‹ Cantilènes du malheurChapitre 4 sur 11 · JASANTE DE LA <« VIEILLE · texte numérisé non relu

JASANTE DE LA <« VIEILLE

Depis... dans mon nouveau log'ment J’vis seule et j’peux pas dir'comment Comme eun’ dormeuse, eun' vrai’ machine J’cause à personn’ de mon majheur J’pense à toi et tout l’jour je pleure Mêm’ quand que j’suis à ma cuisine.

L’matin ça m’prend dès que j’me lève J’te vois... j’te cause... tout haut... souvent Comm’si qu’tu s’rais encor vivant!

J’mange pus... j’dors pus tant ça m’fait deuil lit si des fois j’peux fermer l’œil Ça manqu’pas... tu viens dans mes rêves.

C’te nuit encor j’t’ai vu plein d'sang Tu t’nais à deux mains ta pauv’tête Et tu m’faisais — « Moman... Moman »!

Mais moi j’pouais rien pour t’aider Moi... j’étais là à te r’garder Et j’te tendais mon tabellier!

Penses Louis dans l’temps... quand t’étais p’tit Qui qu’aurait cru... qui m’aurait dit Qu’tu finirais comm’ ça un jour,

Et qu’moi on m’verrait v’nir ici;

Quand t’étais p’tit t’étais si doux !

Présent... je r’ vois tout not’ passé Lorsque t’allais su’tes trois ans.

Et qu'ton pepa m’avait quittée En m’iaissant tout’seule à t’él’ver

Comme ej't 'aimais... comme on s’aimait Qu’on n’était heureux tous les deux Malgré souvent des moments durs Quand y avait rien à la maison.

Comme ej’t’aimais... comme on s’aimait C’était toi ma seul’ distraction Mon p’tit mari... mon amoureux!

C'est pas vrai, est-ce pas? C’est pas vrai Tout c’qu’on a dit d’toi au procès?

Su’les jornaux c’qu’y avait d’écrit Ça n’était ben sûr qu’des ment’ries?

Mon p’tit à moi n’as pas été Si mauvais qu’on l’a raconté...

(Sûr qu’étant môme... comm’tous les mômes T’étais des fois ben garnement,

Mais pour crapule on peut pas l’dire.)

T'étais si doux... et pis... si beau

Mignon peutêt’... mais point chétif

A caus'que moi j’t’avais nourri.

T’étais râblé, frais et rosé,

T’étais tout blond et tout frisé

Comme un n’amour... comme un agneau...

J’ai cor de toi eun’ boucle ed'tifs Et deux quenott’s, comm’deux grains d'riz

JASANTE DE LA « VIEILLE Jt

Mon plaisir... c’était l’soir venu,

Avant que d’te mette au dodo,

De t’déshabiller tout « entière t>

Tant c’était divin d’te voir nu,

Et j’t’admirais... j’te cajolais J’te faisais « proutt » dans ton p'tit dos Et j’te bisais ton p’tit darrière (J’t'aurais mangé si j'aurais pu!)

Et pis t’étais si caressant Et rusé et intelligent!

Oh! intelligent... fallait voir,

Pour c’qui regardait la mémoire T'apprenais tout c’que tu voulais,

Tu promettais... tu promettais...

(Et dir'qu’t’es là d'ssous à présent

Par tous les temps qu’y neige ou pleuve

Ah! qué crèv'-cœur ! Qué coup d’couteau!

On a ratissé mon château

On m’a esquinté mon chef-d’œuvre!)

J’en ai-ty passé d'ces jornées Durant des années... des années A turbiner pir’ qu’un carcan Pour gagner not’pain d’tous les jours Et d’quoi te garder à l’école...

Et j’en ai-ty passé d’ces nuits,

(Toi dans ton p’tit lit endormi),

A coude auprès de l’abat-jour Jusqu’à la fin de mon pétrole !

Des fois... ça s'tirait en longueur Mes pauv’s z’yeux flanchaient à la peine Alorss en bâillant dans ma main J'écoutais trotter ton p’tit cœur Et souffler ta petite haleine,

Et rien qu'ça m’donnait du courage,

Pour me r’mett’ dar-dare à l’ouvrage Ou'y m’fallait livrer le lend’main :

Que d'fois j'ai eu les sangs glacés Ces nuits-là pour la moindre toux J’avais toujours peur pour le croup, Rapport au mauvais air du faubourg Où nous aufs on est entassés.

T’rappell’s-tu quand tu t’réveillais Le croissant chaud... l'café au lait ?

T'rappell’s-tu comme ej’t’habillais ?

Eh ben... pis nos sorties, l’Dimanche...

Tes beaux p’tits vernis... ta rob'blanche.

(T'étais si fin... si gracieux Tu faisais tant plaisir aux yeux Qu’on voyait les genss se r'tourner Pour te regarder trottiner).

Ah ! en c'temps-là, dis mon petit,

De qui c’est qu’t’étais la fifille,

L'amour, le trésor, le Soleil,

De qui c’est que t’étais l'Jésus?

De ta Vieille... est-ce pas? De ta Vieille...

Digit

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