SCENE III
CANDINOT, AUBRIOT.
Voyons, Aubriot , mon ami, puisque nous voilà seuls, occupons-nous...
AUBRIOT
Je suis à vos ordres , sire ; que désire Votre Majesté?
D'abord que tu laisses de côté tous ces grands mots de sire et de majesté, et que tu m'appelles Candinot tout court.
AUBRIOT
Vous voulez...
Certainement je le veux... tu sais mieux que tout autre ce qu'en vaut l'aune d'une majesté de mercier comme la mienne : aussi , quand tu t'inclines devant moi, tu as un petit air moqueur... C'est comme ce grartd coquin de hallebardier qui se promène si fièrement là-bas, et qui , ce matin, tout en me rendant les honneurs dus à ma royale personne , chantonnait dans ses dents : C'est le roi Dagobert... Malgré moi , j'ai regardé... mais tout, était en règle, heureusement !
AUBRIOT
Cet insolent aurait osé!...
CANDIKOT.
Eh! mon Dieu, oui... Entre nous, je n'ai
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jamais eu l'air très imposant, et je rirai moimême de bon cœur de toutes ces extravagances une fois qu'elles seront passées et que je serai rendu à mon comptoir.
AUBRIOT
Quoi ! songeriez- vous à abdiquer?
CANDINOT, confidentiellement.
Chut! oui, le plus tôt possible; et je suis bien sûr que c'est ton avis aussi.
AUBRIOT
Du tout : vous vous acquittez si bien de votre charge !
CANDINOT, lui frappant sur le ventre.
Pas si bien que toi de ton métier de courtisan... flatteur !
Grâce à vous , les mutins sont rentrés dans l'ordre, et le calme est rétabli.
Dieu merci !
AUBRIOT
Vous avez déployé une prudence et une fermeté...
Tu trouves? (Riant.) Tu ne t'attendais pas à ça , hein?
AUBRIOT
Ni eux non plus.
Je crois bien... des gens qui s'étaient dit, non pas la bonne bourgeoisie, mais ceux qui se sont faits mes conseillers, les Simon, les Pigaut, les Mathieu... ils s'étaient dit : « Le père Candinot est un bonhomme, doux, faible... sa femme en fait ce qu'elle veut... nous le mènerons par le bout du nez... » Eh bien ! pas du tout... On cède à sa femme... parceque... tu conçois... en ménage... au coin du feu... pour avoir la paix... mais au dehors, avec des étrangers, c'est différent... aussi, mes enfants, nous verrons.
AUBRIOT
^ Et comme vous les menez, tête-dieu!... ces corvées, ces prises d'armes...
Vois-tu, je me rappelle ces paroles d'un roi des Infidèles : e» Si, tenant des rats enfermésdans « un filet, j'étais un instant sans les secouer, « ils rongeraient les mailles et me dévoreraient u moi-même. » Or, mon cher ami, je tiens le filet... je secoue, et je secouerai ferme jusqu'à ce que tout soit terminé.
AUBRIOT
Sire, afin d'en finir plus vite, si j'écrivais pour vous une lettre à-la-fois ferme et respectueuse...
Au duc d'Anjou?... Tu as raison... encore une bonne idée ; après ça j'ai remarqué que nous étions presque toujours du même avis, ce qui m'a donné de toi la plus haute opinion ,
VILLE DE BRU ÎS - STAD B"
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car j'y avais pensé... Mets-toi là , et écris : « Monseigneur. »
aubriot, à part.
^.^ Si je profitais... c'est cela. (Haut.) M'y voici.
Il faut lui tourner ça adroitement, vois-tu... Tu as mis r Monseigneur ?
Oui.
CANDINOT, dictant.
« Les Rouennais désirent la paix. » (Parlant.) Il me semble que ça ne peut pas le fâcher, n'est-ce pas?
AUBRIOT
Assurément.
Désirent la paix...
( II réfléchit.) AUBRIOT, écrivant, à part.
^ « Le capitaine chargé de garder la porte « Cauchoise. »
CANDINOT, cherchant.
Désirent la paix... Ah! « Pourtant, leurs « remparts sont bien garnis et leurs portes bien
« gardées. »
{II se promène en réfléchissant.)
AUBRIOT, écrivant , à part.
« En remettra les clés au nommé Aubriot, « porteur du présent ordre »
BERTHELINE, en dehors.
C'est ma femme ! je ne peux pas être un moment tranquille.
BERTHELINE.
Monsieur Candinot !
Voilà! (A Aubriot. ) Voyons... dépêchons.