‹ Cancer primitif du larynxChapitre 4 sur 27 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

L’histoire des tumeurs du larynx n’a été l’objet d’études sérieuses que depuis quelques années. Ce progrès nous le devons aux perfectionnements des procédés d’exploration et aux tentatives d’Ehrmann, qui en s’ouvrant par la laryngotomie une voie à l’intérieur du larynx, aprouvé que toutes les tumeurs n’étaient pas au-dessus des ressources de l’art*

C/est en vain que l’on chercherait dans les auteurs anciens quelque chose de précis sur la production morbide de cette région . Pour eux les morts subites par suffocation qui arrivent souvent à leur suite étaient attribuées à des phénomènes nerveux, et toutes les affections du larynx étaient confondues sous le nom d’esquinancies laryngées.

^ u siècle dernier encore, les tumeurs laryngées étaient regardées comme des curiosités rares ; on les découvrait à l’autopsie le plus souvent par hasard ou parce que de son vivant le malade avait présenté des symptômes d’asphyxie ou de suffocation. Du reste point de symptomatologie décrite, point de diagnostic exact; en conséquence traitement nul ou empirique.

C’est àEhrmann, nous le répétons, qu’il faut arriver pour avoir un diagnostic et un traitement rationnel. Desault, Dupuytren, Devousky, Herbert Mayo, Gluge, etc., avaient bien avant lui énoncé la possibilité et la nécessité d’aller à la recherche de ces productions morbides, mais ils n’avaient fait que cela.

Il n’est donc pas étonnant que jusqu’à la découverte du laryngoscope nous trouvions si peu de choses concernant notre sujet.

D’après un rapport de M. Brouardel, fait en 1863, à la Société anatomique de Paris, et d’après nos propres recherches, nous voyons que les deux premiers cas de cancer du larynx appartiennent à Trousseau (1), et le troisième à Louis. Morgagni, cité par MM. Monneret et Fleury, dit en avoir observé un exemple (2).

(1) Traité pratique de la phthisie laryngée. Paris, 1837, p. 132.

In Journal des sciences médico-chirurgicales. 1810, t. VIII, p. 138.

(2) Mémoires de la Société médicale d’observation. Paris. 1838, t. I, p. 178.

Blanc. 2

L’histoire du cancer laryngé repose uniquement sur ces trois cas que tous les classiques ont analysés. Pourtant en ce qui concerne les deux cas cités par Trousseau, ils sont loin d’être nets et à l’égard de l’un d’eux on voit que l’aspect de la tumeur së rapprochait beaucoup plus de celui des ganglions tuberculeux que du cancer; que d’ailleurs le malade était phthisique et que l’examen microscopique n’a pas été fait.

Ne pouvant dans ce travail inaugural donner toutes les observations que nous avons trouvées sur notre sujet, nous en ferons un choix pris parmi celles qui sont inédites ou que nous avons recueillies dans la littérature étrangère, nous contentant dans ce chapitre de signaler ou d’analyser les autres, en renvoyant aux sources où nous les avons puisées.

Dans les Bulletins de la Société anatomique de Paris, nous voyons citées deux pièces (tome XXVIIÏ, page 357 et tome XXIX, page 204) sous le nom de tumeurs cancéreuses du larynx ; par malheur elles ne sont accompagnées d’aucun détail circonstancié et le peu qu’on en dit rappelle plutôt les caractères de tumeurs fibro-plastiques ou de végétations que ceux d’une dégénérescence cancéreuse.

Dans une présentation faite par M. Bauchet (1) on vit une tumeur pédiculée siéger sur le repli aryténo-épiglottique droit ; mais la nature de cette production à été contestée, car elle fut dite fibro-plastique par M. Giraldès qui l’avait opérée, tandis que M. Bauchet la croyait épithéliale. Elle était du volume d’une petite noix, dure, s’abaissant comme une soupape sur l’ouverture supérieure du larynx. Le malade mourut par asphyxie.

(I) Bulletin de la Société anatomique de Paris. 1851, p. 198.

Nous trouvons aussi une observation très-détaillée de laryngie cancéreuse, chez un homme de 50 ans, prise par M. Valéry Meunier (1).

Une autre de M. Barth (2) chez un homme de 72 ans, bien constitué, bien portant avant sa maladie. Le mal a débuté sans cause connue ; la tumeur était de la grosseur d une petite noisette, développée au niveau de la corde vocale supérieure. Le patient est mort asphyxié douze à quinze mois après le début de la maladie. Cette observation est très-intéressante à cause du diagnostic juste et raisonné qu avait porté du vivant du malade cet habile observateur.

Dans une brochure publiée par M. le D1 2 3 Turck (3), sur les maladies du larynx, on trouve rapportées trois observations qui ne paraissent pas contestables. Ce sont trois cas de cancer épithélial. Dans les trois cas, l’examen laryngoscopique fit voir une perforation de l’épiglotte et une inflammation médiocrement intense des parties voisines. Il est à noter que dans ces trois faits l’épiglotte avait été atteinte en premier lieu et que le mal ne s était etendu aux coides vocales que plus tard.

