VIERGE SOLITAIRE
Sur l’Airn—De Madame de Ganges, &c.
CHANTONS Sainte Théotiste,
Gui depuis trente-cinq ans,
Est comme un Saint Jean-Baptiste,
Sous les injures du tes ; Chantons les vertus très-rares,
Qu'elle dérobe à nos yeux,
Sur l’heureuse île de Pare
Dans le coin d’un temple vieux.
Ses actions vertueuses:
Avoient pris leur fondement.
Parmi dés Religieuses Qui vivoient fort saintement.
Ses parens avoient fait gloire, Avant de Jui dire adieu, D'éterniser leur mémoire,
En la consacrant à Dieu.
Elle va dans un Village, Trouver une sienne Sœur ;: Le bourg est mis au piHage, Par un vaisseau ravisseur :
Chacun vole, chacun pile; On emporte et gens et biens, Et l’on prend la sainte fille, Sa sœur avec tous les siens.
Dans le tems que les Barbares, Se partagent leur butin, Au port de l’île de Pare, La bouche écumant de vin,
Notre Amazone s'enfonce Dans un Buisson retiré, Fendant l’épine et la ronce, Dont son corps est déchiré.
Elle s’y cache et s’y roule, Par mille divers eflorts,.
Encor que son sang découle De mille endroits de son corps :
Elle trouve tout facile, Pourvu que sa liberté Reste entière dans cette île, Avec sa virginité.
Les Pirates levent l’ancre, Et cinglent en haute mer, Quand la Sa nte cherche un antre, Sous terre ou duns-un rocher-::
D'abord elle est bien surprise, Et redouble sa ferveur, T'ouvant une vieille Eglise, De la Mère du Sauveur.
Ce cher Temple est la cellule, Qu’älle choisit volontiers, C’est-là qu’elle passe seule, T'rente-cinq ans tout entiers :
Nuit et jour elle ne pense, Qu’à rendre graces à Dieu,
De ce que sa Providence Ea conduite en ce saint lieu.
Sa couche est la terre dure, Le vieux Temple son Château, Les herbes sa nourriture, Sa boisson l’eau d’un ruisseau :
Sa nudité toute seule :
La fait mille fois mourir,
Mais son cœur qui pour Dieu brûle, N'est jamais las de souffrir.
Les orages, les tempêtes, Les foudres ni les éclairs, Les loups, ni ces noires bêtes, Qui se cachent aux déserts :
Les nuits sombres, les fantômes, Ni rien de ce qui fait peur, Lorsqu'elle chante des Pseaumes, Ne sauroient troubler son cœur.
Son ame débarrassée, Des objets de ces bas lieux, Porte toute sa pensée, Vers le Royaume des Cieux + Toujours ferme sur la base; De lu vraie humilité, Elle vole par l’extase, Au sein de la Déité.
Certains Chasseurs d’une ville, Qui pour la chasse des Cerfs, Vont.tous les ans à cette île, S'enfor.cent dans les déserts :
Lorsqu'un de leur compagnie; Homme sage et vertueux,
Entre au temple de Marie, Pour lui présenter ses vœux.
Le dévot Chasseur contemple L’admirable antiquité, Et la structure du temple Qui marque encore sa beauté, La Sainte étant apperçue, Dit à son hôte nouveau, Monsieur, je suis toute nue ; Jettez-moi votre manteau.
Notre sainte Anachorette, Fait fondre en pleurs le chasseur, N’étant plus qu’un vrai squelette Par son extrême maigreur :
Le bon chasseur la conjure, De lui dire nettement,
Depuis quand elle demeure Dans ce sombre bâtiment.
Depuis trente cimq-années, Lui dit-elle, d’un air doux, Je n’ai vû dans ces contrées, Autre personne que vous :
Elle lui raconte ensuite Les travaux qu'elle a soufferts ; Et sa divine conduite Sur les accidens divers.
Monsieur, dit-elle, par grace, Apportez-moi l’an suivant, En revenant à la chasse, Le Sauveur vrai pain vivant ; Avant de quitter ce monde, Je désire recevoir, Mon Epoux en qui je fonde De mon salut tout l’espoir.
