surajoutées ou phénomènes irritatifs dus à une intensité exagérée des doses de radiations, ce processus de résorption des tissus nécrosés paraît se faire exactement de la même manière que normalement s’effectue au sein des tissus la disparition des éléments usés, et sans intervention aucune d’une action inflammatoire quelconque. C’est du moins ce qui a dû se passer dans le cas que nous avons précédemment analysé, et c’est pourquoi, une fois que les masses cancéreuses nécrosées, liquéfiées et résorbées, ont disparu du tissu, les éléments conjonctifs, écartés, se sont complètement recollés, ont repris leur place et leur disposition normales, et le tissu, ainsi débarrassé, n’a plus gardé aucune modification durable de la perturbation qu’avaient apportée dans sa texture l’immigration et le développement des cellules cancéreuses.
Il nous reste à considérer les modalités résultant du degré de l’action des rayons sur les cellules cancéreuses. Toutes les cellules ne sont pas tuées par les irradiations ; les cellules cancéreuses peuvent être aussi résistantes que les tissus normaux qui les entourent; elles peuvent aussi être impressionnées à un certain degré, et sans que, cependant, la mort de l’élément en résulte. C’est là un fait fort intéressant et que notre observation met bien en évidence. A côté des cellules qui ont été détruites, un certain nombre ont survéeu, et celles-ci se montrent inégalement influencées, selon la distance où elles se trouvaient de la surface, et par conséquent selon la quantité de rayons qu’elles ont pu recevoir ; celles de la profondeur, à 3 ou 4 millimètres de la surface, ont déjà, deux mois après la dernière irradiation, repris toute leur activité prolifératrice ; celles des couches superficielles, dermique et sous-dermique, sont res-
(1) G. Heck, Tlie patliolu^y oC lhe tissue changes causecl by lhe Rüntgen rays {New Yorli med. Journ., 1902).
I'. MENETRIER.
t(';cs lorpide.'^, sans sc mulli|»lier, el dans nne sorte de vie latente. (Vcst là nn état particulier, qui a été observé également dans les épillu'diums testiculaires irradiés, et qui dans ce cas, après une phase d'inhibition plus ou moins prolongée, aboutit néanmoins, d’a|)rès les observations de Bergonié et Tribondeau, à la restauration ultérieure des fonctions et des activités prolifératrices.
F^ar cet exemple, nous voyons que, contrairement à ce qui se passe pour les éléments lymphocytiques, la sensibilité des épithéliums aux radiations est singulièrement limitée. Les rayons n’impressionnent (jue les cellules proches de la surface, el comme, d'autre part, les fractions du rayonnement de Rontgen absorbées par les couches successives d’une môme région décroissent rapidement de la superficie vers la profondeur, il en résulte que leur champ d'action sur les épithéiiomes est restreint et qu’ils ne sont réellement efficaces que pour des lésions tout à fait superficielles.
Mais il n'est pas défendu d’espérer que le perfectionnement des techniques, encore si récentes, ne permette un jour d’agir à de plus grandes profondeurs, et, d’autre part, les néoplasies de divers types cellulaires étant inégalement sensibles, il paraît exister toute une série de formes néoplasiques, principalement parmi les sarcomes, dont l’impressionnabilité aux radiations se rapproche plus ou moins de celle des lymphomatoses, et qui peuvent être modifiées ou guéries à des profondeurs auxquelles les tissus épithéliomaleux se montrent absolument réfractaires.
Résultats thérapeutiques de l’action des rayons X sur les cancers. — Pour juger des résultats actuellement fournis par la radiothérapie, il faut passer en revue les diverses formes traitées, différentes de siège, différentes d’évolution et différentes de nature. Nous ne saurions, en cette matière, suivre un meilleur guide que l’exposé qui en a été fait par Béclère dans son rapport au Congrès de chirurgie de 1907.
Se plaçant au point de vue exclusif des applications pratiques, Béclère étudie successivement l’inlluence des rayons de Rontgen sur les tumeurs malignes : 1° de la peau; 2“ des muqueuses visibles en continuité avec la peau ; 3“ de la glande mammaire, dépendance de la peau au point de vue du développement; des tissus sous-cutanés ou tissus vasculo-connectifs ; 5" îles viscères. Cet ordre cadrant exactement avec la loi physique qui régit et domine la radiothérapie, celle de la décroissance rapide de la superficie vers la profondeur des doses successivement absorbées par les diverses couches de la région irradiée.
I® Tumeurs malignes de la peau. — Les épithéiiomes cutanés sont végétants ou ulcéreux. De la forme végétante, une observation rapportée par Béclère en 1904, à la Société médicale deshüpilaux( 1 ), montre
(1) Oiici.iîniî, liiill. de la Soc. mdd. des liôp.., 1904.
TUAITKMIiNT.
la guérison complMe d’une liinieur des dimensions d’nne pièce de ô francs, saillante d'un centimètre, douloureuse et saignanleet développée au niveau de la tempe, chez un homme de soixante-douze ans. Sous rinlluence tles rayons de llünlgen, la tumeur a diminué, puis disparu, ne laissant (pi’une cicatrice à peine visible, sans avoir présenlé le moindre signe de mortification ni d’inllammation, non plus <pic la peau saine avoisinante. Dans ces formes végétantes, il y a intérêt, pour accélérer le processus de guérison, à enlever d'abord, à l’aide de la curette ou du bistouri, le champignon néoplasique pour soumettre ensuite la surface d’implantation à l’action des rayons de Uontgen.
Dans les formes ulcéreuses, dont le type est l’ulcus rodens, l’action du traitement est en (|uelc|ue sorte inverse, car, sous son inilucnce, non seulement les ulcérations prennent l'aspect d’une plaie de bonne nature et .se cicatrisent, mais, par suite de la prolifération des tissus sains, les pertes de substance se comblent et se réparent au moins en partie.
Tous les épitlîéliomes de la peau ne se montrent pas cependant également sensibles à l’action destructive des rayons de R(")ntgen, et Darier(l) a, à ce point de vue, classé d’une manière générale lesépithéliomes cutanés en formes spino-cellulaires (ce sont nos formes typiques), qui seraient peu ou pas sensibles aux irradiations, et en formes baso-cellulaires, épitlîéliomes à cellules basales (ce sont nos formes métatypiques ou atypiques, et notamment les épitlîéliomes d’origine hétérotopique), lesquels fournissent la plupart des succès.
11 y a cependant des observations incontestables d’épithélionies pavinienteux typiques (à cellules épineuses) guéris par la radiothérapie, et Darier lui-même en a rapporté.
Déclère pense que le siège, le degré de développement, la marche de la néoplasie ont plus d'importance à ce point de vue que le type histologique, et, pour lui, tous les épitlîéliomes cutanés qui n’ont pas dépassé le derme sont justiciables de la radiothérapie. Et dans ces conditions il ne fait pas même d’exception pour les tumeurs mélaniques, que la plupart des auteurs considèrent comme absolument rebelles au traitement. Mais quand l’épithéliome cutané a franchi la face profonde du derme, si la radiothérapie est encore capable de guérir nombre de cas, elle éprouve aussi des échecs indéniables, des échecs complets et aboutissant à la mort du malade.