A part l’âge des malades (57, 58 ans) ces trois observations nous présentent encore plusieurs caractères comm uns. Les syptômes qui signalèrent le début et qui persistèrent ensuite diffèrent un peu de ce que l’on rencontre le plus habituellement et furent les suivants : une douleur que les malades éprouvaient dans le côté atteint vers le pharynx et deux fois également dans l’oreille, le rejet d un liquide puriforme et sanguinolent, enfin la fétidité de 1 haleine. Plus tard la lésion envahissant la paroi postérieure du larynx,

(1) Bulletin delà Société anatomique de Paris, 1861, p. 187,

(2) Bulletin de la Société anatomique de Paris, 1854, p. 202.

(3) Traduction française, par E. Frith. Paris, 1863. J. -B. Baillière et

fils.

les aryténoïdes, la voix s’enrouait, les aliments pénétraient parfois dans le larynx et la respiration se trouvait gênée. Deux fois une tumeur dure, bosselée, apparut sur le côté correspondant du cou près de sa naissance. La mort arriva chez deux malades un an ou dix-huit mois après l’apparition des premiers symptômes. Chez l’un pour prévenir l’asphyxie on avait pratiqué la trachéotomie et il avait vécu près d’un mois après.

Dans la thèse de M. Causit (1), nous trouvons plusieurs observations d’épithéliomes du larynx chez des enfants s’appuyant sur l’examen histologique.

D ans celle de M. Planchon (2) nous trouvons aussi plusieurs cas concernant notre sujet.

L’observation 21 concerne une demoiselle âgée de 29 ans qui avait une grosse tumeur naissant de la racine de l’épiglotte. Opérée une première fois au moyen de l’écraseur, elle dut, pour éviter l’asphyxie, subir la trachéotomie. Sept jours après, la laryngotomie fut pratiquée, et la malade mourut d’une bronchite, ayant survécu à l’opération presque une année (3). L’observation 27 est une tumeur cancéreuse du larynx partant du plancher du ventricule gauche. La malade mourut 22 mois après avoir subi la laryngotomie, dans la cachexie cancéreuse. A l’autopsie, on trouva le rein et la rate atteints (4).

Nous trouvons encore dans in Schmidt' s Jarhrh . , un cas de cancer médullaire du larynx avec ulcération du larynx et

(1) Études sur les polypes du larynx sur les enfants. Paris, 1867.

Voir les observations X, XVII, XXX1Y, XL.

(2) Faits cliniques de laryngotomie. Paris, 1869.

. < Voir les observations XVI, XXIII, XXIV, XXI, 2* série, XXII, XXVIL

(3) Tumeur cancéreuse du larynx. Dr Duncan, Gibb, 1864, British medical journal, 1865. t

(-4) Tumeur cancéreuse du larynx. Dr Sandi. New-York medical journal, 1865.

de l'oesophage, du docteur Sydow, reproduite par Busch (1). Nous le signalons seulement, l’observation n’étant pas assez explicite pour prouver que c’est un cancer primitif et non un cancer par propagation ayant débuté par l'oesophage.

Nous en dirons autant d'une seconde observation puisée au même journal (p. 172, 1863), qui appartient au docteur Paulsen, hospice Tidende (n° 25, 1862).

Mais une observation de cancer épithélial, avec étude histologique à l’appui, du docteur Navratil, se trouve dans la Presse médicale, de Vienne.

A V article Larynx (pathologie chirurgicale), l’on trouvera encore quelques renseignements dans le Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales . Ils sont très-incomplets. M. Krisaber se contente de reconnaître que plusieurs observations, entre autres deux qui lui sont personnelles, attestent que le cancer est quelquefois circonscrit sur le larynx et n’envahit les organes voisins que vers la fin de la maladie ; mais il veut limiter le cancer du larynx aux tumeurs malignes, qui débutent par sa paroi antérieure. En ceci, il nous paraît avoir tort, et il nous semble moins logique qu’il le prétend de considérer toujours comme appartenant au pharynx les tumeurs de cette nature qui atteignent la paroi aryténoïdienne.

Dans une brochure, un Américain, le docteur Elsberg, relate fort en détail un cas de tumeur qu’il a vu chez une demoiselle de 26 ans. Il l’a enlevée avec beaucoup de peine par les voies naturelles. Elle occupait la majeure partie de la cavité laryngienne, et il dit qu’examinée au microscope, elle n’a présenté que des cellules épithéliales (2).

(1) lïygeia. Bd. 22, p. 879.

(2) Brochure sur un cas de maladie du larynx. Dr Elsberg, New-York,

M. Verneuil, lorsqu’il était à l'hôpital de Lourcine, a également rencontré un épithélioma du larynx chez une femme de 45 ans environ. Pressé d’agir à cause d’accès de suffocation, il pratiqua la laryngotomie et enleva la tumeur. La malade a survécu près d’un an à l’opération.

Enfin plusieurs spécialistes distingués, MM. Isambert, Fauvel, Mandl et Moura-Bourouillou, que nous avons consultés à ce sujet, nous ont assuré que, tout en étant une maladie rare, ils en avaient rencontré plusieurs cas. Nous en donnerons plusieurs observations qu’ils ont eu l’obligeance de nous fournir, et si nous ne les signalons point toutes, c’est qu’à la plupart il manque encore, comme confirmation, l’examen nécroscopique (1).

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