L’Evêque ayant cette histoire, Donne au fortuné chasseur, Dans un portatif Ciboire,
Le sacré corps du Sauveur :
Au bout de l’an il s’embarque, Et va joyeux et content,
Porter le divin Monarque A la Sainte qui l’attend.
Dès qu’elle voit la boîte, ‘Où Jésus est enfermé.
CANTIQUES Ga langue devient muette, Son cœur est tout enflâmé :
Elle prend la sainte Hostie Avec amour et respect Prosternée et recueillie, A son adorable aspect.
Après s'en être repues Elle setueàl'écart, : Et chante en baissant la vue, Le Cantique du Vieillard :
Elle loue et remercie, Le charitable Chasseur, instruit et le congédie, Avec beaucoup de douceur,
L'humble Chasseur #e retire, Et va voir ses COMPAGNONESs Qui préparoient du Navire, Les voiles, les avirons :
Ï] retourne à Théotiste, Mais elle a rendu l'esprit,
Ah! que son âme en est triste !
Que son cœur s’en attendrit !
Hélas! hélas ! grande Sainte, Lui dit-il, baisant 5 pieds ; Ne méprisez pas MA plainte, Ninos pures amitiés
Puisque je vous ai servie, Vous apportant voire Epoux; Terminez ici ma vie,
Et m'attirez après VOUS
Ji la pleure, il la regrette, Et ne pouvant l'enlever; fl lui coupe la main droite, Qu'il voudroit bien CONBerver ?
Mais il est contraint de dire Ce qu'il a pris du corps mort, Lorsqu'il voit que le Navire, Ne pouvoit bouger du Port.
Les Chasseurs et l’Equipage Abandonnent Îe vi EAN si Ils s’en vont dans le bocage, Voir ce prodige nouveau :
Mais, avanturce admirable !
Cette troupe qui la plaint,
Ne trouve dessus le sable, Que les traces du Corps saint.
Les Anges l'ont revérée, Dans son recoin tous les jours ; Ces Anges l'ont entérée,
Dès qu’elle a fini son cours.
Le Corps d’une ame si pure, Un son entier débris,
érite une Sépulture, Faite par les purs esprits.
Conservons la confiance, Lorsque tout semble perdu ; Quand on a ferme espérance, On n'est jamais ARS à ;
Que nos tristes avantures N'abattent point notre cœur, Au défaut des Créatures, Nous avons le Créateur.
Théotiste incomparable, Vous désirez letrépas, Dès que le Pain adorable ; À fini tous vos repas :
‘Faites que je m'en nourrisse Aux approches de ma fin,
Et qu'avec vous je bénisse, L'objet de ce grand festin.
EN L'HONNEUR DE SAINTE FRANCOISE, VEUVE ROMAINE, Sur l’Arn :— Ruisseau quicours aprés toi-même, rc. ou de Ste Magdelaine.
RRETEici, femme mondaine ; Ton âme manque à son devoir ; Je m'en vaiste le faire voir, En Sainte Françoise Romaine :
Pèse ce qu’elle a fait dès ses plus tendres ans, * Tous ses états sont instruisans. Xbis,
Dès le maillot elle est si pure, Qu’ à peine ose-t-on l’approcher ; Même l’on craint de la toucher ; Pour lui donner sa nourriture.
Prends garde à tous tes sens avec fidélité, * Si tu chéris la pureté. * bis,
Plus son corps croît, plus l’ame avance En toutes sortes de vertus ; Vois les sentiers qu’ellea battus, Au tems de son adolescence ; Et toi loin d'avancer, tu recules toûjours, * Ettu ne fais rien qu’à rebours. * bis.
Cette âme pures’épouvante, Lorsqu'elle voit que ses Parens, Veulent la donner à Laurens, Elles est pourtant obéissante :
On voit soudain briller dans son nouvel état * Plusieurs vertus avec éclat, * bis,
Si les devoirs du mariage, La tirent de ce train dévot, Elle obéit sans dire mot,
TE Et sans faire mauvais visage :
Ne mets point en oubli lessoins de ta maison \INE, * Pour t'attacher à l’Oraison, * bis.
