INTRODUCTION ET PLAN
La variété particulière d’affection laryngée, qui fait le sujet de ce travail, est la plus rare et, à coup sûr, la moins bien étudiée du chapitre encore assez obscur des tumeurs du larynx.
Si l’on parcourt les traités, même les plus complets, d’anatomie pathologique, c’est à peine si l’on trouve quelques lignes concernant le cancer du larynx, et ces auteurs, qui s’étendent avec tant de complaisance et de minutie sur la description des moindres particularités des tumeurs utérines ou ovariques, par exemple, semblent en quelque sorte méconnaître l’existence des localisations cancéreuses sur l’organe de la phonation. Cette lacune n’est pas comblée davantage dans les traités spéciaux consacrés à la pathologie laryngée. On dirait que, préoccupés surtout par la gravité des accidents que provoque la présence d’une tumeur dans un organe aussi important que le larynx, les chirurgiens, courant au plus pressé, se sont surtout appliqués aux indications thérapeutiques que pouvaient leur
fournir le siège, le volume, le lieu d’implantation, la forme sessile ou pédiculée des tumeurs laryngées, et ont négligé pour la plupart d’étudier, tant au point de vue de la marche clinique que de la structure histologique, l’histoire comparative des diverses variétés de tumeurs. Ce qui vient encore obscurcir le problème, c’est la facilité avec laquelle les observateurs anciens appliquaient la rubrique de cancer aux productions morbides les plus variées, se guidant uniquement sur des caractères necroscopiques le plus souvent trompeurs.
Toutefois, dans ces dernières années, grâce à la vulgarisation de plus en plus grande du laryngoscope, les observations de tumeurs cancéreuses du larynx se sont multipliées, plusieurs accompagnées d un examen histologique consciencieux et irréfragable. Nous avons pu ainsi recueillir un certain nombre de cas bien et dûment constatés de nature cancéreuse. En outre, nous avons eu occasion d’en observer deux cas, dont 1 un très-intéressant, au service de M. le docteur Demarquay, à la Maison municipale de santé , 1 autre a 1 hôpital Saint— Antoine , service de M. Isambert.
Il nous a donc paru utile de colliger ces observations épai ses et disséminées dans la littérature, de les rapprocher et d’essayer, avec ces éléments, de construire une histoire, bien incomplète, sans doute, du cancer du larynx.
Si nous nous appesantissons sur les difficultés de cette tentative de monographie, ce n’est pas, hâtons-nous de le dii e, dans le but de nous en prévaloir, mais bien pour nous mieux faire pardonner l’aridité et les imperfections de ce travail et nous assurer l’indulgence de nos juges.
Notre travail se divisera en sept parties.
La première sera consacrée à l’historique de la question.
Nous nous y livrerons à une analyse succincte des principaux cas qui existent dans la science, en ayant soin d’éliminer ceux dont la nature cancéreuse nous paraîtra douteuse. Cette revue rétrospective ne nous paraît pas dénuée d interet, ne fût-ce qu’en nous permettant d’assister à
1 évolution progressive du diagnostic des affections laryngées.
Le deuxieme chapitre, que l’état actuel de la question rend malheureusement très-écourté, traitera de l’étiologie du cancer laiyngé. En dépouillant les diverses circonstances des observations que nous avons recueillies, nous tenterons d en tirer quelques chiffres et quelques données étiologiques. Toutefois, il faut le reconnaître dès à présent, le nombre des cas observés est encore trop restreint pour nous permettre de formuler des conclusions précises sur les conditions d’âge, de sexe, de profession, etc., qui jouent un rôle dans la pathogénie du cancer du larynx.
Dans le troisième chapitre, nous exposerons d’une façon succincte 1 anatomie pathologique du cancer du larynx, en insistant surtout sur les caractères histologiques.
Dans le quatrième chapitre, relatif à la symptomatologie, nous ferons surtout ressortir les points par lesquels” là symptomatologie du cancer se distingue de la symptomatologie générale des tumeurs laryngées.
Dans le cinquième, nous montrerons que l’aspect de la
tumeur et la marche de la maladie peuvent conduire à un
diagnostic serieux, et nous prouverons l’utilité du laryn
goscope pour arriver à différencier les diverses productions morbides de cet organe.
Le sixième sera consacré au traitement. Quelles sont les differentes indications qui se présentent selon le siège la variété et le développement de la tumeur? Comment et
dans quelle mesure l’art parvient-il à satisfaire aux différentes indications? Tels sont les problèmes que nous tenterons de résoudre.
Enfin viendront les observations et les conclusions.
Que MM. les docteurs Desormeaux, Charles Fauvel, Isambert, Mandl et Moura-Bourouillou veuillent bien recevoir nos sincères remercîments pour la bienveillance avec laquelle ils nous ont accueilli dans leur service ou à leur clinique, et de l'obligeance qu’ils ont mise à nous fournir les observations qu’ils possédaient.
Nous remercions également M. de docteur Albert Hénoque, qui a été d’une obligeance excessive en mettant à notre disposition l’étude histologique qu’il avait faite sur le malade de l 'observation n° 1.
Je dois aussi des remercîments tout particuliers à M. le docteur Demarquay, qui m’a procuré le dessin que j’ai fait reproduire, et à son ancien interne, M. le docteur Fouilloux, pour les renseignements qu’il m’a donnés.
Enfin, merci à M. le docteur Strauss et à mon ami M. le docteur Courbon, qui ont bien voulu me traduire ce que j’ai trouvé dans la littérature étrangère.