En résumé, conclut Béclère, contre les épitlîéliomes de la peau le pouvoir de destruction élective des rayons de Rüntgen ne se montre insuffisant que par exception, quand le néoplasme a franchi le derme, qu’il évolue rapidement et tend à devenir plongeant. Dans ces formes
(Ij D.\mEii, Classificalioii des épilhitliomes cutanés {Conçirès de derma^., lîei'lin). — Darieh, Conditions qui iiilluenL sur t’eflicacité de la radiotliérapie dans les cancers de la peau tSoc. de dennul. el de sijph., la mars 190o).
r. MENETRIER. — LE CANCER.
(l.'fO
j^raves, la radiothérapie demeure un utile complément de l’intervention chirurgicale. Dans les formes ulcéreuses jugées inopérables, si elle ne guérit pas toujours, c’est au moins le meilleur des palliatifs. Contre les néoplasmes limités au derme, les résultats qu’elle donne sont presque toujours excellents.
*2“ Tumeurs malignes des muqueuses. — Les muqueuses directement accessibles aux rayons de Rontgen, dont la propagation est inflexiblement rectiligne, sont seulement les muqueuses en continuité avec la peau, au niveau des orifices naturels; les muqueuses palpébrale et conjonctivale, la muqueuse nasale dans une faible étendue, les muqueuses des premières voies digestives, labiale, buccale, linguale et pharyngée, celle de l’extrémité terminale du tube digestif ou muqueuse anale, enfin celle des organes génitaux externes, du vagin et du col utérin.
L’opinion courante parmi les médecins et chirurgiens non radiologistes est que les rayons de Rontgen, très actifs sur les épithéliomes delà peau, demeurentimpuissants contre ceux des muqueuses et leur sont même nuisibles.
Contre cette opinion Béclère s’élève avec énergie; et il existe, en ellet, quelques observations probantes de guérison de semblables lésions. En 1902, Williams a publié le premier cas d’épithéliome de la lèvre inférieure, histologiquement vérifié et traité avec succès par la radiothérapie. Perthes (de Leipzig) (1) en a rapporté trois autres en 1904. Dans ces trois cancers de la lèvre, dontdeux étaient ulcérés, et qui s'accompagnaient de tuméfactions ganglionnaires, la guérison de la lésion locale fut obtenue en cinquante à soixante jours à la suite d’une seule irradiation à la dose variant de 12 à 16 unités IL Quant aux ganglions, irradiés à l’aide de rayons très pénétrants filtrés par une mince feuille d’étain, ils rétrocédèrent complètement dans un cas ; dans un autre, un ganglion persistant fut extirpé et, examiné au microscope, présentait des altérations régressives des éléments cancéreux.
Pour les épithéliomes de la langue, il existe aussi des cas indubitables de guérison au moins temporaire. Béclère en a observé quelques-uns, Bissérié également. Ils sont encore fort rares.
3" Tumeurs malignes du sein. — On peut lesdiviseren deux grandes catégories, suivant que la tumeur, au moment ot'i intervient la radiothérapie, a été abandonnée à sa marche naturelle, ou suivant qu’elle a récidivé après une ou plusieurs interventions chirurgicales.
Dans le premier cas, ([uandla tumeur, encore peu ancienne, fait corps avec la glande, mais demeure mobile sous la peau et au devant du thorax, on peut, à cettepériode et dans certaines conditions favorables, dont la principale est certainement la marche lente du néo-
(1) RuiiTiiEs, Concfrés all.tle cliir., Berlin, 190i.
TRAITEMENT
])Ia?mc, observer, sous l’influence de la radiolhérapic, la disparition de tumeurs même assez volumineuses. Ces cas sont fort rares. Béclère en rapporte cependant d’irrécusables. Mais il faut bien dire que, si probants soient-ils, ils sont trop exceptionnels pour autoriser, à celle période, à préférer le Irailemenl radiolliérapique à l’extirpalion chirurgicale, infiniment plus efficace.
Plus lard, au contraire, et quand l’envahissement de la peau, l’adhérence profonde tle la tumeur, son extension, l’envahissement ganglionnaire à distance, rendent illusoire toute opération, le traitement radiothérapique se montre encore capable de faire disparaître des masses impoiiantes du tissu néoplasique, et l’on a vu parfois même la régression d'adénopathies sus-claviculaires dont l’existence avait fait déconseiller l'intervention chirurgicale.
Même à la phase d’ulcération, les conditions locales de la radiothérapie ne sont |)as plus défavorables. Si les ulcérations sont superficielles et peu étendues, leur cicatrisation rapide est le premier elfet du traitement. Mais c’est surtout quand le processus d’ulcération étendu et profond a produit une vaste perte de substance qu’à un certain point de vue l’action des rayons de Rontgen est facilitée, parce que le radiothérapeute n’a plus le souci de veiller à l’intégrité du tégument, et peut ainsi donner aux tissus malades, plus directement accessibles, de plus fortes doses.
Dans le cas de récidives après opération, l’efficacité locale du traitement radiothérapique est également prouvée par de nombreuses observations (1), non seulement au niveau de la cicatrice résultant de l’exlirpalion du sein, mais même au niveau des ganglions, ou dans les métastases superficielles à distance, comme dans le cas dont nous avons précédemment rapporté l’observation.
Enfin, inspirés par ces bons effets de la radiothérapie appliquée aux récidives si fréquentes après l’ablation des tumeurs malignes du sein, beaucoup de radiothérapeutes pensent devoir recourir préventivement à ce mode de traitement aussitôt après l’opération, pour détruire les éléments néoplasiques encore impalpables et invisibles qui ont pu échapper au bistouri du chirurgien. Les uns effectuent l’irradiation sur la plaie même, avant réunion, ou sans réunion, comme la pratique Maunoury (2) ; les autres irradient la région opératoire un temps plus ou moins long après l’intervention et aussi, comme le conseille Béclère, les régions ganglionnaires avoisinantes de l’aisselle et du triangle sus-claviculaire.
Il est difficile actuellement de se prononcer sur l’utilité de ces pratiques. On peut craindre, en raison de la sensibilité très grande des tissus lymphoïdes à l’action des rayons X, que les éléments nor-
(1) Lejars et Béclèiie, Récidive inopérable de cancer du sein traitée avec succès par la radiothérapie (èioc. de chir., 30 novembre 1901).
(2) MAUNOcnv, Con(jrès français de chirurgie, octobre 1907.
1>. MKXETIUER.
LE CAXCEU.
maux des ganglions ne soient dclrnils plus |)romplemenl que les cellules néoplasicpies, et qu’il n’en résulte une dissémination plus lacile de celles-ci; le l’ait n’est pas impossible, bien (ju’à vrai dire nous n’ayons jusqu’à })résent constaté par l’étude histologique de l’envahissement des ganglions par le cancer aucun phénomène indi(|uant une action de défense de la part de leurs éléments constituants. La question ne pourra être jugée (jue par des statistiques étendues et portant sur un assez grand nombre d’années.
i® Tumeurs malignes des tissus vasculo-connectifs. — Les cellules sarcomateuses se montrent d’une manière générale plus sensibles que les cellules épithéliomaleuses à l’action destructive des rayons de Rüntgen, comme l’ont montré dès 1901 plusieurs observations de sarcomes guéris par la radiothérapie, dues à des médecins américains (Coley, Pusey).