à toi-même, Etant un done dans une Eglise, Son mari la fait appeller, Et quatre fois sans chanceller, Elle s’interrompt sans remise :
Mais le verset laissé qu’elle reprend encor, * Se trouve écrit en lettres d’or, * bis,
Elle n’applique son étude Qu’à bien élever ses enfans ; Elle veut qu’ils soient triomphans De.toute mauvaise habitude :
Emploie tes efforts à bien suigner les tiens, * Afin qu'ils soient de vrais Chrétiens. * bis.
Quelle faveur ! quel privilége !
fidélité, Elle voit, de jour et de nuit, * bis, Son saint Ange qui la conduit, Comme un enfant plus blanc que neige :
e avance Tu ne vois pas le tien, mais tu ne doutes pas * Qu'il ne te voye à chaque pas, %* bis,
" Me seul éclat de 3 Rite, { n pleine nuit près de son lit AOL SA Elle dit l'Office, ellelit, | Ou bien elle fait sa prière :
Profite des clartés que tu reçois du tien, * Quitte le mal et fais le bien. * bis,
Lorsqu'elle fait la moindre faute, Soit au dehors, soitau dedans, Cet Ange saint en meme tems,
En s’éloignant, la lui dénote :
Combien de fois le tien prend soin de t'avertir # Que ton cœurdoit se convertir? * bis.
Pendant qu’elle prête l’oreille A je ne sçais quel vain caquet, Elle reçoit un grand soufflet De ce "l'uteur qui toujours veille :
S’il falloit te frapper pe untel manquement, * I] le faudroit bien fréquemment. * bis.
Quand les démons lui font la guerre.
Par leurs efforts les plus fâcheux, En remuant ses beaux cheveux, D'abord il les abat par terre :
Si ton sat Défenseur nete tendoit la main, # Tu combattrois souvent en vain. * bis.
Elle use bien de ses richesses ; Tout cequ'elle reçoit de Dieu,
Est pour les pauvres de son lieu ;
Elle fait à tous des largesses :
Donneet Dieu terendra, n’adore point l'argent * Car Dieu te peut rendre indigent. * bis.
Ses pleurs amères avec l’eau pure, Un pain plus dur que du biscuit, Et quelque légume mal-cuit, Sont de son corps la nourriture :
Et tu voudrois avoir divers mets délicats, #Soir et matin à tes repas. * bis.
Elle se noircit la potrine, À coups de poings cent fois le jour ; Son dos aussi sent à son tour, Jusques au sang la discipline :
Et toi pour cpargaee et caresser ton COrps ‘L'u fais jouer mille ressorts. * bis.
t’avertir * bis.
quement, * bis.
dre.
it la main, ,, * bis.
Cette Dame humble et charitable, Coupe du bois, fait des fagots, Et puis les porte sur son dos Au pauvre le plus misérable :
Elle montre par tout un fonds d’humilité, * Pour condamner ta vanité. * bis,
On bannit son mari de Rome ; On lui coufisque tout son bien, Sans qu’elle se pluigne de rien, Semblable à Job ce très-saint homme :
Pourle moindreaccident tu relâches, tu crains ; * Tu fuis la Croix et tu te plains. * bis.
Par su douceur incomparable, Elle tient en paix ses Parens, Et vient à bout des différens Que cause une haine implacable :
Tiens ton cœur bien en paix pour appaiser de tous * Les différens et les courroux. * bis.
La Reine du Ciel la visite, Lui donne à baiser le Sauveur ; Et par un surcroit de faveur, La guérit du mal qui l’agite ; - Mais laissons ces faveurs qui la font écister * Et ne pensens qu’à l’imiter. * bis,
Secourez-nous, illustre Sainte, Sur tout à l'heure dela mort, Où le démon fait son effort Pour jetter l’ame dans la crainte ; Faites que nous vivions après notre trépas, * Par ce dernier de nos combats. * bis.