‹ Cantiques de Marseilles accommodés à des airs vulgaires [microforme]Chapitre 51 sur 88 · A L'HONNEUR DE SAINTE MAGDELEINE DE PAZZI · texte numérisé non relu

A L'HONNEUR DE SAINTE MAGDELEINE DE PAZZI

Sur l’Arr :—de Madame de Ganges, re, ou de Sainte Théotiste.

Vora la fleur de Florence, Digne d'un culte éternel Qui répand dans notre France Les parfums du Mont Carmel.

Voici la nouvelle amante

. Qui nous convie, à son tour, À la pratique charmante De vivre et mourir d'amour,

Si-tôt qu’elle est parvenue A l’usage de raison, Sa belle âme se dénue Et s’adonne à l’Oraison : ° C’est là que son cœur s’embrase Du feu de l’amour divin ; C’est là qu’elle vit d’extase, Comme un ardent Seraphin,

Quand sa mère communie, Elle cherche, avec ferveur, A lui tenir compabnie, Pour contempler le Sauveur :

Elle se sent embeaumée Auprès de ce sacré pain, Et devient toute enflammée De le loger dans sonsein,

S'étant fuite Carmélite, ‘On observe incontinent Que c’est une âme d'élite ; Au point le plis éminent :

Elle est déjà si fidèlle, Qu'on voit à ce qu'elle fait :

‘Un admirable modèle,

d + srl Pour tendre à l’état parfait.

"En tout tems elle est ravie Au devant de nos Autels, Adorant le pain de vie, Nourriture des mortels ;

Elle se rend si dévote A ce divin Sacrement, Qu'elle le va voir sans faute Trente fois journellement.

Elle exalte le mystère, Qui sauva le genre humain, Courant par le Monastere :

Le Crucitix à la main :

Elle crie à pleine tête, ‘Chères Sœurs, voici l'amour; Voici Jésus qui souhaite, Que nous l’aimions nuit et jour,

Tout l’'embrase et tout l’allume, Au dehors comme au dedans,

Il semblequ’on la consume, Avec des flambeaux ardens :

Elle souffre un tel martyre, Dans un cœur tout enflammé, Qu’à bon droit on peut lui dire:

Vous avez beaucoup aimé.

Lorsqu'elle voit par le Cloître, .

Quelques unes de ses Sœurs,

Son cœur fait soudain paroître Sesélans et ses ardeurs :

Quoi! chère Sœur, lui dit-elle, Vous n’usez point de retour, Ah ! ma daueirs est mortelle, Si vous ne mourez d'amour.

Elle va sonner les cloches,

Pour réveiller les humains,

Les Sœurs qui lui sont plus proches

L’entendent frapper des mains :

L’amour divin qui la blesse

De ses traits les plus perçans,

Lui cause une telle yvresse,

® Qu'elle absorbe tous ses sens.

Le même amour qui l’enflamme, La blesse pour la guérir.

C’est la flêche et le dictame, Qui la fait vivre et mourir :

Les ennuis qu’elle supporte, Ses langueurs, ses feux, ses traits, Dont elle est vivante et morte,

Ne l’abandonnent jamais.

Appellons donc Magdeleine, Bienheureuseensa langueur.

Elle ne souffre la gêne,

Que pour le Dieu de son cœur:

Si sa douleur est cruelle, Sans aucun allégement,

La cause est cent fois plus belle,| Que n’est rude son tourment.

Son désir pour les tortures, La fait résoudre une fois, À passer pendant vingt heures, Les bras étendus en croix.

Elle en pâlit, elle en sue, Elle en rend presque l'esprit ; Mais plus cette croix la tue, Plus vit-elle en Jésus Christ.

Elle fait la discipline, A vec de rudes chaînons.

En hiver elle chemine, Ses pieds nuds sur des glaçons, La ceinture qui la serre, Fait à ses reins mille trous.

Son lit est la plate terre ; Son oreiller des cailloux,

Elle passe cinq années, Dans la fosse des lions ; Ses passions déchainées, A mille tentations :

Un grand désespoir la tente; L'orgueil, l’infidélité, La gourmandise insolente Et la sensualité.

Tout l'Enfer lui fait la guerre Par l'esprit le plus impur, Croyant la jetter par terre,

Et triompher de son cœur :

Elle se met dans la neige,

‘Ou sur des charbons piquants, Et Jésus qui la protège, La délivre en même tems,

Après cette longue peine, Elle apperçoit, un matin, Saïnt Jean sainte Magdeleine, Avec saint Thomas d'Aquin +

Ils écartent ses tristesses.

Ses frayeurs, ses -abandons ;

Ts lui font mille caresses,

L’ornant de précieux dons.

Son cœur frémit lorsqu'un Prêtre, Qui s'approche de l’autel, Ose lâchement commettre,

Le moindre péché mortel.

Ah! dit alors notre sainte, Se tournant vers son Epoux, Si la lumière est éteinte,

Comment irons-nous à vous ?

"Hélas! mes Sœurs, disoit-elle, ‘Que la grille et le parloir, ‘Rendent une ame infidèle,

À bien remplir son devoir !

Je vous coniure.de eroire

‘Qu’'à Rene je choisirois

‘De brûler en Purgatoire, T'ant que j’y demeurerois.

Je n’ai jamais sus comprendre ‘Cet étrange aveuglement, Qu'une ame. ose condescendre, À pécher mortellement :

Je suis à ma dernière heure,

‘Sans avoir pu concevoir,

Qu'une vile Créature.

“T'rahisse ainsi son devoir. :

Faites, glorieuse Sainte.

‘Que j’abhorre le péché, Et qu’en tout ma seule crainte ‘Soit d’en voir mon cœur taché ;

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