La sensibilité des divers sarcomes varie d’ailleurs dans des limites très étendues, alors même que par leur formule histologique, leur siège, leur volume et leur point de départ, ils semblent comparables. Certains manifestent à l’action des rayons une extrême sensibilité, qui se traduit par une régression et une disparition rapides, malgré leur siège sous-cutané et même après l’absorption de doses relativement très faibles. Et l'on a ainsi observé des guérisons merveilleuses, mais incontestables, de sarcomes volumineux et profonds de l’abdomen et du médiastin (Skinner, Kienbôck) (1).
Cette sensibilité extraordinaire de certains sarcomes est poussée au point qu’il paraît légitime d’en faire cliniquement un groupe particulier de néoplasmes dont l’épreuve radiothérapique permet seule de faire le diagnostic différentiel.
Il en est de même pour les néoplasies des tissus lymphoïdes : qu’il s’agisse, chez des malades anémiques, cachectiques, mais non leucémiques, d’une énorme et unique tumeur ganglionnaire, grosse comme une tête d’enfant, d’un groupe de masses ganglionnaires fusionnées et faisant corps avec la peau qui les recouvre, ou de masses multiples plus ou moins symétriquement réparties au cou, dans les aisselles et dans les aines, rien n’égale parfois l'extraordinaire rapidité avec laquelle fondent ces tumeurs, et l’on peut, en cas de compressions intrathoraciques, obtenir des améliorations considérables allant jusqu’à la disparition de tous les symptômes, mais qui trop souvent aussi ne sont que temporaires.
Enfin, dans les formes hyperplasiques dilfuses des tissus lympho- et hémopoiétiques, leucémies, lymphomatoses et myélomatoses, l'action
(I) Cl,. En. Skinniîh, A lai'fi'e libro-sarconia Ircated b}' Rclnl^en i-adiation {Arch. ()/' cle.clrolog}/ ;nut rudioloijii, 1904). — Ku-.miock, Ein mit Rrmt;;enslralilen l)eliaiiclelter l'all von MeiliaslinalLiimop ( Wien. med. l'resse, 1905). — Uel)er Rünlj;enl)eliaiidluiif; der Sarkome {llaiipori an Conrirès international de physiothérapie, Liège, 1905).
TUAITI'MI'NT.
lies rayons de Hcint^en se inaniCesle avec son niaximnin d’inlensilé. Nous en avons précédommenl monlré le processus liislologiqne. <'lini(pionicnt, on voit fondre les masses ganglionnaires, des raies colossales reprennent des dimensions presque normales, l'anémie disparaît, l'examen du sang montre le retour de réqnililu’e leucocytaire : l'acLion thérapeutique est manifeste, à un degré (pdaucun autre agent ne saurait produire, et cependant, si merveilleux ((ue soient ces résultats, dans les cas de leucémie les plus favorables, ils ne sont pas le plus souvent synonymes de guérison.
C.hez un certain nombre de malades, l’amélioration plus ou moins partielle et temporaire n'a fait que retarder la terminaison fatale. Cdiez d’autres une amélioration très notable et même une guérison apparente de la maladie ont été suivies, après une rémission plus ou moins longue, d’un retour otfensif des accidents, et la reprise du traitement n’a pu empêcher la mort.
5“ Tumeurs malignes des viscères. — Parmi les tumeurs malignes des viscères, ce sont presque exclusivement celles de l’estomac qui ont été soumises à la radiothérapie (1). Il est difficile de trouver dans les faits rapportés la preuve d’une action efficace de la radiothérapie, ou, dans les cas considérés comme guéris, la preuve de l’exactitude du diagnostic de cancer.
Dangers de la radiothérapie. — D’après Béclère, le danger de la radiothérapie vient uniquement de techniques défectueuses, et plus particulièrement de l’excès de dose qui peut déterminer des radiodermites graves, douloureuses, obligeant à suspendre le traitement, et peut même amener, particulièrement au niveau des muqueuses, des accidents beaucoup plus sérieux.
En détruisant plus ou moins complètement les éléments cellulaires sains de la région, tout au moins endiminuantleur résistance, l’excès de dose favorise l’action nocive de tous les agents microbiens d'infection secondaire qui pullulent sur la surface ulcérée, surtout dans une cavité telle que la bouche ; il provoque des accidents locaux de suppuration, de gangrène, de septicémie, de lymphangite qui s’étendent souvent aux ganglions les plus proches, et, résultat plus grave, il contrilnie indirectement de cette manière à l’envahissement plus rapide de la région malade par les éléments néoplasiques que n’ont pas détruit les rayons.
On peut, d’autre part, observer au cours du traitement des tu meurs malignes sous-cutanées des accidents fébriles; ces accidents, pour Béclère, ne tiendraient pas, comme d’aucuns l’ont supposé, à la dissémination de cellules néoplasiques, mais seraient la conséquence de la résorption des substances résultant de la désintégration des éléments néoplasi(|ues nécrosés sous l’influence des irradiations, et se
(1) DoüMF.n et Lfmoinf, Traitement des tumeurs île l’estomac par la radiothérapie {Ac.icl. de mèd., 1901).
P. MENETRIER.
verraient surtout en elTet dans !e traitement des tumeurs volumineuses, sarcomateuses ou lymphomateuses, et diminuant rapidement de volume.
Tous les autres accidents observés sont, pour Béclère, imputables à l’évolution variable des néoplasmes, et non au traitement employé.
Un grand nombre d’observateurs, médecins, chirurgiens, et même radiologues, ne pensent pas cependant devoir innocenter la radiothérapie de certaines aggravations de la marche des cancers ou de l’envahissement rapide et diffus des appareils ganglionnaires à la suite des irradiations, accidents dont Danlos, Leredde, Oudin et bien d’autres ont rapporté des exemples.
Cette opinion nous paraît parfaitement justiliée. Comme tous les agents qui exercent leur influence sur l’organisme, les rayons de Rontgen produisent des effets différents selon leur dose et selon la sensibilité propre des éléments en cause. Des doses insuffisantes pour tuer les cellules peuvent inhiber leur activité et les mettre dans cet état de léthargie que nous avons précédemment signalé. Agissant sur les cellules en prolifération, sur les œufs, les rayons X peuvent, s’ils n’en arrêtent pas le développement, provoquer des karyokinèses irrégulières, et amener la production de monstruosités. Moinsencore, ce peut être une simple excitation fonctionnelle, comme l’ont observé Aubertin et Beaujard en agissant à doses faibles sur la moelle osseuse. L’irritation des épithéliums peut être prolifératrice et amener l’épaississement de l’épiderme du cobaye.
Mieux encore, chez les radiologues professionnels, l’irritation chronique, incessamment répétée, est une cause de dermites papillomateuses, susceptibles, comme nous l’avons vu, d’aboutir à l’évolution épithéliomateuse.
Il y a donc des conditions dans lesquelles cet excitant spécial, les rayons de Rontgen, peut, comme tous les excitants physiques ou chimiques, quels qu’ils soient, provoquer la prolifération cellulaire, et même la prolifération indéfinie et infectante caractéristique du cancer. Il n’est pas étonnant alors qu’il puisse aussi, sur le cancer déjà constitué, agir de même, et en accélérer la marche.
