‹ Cantiques de Marseilles accommodés à des airs vulgaires [microforme]Chapitre 50 sur 88 · LES LARMES DE SAINTE MARIE MAGDELEINE AU DESERT DE LA SAINTE-BAUME · texte numérisé non relu

LES LARMES DE SAINTE MARIE MAGDELEINE AU DESERT DE LA SAINTE-BAUME

de tous

“ bis.

Sur l’Arr :—Où éles-vous Birenne mon amour.

SOMBRE Forêt, prends part à mes douleurs ; Bois sans pareille, désert de la Provence,

Le cœur contrit, les yeux noyés de pleurs,

Je viens ici pour faire pénitence.

Creux du Dragon, insensible Rocher, | Que je choisis pour ma chère demeure ; | Entends mes neuiés et t’y laissant toucher, Pleure avec moi jusqu’à ce que je meure.

* Ah! c’est trop peu que je pleure trente ans ; Après ma mort il faut que de ta route, Pour exprimer mes pleurs et mes tourmens, Ces claires eaux distillent goute à goute.

Monstres affreux, farauches animaux, N Sortez d'ici, cédez-moi cette Baume Mon Médecin y veut guérir mes maux, Changeant mes pleurs en un souverain Baume.

L’ame et le corps ont irrité mon Dieu, En ajoûtant offense sur offense, J’ai résolu que tous deux en ce lieu, Pour l’apaiser embrassent la souffrance.

Si le Sauveur m’accorde le pardon, Qi!

Sisa bonté m’affranchit du supplice ; Je ne dois pas, sous ombre qu’il est bon," :*lf Mettre en oubli les droits de sa justice.

Puisque sa main ne veut pas me punir Par un effet de son amour extrême ; J'en veux garder l’éternel souvenir Et châtier mes péchés par. moi même.

Tout doit pleurer dans cette antre pleureur ;. Tout doit, sans fin, témoigner ma tristesse, Et faire voir combien jesens d'horreur D'avoir été si long-tems pécheresse,

Conçais, mon cœur, des-regrets éternels ; Déplore ici tes flimmes criminelles, Qui consommoient tant de cœurs criminels, .

Les cngageant aux flammes éternelles.

Pour.mettre ici mes vanités à bas, Mon triste cœur m’en fournira les armes.

Par mes sanglots, les perles de mes bras.

Enfanteront les perles de mes larmes.

Ah! mes soupirs, confessez mon erreur ;

Et vous, mes mains, vengez d'un Dieu l’outrage,

En vous armant d'une sainte fureur, Pour amortir le teint de mon visage.

Les vains objets qui ravissoient mes sens.

N’auront pour moi désormais plus d’amorce, .

Mon chaste époux par ses traits ravissans, M'en fait jurerun éternel divorce.

De jour, de nuit, dans ces vastes déserts, Je colerai ma bouche contre terre, Pour la punir des infâmes baisers Qui jour et nuit faisoient à Dieu la guerre.

Mes bras mondains, pour leurs embrassemens, Seront en croix autant qu’ils pourront l'être. Mes cheveux d’or, filets de tant d'amans, M'attacheront.aux pieds de mon doux Maitre.

Mes pi ‘Seront pi Et tout n Sera meu

Pour le Je me ve Pour les | J'aurai le

Mes af Me vont c Mes beau Seront ch

J'aurai Mon cher Pour mon Le roc po

"3; ’outrage,

ssemens, être.

Jo Maitre.

Mes pieds crrans pour tous leurs mauvais pas. ‘Seront piqués de cailloux et d’épines, Et tout mon corps pour ses-divers ébats, Sera meurtri de coups de discipline.

Pour les galans qui me faisoient la cour, Je me verrai seule dans ces boccages.

Pour les beaux airs et les chansons d'amour, J'aurai les cris des animaux sauvages,

Mes affiquets, mes mouches et mon fard, Me vont causer un rigoureux supplice, Mes beaux habits de soye et de brocard, Seront changés en un rude cilice,

J’aurai toujours la douleur pour mon pain, Mon cher Epoux pour mon heureux partage ; Pour mon miroir une croix à la main,

Le roc pour lit, et mes pleurs pour breuvage.

Je veux enfin en l’état où je suis,

Pleurer toujours ma lâche ingratitude:; Je veux nourir mes regrets, mes ennuis, Dans le recoin de cette solitude

ReErLEx10oN.

Pleure, pécheur, tes péchés à ton tour, En te moulant sur notre Pénitente.

Va quelquefois visiter son séjour, ‘Pour ranimer ton âme languissante.

Tout ce saint lieu t'invite à te sauver, Son Bois affreux t’apprend la vie austère, L’eau de son roc à toujours te laver,

Et son cachot à vivre en solitaire.

Obtenez-nous, Amante de Jésus, Que nous fassions'comme vous pénitence,

Et qu’aimant Dieu, nous ne l’offensions plus, Pour mériter du Ciel la récompense.

Page 1