BOULEVARD DES ITALIENS
LOAN STACK
Jasante de la « Vieille »
Jasante de la « Vieille
Tu ne tueras point.
Bonjour... c’est moi... moi ta m’man
J’suis là... d’vant toi... au cimetière (Aujord’hui y aura juste un an Un an passé d'pis ton affaire.)
Louis ?
Mon petit... m’entends-tu seul’ment?
T'entends-ty ta pauv’moman d’mère
Ta « Vieille », comm’tu disais dans l’temps?
Ta « Vieille » qu’allé est v'nue aujord'hui Malgré la bouillasse et la puïe Et malgré qu’ça soye loin... Ivry!
Alorss... on m’a pas trompée d'iieu?
C’est ben ici les « Condamnés »?
C’est là qu’t'es d’pis eun' grande année?
Mon dieu mon dieu! Mon dieu mon dieu! (*)
(*) Jasante, terme argotique du mot prière.
lit où donc? Où c’est qu’on t'as mis?
D’quel côté? Dis-moi... mon ami?
C’est plat et c’est nu comm’la main :
Ya pas eun'tombe... pas un bout d’croix,
Ya rien qui marqu'ta fosse à toi...
Pas un signe... pas un nom d'baptème Et rien non pus pour t’abriter!
(J’dis pas qu’tu l'as point mérité
Mais pour eun’ mèr’ c'est dur tout d'même!)
Louis... tu sais?... Faut que j’te confesse Depis un an... d’pis... ton histoire J'suis pus tournée qu’aux idées noires Et j’ai l’cœur rien qu’à la tristesse :
Aussi présent j’suis tout sangée J’suis blanchie... courbée... ravagée Par la honte et par le tourment (Si tu pourrais m’voir à présent Tu m’donn’rais pus d’quatre-vingts ans !)
Et pis, j’ai eu ben d’là misère...
(Ça m’a fait du tort tu comprends)
Quand on a su qu’j’étais ta mère J’ai pus trouvé un sou d’ouvrage,
On m’a méprisée dans l’quartier,
Et l’a fallu que j’déménage.