Et cela ne doit être aucunement une contre-indication à leur emploi thérapeutique. Tous nos médicaments actifs ne sont-ils pas des poisons, et ne faut-il pas exactement proportionner les doses aux ellets (ju’on en veut obtenir?
Aussi, et ces réserves faites, l’opinion de Béclère est parfaitement admissible quand il conclut que :
« La sensibilité plus ou moins vive des éléments néoplasiques à l’action des rayons de Rüntgen, le siège plus ou moins profond de ces éléments au-dessous de la surface tégumentaire, leur plus ou moins grande rapidité de multiplication, la localisation du mal au foyer primitif sans participation du système lymphatique, ou l’en-
TKAlTKMr.NT.
la— 635
valiisscmcnl à dislance de ganglions lanlùt accessibles et tantôt inaccessibles an traiteinenl, sans parler de la correction plus ou moins parfaite de la technique et du dosage employés sont les facteurs principaux qui déterminent dans la radiothérapie des tumeurs malignes le succès ou l’insuccès final ».
El voici, d’après lui, les indications du traitement radiothérapique : « Ouand une tumeur maligne est opérable, elle doit être immédiatement opérée, et l’intervention du chirurgien est préférable, en règle générale, à la radiothérapie. Il n’est guère à celte règle que deux exceptions d’ordre très ditTérent :
« D’une part, pour les épithéliomesde la peau qui n’ont pas dépassé le derme, spécialement pourceux de la face, il est permis de préférer la radiothérapie, en raison de l’excellence de ses résultats esthétiques.
« D'autre part, les sarcomes opérables peuvent être avec avantage soumis à titre d’essai à la radiothérapie, dans tous les cas où l’intervention ne paraît pas immédiatement nécessaire; c’est le seul moyen de savoir s'ils n’appartiennent pas au groupe des néoplasmes ultrasensibles que la radiothérapie suffit à guérir.
« En dehors de ces deux indications spéciales, voici les trois grandes indications de la radiothérapie :
c< En présence d’un néoplasme à ses débuts, dont la nature maligne est encore incertaine, et plus généralement toutes les fois que l’ablation d’un néoplasme est volontairement différée par le chirurgien ou temporairement repoussée par le malade, la radiothérapie est indiquée.
« Après l’ablation de toutes les tumeurs malignes, la radiothérapie est indiquée dans le but de prévenir les récidives. Elle doit être également pratiquée au premier signe de récidive.
« Enfin, contre toutes les tumeurs malignes jugées inopérables la radiothérapie est indiquée. C’est la seule médication rationnelle et le palliatif dont il y a le plus à attendre. » (Béclère.)
Radiunithérapie. — L’action du radium sur les cancers paraît très semblable à celle des rayons X ; cependant, comme les radiations du radium sont beaucoup plus complexes et que le mode d’application en est assez différent, il n’est pas inutile d’en faire une étude séparée.
Les observations de cancers ayant bénéficié d’un traitement par le radium sont déjà nomlu’euses, et nous en pouvons citer concernant : des épitbéliomes de diverses régions (Danlos') (1), de l’angle interne de l’œil (Bepmann, Krylovi, du pavillon de l'oreille, du menton (B. Abbe), de la tempe et des mains (L. Wickbam) (2), de la lèvre inférieure (Reims et Salmon, Follard, Lassar), de la langue (Abbe), de
(1) Da.m.os, Bull, de lu Soc. méd. des hôp., 1905.
(a) L. ^VlCKHAM, Emploi du radium en Ihérapeutique [Ann. de dermal. el de syph., octobre 1906;.
P. MENETUIER. - IJ- CANCER.
l’desophage (Einliorn), ri'cidivos de cancer du sein (Bepmann, Abl>e, l.assar, llartigan), xeroderma pigmenlosiim ( Lassar), sarcome (Abbc. l'^ollard).
D’après Oudin (1), loules les vai'iélés d’épilhéliomes superficiel'^ bénins à marche lente sont rapidement guéris par les applications du radium. Les formes ulcéreuses, bourgeonnantes, papillaires, soni égalementavantageuscment modifiées. Pendant quinze jours environ, après une application suffisamment prolongée, la tumeur reste stationnaire, puis en quebpies jours se rétracte et disparaît. S'il s’agit d'une lésion un peu étendue, il faut nécessairement faire plusieurs séances. S’il y avait ulcération, on voit d’abord le suintement diminuer, les bords s’afîaissent, perdent leur dureté, le fond prend une coloration jaune grisètre, sur laquelle on voit apparaître au bout de quelques jours des bourgeons charnus de bonne nature, puis l’ulcération se rétracte, la cicatrice gagne des bords au centre et couvre bientôt toute la surface malade. Les observations de ce genre sont aujourd’hui très nombreuses et concordantes ; celles de Abbe sont particulièrement intéressantes, parce qu’il a, dans ses cas, traité la moitié des lésions par le radium et l’autre moitié avec les rayons X et qu’il a eu une guérison plus rapide avec le radium. Xous n’avons pas encore grands renseignements sur les résultats éloignés, mais tout laisse à supposer qu’ils sont aussi bons qu’après toute autre intervention. Dans les cas assez rares pour ces sortes d’épithéliomes où les auteurs ont noté l’état des ganglions, ils les ont vu diminuer légèrement, mais non pas disparaître.
Il n’en va pas malheureusement ainsi pour l’épithéliome malin, carcinome spino-cellulaire, à marche envahissante, à engorgement ganglionnaire précoce, et pour les cancers de la langue et des lèvres; ici, les observations deviennent très rares ou très courtes ; elles ne mentionnent que des améliorations, de la sédation des douleurs, mais on ne parle plus de guérison. Nous pouvons cependant relever quelques observations de tumeurs épithéliales de la lèvre cicatrisées. Dans un cas de Reims, cet auteur a constaté, après deux séances d’application de radium, la disparition de plaques leucoplasiques anciennes de la langue, ce qui, à vrai dire, n’est pas du cancer.
Cequenous venons de dire de l’épithéliome malin, nous pourrions le répéter des autres formes de cancer. Les recherches d’Apolant 2) sur le cancer expérimental des souris lui ont montré des diminutions de tumeurs et la disparition des plus petites, mais il s’agit là de tumeurs greirées et non de cancer spontané. Abbe aurait vu disparaître un petit sarcome de la mâchoire chez un enfant. Mais les cancers du sein, de l’utérus, du rectum, soignés parle radium n'ont
(1) OuniN, RacliiinittiLà-apie lAnnnles d'élecirohiologie el de radiologie, lOOti). •
(i) Ai'()i,.\nt, Uelier (lii> Einwipkung von Itactiiiinslrnliten auf das Carcinom der 'Mhüs.c [Deutsche nied \tV)f/i., 19Ü4).
tiiait1':ment.
jamais i<^néri. l,es ilouleurs des malailesonl été atLciuiécs, la marclic des Uuneursaélé ralenlic, elles ont pu diminuer de volume, des ulcéralions ont pu se cicalriser, ce sont là les sevds résullals ohlenus.
C'.’esL grâce à la diminution passagère du volume du néoplasme (pi’on a pu, on introduisant des tubes de radium aux points malades, rétablir pour queUiue temps le calibre d'œsophages on de rectums rétrécis par des cancers.
