‹ Cancer primitif du larynxChapitre 18 sur 27 · OBSERVATION X · texte numérisé non relu

OBSERVATION X

Épithélioma du larynx (observation recueillie dans le service de M. Isambert. Hôpital Saint-Antoine}.

L..., du Calvados, 58 ans, contre-maître dans une scierie, au commencement de janvier 1871, sentit tout à coup sa voix s’affaiblir ; il ne pouvait plus parler qu'avec difficulté et d’un ton rauque.

Il attribua ce changement à un rhume, et ne s’en inquiéta pas Blanc. 10

davantage. Pourtant, dit-il, il était surpris de ne pouvoir plus travailler comme auparavant et d’être fatigué aussitôt qu’il voulait monter des escaliers.

A la fin de février , à l’enrouement et à la difficulté dans la respiration, se joignent un peu de gêne dans la déglutition. Au mois d'avril il sentit son cou grossir et vit apparaître deux ganglions sousmaxillaires qui commencèrent à l’inquiéter.

Il songeait alors sérieusement à se faire traiter, lorsqu’après les affaires de la Commune, il fut fait prisonnier par l’armée de Versailles et envoyé sur les pôntons. Le régime, consistant surtout en viande salée, et le froid ne contribuèrent pas peu, dit-il, à aggraver son état.

Mis en liberté, il revint à Paris et fut pris au commencement de novembre d’accès de suffocation, qui l’amenèrent à l’hôpital de la Charité, salle Saint-Jean, service de M. Isambert.

Examiné au laryngoscope, il présente, au sommet de l’épiglotte, un point saillant ulcéré, ayant l’aspect de l’ouverture d’un furoncle qui suppure.

On pense d’abord à des accidents syphilitiques. Il avait eu autrefois deux chancres et un bubon ; mais il affirmait que cela n’était pas syphilitique. Il attribuait plutôt son mal au froid et aux abus de la parole ; avant d’être surveillant dans la scierie, il avait été chef d’équipe, et se mettait facilement en colère.

On le soumet à un traitement à l’iodure de potassium ; résultat nul ; les cautérisations à l’acide chromique seules lui procurent du soulagement.

Au commencement de janvier, M. Isambert, quittant l’hospice de la Charité, le malade demande à le suivre à l’hôpital Saint- Antoine.

C’est là que nous le trouvons encore aujourd’hui 24 février 1872.

M. Isambert nous le montre de nouveau au laryngoscope; sa tumeur n’est plus ulcérée, mais elle a augmenté considérablement de

volume et occupe toute la base de l’épiglotte. De plus, les ganglions sous-maxillaires sont fortement engorgés, et l’aspect général du malade annonce une atteinte profonde dans l’organisme. Pourtant il a été plus mal, et, grâce aux cautérisations à l’acide chromique, la

tumeur reste stationnaire, et même, depuis quelques jours, a diminué de volume. Le malade dit qu’il respire beaucoup mieux. La tumeur est limitée à l’épiglotte. Nous demandons à M. Isambert si 1 on ne pourrait pas être complètement édifié sur sa nature. Avec des pinces recourbées il en enlève un morceau.

L examen de M. le professeur Robin confirme le diagnostic que M. Isambert a déjà porté depuis longtemps. C’est un épithelioma.

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