D’une ra(^on générale, il semble (|ue l’action un peu prolongée de sels faiblement radio-actifs ail donné des résultats un peu plus favorables que des sels énergiques pendant peu de temps.
Braunstein a expérimenté les elï'els de l'émanation du radium. 11 a injecté dans des tumeurs cancéreuses de l’eau saturée d’émanation, et il a observé dans 8 cas une diminution des tumeurs ; dans un cas il se produisit une sorte de liquéfaction, sans altération de la peau, de toute la tumeur, devenue tluctuanle, et qui s’est vidée sous forme d’un liquide jaune, transparent, absolument stérile.
SÉRO THÉ RA PIE. R. l C TÉ RIO T HÉ IL l PIE. TOXINO THÉRAPIE.
Nous réunissons ici un certain nombre de méthodes de traitement, pour la plupart inspirées des conceptions pathogéniques assimilant le cancer aux maladies parasitaires, et qui reproduisent de manière ou d’autre les divers procédés de la thérapeutique antimicrobienne. Il ne s’agit plus de traitements locaux, mais d’actions modificatrices générales et spécifiquement dirigées contre l’infection supposée.
Ce ne sont pas d’ailleurs, pour la plupart, des méthodes thérapeutiques fixées, démontrées, que l’on puisse employer en confiance, mais bien plutôt des essais expérimentaux encore contingents et plus ou moins heureux dans leurs résultats.
Sérothérapie auticaiicérciise au moyen des tissus cancéreux. — S’inspirant des méthodes sérothérapiques antimicrobiennes, Richet et Héricourt ( 1 ) employèrent les tissus cancéreux eux-mèmes pour préparer des animaux dont le sérum fut ensuite utilisé pour traiter les malades.
Le point de départ de leurs expériences fut un ostéosarcome de la jambe enlevé par Reclus; la tumeur finement broyée, délayée dans l'eau, filtrée sur un linge fin, toutes opérations pratiquées de manière aseptique, le suc en fut injecté dans les veines d’un âne et de deux chiens. Ultérieurement ils utilisèrent également le cheval. Le sérum des animaux, recueilli après sept à douze jours, fut employé en injections sous-cutanées, à la dose de 3 centimètres cubes par jour en moyenne, soit au pourtour des tumeurs, soit à distance.
D’après ces expérimentateurs, les résullals obtenus portent sur
(1) J. IIÉuicouRT cl Cil. Richet, Traitement d’un cas de sarcome par la sérothérapie [C. R., 1890). — De la sérothérapie dans le traitement du cancer {lijid.).
1’. MENETRIER. — LE CANCER.
l’élal local des lumeurs et sur l’élal général des malades.
Us consistent en diminution des douleurs ; le sommeil redevient possible ; les fonctions digestives se rétablissent, les vomissements cessent, l’état général se relève, et on peut noter une légère augmentation de poids.
Localement, les tumeurs diminuent de volume, les ulcérations se détergent, les hémorragies cessent, des bourgeons charnus de bonne nature apparaissent et l’on note une tendance marquée à la cicatrisation qui peut être partielle ou même se compléter. La partie de la tumeur qui se résorbe est la zone d’infdlration cancéreuse périphérique, qui subit une atrophie manifeste, tandis que les portions anciennes sont moins modifiées. Les œdèmes disparaissent avec les compressions vasculaires et nerveuses ; enfin les ganglions diminuent.
Mais ces résultats ne sont que temporaires; les forces reviennent ainsi pendant quelques semaines, puis de nouveau le cancer reprend sa marche envahissante, sans que le traitement, continué, montre désormais la moindre efficacité. En fait, on n’a jamais obtenu de guérison des malades traités.
Quant aux inconvénients des injections, ils sont ceux que déterminent habituellement les sérums. Après les piqûres, la réaction est très variable suivant les sujets, même avec un sérum provenant du même animal, et l’intolérance est parfois absolue ; prurit dans la région delà piqûre, rougeur diffuse de quelques heures, quelquefois même malaise, agitation, œdème douloureux au niveau de l’injection.
Il peut se produire aussi des phénomènes fluxionnaires à distance, des vomissements, de la diarrhée, de la céphalalgie, des douleurs lombaires, des éruptions polymorphes, ortiées, scarlatiniformes, morbilleuses, purpuriques, érysipélateuses.
La méthode de Richet et Héricourt a été ultérieurement employée par Boureau, Boinet, Brunner, Bosc(l) avec une technique analogue et des résultats semblables : suspension temporaire delà marche du cancer, arrêt des hémorragies, sédation des douleurs, diminution ou disparition de la zone d’empâtement périphérique, et récemment encore par von Leyden (2), qui, outre les phénomènes d’amélioration générale déjà constatés, considère comme preuve de l’efficacité du sérum ce fait qu’aucune métastase apparente ne se serait produite au cours du traitement. Il ne s’agit donc là non plus aucunement de guérison.
(1) Boukeau, Essai de sérolliérapie contre le cancer [Gazette hehd., 1805). — Boinet, Soc. debioL, 1895. — Boinet, Des sérums anticaiicéreux dans le cancer du laryn.xel le cancer en général. Traité de thérapeutique a])ptiquée, fasc. A' II, 1896. — BnuNNEii, Résultats du traitement sérothéraiiique des tumeurs malignes (Arcbiv fur path. lilin. Med. u. Bakl., 1896). — Médecine moderne, 1897. — Bosc, Soc. de biol., janvier 1907.
(2) Von Levhen et Blumentiial, Vorlaufige Mitteilungen üher einige Ergcbnisse der Krebsforcliung, etc. [ÜeutscJie med. Wochenscbr., 1902). — Von Leyden, Ueber die Problème dcr kurativeii Behandlung der Carcinome des Menschen [Internat. Konf. /'. Krebsforchunij, 1906).
TRAITEMENT
la— G39
Dans tous ces cas, ni Hichel el IléricourI, ni les divers expérimenlalenrs ([ui onl suivi leur méthode ne paraissent s’ôtre préoccuj)és, pour la préparation de leurs animaux, d’utiliser des tumeurs de type cellulaire identique ù celui des cancers qu’ils ont traités.
On ne saurait doue invoquer, pour expli(iuer leselïets obtenus, une action anticellulaire.
Mais Arloing et Courmont, qui ont essayé parallèlement le sérum d’àne normal et le sérum d’àne préalablement inoculé avec le suc de cancers, ont obtenu des elfets semblables de l’un et de l'autre (1). Les résultats seraient donc indépendants de toute spécificité du sérum employé.
Au surplus, il faut croire que, malgré tout, ces résultats ont été assez peu encourageants pour que la plupart des expérimentateurs n’aient pas persisté dans l’emploi de ce mode de traitement.
Le sérum anlicelliilaire, c’est-à-dire préparé avec une forme cellulaire identique à celle de la tumeur traitée, ou même avec des éléments de cette tumeur extirpés au préalable, n’a jusqu’à présent guère donné de résultats meilleurs. Poncet et Dor (2) ont ainsi préparé avec un cancer mélanique une chèvre dont le sérum servit à traiter deux malades atteints de sarcome mélanique, et obtinrent seulement un certain degré de diminution des tumeurs. Dans sa communication au Congrès français de chirurgie en 1905, Vidal (d’Arras) (3) n’accuse également que des résultats temporaires.
Sérothérapie, bactériothérapic, toxinothérapie par le moyen de parasites supposés spécifiques. — Parmi les partisans delà théorie parasitaire des cancers, un certain nombre de ceux qui ont cru avoir découvert l’agent pathogène spécifique ont cherché à en tirer parti pour le traitement des malades, en suivant de manière ou d’autre les diverses méthodes de la thérapeutique bactériologique. Ils ont ainsi préparé des sérums spécifiques par immunisation des animaux au moyen de leurs parasites ou de leurs toxines, ou encore employé directement chez les cancéreux ces mêmes parasites et ces mêmes toxines, artificiellement atténués ou modifiés. Nous énumérerons ces diverses méthodes d’après les indications tirées des publications de leurs auteurs, et seulement à titre documentaire, car aucune d’elles n’a encore fourni de résultats assez probants pour pouvoir être considérés comme acquis.
Cancroïne. — Adamkiewicz (4) traite depuis plus de quinze ans les cancers par un produit qu’il dénomme cancroïne.
(1) AnLoiNG et CoL'UMONT, Sur le traitement des tumeurs malignes de l'homme par les injections de sdrum d’âne normal ou préalablement inoculé avec le suc d’épithéliomes {Bull, de l’Acad. de méd., 1896).
(2) L. Uon, Gazelle hebd. de méd. el de cliir., 1901.
(3) Vidai. (d’Arras), Sérothérapie du cancer(Conf/rés français de chirurgie, 1903).
(4) Adamkiüwicz, Wien. med. Presse, 1891 et années suivantes; Bull, de i.-\cad. de méd., octobre 1906. — Ueber die Gil’tigkeit der bosartigen Gesclnvulste ( 1 Vieil.
P. mi:nj;t]ui:h. — jæ cancer.
Ij’aprcs lui, la cellule cancéreuse esl une cellule animale, et non pas une cellule épithéliale de l’organisme. En elïel, la cellule cancéreuse inoculée dans l’encéphale des animaux se nourrit, se fixe, se muUij)lie et produit des foyers mélastati(|ues, alors ([ue dans ces mêmes conditions la cellule épithéliale meurt et se détruit. La cellule animale parasite du cancer excrète une toxine. Et Adamkiewicz pense avoir, en partant de ladite toxine, arrêté la marche de cancers ou môme obtenu des guérisons.
Le produit qu’il injecte est la cancroïne, oxhydrate de Irimélhylvinyl-ammonium (C^IPAz(CII-*)^0), neutralisé par l’acide citrique et saturé d’acide phénique.
Le processus histologique de la guérison serait la disparition des cellules cancéreuses, leur remplacement par une inültralion de petites cellules et la transformation définitive du cancer en tissu conjonctif.
Les auteurs qui, comme Geissler (1), ont cherché à reproduire les expériences sur lesquelles sont basées les théories d’Adamkiewicz sont arrivés à des conclusions contraires à celles de cet auteur. Et les observations cliniques ne sont nullement probantes en faveur de la méthode.
Nectrianine et vaccin du cancer de Bra. — La nectrianine est, d’après Bra (2), l’ensemble des produits solubles atténués du A'ec- Iria dilissima,i\\i '\\ considère comme le parasite du cancerdes arbres. Les cultures filtrées et chauffées à 120“ et injectées chez les cancéreux produisent une élévation thermique qui ne s’observerait pas chez les sujets sains. Ce produit, essayé par Mongour (de Bordeaux) dans divers cancers, et notamment des cancers utérins, aurait amené la disparition des hémorragies, des pertes fétides et des douleurs, mais aucun arrêt de la marche du cancer.
Le vaccin du cancer est l’ensemble des produits solubles atténués par la chaleur à 120“ des parasites du cancer humain. Chez les cancéreux, il produit la diurèse et une élévation thermique de 1“, 2“, 2“,5. Les résultats thérapeutiques se bornent également à l’arrêt des hémorragies et aux modifications des sécrétions.
Les injections sont douloureuses, et la réaction thermique peut être accompagnée de frissons, accélération du pouls, battements cardiaques et céphalée.
Nous avons précédemment montré ce qu’il fallait ])enser de ces parasites; quant aux effets thérapeutiques, ils sont vraiment peu encourageants, même tels qu’ils sont rapportés parles expérimentateurs.
med. HUiller, 1S9Ü). — W'eitere HeobachUinfjcii [Ihid., 1891). — Zur Rcaklion dcr Garcinotii ( med. Wocli., 189.1). — Zur Krcbsparasitcnfrajre (Deutsche med. Woch. 1895).
(1) Giiissi.iiu, Die Ueljcrtrai^ljarkeit des Carcinonis (.Arch. /’. klin. Chir., 1S9;1).
(2) Rua, Traitement du cancer (Hevne des muludies cancéreuses, 1901).
TRAITEMENT
la— f/il
Sôrotliérapic par le moyen des blasiomyeîdes . — I )
obtient vin sérum Ihérapeuliquc en injectant aux animaux des blaslomycètes pathogènes isolés de tumeurs malignes de l’homme. Il a tenté d’immuniser de nombreux animaux, mais n’a obtenu de sérum actif que chez les oiseaux, les pigeons, les poules et surtout les oies. Il pratique aux malades des injections, sous la peau de la cuisse, de 7 à l'J centimètres cubes de sérum d’oies immunisées pendant huit à douze mois par les blastomycètes obtenus en cultures, pures des tumeurs cancéreuses de l’homme parPlimmer, Curtis, Pusse, San Felice, et par lui-même. Ces injections sont répétées tous les cinq à huit jours, et après les piqi'ires le malade doit garder le lit pendant vingt-quatre heures. Il a aussi employé le sérum de cheval et d’ànesse semblablement immunisés.
D’après AMaeff, ce sérum, qu’il appelle anlicellulaire, ralentit et arrête l’évolution des tumeurs malignes, diminue leur volume, et peut ainsi permettre au chirurgien d’intervenir chez des malades auparavant inopérables, et améliore notablement l’élat général.
Au niveau de l’injection, qui ne doit pas être pratiquée dans la tumeur même, il se produit une réaction locale. La tumeur aussi réagit à l’injection pratiquée à distance; elle gonfle d’abord, puis diminue progressivement. Il se produit une légère élévation de température de quelques dixièmes de degré.
On observerait en outre la diminution des douleurs, des modifications des écoulements, l’arrêt des hémorragies, la reprise de l'appétit, l’augmentation du poids.
Mais il n’y a pas de guérison complète, l’évolution du néoplasme reprend insidieusement ou brusquement, parfois interrompue de nouveau par de nouvelles injections, mais toujours finalement progressive et fatale.
Bactériothérapie par le Micrococcus neol’ormans et ses produits de culture. — Doyen traite le cancer depuis 1901 par l’action des vaccins préparés avec les cultures du microbe qu'il a décrit sous le nom de Micrococcus neoformans, et qu’il considère comme l’agent causal de tous les cancers, et même de toutes les tumeurs {21.
11 résume ainsi sa méthode dans sa communication au Congrès de Lisbonne (1906) : «Le microbe est cultivé de préférence sur bouillon glycériné à 4 p. 100. Les ballons restent un an à l’étuve à 37“ et sont ensuite conservés pendant un tempségal à une tenapératui'ede 18“ à20“. Les cultures vivantes sont atténuées par l’addition de chlorhydi'ate
(1) 'VVl.\eff el IIoT.MANN DE ViLLiEHS, Bull. ilc l'Acaü. de méd., 1900. — Wi.aeff, Contribution à l’étude du traitement des tumeurs malignes par le sérum anticellulaire (Tieviie des maladies cancéreuses, 1901). — Nouvelles reclierches et observations sur l’étiologie et la sérumtherapie des tumeurs malignes {Wraczehnaja (iasella, 1903. — Analysé in Zeilschrifl /'. Krehsforchung, 1904).
(2) Revue criliqiie de médecine el de chirurgie, 1906. — E. Doye.n, Étiologie et traitement du cancer. Paris, 1901.
Traité de médecine.
Xlll. — 41
P. MlvNETRlEK. — LE CANCER.
de (|uiiunc de 1 p. 100 à 3 p. 100, d'acide cacodylique el d’acide inélhylar.siiu(iue à 1 p. 100 ou d’uue toxine pyocyani(|ue Irés active, provenant d’un bacille isolé d’un cas de cancer ulcéré.
« 11 est nécessaire d’employer deux vaccins, un vaccin faible qui est filtré el ne conlienl pas d’éléments figurés, et un vaccin fort qui doit être injecté trouble et contenant en suspension des cellules mortes de Micrococcus neoformans. Ces vaccins sont stériles et ne contiennent aucun germe susceptible de se reproduire.
« Les essais de sérothérapie avec le sérum de chevaux immunisés donnent des résultats moins satisfaisants que la vaccination progressive.
«Le trailemenl du cancer par les injections de vaccinspréparésavec les cultures sélectionnées de Micrococcus neoformans ne doit être employé que chez des malades doués d’une résistance vitale suffisante et aussi près que possible du début de l’affection.
«Les injections ont une action générale el se font dans les muscles de la région fessière. »
Les résultats du traitement sont ainsi résumés dans la thèse de Hormis (I), élève de Doyen: « Il produit : des ellets toniques par stimulation des systèmes nerveux el circulatoire; des effets inflammatoires peu accusés, caractérisés par des rougeurs au niveau des régions piquées, des tuméfactions, de l'hyperthermie ; des effets antinéoplasiques, en amenant la diminution de volume et la mobilisation des tumeurs, la cicatrisation des ulcérations, la disparition des hémorragies, l'assouplissement des cicatrices et le retour de celles-ci à la teinte normale du tissu ; il rend mobiles el opérables les tumeurs immobiles et inopérables par suite d’adhérences et d’extension; lorsque les tumeurs sont inopérables el que le malade réagit favorablement au traitement, l’évolution du néoplasme est visiblement retardée, l’état général du malade s’améliore el il jouit pendant un temps variable d’une survie très appréciable.
« Dans les cas de destructions organiques très étendues el de cachexie cancéreuse très prononcée, son emploi est inutile ».
.Nous avons précédemment exposé ce qu’il fallait penser de la valeur pathogène des microbes des cancers el du Micrococcus neoformans. Quant à la méthode thérapeutique, elle a été en tyo,') soumise au contrôle d’une commission de la Société de chirurgie, composée de Berger, Monod, Nélaton et Delbel qui, par un rapport de ce dernier (2), ont conclu n’avoir observé aucune amélioration chez 2<) malades traités par Doyen el ([u’ils ont suivis pendant cinq mois.
Ilactériothérapie par le streptocoque de l’érysipèle et ses produits de culture. — Ici il ne s’agit pas de l’application Ihéra-
(1) lloiiMJs, Conli-ihuLioii à l'étude de la naliirc' et ilu trailenieid du cancer. Tli. de Paris, lOOC).
(2) Soc. de chir.., 12 juillet IDOr).
'IRA ITEM ENT
|)euli(iue d’une conception lliéoriciue sur la nature du cancer ; le coccus de l'érysipèle n’est accusé par personne d’étre la cause des tumeurs mali^^nes; mais c’est un fait d’observation déjà ancien (jue la survenance d’un érysipèle a pu complètement modifier l’évolution d’un cancer, et môme en amener la guérison complète. Des cas publiés dans la littérature, tous ne sont pas également probants, mais ils sont tout au moins impressionnants par leur nombre.
t )n peut ainsi citer comme conséquence de l'évolution d’un érysipèle la guérison de sarcomes multiples de la lace (Busch, de Bonn, 1866); de sarcome du fémur en récidive (Gerster); de sarcome à cellules rondes du cou (Bull); de sarcome du pharynx (Billroth); tumeur cancéreuse du sein (Hutchinson) ; épithélioma du nez (Finney); épilhéliome de l’oreille (Mosengeil) ; cancer du pénis, récidive avec ganglions (Weichel) cancer ulcéré de la région temporale (Lussana); cancer du sein en récidive (Czerny); lymphadénome de la paupière (Kleeblatt); cancer de l’utérus (Bidlot); sarcome à cellules rondes de l’amygdale (Biedert); sarcome de la cuisse en récidive (Wyeth); sarcome mélanique de la hanche (Plenioj; mélanosarcome récidivé du sein (Bruns); sarcomatose cutanée multiple récidivée après ablation (Langenbusch), sarcome mélanique de la cavité nasale avec récidive ganglionnaire (Narlhrop) ; sarcome de l’omoplate (Senger).
Comme on le voit, si des formes cancéreuses diverses paraissent avoir ainsi bénéficié de la survenance d’un érysipèle, les sarcomes sont cependant plus nombreux dans les observations rapportées.
Ces observations empiriques ont suggéré l’idée d’utiliser l’érysipèle comme moyen thérapeutique, et dans les temps anciens on essaya d’obtenir la contagion par les linges de pansements (Desprès, Bicord), par les vêtements, ou en faisant, comme Busch, coucher le patient dans un lit précédemment occupé par un érysipélateux, procédés incertains et échouant fréquemment.
Après la découverte du streptocoque de l’érysipèle par Fehleisen, on put avec certitude inoculer la maladie. Fehleisen, en 1882, inocula par scarification à des cancéreux des cultures virulentes de streptocoque. Sur cinq cas, un carcinome récidivé du sein disparut complètement après un érysipèle de deux semaines de durée. Pour les autres malades, il obtint seulement une amélioration temporaire.
Coley injecte des cultures dans un sarcome récidivé de l’amygdale et du cou, et produit un érysipèle typique. Kn deux semaines les tumeurs avaient disparu par suppuration et désagrégation ; un an après il n’y avait pas de récidive. Keeblatt obtint de même la guérison par su|)i)uration d’un lymphosarcome du cou.
S|)ronck n’a noté qu’un léger ralentissement dans la marche des tumeurs.
Par contre, Pvydygier a vu l’érysipèle hâter l’évolution cancéreuse
P. MENETRIER. — lÆ CANCER.
cl, dans un cas de Axel Ilolsl, le cancer prit une marche suraiguë.
Il y a plus : ces inoculations virulentes sont dangereuses, et il en est résulté plusieurs fois une issue fatale [.Janike et Neisser (1), Fehleisen, Feilchenfeld (2), Coley, etc. J.
L’incertitude des résultats et les dangers de l’inoculation de microbes virulents conduisirent un certain nombre d’expérimentateurs à utiliser les produits filtrés ou stérilisés des cultures de streptocoques [Lassar (3), Spronck, Friedrich, Czerny, Repin, Coley, etc.].
Spronck (4) employa des cultures de streptocoque virulent, en bouillon additionné de sérum, chauffé à 100“ (avec un peu de glycérine), filtrées à la bougie, puis concentrées, et tuant le lapin par injection intraveineuse à la dose de 10 à 15 centimètres cubes par kilogramme. Il essaya d’abord ce liquide chez des chiens atteints de tumeurs diverses, en injections sous-cutanées. Cinq fois sur sept il se produisit au niveau des tumeurs un effet plus ou moins manifeste. Les tumeurs prirent une teinte d’un rouge bleuâtre, devinrent chaudes et sensibles au toucher, puis survint un commencement de ramollissement et de nécrose. Chez l’homme, le traitement fut essayé dans 25 cas de tumeurs malignes inopérables, 8 cancers du sein, 1 de la parotide, 7 de la langue ou de la bouche, 3 de la peau, et pratiqué en injections sous-cutanées, àla fesse ou à la région lombaire, à doses d’abord très faibles, puis croissantes. Les effets immédiats des piqûres furent généraux et locaux; généraux, très analogues à ceux de la tuberculine et variables suivant les sujets, frissons, hyperthermie (sans dépasser 39°, 5), et disparaissant au bout de vingt-quatre heures; locaux, rougeur et gonflement douloureux. Relativement à l’évolution des tumeurs, quatre éventualités ont été observées : évolution progressive du cancer sans modification du fait du traitement ; ralentissement de la croissance du néoplasme ; arrêt complet de la croissance; diminution de volume. La résorption complète ne fut jamais observée; déplus, pour les tumeurs diminuées de volume, la décroissance ne fut que temporaire, et avec l’accoutumance l’évolution du néoplasme reprenait comme devant. Les cas favorables étaient des sarcomes, tandis qu’il n’y eut en général aucun effet favorable dans le carcinome. L’examen histologique pratiqué avant et après les injections dans un cas de mélanosarcome de la peau a montré la disparition par places des cellules sarcomateuses.
Coley (de New -York) emploie des cultures de streptocoques rendues plus virulentes par l’association au prodigiosus, suivant la
(1) .Tanike et Neisser, E.vitus letalis nach Erysipeliniprung bei inoperabicm niammacarcinoni uml mikroskop. Refund lier }j:eimpricn Carcinom (Centralbl. /'. C7iir., 188 i).
(2) Eeilchenfelo, Arch. f. klin. Chir., XX.WH.
(3) Lassar, Deutsche med. Woch., 1891.
(4) Spronck (d’UtrechI), Tumeurs malignes et maladies inlectieuses [Ann. de l’insl. Pasteur, 1892).
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inélhodede Rogeri 1). Le bouillon ensemencé avec le slreplocoqueesl mainlenu Irois semaines à la lempéralure de Sd” ou 35", puis réensemencc avec le prodifjiosus el conservé dix jours à la lempéralure de la chambre, slérilisé par chaulïage el addilionné de poudre de Ihymol. Les cullures sonl ainsi plus énergiques que les loxines lillrées. Lesdoses injeclées varienl de 5 à40 centigrammes. 11 faut commencer avec des doses faibles, et passer peu à peu aux doses fortes jusqu’à atteindre une réaction thermique de 39°, 5 à 40".
La méthode est efficace seulement contre les sarcomes, et Coley pense avoir ainsi guéri un sarcome du dos, un autre de la paroi abdominale, un sarcome fusocellulaire de la main chez une femme de vingt ans, un sarcome fusocellulaire de l’omoplate chez une fille de seize ans, un sarcome du creux poplité chez une fille de quinze ans, un sarcome intra-abdominal à cellules rondes, etc. En somme, des sarcomes de divers types, principalement à cellules fusiformes ou à cellules rondes.
Le traitement des cancers par les toxines streptococciques a été également employé par Le Dentu, Friedrich, Lauenstein, Kocher, Lassar, Czerny, de Witl, Mynter, Matagne, etc. (’i). Tous ces auteurs concordent à reconnaître la parfaite inefficacité des injections de loxines dans les diverses formes des cancers épithéliaux, les seuls résultats favorables concernant des sarcomes, mais pour la plupart il s’agit seulement d’améliorations temporaires.
Ces injections peuvent d’autre part provoquer chez les malades des troubles morbides très pénibles, nausées, vomissements, fièvre intense, céphalalgie, anémie, amaigrissement, accidents parfois de longue durée.
Sérulhérapie. — Au lieu d’employer directement les streptocoques ou leurs loxines, Emmerich et Scholl (3) ont préconisé les injections de sérum du sang d’un mouton préalablement infecté avec des cullures virulentes d’érysipélocoque. Le sérum est injecté à la dose de 1 à 4 centimètres cubes dans l’épaisseur des néoplasmes et l’on va parfois jusqu’aux doses de 15, 20 et 25 centimètres cubes. Les injections sont quotidiennes. Elles sont douloureuses seulement lorsque la quantité de liquide injecté est forte. La réaction thermique est faible el passagère. On observe autour de l’injection un pseudo-éry-
(1) Coley, The lherapeutic value of tlie niixed loxins ol' lhe sLi-eptocoecus of Erysipelas and Bacillus ppodigiosus in Lreatment of inopérable malignant liimour {Amer. Journ. of ined. science, IS96). — Hesulls of lhe lreatment of inopérable sarcoma by niixed toxins of Erysipelas and Bacillus prodigiosus (Ibid., 1906).
(2) Le Dentu, Onzelle des hôp., lévrier 1896. — FiuEnnicn, Lauenstein, Koeher, etc., XXI Comjrés de la Soc. ail. de chir., 1895. — Czerny, Deutsche ined. Woch., 1893. — De WhTT, A’orlhiveslern Lancet, 1895. — Mynter, Med. Record, 1895. — Matagne, Traitement des tumeurs malignes inopérables ]iar l’érysipèle et par les toxines de Coley (Revue des maladies cancéreuses, 190U).
(.3) Emmerich cT Sciioll, Deutsche med. Woch., 1895. — Emmerich et Zimmerji ann Ibid.
P. MENETIUEIP — EE CANCEIt.
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sipcie aseptique qui disparaît en quelques jours quand on cesse les injections. La réaction générale est nulle. Les résultats seraient ; d'api'ès iMiimeiich et Sclioll, une notable amélioration de l’état des lorces, l’augmentation du poids, de l’appétit ; localement, la diminution rapide des tumeurs et parfois leur disparition complète. Le sarcome serait mieux influencé que les cancers épithéliaux, et surtout les sarcomes fusiformes ou mixtes, tandis f[ue les sarcomes à cellules rondes ou les ostéosarcomes seraient |mu modifiés.
Entre les mains d’autres expérimentateurs, le sérum d’Emmericb ne paraît pas avoir donné des résultats aussi favorables. Bruns n’a pas vu d’amélioratiou, mais il a observé des accidents toxiques : dyspnée, cyanose, vomissements, albuminurie. Angerer, Freymuth, Kopfstein, Keferstein ont rapporté des faits négatifs, et Petersen a même critiqué les observations publiées par Emmeiicb.